Trôli idéêi poUiiques^ pp. 12-14; cf. p
18 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS
tuitifw, qu'elle laissaitauxanimauxetaux barbares^ ; Chateaubriand désorganisa ce génie abstrait, en y faisant prévaloir l'imagination, en communiquant au langage, aux mots, une couleur de sensualité, un
1. Entendue dans un sens restreint, la pensée exprimée par cette phrase peut très bien être admise : ceux qui se règlent sur les seules impulsions de la sensibilité et des passions, sur les caprices de l'imagination se ravalent au rang des animaux et des barbares et tant qu'il ne fait pas intervenir la raison pour contrôler ses désirs et ses démarches, l'homme n'est pas véritablement homme. Mais il ne faudrait pas mépriser pour autant les intuitions de l'intelligence et de la raison : ce sont elles qui font les grands hommes, qui classent les génies, comme ce sont elles qui fondent nos certitudes essentielles. Les principes qui commandent toutes les opérations de l'esprit et que, pour ce motif, l'on nomme premiers, ne sont pas connus par « voie de discours »; et les grandes hypothèses, les grandes découvertes, les vues les plus profondes sur la nature, sur l'homme, c'est bien le « procédé intuitif » qui les a enfantées ou saisies. Il y a plus. Notre esprit, parce qu'il est lié à la matière dans son exercice et qu'il puise toutes ses idées dans le sensible, doit le plus souvent procéder par « composition et division », comme s'expriment les scolastiques, et c'est pour cela qu'il arrive si lentement et à travers tant d'hésitations, voire de chutes profondes, à la lumière. Mais lorsqu'il aura reçu le complément de perfection qui l'attend au sortir de cette vie, il ne connaîtra plus par le moyen du « discours », il connaîtra uniquement par intuition, il se contentera de i>oir . D'un seul regard il saisira toutes choses en Dieu et par Dieu qui se découvrira à lui dans sa gloire : en cela même consistera sa perfection, son bonheur. Telle est au reste l'une des premières raisons pour lesquelles les docteurs catholiques et d'une manière plus générale l'Eglise ont en si haute estime les grâces de l'ordre mystique et extraordinaire. On sait que Dieu dans ces états sublimes fait sentir sa présence à l'âme directement sans l'intermédiaire d'aucune image et que ces faveurs sont la marque d'une prédilection divine toute spéciale, le signe ordinaire d'une vocation à une sainteté très élevée. Sans doute elles ne sont pas un moyen nécessaire pour arriver aux plus hauts sommets de la vertu et il faut tenir, selon nous, que Dieu donne aux âmes qu'il mène par les voies ordinaires et qui lui sont en tout fidèles, dacquérir des mérites aussi grands que s'ils les appelait à la contemplan parfaite ou à l'union conso-mmée. Il n'en est pas moins cer-
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goût de chair, une complaisance dans le physique où personne ne s'était risqué avant lui '. »
Hugo est encore moins épargné ; rarement on vit exécution plus vigoureuse : « Le génie de Hugo tient surtout au nombre et à la vivacité des sensations qu'enregistre sa mémoire et qui entrent en mouvement les unes par les autres. C'est le voyant, c'est l'entendant par excellence. Il est donc mené par les sens. La manière dont il compose et distribue ses images ne saurait être comparée à la magnificence de chacune d'elles. La faculté par où se trahit la vigueur de l'esprit, le choix, est relativement débile chez lui. Le style^ cet élan de l'ordre intérieur, est dominé chez V. Hugo par les sollicitations du vocabulaire. Ce sanguin ne fut, à cet égard, qu'un paquet de nerfs. Son génie verbal nous témoigne d'un mode de sensibilité aussi féminine que celle d'un lakiste ou d'un lamartinien^. »
Tout en leur accordant, ainsi qu'aux autres grands romantiques, de superbes parties, M. Maurras ne peut souffrir ce qui fait l'essence de leur génie :
tain que ces grâces mystiques, du point de Tue du mode de connaissance, constituent pour l'âme un progrès; elles l'élèvent au-dessus d'elle-même et perfectionnent ses facultés. Un catholique n'acceptera donc pas sans réserve l'affirmation de M. Maurras que nous avons rapportée et ne réprouvera pas sans distinction le « procédé intuitif ».
1. Notons-le en passant, malgré sa vénération pour Taine, M. Maurras n'hésite pas à se séparer ici de son illustre maître. Taine voit dans l'esprit classique l'esprit qui prépara la Révolution ; pour M. Maurras, « l'esprit classique, c'est, proprement, l'essence des doctrines de toute la haute humanité; c'est un esprit d'autorité et d'aristocratie. Nommer classique l'esprit de la Révolution, c'était dépouiller un mot du sens naturel et préparer des équivoques » [Trois idées politiques, p. 5i).