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L'Avenir de l'intelligence, p

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la souveraineté de leur moi, leur indépendance à l'égard de toute règle, la recherche exclusive de la sensation et, si souvent, la suprématie accordée au motet à l'image sur l'idée ^

Pour lui, un talent qui ne manifeste pas une âme ordonnée, mais trahit un fléchissement dans les puissances supérieures, et recèle un dissolvant pour les énergies fondamentales de l'homme, est un talent qui se fourvoie. Tout de même que l'âme humaine suppose une hiérarchie dans ses facultés et une orientation déterminée, ainsi l'œuvre littéraire, vraiment digne de ce nom, est orientée dans un sens fixe, condition de son équilibre, qui est celui de l'âme même. Elle se propose de faire revi-

1. Qu'il suffise de rappeler son pénétrant réquisitoire contre Michelet qui « fit penser son cœur sur tous les sujets convenables », le promut cerveau et, soit en morale, soit en politique, ignora la raison {Trois idées politiques, pp. 23-27); ou son étude si fine sur le romantisme féminin [VAt^enirde l'intelligence, pp. 157- 259). — Ce n'est pas d'ailleurs que ce réquisitoire impitoyable, développé depuis par M. Lasserre, dans sa thèse sur le Romantisme français, ne prête à aucune objection ; ainsi l'exécution de Chateaubriand par M. Maurras, malgré la justesse des reproches qui la fondent, ne dépasse-t-elle pas un peu la mesure ? et les conclusions du P, Longhaye, par exemple, dans son Dixneuvième siècle (t. I, pp. 78 sq,), plus compréhensives et plus modérées, ne sont-elles pas aussi plus vraies ^ — Pourquoi ne pas distinguer davantage, dans cette critique du romantisme, les tendances foncières qui ont inspiré le mouvement tout entier et les bienfaits que notre littérature en reçut.' Les tendances doivent être appréciées sans naénagement, mais on ne perdrait rien à reconnaître avec franchise la légitimité de certaines revendications formulées par les romantiques au moins de la première heure. Pareil aveu, conforme à l'équité, ne pourrait que donner plus de crédit au jugement sévère porté sur les principes essentiels de toute cette école ; il permettrait aux écrivains de V Action française de défendre avec plus d'autorité cette belle définition que nous a laissée Gœthe et qu ils ont faite leur ; « J'appelle classique ce qui est sain, et romantique ce qui est malade, »

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vre cette même âme aux prises avec le vrai et le beau, s'efForçant de saisir celui-ci, de le marquer à son empreinte et de le rendre avec toute la vigueur possible. Mais dans cette œuvre de conquête, intelligence, jugement, raison ne perdent jamais leurs droits. Tout ce qui tendrait à les asservir et à désorganiser la vie intellectuelle et morale, dans la même mesure porterait atteinte à la perfection de l'œuvre littéraire.

Ecoutons plutôt M. Maurras nous parler du style dans son Essai sur' la critique : « La force du style se confond avec la force de la pensée, tant valent l'une et l'autre. Ou plutôt, elles sont une seule et même chose, puisque, dans la pensée, tout ce qui n'est point style, c'est-à-dire ordre et mouvement, n'est point pensée, mais combustible ou résidu, impur déchet ou simples matériaux... Le style est ce que nous nommons au propre la beauté, puisque nous ne les voyons jamais séparés, puisqu'elle grandit comme lui, à proportion qu'elle est plus libre et plus touchante, et qu'elle élève, comme lui, jusqu'à l'ordre, à la douce lumière de la raison, les confuses chaleurs des choses, appelées, élancées des profondeurs du vaste univers où nous baignons tous... Le style, c'est l'âme même \ » Quant au goût, M. Maurras lui attribue la simplicité comme la première des lois fournies par notre tradition classique; puis viennent l'art de la composition, la distinction des genres; d'un mot, les principes du goût s'identifient avec l'ordre de la pensée.

\ . Reflue encyclopédique^ 26 décembre 1896,

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Aussi tous les romantiques ^ et, après eux, les décadents et symbolistes ^ sont à ses yeux des barbares, s'il est vrai qu' « il convient de nommer barbare ce qui est étranger aux lettres classiques, non point seulement comme extérieur au commun trésor helléno-latin, mais comme étranger à la

1. Je veux dire tous les l'omantiques qui répondent à l'idée (un peu étroite peut-être, comme nous l'avons noté plus haut, p. 20, note) que M. Maurras se fait du romantisme, tous ceux donc qui répudient la raison pour ne relever que de l'imagination, de la sensibilité et de leur moi débridé, tous ceux à qui manquent « la santé, la plénitude, l'harmonie et ce don souverain de se soumettre à une idée supérieure, de s'oublier soi-même dans une oeuvre chérie ». Les autres, s'il s'en rencontrée la même époque dans la phalange maudite, sont traités d'une manière toute différente. Pour n'en citer qu'un, je ne sache pas qu'on ait encore écrit d'éloge plus enthousiaste et plus brillant de Lamartine que celui qu'a publié M. Maurras dans l'Action française (quotidienne) du 23 avril 1912. Même j'avoue que ce romantique, — de bien meilleure marque à n'en pas douter, mais très authentique cependant par beaucoup de côtés, — me semblerait mériter plus de réserves. Quand on se rappelle, je ne dis pas seulement ses... illusions politiques, mais V Histoire des Girondins et tant de productions lamentables en poésie comme en prose, on a peine à s'expliquer la faveur aussi complète qu'imprévue rencontrée près de M. Maurras par l'auteur de la Marseillaise de la paix ! !

2. Les décadents et symbolistes, en s'épuisant à faire sortir du domaine de l'inconscient les sourdes affinités qu'ils découvrent entre leur âme et la nature sensible, sont presque tous tombés dans l'incohérent ; leurs procédés se bornent à des évocations oià « opère seule la faculté élémentaire de sentir et d'associer spontanément les images. Les théories esthétiques de Mallarmé auraient pu s'appliquer sans réserve pour une espèce d'animaux à laquelle eussent fait défaut les qualités supérieures de l'intelligence » [V Avenir de l'intelligence, p. 233). Verlaine n'est pas jugé avec moins de sévérité" « haine de l'art civilisé, retour à la « nature», à la puérilité, ce fut toute la prédication de ce Jean-Jacques. Et des troupeaux d'adolescents l'ont cru. Ils ont cherché, après lui, le privilège d'être bien soi. Ils n'ont pas réfléchi qu'il y a des moi tout ù fait dénués d'intérêt, des sincérités sans beauté... » [Jean Moréas, p. 20),

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haute humanité. La barbarie commence, en effet, quandla sensibilité animale, prenant le pas sur la raison, ne connaît plus ni frein ni guide, et prétend décider elle-même de ses chemins. C'est une barbarie, quand les impressions primitives montent sans ordre et sans lumière de nos corps, de nos âmes et prétendent jaillir lentes, vivantes et telles quelles dans l'œuvre d'art. C'est une barbarie quand il se distille jusqu'au cerveau certains vagues extraits de sentiments auxquels on donne le faux nom et la fausse couleur de pensées, sorte d'illuminisme, incohérente rêverie de fantômes purs. J'appellerai du même nom de barbare ce dégénéré devenu l'esclave des choses ou, pis encore, le serviteur des procédés et des outils de son art, de la rime, par exemple, du mot brillant, de l'épithète pittoresque, et qui méritera d'être métamorphosé quelque jour en potiche chinoise ou en dictionnaire de rimes ^ ».

Quelle est-elle, cette tradition classique dont la hantise poursuit M. Maurras et dont il voudrait à tout prix restaurer le culte en notre pays? « L'esprit classique, nous dit-il, ne cessa de répéter en grec, en latin, en français, en italien, en provençal, non seulement pour les peuples qui boivent à la coupe de notre mer, mais pour tout citoyen du monde, non seulement en art, mais dans les sciences et les

1. Revue encycl.^ loc. laud. — Ces principes littéraires font involontairement songer à la puissante Théorie des belles-lettres du P. Longhaye. Qui voudrait, d'ailleurs, comparer d'ensemble ces deux maîtres de la critique ne manquerait pas de relever chez eux, à côté de différences essentielles qui se comprennent aisément, beaucoup de traits communs dans le tempérament et dans les idées.

industries, dans les arts de la politique et même de la vie, ce grand, cet uniforme et invariable conseil de féaliser avant toute chose, et pour cela de définir, de préciser, d'organiser ». Aux rêves des romantiques « le génie classique oppose et préfère les lignes souples mais solides et l'enceinte finie d'une perfection achevée. Celui-ci ne tend donc jamais à la beauté qui pourra être et qui devient^ mais à une beauté « en acte ». 11 ne suggère pas, mais expose lucidement ce qu'il conçoit. Ce qu'il présente pour la synthèse de son cœur et de sa raison, ce n'est pas inquiétude d'une tempête, ni perturbation orageuse de l'océan intérieur, mais, comme dit Eschyle, « l'âme sereine de la mer^ ».

Souci du concret, du réalisable, culte de la clarté, de la précision, effort constant pour produire œuvre « qui se tienne », qui soit ordonnée à un but défini, voilà quelques-uns des caractères de cette tradition, de cette culture classique dont M. Maurras se montre « un défenseur acharné, et à l'heure actuelle le défenseur le plus convaincu, le plus brillant et le plus logique^ ». Le romantisme, en procé-

1. L'Action française, 1*"' octobre 1907, pp. 44-45. A rapprocher de ce crayon de Cosmopolis : « idée du jardin latin, opposé au jardin germanique ou anglo-saxon, ce dernier respectant Tindéterminé de la nature, l'autre tout en ordre, tout en règle, humanisant et administrant jusqu'aux parterres. Soumettre la complexité de la vie à une pensée d'ensemble très claire, marque constante de ce g-énie latin, pour un bouquet d'arbres comme pour tout un peuple, comme pour toute une religion : Catholicisme. C'est le contraire dans les races du Nord: protestantisme» (p. 51).

2. Revue de métaphysique et de morale^ mars 1910, p. 252 : Guy- Grand, le Procès de la démocratie. L'auteur ajoute: « M. Sorel n' a pas tort d'écrire que le théoricien du nationalisme est un« admi-

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dant de l'obscur, en prêchant « un sublime » ou « beauté de puissance » qui ne vise qu'à communiquer l'impression de l'indéfini^ », et en décrétant l'indépendance absolue du génie, l'a entièrement brisée. Comme conséquence, notre littérature se débat dans un effroyable chaos; elle est devenue une littérature de cénacle qui a perdu tout contact avec la foule pour s'enfermer dans une tourd'ivoire. Ou bien, lorsqu'elle ne s'est pas isolée, elle a fomenté ou accompagné les révolutions politiques et sociales. En fait, elle a perdu tout prestige et est devenue accessible aux plus offrants, esclave de l'or. L'intelligence, et, avec elle, la société tout entière, pour s'être proclamée en insurrection, est tombée sous le joug de la richesse, et l'industrie littéraire est impuissante à lui assurer un rang prépondérant au milieu de cet « orageux gâchis créateur » où nous vivons^. Quipeccat, ser{>us est peccati.

Si tout gaspillage des forces humaines, tout renversement d'équilibre sont odieux à M. Maurras, on devine sans peine quels sentiments doit exciter en lui cette forme de dilettantisme qui tend à confondre, dans une même admiration sympathique, le vrai et le faux, le noble et l'abject, le sublime et l'horrible, pourvu qu'ils soient élégants et sincères. L'élégance et la sincérité peuvent devenir criminel-

rable lettré » et il est peu d'ouvrages qui donnent une expi-ession plus nette et plus saisissante du génie grec que ce très beau petit livre qui s'appelle Anthinea ». Rien de plus vrai. N'oublions pas cependant qu'Anthinea, du point de vue philosophique et religieux, appelle les plus sérieuses réserves.

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