L'Action française, 1"octobre, 1907, pp
2. VAcenir de l'intelligence, Introduction et première partie. Cf. infra, Appendice X,
26 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS
les, si elles ne sont l'expression d'une {>raie force, d'une vraie vie.
On a pu croire que M. Maurras, à une certaine époque, avait appartenu à l'école de Renan et d'A. France,etramitiéqu'illeurconserve donneparfois le change sur ses sentiments. Leur disciple, ill'est peut-être après tout, mais n'est-ce pas précisément en ces points où Renan et A. France ne sont plus proprement eux-mêmes, c'est-à-dire sceptiques et dilettantes, là seulement où la saine raison, recouvrant chez eux ses droits imprescriptibles, leur fait saisir et magnifier le vrai et l'ordre avec toute la puissance de leur incontestable talent? Rien de plus opposé, en réalité, que ces esprits mouvants et destructeurs et la forte santé intellectuelle, le génie ardemment constructeur de M. Maurras. Certes, son idéal s'est heureusement élevé depuis le temps où il écrivait la Consolation de Trophinie et les Deux Testaments de Simplice; mais jamais il n'a donné dans ce scepticisme jouisseur dont la fin est de « réaliser » psychologiquement les systèmes les plus divers sans s'arrêter à aucun, « d'intellectualiser des sensations vives », et pour qui le vrai n'est qu'un état de conscience. Toujours il a flétri cette puissance de destruction, faite de raillerie et de dédain protecteur, qui s'acharne à discréditer les croyances les plus respectables en jetant sur elles le perfide dissolvant du doute et du mépris. M. Maurras admirera le Renan de la Réforme intellectuelle et morale qui savait si bien faire ressortir les ruines amoncelées par la Révolution et l'inanité des principes de 89; il fera siennes quelques conceptions
l'ordre dans la littérature 27
aristocratiques des Dialogues philosophiques^ il relira toujours avec joie les pages exquises où le malheureux apostat chantait la terre natale et le foyer paternel. Mais il répudiera l'auteur de r Avenir de la science \ le pontife de la religion de la science -, le critique ennemi de l'action et tueur d'énergie^, le cynique écrivain des Drames philosophiques y de Caliban surtout, où, par un avatar dont il avait le secret, ce sceptique flattait servilement le populaire en haine du Dieu qu'il avait quitté ^.
De même chez M. Anatole France, M. Maurras n'admire que l'esthète dressant « des autels au beau chœur des traditions et des idées qui importèrent le plus aux Français d'autrefois, introduisant à l'intelligence de la vérité et de la patrie ». Mais il est prêt à concéder « tout ce qu'on voudra sur un certain goût de destruction et de nihilisme, qui peut s'y mêler (à son œuvre) et en déterminer parfois les nuances dites modernes; ce sont des taches et qui datent ». Et il n'a nullement « la prétention de le soustraire aux conséquences de ses