‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 36 sur 155 · L'Avenir de VinteUigence, p · texte numérisé non relu

L'Avenir de VinteUigence, p

2. Là où l'on s'appuie sur la famille, on introduit en eEFet logiquement le principe de l'hérédité comme élément constitutif de la société. Mais alors de quel droit séparer, d'une manière absolue, le point de vue social et le point de vue politique ? Il faut les distinguer sans doute, et, en certaines circonstances, il peut être utile, nécessaire même, de faire porter ses efforts immédiatement

l'ordre dans la société 51

de Le Play à la Réforme 50c/a/e'. Cependant, ici encore, M. Maurras, fidèle à sa méthode, préfère

sur l'un d'eux, en faisant abstraction de l'autre. Il ne s'ensuit pas qu'il faille établir entre eux une cloison étanche. Le régime politique d'un pays devrait bien plutôt être comme l'efîQorescence, l'expression la plus approchée de ses institutions sociales ; entre les unes et les autres on voudrait voir exister harmonie, continuité, puisqu'elles sont faites les unes pour les autres et que les institutions politiques, condition d'existence et de vie pour les institutions sociales, ne sont capables d'atteindre leur but que si elles répondent exactement à ces dernières. D'un mot, les institutions politiques d'un pays paraissent devoir être les premières de ses institutions sociales. — Si cette remarque étaitfondée, n'y aurait-il pas lieu de s'étonner que quelques catholiques sociaux actuels se réclament sans cesse, en politique, delà démocratie et se flattent cependant de réaliser, sur le terrain social, le plan de leurs devanciers ? A moins de changer perpétuellement le sens des mots et de se duper soi-même, il faut convenir que l'idée démocratique emporte une conception individualiste de la société, qu'elle ne tient pas compte de l'hérédité et que, dans l'ordre social, elle tend à l'égalité de dignité et de droits entre les personnes. Qui s'intitule démocrate, et ne s'en tient pas à la démophilie, seule recommandée par Léon XIII et Pie X, admet en fait, malgré qu'il en ait, les principes du libéralisme et de l'individualisme de 1789, Or l'idée sociale, qui présida à la fondation de. l'œuvre des cercles et inspira les doctrines des premiers catholiques sociaux, était tout autre. Elle faisait reposer la société sur la famille, la distinction des classes ; elle affirmait comme essentiel le principe de l'hérédité et de l'inégalité. Entre ces deux théories, comment ne pas voir une opposition irréductible ? — Loin de nous l'intention de donner à entendre par là que ces néocatholiques sociaux admettent les principes essentiels de la démocratie selon Rousseau : leurs vies, toutes dévouées à lutter contre les ruines accumulées parla Révolution, proclament hautement le contraire. Mais pourquoi alors ne conforment-ils pas leur langage à leurs pensées? Pourquoi recourent-ils à des expressions que les foules, que des disciples moins fermes de doctrines ou atteints inconsciemment par la peste révolutionnaire endémique à notre société contemporaine, qu'eux-mêmes enfin sont exposés à détourner du sens acceptable qu'elles peuvent avoir? Ils ne paraissent pas se douter qu'ils contribuent ainsi très efficacement à fortifier le mal qu'ils ont toujours eu l'intention de combattre. 1. Les « autorités sociales » tant prônées par Le Play tirent toute leur force, tout leur crédit de ce principe.

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recourir à l'argument direct de l'expérience pour établir sa loi.

Or il affirme, après avoirétudié dans le détail les sociétés anciennes et modernes, qu'il n'y a jamais eu de société prospère qui ne reposât sur une base politique héréditaire : « A tout élément d'ordre et de prospérité correspond toujours un élément d'hérédité politique. Cela se vérifie, même en France, où notre minimum de stabilité et d'administration, ce qu'on appelle la continuité républicaine, s'explique par l'hégémonie des quatre Etats confédérés, — juif, protestant, maçon, métèque, — dont trois au moins sont héréditaires ; sans euxtout se serait bien effondré dans la plus grossière anarchie. ' » C'est là une loi naturelle, mais nécessaire conditlonnellement, c'est-à-dire « si l'on veut que la société dure, si l'on veut qu'elle prospère, si l'on veut qu'elle soit bien administrée et bien policée... Cela n'implique pas du tout qu'elle (la société) ne puisse se donner un gouvernement démocratique et électif : cela veut dire que, du moment qu'elle adoptera ce gouvernement, elle renoncera implicitement à tout espoir de durer et de prospérer^ ».

Tel est le fait. M. Maurras l'explique en regardant agir les diff'érentes classes d'hommes au pouvoir : un gouvernement non héréditaire, dont les membres

1. Le DiU'rnfne, p. 109; cf., pp. 118, l5l, etc. Sur cette théorie particulièi'e des quatre états confédérés qui revient sans cesse sous la plume de M. Maurras, mais que nous n'exposerons pas ici à cause de son importance relativement secondaire dans l'ensemble du système, on peut consulter Enquête. ..^^^p. 296-303, le Correspondant^ 10 juin 1908, pp. 972-974 et la Rei>ue hebdomadaire^ 5 mars 1910, pp. 47-48.

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