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ne dirigent la chose publique que transitoirement, sans survivance assurée dans leurs enfants, sans attaches au passé, sans espoirs lointains dans l'avenir, sans prolongement dans la race, tend à gouverner avant tout pour lui et à tirer de la situation à son point de vue personnel tout ce qu'elle comporte d'utilité. Tandis qu'héréditaire il s'inspirera des intérêts généraux. L'Etat devient pour lui un patrimoine, un bien familial dont il a la responsabilité devant ses enfants, devant le pays ; ce n'est plus un bien commun qu'on peut gaspiller sans nuire à personne autre qu'à une collectivité anonyme et abstraite, sans encourir d'autres reproches que ceux d'une foule le plus souvent irresponsable et impuissante. D'où possibilité de fondations durables, de grands desseins, de politique à longue portée, esprit de sage conservation, sans aucune crainte du progrès : le tout, fondé sur la fidélité à la tradition reçue et l'amour des descendants. Bref le bien de leur famille, pour les chefs politiques héréditaires, est le bien de l'Etat; or nul n'apporte plus de soin qu'à ses biens familiaux ; d'où garanties assurées pour l'Etat. D'autre part, le peuple, régi par un pouvoir fixe, en dehors de toute compétition, peut se livrer à la poursuite de ses vrais intérêts et du véritable progrès. Au contraire, là où existe pour tous la possibilité de régner, ce ne sontque troubles, usurpations, épuisement de toutes les forces vives dans une lutte acharnée et stérile, quand elle n'est pas meurtrière et désastreuse, à la conquête du pouvoir ^ Enfin, ce pouvoir lui-même suppose des
1. Sur Tobjection tirée du mauvais prince, cf. Enquête, p. 353,
aptitudes spéciales, dues, pour une grande part, à Féducation, au tempérament reçu, aux influences du milieu, toutes conditions qui peuvent ne pas suffire en tel cas particulier, mais sont en toute hypothèse une garantie nécessaire à son bienfaisant exercice^.
Cette loi fondamentale de l'hérédité politique ainsi entendue ne comporte pas seulement la monarchie comme forme de gouvernement; elle est très compatible avec une république aristocratique, et M. Maurras ne néglige aucune occasion de protester contre ceux qui s'obstinent à lui prêter une conception politique unilatérale. Dans son Dilemme, par exemple, il ne cesse de le répéter : « Nous n'avons jamais parlé de l'éternité ou de l'immortalité de la monarchie, mais de l'éternité ou de l'immortalité du gouvernement héréditaire, qu'il soit unitaire ou collectif, républicain comme à Florence ou monarchique comme à Paris 2. » Sur ce point, je ne crois pas qu'il ait varié : qu'on relise plutôt son Enquête, déjà vieille de plus de dix ans^.
1. C'est dans l'article déjà cité de la Revue hebdomadaire, du 5 m.'irs 1910 : Les Idées royalistes (pp. 34-43j, que l'on trouvera surtout mises en lumière les ruines qu'entraînent pour une nation les luttes de partis et l'absence d'un pouvoir continu dont la seule fonction serait de veiller à l'intérêt général. M. Maurras s'est surpassé là en clarté et en clairvoyance.
2. Le Dilemme, loc. laud.; cf. pp. 97, 118. Peu après il le répétait encore à un reporter de VOsservatore cattolico, dont la Gazette de France (15 mai 1907) a reproduit l'interview.
3. Cf. Enquête, pp. 142, 228, sq. 279, etc. Citons seulement le premier passage : « D'otj vient la prospérité des républiques aristocratiques? D'une cause constante, quoique mystérieuse. Les républiques patriciennes se conforment à la loi des Etats prospères. Cette loi, c'est ihcrédité. Que le pouvoir soit concentré en une famille ou réparti entre plusieurs, le régime d'hérédité a
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Un pouvoir ainsi fondé sur l'hérédité peut se livrer tout entier à ses fonctions directrices et permettre à tous les groupements naturels qui composent la société de conserver leur autonomie ; et plus il s'adonnera exclusivement à cette œuvre, plus il pourra laisser de liberté à ces groupes dans l'exercice de leur activité. Dépositaire du pouvoir suprême, ou, plus exactement, d'après M. Maurras, incarnation de l'autorité suprême, il préside de haut à la marche régulière et harmonieuse de tous les membres du corps social, réalisant les conditions nécessaires pour l'essor économique, industriel, intellectuel, moral de l'ensemble, et, revêtu, de ce chef, d'un caractère particulier, il possède non seulement la force, mais le droit, et, avec le droit, le pouvoir d'obliger tous ses inférieurs à lui obéir dans les limites de l'intérêt général. Il est vraiment l'organe central d'où dépend le fonctionnement de la machine tout entière.
Dans une société comprise de la sorte, rien n'est laissé au hasard : toutes les forces se trouvent
pour effet de nationaliser ce pouvoir. La dynastie régnante, ou, si elles sont en nombre convenable, les familles prépondérantes, étant unies étroitement, par leurs intérêts propres, aux plus profonds intérêts de l'Etat, cherchent sans doute, comme tout ce qui est humain, leur intérêt particulier; mais, en le trouvant, elles trouvent en outre et en même temps l'intérêt général. C'est une des plus délicates subtilités de la politique naturelle. Il faut d'abord la bien saisir. Mais ce point saisi, l'on se rend compte de la prospérité des Etats ou de leur décadence, selon qu'ils se conforment ou se soustraient à la loi d'hérédité. L'intérêt général a-t-il un organe, ou des organes puissants, intéressés eux-mêmes à le faire observer? L'Etat monarchique ou polyarchique peut fonctionner. Mais ces organes manquent-ils ? Tout manque en même temps, faute de direction organique continuée. »
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canalisées selon un ordre fixe vers une fin précise. Aussi bien, l'ordre n'existe qu'en vue de cette fin, il n'est par rapport à elle qu'un moyen ^ ; et c'est la fin qui le spécifie et, en définitive, le constitue.
S'agit-il maintenant de déterminer la forme dernière que revêtira le pouvoir en un pays donné : monarchie ou république aristocratique.'^ la réponse devra se chercher dans l'histoire de ce pays, dans l'étude de sa tradition, de son tempérament, des circonstances de fait où il pourra se trouver après une ou plusieurs périodes de révolutions 2.
En ce qui concerne la France, — on le sait de reste, sansque nous ayons ày insister, — M. Maurras soutient que la royauté héréditaire s'est identifiée avec son âme et qu'en dehors d'elle il n'y a place pour aucun autre moyen de salut. Si déformée, si dévoyée qu'elle ait pu être au cours du dernier siècle, notre patrie, en renouant sa tradition interrompue, retrouverait, à l'en croire, vieetbeauté, la force et la grandeur d'antan ^. — D'autres soutiennent que la tradi-