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2. Notons d'ailleurs que ces idées sur la meilleure forme de gouvernement ne laissent pas de coïncider avec celles que le R. P. Pègues dans un article sur la Théorie du pouvoir dans S. Thomas [Revue thomiste, sept. 1911, pp. 591-617) nous a proposées comme exprimant de la manière la plus fidèle la pensée du Docteur Angélique. Sur ce même sujet on peut en outre consulter fort utilement trois articles très solides du R. P. Montagne : La pensée de S. Thomas sur les diverses formes de gouvernement [Revue thomiste, janvier et juillet 1901, janvier 1902).

3. Dans la pensée de M. Maurras, le retour du roi n'est pas, comme on le lui fait dire trop souvent, tout le salut de la France; il n'est qu'une condition pour la résurrection nationale : « La monarchie n'apporte aucunement aux bons citoyens, aux associations nationales, aux groupements religieux, une besogne toute faite, mais simplement la faculté d'exister librement, de se développer sans contrainte, de vivre en paix sous des lois jus-

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tion, brisée en 1789, l'est irrémédiablement; une nouvelle tradition s'estfondée, la tradition individualiste ou démocratique, fille de la déclaration des droits de l'homme; il faut nous résigner à la voir pénétrer, de plus en plus, la mentalité française : bien mieux, il faut entrer à notre tour dans le courant qu'elle a créé, afin d'en prendre la direction, de le garder contre tous ceux qui pourraient lui imprimer une impulsion funeste. — Rêve trompeur autant que pernicieux, reprendM.Maurras. Ceuxqui voudraient reconnaître la tradition dans un flot qui sème partout la ruine après lui sont victimes de la plus lourde méprise : « Si la tradition ne consistait qu'à mettre les pas dans les pas de nos devanciers, la

tes » (le Dilemme, p. 80). Dans un article de l Action française (quotidienne) du 2 nov. 1909, où il discutait un travail de M. Ch. Benoist sur le régime corporatif, il précise davantage encore sa position : « Ce n'est pas l'affinité de la monarchie et de la corporation que notre thèse établit. Elle pose l'incompatibilité de la corporation et du régime démocratique. Le régime corporatif, impossible en démocratie, est en monarchie amplement possible. Possible comme la décentralisation. Possible comme les grandes vues depolitique extérieure. Possible comme l'accord avec l'Eglise catholique. Et cela ne veut pas dire que les monarques traiteront avec Rome comme François !"■, manœuvreront en Europe comme Louis XIII et Louis XIV, consulteront un Etienne Boileau comme Louis IX ou convoqueront les assemblées provinciales comme Louis XVI : cela veut dire que rien d'inhérent à la Monarchie n'empêchera ces initiatives heureuses de se produire, ni ces institutions tutélaires d'exister. La bonne volonté des hommes, desservie et trahie par la nature de la démocratie, est ou secondée ou laissée intacte par la nature de la Monarchie. Les hommes seront différents, les circonstances varieront, les temps changeront : il y aura certainement des erreurs, des abus, des fautes, il y aura la faiblesse humaine aux prises avec l'imperfection ou l'hostilité de notre planète; mais il n'y aura pas un gouvernement modelé tout exprès pour faire échec à la société, à l'ordre, à la civilisation et à la nation. — La République ne peut pas : tout l'établit. La Monarchie pourra :

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tradition ne pourrait donner de règle aux Français ; nul n'a établi cette conclusionavec plusde forceque notre ami Lucien Moreau dans ses inoubliables leçons de l'Institut d'Action française en 1906. Donc, si la tradition est érigée en règle, il faut donner à ce termeun sens « défini «...Latraditionnationaledirectrice, c'estcequelespèresontlégué,maisce qu'ils ont légué de positif, déduction faite du passif de leur héritage. La règle traditionnelle se déduit du total des éléments qui se désignent par un plus^ et non par un mom6r ; par une existence et non par une absence; par un gain et par un progrès, non par un manque et par une destruction. C'est de ce point de vue que cette tradition est « intégrale », c'est-àdire à la fois épurée et complète, comme la qualifient très bien le sens courant et l'étymologie de

M. Charles Benoist l'établit avec nous quand il prend note des réussites du passé. Ces réussites prouvent que l'entente de la corporation et de la Monarchie est possible. Les échecs montrent que cette entente n'a pas toujours existé, mais ils ne prouvent rien contre l'idée de l'accord possible qui seul nous intéresse, car nous comptons sur les circonstances, sur le programme royal, sur la volonté des bons citoyens pour faire passer ce possible à l'état de réel. Nous ne faisons donc pas un roman de philosophie, et c'est M. Charles Benoist qui le forge, avec une fraîcheur d'imagination remarquable, quand il nous attribue des (( constructions faites après coup ». Pour supposer que nous sollicitons les faits « vers une conclusion à Vavance préférée », il lui a fallu commencer par se tromper sur notre doctrine. Nous ne rêvons point làge d'or. Nous nous employons simplement à éliminer un mal accidentel de notre âge de fer. Un Etat légal fondé sur le vote des individus est un Etat dans lequel les Corps seront naturellement voués à se dissoudre. Otez ce dissolvant, et mettez à sa place, élevez au pouvoir un autre principe qui soit normal (je dis la Monarchie en France, parce que c'est la France, je dirais la bourgeoisie à Genève, parce que c'est Genève), vous ferez reparaître la possibilité du bien public, qui ne fut perdue que du jour où l'on intronisa la cause du mal. »

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cette épithète ^ » — D'autre part, poursuit M. Maurras, comment diriger un courant aussi puissant, qui tend de toutes ses forces à la destruction ? En le voulant essayer, ne sera-t-on pas entraîné comme les autres à une ruine fatale ? « Quand on renonce au terme hérédité (pour adopter le terme individu), le terme bien social se dérobe du même coup. On est toujours régi par la loi naturelle, mais on est condamné par elle à la mort^. »

1. L'Action française (quotidienne) 20 juillet 1911 : Ob'ections attardées. L'auteur ajoute et la pensée est très utile à retenir : « Et ceci n'ôte rien du profond respect que mérite la tradition envisagée au sens le plus large... Du chaos des destructions révolutionnaires, nous dégageons le souvenir d'utiles réformes fiscales, comme nous en gardons la défense du territoire contre l'Etranger. Dans l'effroyable consomption du premier Empire, nous mêlions à part la gloire des armes et les merveilleuses leçons d'art militaire professées sur tous les champs de bataille européens par le chef qui tenait l'épée de la France. Ces réalités s'incorporent à la ti'adition intégrale, mais à leur place naturelle, dans leur ordre. Il n'est pas jusqu'à la bonté d'âme de Napoléon III qui n'ait été expressément reconnue et réservée ici. Si nous n'avons pas dit qu'elle nous a valu la Lorraine et la Corse, c'est que ces accroissements datent de Louis XV, souverain médiocre, expression d'un système utile. Si nous avons dû dire que la bonté de Napoléon III nous a fait perdre, avec Strasbourg et Metz, les bénéfices de l'œuvre diplomatique de Talleyrand, c'est qu'un maître souci de la vérité ne nous permettait pas de dire autrement. Nous sommes les fils de nos pères pour développer leur force et non leur faiblesse, leur progrès et non leurs revers. Les traditionnistes prussiens qui réussirent Sadowa et Sedan s'étaient souvenus d'Iéna autant que de Rosbach, et toutefois c'est la méthode de Rosbach qu'ils s'étaient appliqués à continuer. »

2. Le Dilemme^ p. 159. — Les démocrates libéraux et égalitaires disent : « le vent soufle à la démocratie égalitaire. Donc il faut naviguer avec le vent ». J'imagine que M. Maurras leur ferait volontiers celte réponse d'un publiciste catholique à une difficulté du même genre : « Non, si le vent nous entraîne aux écueils. Au XVI* siècle le vent du libre examen poussait à la Réforme ; au xviii* siècle, avec Jean-Jacques Rousseau et l'Encyclopédie,

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Nous n'avons point à entrer davantage dans ce litige irritant, l'objet de ce travail étant avant tout d'ordre spéculatif. 11 nous suffira donc ici de savoir quelles sont les idées politiques de M. Maurras.

il poussait à la Révolution. Etait-ce une raison d'y céder et la gloire de l'Eglise catholique ne fut-elle pas de réagir contre ces tempêtes qui auraient dû l'emporter ? Actuellement encoVe beaucoup d'hommes demandent que l'on fasse circuler un peu d'air et de lumière dans l'édifice poussiéreux de nos vieux dogmes. Et la gloire de Pie X n'est-elle pas de réagir contre le courant moderniste? »

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