LibéralisDie et libertés, pp
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trave apportée à tout essor, le triomphe de la médiocrité K
Après cela, que vient-on nous parler d'organiser la démocratie? C'est une proposition passée chez M. Maurras à l'état de truisme, que prétendre organiser la démocratie, c'est prétendre réaliser les contradictoires : la démocratie ou le gouvernement du nombre suppose l'égale valeur politique des indi-
1. Comme exemple de ce courant irrésistible, ou a bien osé mettre en avant la révolution portugaise d'octobre 1910 et la république qui l'a suivie! C'était faire la partie belle à M. Maurras et la leçon qui se dégage de cette sinistre aventure ne confirme hélas ! que trop lamentablement ses plus sombres pronostics. Celte république soidisant inévitable qui devait selon la proclamation du gouvernement provisoire, marquer la fin de l'esclavage en Portugal. « faire surgir lumineuse en son essence virginale, la bienfaisante liberté... et commencer une époque d'auslere moralité et de justice immaculée », cette république, on sait quels fruits elle a portés. Sans parler d'un accroissement considérable de la dette nationale et, par le fait même, des impôts, elle a instauré le régime de la terreur et de la persécution la plus odieuse à l'égard de ceux qui n entraient pas dans son courant. Proscriptions, incarcérations, lois d'exception, horreurs de la guerre civile, telles sont les gloires de l'ère nouvelle. Mais eiieore plus qu'à la liberté civile et politique, les partisans du nouveau régime s'en sont pris à la liberté religieuse et c'était fatal : la destruction de la foi n'avait-elle pas été le premier mobile' de la Révolulion! On connaît la monstrueuse loi de séparation, la guerre menée contre les Congrégations religieuses, l'expulsion violente de beaucoup d'entre elles, à commencer naturellement par les Jésuites, la ruine d'œuvres admirables de charité et d éducation et la série, dont on n entrevoit pas le ternie, des lois qui portent atteinte aux droits les plus sacrés des consciences catholiques. Accroissement de charges pour le peuple, haines excitées dans la masse et déchaînées sans aucun frt in, éveil des plus violentes passions, tyrannie dans tous les ordres, discrédit complet jeté sur un pays jadis si glorieux, tel est le bilan do cette démocratie innomable qui sévit en Portugal.
Il se peut que le courant démocratique soit irrésistible : mais cet exemple récent n'est pas pour infirmer la parole de M. Maurras : « la démocratie c'est le mal, la démocratie c'est la mort ».
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vidus; or l'organisation implique l'inégalité '. « On n'organise pas la démocratie, on ne démocratise pas l'organisation. Organiser la démocratie, c'est instituer des aristocraties- ] démocratiser une organisation, c'est y introduire la désorganisation. Organiser signifie différencier, c'est-à-dire créer des inégalités utiles ; démocratiser, c'est égaliser, c'est établir à la place des différences, des inégalités, des organisations, l'égalité qui est stérile et même mortelle^. »
Dès lors, on pressent ce qu'il dira du régime électif en général et du suffrage universel tel que
1. Cf. VAciion française, 1902, i. \ '. le Dossier d'une discussion, le mot « démocratie » ; en particulier, pp. 1011, 1020, 1036.
2. M. de Lamarzelle, dans son remarquable petit livre : Démocratie politique, Démocratie sociale, Démocratie chrétienne, ne pense pas autrement. Après avoir résumé brièvement le système de la représentation des intérêts résultant du groupement professionnel, tel que le préconise l'école dos catholiques sociaux et, après elle, toute l'école de l'Action française, il conclut : « Telle est cette organisation de la démocratie qui, d'après ses partisans, supprimerait tous les dangers de la démocratie... Oui, mais alors par le fait seul qu'elle sera organisée, la démocratie cessera bientôt d'être une démocratie. Ceux qui, désormais, pour le pouvoir central constitueront des points d'appui en même temps que des instruments de contrôle, seront des « chefs » ayant sous leur dépendance des groupes. Qu'est cela, sinon une aristocratie? » (p. 25). Etant donné le système proposé, cela paraît évident. Or, en a-t-on trouvé d'autres qui aient chance de promouvoir le bien public et n'amènent pas à cette conclusion?
3. Le Dilcjnme, "p . 150. Cf. la Revue /lehdomadaire, loc. laud.y pp. 54-56. Dans l'ouvrage de M. Dimier sur Vevillot, on trouvera commenté très heureusement un article du célèbre journaliste où il avait parlé de la nécessité d'organiser la démocratie et que l'on a tenté d'interpréter comme s'il s'agissait du problème social, posé par les démocrates chrétiens de nos jours. L'auteur montre très bien que le problème dont il y est question, c'est le problème politique de pourvoir à l'intérêt général. Or Veuillot le résout par la royauté. Pour lui, « la démocratie c't^st le peuple, ou si l'on veut, ses intérêts, l'intérêt de tous. Organiser ces intérêts c'est
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nous le voyons pratiqué de nos jours. Tant que le gouvernement de la chose publique reposera sur le principe de la souveraineté du peuple, l'ordre social sera en péril et dans un état d'instabilité menaçant. 11 faut avant tout rompre avec le régime de l'élection pour tous les emplois; sans cela, pas de décentralisation possible^.
Ce n'est pas d'ailleurs que M. Maurras repousse sans distinction le suffrage universel. Adversaire irréductible du dogme de la souveraineté du peuple, il n'admet en aucune manière que le peuple soit appelé à manifester par ce moyen un droit qui ne lui appartient pas. Mais là où le peuple est compétent et peut exprimer par son vote un avis conscient et éclairé, comme lorsqu'il s'agit d'intérêts locaux ou professionnels, M. Maurras ne s'offusque nullement qu'on l'interroge et dans V Action française (quotidienne) du 3 janvier 1911, il a protesté énergiquement contre ceux qui lui feraient condamner toute consultation populaire : « de ce que nous disions ailleurs que le suffrage universel, pas plus que le restreint, ne saurait avoir compétence pour constituer un gouvernement, aucun gouvernement ne pouvant sortir de l'élection, on en conclut que nous rejetons l'élection comme moyen d'agitation ou de propagande ou que nous repoussons le suffrage universel dans l'administration proleur donner un organe dont ils manquent et cet organe ne peut être que le roi Uenri V. Organiser la démocratie^ c'est incarner dans le roi, l'intérêt national. Très rigoureusement, c'est le point de vue du nationalisme intégral » (p. 291). On voit donc que Veuillot, tout en adoptant cette expression, ne pense pas autrement que M. Maurras.
1, Enquête, p. 218.
fessionnelle ou radministration locale où ce suffrage est compétent! » Et il s'insurge là contre, rien n'étant plus éloigné de sa pensée.
Mais ici encore il ne faudrait pas croire que l'opposition de M. Maurras au Parlementarisme soit absolue. Là où c'est la Couronne qui gouverne et le Parlement qui contrôle, comme en Allemagne, M. Maurras n'a plus d'objections irréductibles contre le Parlementarisme '.
Ce qu'il ne peut souffrir, pour la France, c'est le parlement à l'anglaise. Dans le même article du 3 janvier 1911 où il proteste contre ceux qui lui font repousser tout suffrage universel, il s'élève contre ceux qui le déclarent ennemi de toute représentation : « de ce que nous refusons de tracer à l'avance sur le papier une constitution ridicule, que les événements traiteraient comme ils traitent les feuilles de papier; de ce que nous nous limitons sévèrement aux quatre principes de l'hérédité, de la tradition, de Tantiparlementarisme et de la décentralisation, on nous déclare ennemis de toute représentation! » Or rien n'est plus faux.
M. Maurras, avec toute son école, distingue essentiellement souveraineté et représentation. La souveraineté, ou pouvoir du prince, « souffre des limites, mais non des partages ». Tous les intérêts généraux en relèvent et « ne peuvent être représentés dans l'Etat que par le souverain en ses conseils. L'idée d'une représentation constituant un Pouvoir pour tenir en échec celui du Monarque est le palladium de la liberté pour ceux qui n'entendent rien aux libertés publiques. Elle est le fonde-
1, Enquête, p. 317.
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ment de toutes les constitutions de l'Europe, mais le faux principe générateur de ces constitutions est tourné partout où il y a de la vie; si bien qu'on pourrait trouver la mesure de cette vie d'après le tour donné à l'institution constitutionnelle, depuis la Prusse jusqu'à la Bulgarie, et qu'il faut rire de ceux qui cherchent dans les fictions parlementaires des garanties contre l'anarchie ou le despotismedes partis ^ ». Laisser aux mains de la foule incompétente et avide les intérêts essentiels du pays, ou plutôt l'abandonner aux rivalités de partis uniquement préoccupés de se servir euxmêmes, c'est exposer les individus aux pires injustices et mener la nation aux pires désastres. A côté des intérêts généraux, il y a les intérêts particuliers; ceux-ci doivent être représentés dans l'Etat et le service rendu par cette représentation est avant tout de découvrir au Souverain « les rapports les plus sensibles de l'intérêt général avecles intérêts particuliers » ; elle « éclaire le pouvoir sur les conséquences de son action ou de son inertie ; elle informe le gouvernement des vœux et des plaintes des gouvernés; elle donne au souverain la mesure de l'assentiment du pays ou de sa résistance^ ». On serait, il est vrai, curieux de savoir quelles formes définitives revêtirait cette représentation : n'est-ce pas là le point délicat entre tous ? A entendre certains disciples de M. Maurras, sans doute plus friands de paradoxe que de sage mesure, il faudrait revenir purement et simplement à la
1. Marquis de la Tour du Pin dans la Revue critique des idées et des licres, 10 juin 1910, p. 338.