J. Rivain, ibid., 25 mars 1910, p
constitution de l'ancienne France ; on ne devrait plus songer à des Chambres élues, si limitées qu'en soient les attributions. Mais de pareilles affirmations ont-elles chance de jamais se faire agréer? A une heure où la Turquie, la Russie, la Perse, la Chine elle-même, entraînées par les nations d'Occident, se voient contraintes d'introduire dans leurs Constitutions le parlementarisme sous une forme ou sous une autre, ne se briserait-on pas à vouloir ravir au peuple français toute part, je ne dis pas immédiate comme maintenant, — ce qui est une prodigieuse absurdité, — mais au moins médiate, dans la direction des affaires et le priver de ce droit de vote dont il est si ombrageusement jaloux ? M. Maurras et M. de la Tour du Pin ne sont pas tombés, que je sache, dans ces exagérations : ils ont trop le sens de la vie contemporaine pour ne pas en tenir compte. Aussi l'un et l'autre parlent-ils d'un Sénat, élu dans chaque région par les associations professionnelles. Une fois assuré un pouvoir central stable et ferme, il restera sans doute à préciser la forme et les attributions de ce Sénat qui évidemment n'aurait rien de commun avec nos assemblées délibérantes actuelles, et des divers organes représentatifs qui concourraient à le nommer; ils le savent, mais se défendent de pouvoir, dès maintenant, dans l'hypothèse qui est la leur, procéder àdes déterminations plus minutieuses; les circonstances seules devront leur permettre de parfaire de tels projets^...
1. Une note de l'Action française, de novembre 1910, reconnaît expressément l'impossibilité dans l'état actuel des mœurs de refuser à une Chambre de larges attributions admi-
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Veut-on pour conclure une application des idées politiques de M. Maurras : prenons le problème du travail. M. Maurras n'est pas du tout un ennemi de la législation sociale. Il fut même un temps, si je ne m'abuse, lorsqu'il collaborait à la Cocarde^ où l'on put croire à quelques excès de ce côté; en tous cas, il fut un temps où il n'hésitait pas à se proclamer socialiste ^ Or après s'être demandé quelle compétence peut bien avoir une Chambre élue au suffrage
nistratires. Toutes les questions financières, douanières, devront être réglées par elle : c'est la solution préconisée par M, de la Tour du Pin, à la suite de Le Play et du Comte de Paris. Ceux qui désireraient connaître les conclusions pratiques de M. Maurras sur la représentation nationale ainsi entendue, sur les pouvoirs respectifs du prince et de ses ministres, sur la constitution des assemblées provinciales et les rapports de celles-ci avec Tautorité centrale..., les trouveront exposées dans l'Action fi-anç aise, !•'' août 1903 : Bictateur et roi^ pp. 205 sq., surtout pp. 212-215. Nulle part, M. Maurras n'a été plus précis et n'a mieux montré comment, dans sa pensée, « l'autorité en haut », toute-puissante dans sa sphère, devait assurer, de la manière la plus large et la plus équitable, « les libertés en bas ». — Notons à ce propos la parfaite concordance des théories de M. Maurras et du Marquis de la Tour du Pin sur la représentation. Que l'on compare l'article que nous venons de citer avec les deux chapitres du beau livre, Vers un ordre social chrétien, intitulés : la Représentation professionnelle et De Vorganisation territoriale et de la représentation (pp. 388-418), ou encore celui qui a pour titre Des institutions représentatifes (pp. 249-267), et l'on verra comme l'un et l'autre s'entendent et se complètent. Aussi bien, M. Maurras ne néglige-t-il aucune occasion de manifester son admiration respectueuse pour le Marquis de la Tour du Pin et de s'autoriser de ses vues politiques.
1. Il est vrai qu'alors même M. Maurras entendait le mot « socialiste » dans un sens très différent de celui qu'on lui accorde maintenant ; fidèle à sa méthode, il a renoncé à se prévaloir d'un titre auquel l'usage a définitivement donné l'interprétation collectiviste et égalitaire. Il a publié sur tout ceci des explications très satisfaisantes dans l'Action française du 15 novembre 1899, pp. 859-869.
universel dans des questions aussi délicates que celles du salaire, des assurances ouvrières..., sa réponse est celle-ci : là où les groupements naturels existent : corps de métier, profession ^.., c'est à eux d'édicter des règlements, des tarifs; l'autorité centrale devrait n'avoir qu'à les sanctionner, à peine de porter le trouble et la ruine dans la société 2.
Nous ne poursuivrons pas davantage cet exposé des idées politiques de M. Maurras : nous en avons dit assez pour faire comprendre au lecteur ce que nous lui annoncions au début de cetteétude et qui est que l'œuvre et les tendances de M. Maurras sont aux antipodes des tendances prédominantes chez nous depuis 1789. S'il est vrai que les principes posés par la déclaration des droits et quetout le mouvement lancé par la Révolution aboutissent en droit
1. Sur tous ces points comme sur beaucoup d'autres, M. Maurras est entièrement d'accord avec les fondateurs de l'école catholique sociale.
2. A propos de ce problème si délicat de l'organisation du travail, M. Maurras a très bien vu, selon nous, que la question de l'intervention ou de la non-intervention de l'Etat est, au regard des principes, une question secondaire. Ce qui la domine de haut, c'est la conception que l'on se fait de la société. Admet-on une société organique, basée sur la famille et la profession : l'organisation du travail se résout d'elle-même par le jeu naturel des organes sociaux. S'appuie-t-on au contraire sur des principes individualistes : alors, comme disait l'école, ex absurdo sequitur quodlibet, on en déduira tout ce qu'on voudra, mais avec le ris que de ségarer. — Cependant on objecte que, dans une société qui est de fait individualiste, il faut bien adopter une ligne de conduite ; laquelle prendre alors .' La réponse paraît simple : il faut se résoudre à une attitude tout empirique, inspirée de cette maxime générale qu'à l'Etat revient de droit ce que les familles et les associations sont impuissantes à réaliser, pourvu que hiimême soit capable d'en assure/^ l'exécution. Làoùles groupements naturels, les associations professionnelles n'existent pas, il fau-
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et en fait à l'émancipation totale de l'individu, c'està-dire à la suppression de toute autorité, jugée un mal nécessaire, au nivellement de toutes les classes, à la liberté absolue laissée à chacun dé se développer dans la ligne de ses instincts et donnée comme seul principe directeur de l'organisation des sociétés et des peuples; si, en bref, déclaration et Révolution nous conduisent à la démocratiepure et, par suite, à l'anarchie ou au socialisme intégral, comme on ne fera pas difficulté de le reconnaître, — il faut dire que M. Maurras est en tout un contrerévolutionnaire. C'est aussi bien son principal crime devant le grand public contemporain. Qu'il s'agisse des anticléricaux avoués, partisans du régime actuel, ou des catholiques imbus des erreurs libérales et démocratiques, le secret des inimitiés profondes suscitées par M. Maurras ne doit pas être
dra bien reconnaître à l'Etat un pouvoir plus étendu : voyons alors si, au concret, il est en mesure de nous procurer, sans dommage pour l'intérêt général, ce que nous lui demandons. Est-il ouvert, soucieux en somme du bien commun, et ne faisant acception ni de personnes ni de partis, accordons-lui d'intervenir dans de larges limites; sinon, moins il interviendra, moins il s'occupera de nos intérêts, et mieux nous nous en trouverons, ainsi que le pays. Comme l'écrit l'abbé Antoine, dont le jugement en la matière a une autorité toute spéciale : « à un gouvernement de parti, plus soucieux de son intérêt propre que du bien social, on ne demandera que le minimum d'intervention absolument indispensable à la conservation de l'Etat » (Dict. apologétique, art. £■^0^, col. 1536). Mais que, de cette question d'ordre tout pratique, on ne s'acharne pas à vouloir faire une question de principe ; et donc, pour donner une application immédiate de cette doctrine, que l'on renonce définitivement à classer les école» économiques et sociales sur une base aussi factice que celle de l'intervention ou de la non-intervention de l'Etat. — A ceux qui voudraient quelques documents sur ce point délicat, je ne saurais trop conseiller la lecture de l'excellente thèse de M. Eblé, Les Ecoles catholiques d'économie politique et sociale (Giard et Brière, 1905).
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cherché ailleurs. Son incroyance peut bien servir de prétexte à certains, mais combien d'autres incroyants à tendance démocratique sont l'objet de leurs avances, quand ce n'est pas de leur enthousiasme et de leurs faveurs exclusives ? L'hostilité que l'auteur du Dilemme manifeste à l'encontre de toutes les chimères libérales condamnées par Pie IX, Léon XIII et Pie X est la raison profonde, vraie de cette haine dont il est l'objet : elle constitue un péché irrémissible aux yeux de ces égarés, chrétiens ou non chrétiens.
Mais nous n'avons pas ici à commenter le Syllabus, ni à intenter de procès à qui que ce soit. Sans préjuger en rien nos critiques ultérieures, nous conclurons simplement que les principes généraux de la politique de M. Maurras, dans la mesure où ils contredisent les dogmes de 1789 et les nuées révolutionnaires, non seulement ne heurtent ni le droit naturel ni la doctrine de l'Eglise, mais rentrent à merveille dans le grand courant de la philosophie éternelle qui doit être chère à tout chrétien. Affirmer la dépendance de l'individu, proclamer la nécessité de l'autorité, contenir et restreindre la liberté : ce sont là vérités certaines et bienfaisantes que l'incroyant Maurras aura eu le grand mérite de rappeler au public et qu'un catholique, quoi qu'il pense du mouvementmonarchique suscité par l'Action française, doit lui être reconnaissant de répandre et de vulgariser.