Anthinea^ pp
80 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS
Enfin, dernier texte plus extraordinaire encore, s'il est possible. Cette fois ce n'est pas la personne du Christ qui est mise en cause, mais ce qui fait sa gloire divine, je veux dire, la libération des âmes et ladoctrine delà dignité humaine enfin enseignée au monde. Dans l'un de ses tout premiers ouvrages, M. Maurras fait ainsi s'entretenir Mercure et Criton aux enfers : « Pardonne-moi, doux Psychagogue, d'oser solliciter une parole de plus. En descendant vers l'onde noire, il y a de longs siècles, c'est toi qui me fis déchiffrer des inscriptions funestes. Ce christ hébreu dont elles parlent est-il venu ? — llest venu, Criton. — A-t-il chassé les forts du trône, ainsi qu'il se le promettait ? — 11 l'a fait, dit Mercure. (Mais les échos élyséens répétèrent en gémissant : il l'a fait, il l'a fait !) — Il a mis les premiers au-dessous des derniers ? Il a rendu Cléon l'égal du fils de Sophonisbe? — Mon Criton, ces rêveries s'accomplissent. — Et cela réussit? — Tout arrive, Criton. (Le sage Criton soupira. Il comprenait peu que l'absurde eût ainsi triomphé.) Hélas ! Mercure, reprit-il, je sais aussi que les esclaves, au nom du même Christ, doivent un jour être afîranchis. Est-il temps de s'y opposer? — Voilà près de 373 olympiades que l'Hébreu criait sur sa croix : cela est consommé! Oui, depuis ce moment les esclaves ont reçu le gouvernement de leur âme. Ils ne sentent plus d'autres jougs que ceux de vivre et de mourir. Ils disposent de tout leur cœur. La servitude est abolie, chères ombres M »
1. Le Chemin de Paradis, pp. 392-393. A cos citations on en pourrait encore joindre qu*^lques autres et les adversaires de M. Maurras n'y manquent pas. Mais ou elles n'ajoutent rien de
LA BIBLB ET l'ÉGLISE 81
En présence d'allégations aussi révoltantes, le mot de saint Paul monte comme de lui-même aux lèvres : « Verbum enim Crucis, pereuntibus « quidem stultitia est; iis autem qui salvi fiunt, « id est, nobis, Dei virtus est... Nos autem « prœdicamus Christum crucifîxum : lud^eis qui- « dem scandalum, gentibus autem stultitiam ^ » Pour ceux qui ne croient pas, le Christ sera toujours un scandale. Mais un tel aveuglement, un tel scandale n'a-t-il pas de quoi confondre, alors surtout que tant d'autres, d'une force d'esprit infiniment moindre, ont reçu le don d'intelligence et si bien compris la folie de la croix?
Nous n'essaierons pas de percer ce mystère de foi qui touche aux problèmes les plus graves tels que celui de la prédestination et restera toujours un mystère. Du moins tâchons de comprendre comment un écrivain de la valeur de M. Maurras a pu être amené à de telles aberrations. Sans chercher en aucune manière à excuser ce qui est absolument inexcusable et qui ne peut pas ne pas nous faire horreur, sans pallier en rien ces lourds errements, il est de bonne critique d'en fouiller les origines, d'en déterminer la portée exacte et de nous demander dans quelle mesure leur auteur y souscrit encore à l'heure actuelle ^.
caractéristique à ce qu'on vient de lire et n'en sont qu'un écho affaibli, ou on leur prête une signification qu'elles n'ont pas. Tels ces deux fragments: «l'Invocation à Minerve » et les « Déistes » sur lesquels d'ailleurs nous reviendrons plus loin. Aussi jugeons-nous inutile de poursuivre un déballage de fiches très facile, mais très vain.