I Cor., I
2. Gomme l'a écrit quelque part l'historien des Origines de la Réforme : K Expliquer n'est pas absoudre. »
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Origine et portée des jugements de M. Maurras sur la Bible
Il est incontestable que M. Maurras ne connaît la Bible, les prophètes et Jésus-Christ qu'au travers des protestants, de Rousseau, des romantiques et de Renan. Ayant comme fait table rase des premières leçons de catéchisme et d'histoire de la religion reçues dans son enfance et s'étant dégagé d'un bloc de toute entrave dogmatique, de toute autorité enseignante, il s'est cru mieux avisé, dans les premières randonnées de son intelligence en mal d'émancipation, d'oublier tout ce qu'il savait en matière religieuse et d'aller puiser ses inspirations chez des étrangers à son ancienne foi. M. Maurras n'a lié une connaissance plus docte avec l'histoire d'Israël, avec l'histoire évangélique que par l'intermédiaire des rationalistes et des protestants libéraux. Ceux-ci, qui s'en tiennent au jugement de leur raison individuelle, lui ont semblé, parune inconséquence déconcertante, plus proches du passé, plus en contact avec lui que l'Eglise dont la tradition ininterrompue et vivante se rattache au Christ luimême. Le christianisme historique, ce sont ces interprètes suspects qui, à ses yeux, l'ont le mieux compris ou du moins qui le lui ont enseigné. Mais entre leur christianisme et le christianisme catholique, il y a une distance incommensurable que M. Maurras a toujours maintenue. Autant il est éloigné du premier et le méprise et le bafoue, autant
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il veut s'attacher au second et le défendre. Si parodoxale que paraisse cette affirmation, il est aisé de l'établir.
Dans le trop fameux article du 15 octobre 1899 d'où nous avons extrait les plus accablantes déclarations, M. Maurras ne s'en prend qu'au Jésus et aux prophètes que nous présentent Luther et tous les Réformateurs à la suite. Son étude, dirigée tout entière contre les protestants ^ s'étend jusqu'à la prolixité sur la diffusion de la Bible au temps de la Réforme parmi les « populations germaniques ». Ces barbares, écrit-il, que « des siècles de catholicisme, de classicisme, d'humanisme n'avaient guère civilisés qu'à fleur de pensée » sentirent se réveiller leurs instincts naturels au contact des Ecritures. Vient alors la phrase citée plus haut et l'auteur poursuit : livrés à leur sens propre, ces hommes y retrouvèrent ce qui était au fond d'eux-mêmes ; « lisant les paroles sacrées, le Germain y entendait tout d'abord le cri de violentes eff'usions sensitives, analogues à celles qu'on avait essayé de réprimer chez lui, des voix d'amour, de haine, d'espérance, de désespoir, de douceurs, d'amertume, de servitude, de liberté, tout cela dans le mode du lyrisme le plus aigu ou de l'élégie la plus sombre... Ce qu'on appelle l'individualisme des populations germaniques, mais ce qu'il faudrait définir l'empire de la sensibilité sur la raison encore à l'état d'embryon, du particulier sur le général et du personnel sur le social, se ranima à la chaude et troublante prédication du héros de la révolte
1. Le titre à lui seul l'indique déjà : Les Monvd pehiis par euxmêmes.
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théologique. Ah ! Luther fut suivi comme un nouvel Arminius. A sa suite, toute sa race, l'ayant reconnu de son sang, retourna, comme au fond des forêts primitives, aux ténèbres de sa conscience particulière ». L'auteur conclut en relevant le graphique minutieux de toutes les étapes qui ont marqué cette sédition de l'individu contre l'espèce : « altérations dans le dogme et la discipline, la séparation d'avec Rome, le système de la communication directe de l'âme avec Dieu^ etc.. ^ ».
Quelque intolérables et déplorables que puissent être en eux-mêmes certains passages de ce morceau, aucun doute n'est ici possible sur les intentions de M. Maurras : c'est, comme nous l'avons dit, aux prophètes et au Jésus tels que les entendent les Réformés, qu'il s'en prend et à eux seulement.
Or ce Jésus protestant, — pour neparlerquedelui, — il ne le confond nullement avecle Jésus catholique. Dans la préface de ce même Chemin de Paradis où nous avons signalé des phrases extrêmement blessantes pour des oreilles catholiques, on trouve très nette la distinction entre « le bizarre Jésus romantique et saint-simonien de 1840 » ou « le Christ intérieur des gens de la Réforme » et le Jésus de « notre tradition catholique », « le Souverain Jupiter qui fut sur terre pour nous crucifié », selon l'expression de Dante ^. Pour le premier M. Maurras n'a que du mépris; mais le second, le Jésus de la tradition catholique, il consent à le connaître, bien plus, il l'aime et le vénère ; seulement, s'il s'agit de l'interpréter et de le comprendre, il ne s'avisera pas de