Le Dilemme, pp. xxviii-xxiv
2. Nous ne nions pas d'ailleurs que cette phrase si souvent citée et incriminée ne contienne une grande part de vérité. A la prendre en elle-même, elle semble bien signifier que l'attachement de M. Maurras à l'esprit romain lui est inspiré surtout par les bienfaits dont la France est redevable à la Rome des empereurs et à la Rome des papes, rien de plus. Il est frappé dans la doctrine de celle-ci par le caractère d'autorité, par la force qu'elle sait imprimer aux institutions. Avec M. Barrés il vénère les habitudes morales créées par le catholicisme et s'il soutient
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à croire que le Jésus de la tradition catholique auquel se tient M. Maurras, n'est pas à ses yeux le Jésus de l'histoire. 11 serait un Jésus interprété, corrigé, rendu inoffensif par les barrières que l'autorité romaine aurait su imposer aux consciences. Le Christ authentique, celui qui a vraiment existé, serait celui- des Réformés, des démocrates: ceux-ci s'attacheraient à une sorte de fanatique dangereux, mais ce fanatique seul aurait vécu et serait mort sur la Croix! Conception radicalement fausse du point de vue historique, blasphématoire au premier chef et qui atteint le cœur de tout catholique dans ce qu'il a de plus cher. Nous savons tous de science certaine, — et dont ce n'est pas ici le lieu d'exposer les preuves, — que le Jésus de la tradition catholique est le seul véritable Jésus de l'histoire, que le Christ de la Réforme en est une réplique dénaturée, corrompue. Quiconque n'admet pas cette vérité se se trouve séparé non seulementdu catholicisme mais des faits historiques les plus fermement établis, par un abîme infranchissable.
Aussi tant que M. Maurras ne sera pas revenu sur des affirmations si blessantes, qui donnent prise aux confusions les plus déplorables, pour les corriger ou mieux les désavouer sans plus, nous ne pourrons pas ne pas le tenir pour suspect, pour étrangement fermé aux choses de la foi, nous ne pourrons pas ne pas nous mettre en garde contre toute avance faite
1 Eglise romaine, ce n'est pa: pour un motif religieux, parce qu'elle représente la vérité, mais parce qu'elle défend l'ordre et la tradition. Pareille doctrine est évidemment incomplète ; mais en ce qu'elle adepositif, on ne peut en vouloir à M. Maurras de la défendre.
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par lui aux catholiques sur un terrain qui touche à ces matières délicates.
Les propos de M. Maurras que nous venons de critiquer sont vieux de quinze et vingt ans. Mais pour en atténuer la portée, il ne suffirait pas de les rejeter sur le compte d'écrits déjà anciens. Nous n'avons aucune peine à croire qu'appelé à traiter aujourd'hui semblables sujets, celui qui les tint jadis parlerait sur un ton différent. Cependant si le ton devait être différent, les idées ne resteraientelles pas les mêmes? M. Maurras a pu changer de sentiments à l'égard du catholicisme ; ses opinions à son endroit n'ont pas varié; lui-même a pris soin de nous en avertir^. Encore que du Chemin de Paradis il écrive qu'un « pur libertin » semble l'avoir dicté et qu'il est plein de « diableries ^ », encore que le mot « opinions » désigne ici avant tout l'attitude intime de M. Maurras à l'égard de l'ordre surnaturel auquel il ne peut accorder une adhésion de foi et non pas l'interprétation qu'il donnerait actuellement de telle vérité, de tel fait particulier intéressant la religion, — les textes cités plus haut semblent bien toujours refléter les idées de M. Maurras sur la Bible et le Christ. Outre qu'il ne lésa jamais rétractés, comme on aurait pu s'y attendre, l'exégèse de Renan et les folles interprétations de la Réforme ont produit en lui une impression profonde qui ne s'est pas effacée et la plus prudente réserve à son égard s'impose dès lors à tout catholique qui se respecte^.