La Politique religieuse^ pp. 93-9't
3. Gomme je viens de le dire, si je me crois le droit d'invoquer encore pour les blâmer ces « écrits d'autan », c'est que, en
M. Maurras et V Eglise
Aussi bien ce désaccord n'est-il pas pour nous surprendre. Nous savions M. Maurras incroyant; des divergences fondamentales devaient par suite exister entre lui et les catholiques en matière religieuse et il n'était pas nécessaire d'être grand devin pour le prévoir : tout au plus pouvait-on ne pas se douter que l'écart fut si grand.
Mais pour incompatible que soit avec le dogme la
matière de philosophie et de foi, M. Maurras nous avait avertis que ses sentiments a.ya.\ent changé, non sqs opinions. Les Annales de philosophie chrétienne ont cité ce passage, mais sans lire le texte de VAction française auquel je renvoyais, et elles y ont joint ce commentaire : « Des sentiments qui changent sans que le§ idées changent! Nous avons tout de suite la manière de M, D. et nous voilà prévenus. » Ne serait-ce pas plutôt nous qui tiendrions celle des Annales ? — 1° La pensée incriminée n'est pas de moi et si « manière » il y a, les Annales n'ont pas le droit de me l'attribuer. 2" Le mot « opinions » y désigne ce que pense à titre « uniquement personnel » M. Maurras, comme il le dit lui-même, sur la transcendance du christianisme et la réalité surnaturelle, voire les fondements de la philosophie ; l'auteur, autant que ses écrits permettent d'en juger, n'a jamais voulu signifier par là que, sur tous les points connexes, jusques et y compris le caractère historique du christianisme, il entendait toujours de même sorte le sens et l'influence de la religion, qu'il n'en pénétrait pas davantage l'esprit: bien au contraire. 3* Les Annales voudraient-elles donc nous faire croire que, pour elles, idées, opinions, sentiments se confondent.' ou tout au moins qu'il y a entre ces termes un rapport constant ? En ce cas, je ne puis que les renvoyer au passage de l'article de M. Maurras que je leur avais signalé : elles auront tout jDrofit à prendre connaissance de l'excellente leçon de logique et de psychologie que leur présent ennemi y administrait au directeur du Correspondant, Cf. la Politique religieuse^ pp. 88 sq.
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philosophie religieuse et historique de M. Maurras, — et dans tout le reste de cette étude nous ne devrons pas l'oublier, — la justice nous oblige à reconnaître que ses écrits récents atténuent singulièrement la portée des déclarations provocantes que l'on a lues plus haut, et que, par certains côtés, M. Maurras se rapproche de l'Eglise. Si^ personnellement, il ne croit pas au caractère surnaturel de cette institution, il n'en éprouve pas moins pour elle une admiration quasi illimitée et, dans son plan de rénovation sociale, il lui accorde tous les privilèges de l'objectivité. Nous avons ainsi le spectacle nouveau d'un incroyant en coquetterie avec l'Eglise, lui témoignant en toute occasion bienveillance et chaleureuse amitié. Pour sauver la France, il l'appellera à son aide, et, en retour, se déclarera prêt à la défendre, presque malgré elle; il l'exaltera à l'exclusion de toute autre et, plus d'une fois, semblera animé de son véritable esprit. Un mot caractérise cette attitude qui a déconcerté tant de catholiques, et ce mot luimême n'est pas pour les relever de leur stupeur : M. Maurras a pu, sans trop de paradoxe, être appelé un « athée catholique ». Sans doute M. Maurras n'a point accepté cette appellation et dans une note publiée par la Revue des Deux Mondes du 15 mars 1911, il a protesté contre elle : « Le mot de catholicisme athée, dit-il m'estattribué couramment. Or qu'on mette en cause l'Action française ou qu'on ne parle que de moi, c'est là purement et simplement une erreur d'attribution. Le propos « catholicisme athée » n'a jamais été employé que par Jules Soury. Soury a écrit chez nous, comme il a écrit à
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la Libre Parole^ et sa collaboration qui ne fut jamais que d'un hôte et d'un ami, s'est arrêtée vers 1903,.. L'Action française groupe des patriotes de toute croyance et de toute incroyance, mais qui s'accordent en ce pointbien spécifié que la politique religieuse de la France doit être catholique. Qu'ils soient athées, qu'ils soient païens, spinozistes ou positivistes, ils admettent cette politique; mais ils l'admettent plus facilement encore quand ils sont catholiques; et dès lors en quoi le catholicisme de ces derniers peut-il être le moins du monde « athée » , etde nos mécréants (dont je suis) aucun n'ala prétention de professer ni d'enseigner le catholicisme. » Ces explications telles quelles devaient être reproduites. Il n'en est pas moins vrai que l'agnosticisme de M. Maurras d'une part, et de l'autre, 'fl son amour du catholicisme prêtaient un fondement très plausible à cette dénomination ; et c'est pourquoi sans prendre celle-ci à notre compte, nous espérons trouver quelque profit à étudier en détail ce qui a pu lui donner occasion. L'examen de ce cas étrange nous ouvrira un jour précieux sur les dispositions religieuses de M. Maurras et nous fournira peut-être quelques éléments utiles pour la solution du problème pratique que nous aurons à traiter plus tard.
Dès longtemps, M. Maurras nous avait confié son amour pour l'Eglise : il n'a jamais rien eu « de plus cher, après les vierges d'Athènes, que les pompes rigoureuses du moyen âge, la servitude de ses ordres religieux, ses chevaliers, ses belles confréries d'ouvriers et d'artistes si bien organisées contre les
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humeurs d'un chacun pour le salut du monde et le règne de la beauté^ ». S'il la chérit, ce n'est pas seulement pour la protection accordée à cette beauté extérieure; il reconnaît encore au catholicisme le mérite et l'honneur d'avoir su « organiser l'idée de Dieu », en ôtant au déisme le venin qui lui est propre : « Admirable système dans lequel chacun peut communiquer personnellement avec Dieu, à la condition de s'élever par ce nom à des pensées plus générales, à de plus généreux sentiments, mais qui ne permet pas qu'on attribue à l'infini ses propres bassesses, ni qu'on en autorise ses rébellions^. » Et là, sans doute, se trouve le secret de son efficace pour lutter contre le désarroi des intelligences et leur avilissement : « Nos libres penseurs n'ont pas encore compris que le dernier obstacle à l'impérialisme de l'or, le dernier fort des pensées libres est justement représenté par l'Eglise qu'ils accablent de vexations^! » Enfin et surtout, pour M. Maurras, l'Eglise c'est le rempart de l'ordre dans son acception la plus générale. A ce titre, il lui donne des éloges qui rarement ont été dépassés, et puisque la préface du Dilemme les résume tous, il nous suffira, pour en donner quelque idée, de résumer à notre tour brièvement les principales idées de ce morceau capital''.
L'histoire apprend qu'il n'y a pas de régime politique stable là où les mœurs ne trouvent un frein d'un ordre supérieur, et le fait religieux s'impose