V Avenir de V intelligence, ^. \Z
-i. Toutes les citations qui suivent sont empruntées à la préface du Dilemme.
100 A TRAVEUS l'œuvre DE M. CH. MÀURRAS
comme un facteur de première importance à quiconque étudie les conditions de la vie sociale d'un peuple. M. Maurras admet, après avoir comparé le catholicisme à toutes les autres religions, que seul il est vraiment capable de discipliner les puissances individuelles qui pourraient s'opposer au bien de l'Etat ^ Mais il ne s'attache pas seulement à l'Eglise parce qu'elle est un gouvernement fort : « La règle extérieure n'épuise pas la notion du catholicisme, cl c'est lui qui passe infiniment cette règle ; sans consister toujours en une obédience, il est partout un ordre. C'est à la notion la plus générale de l'ordre que cette essence religieuse correspond pour ses admirateurs du dehors. »
Tout y a sa place déterminée : personnes, fonctions, pensées ; rien n'y est laissé au hasard, si bien que ceux qui ont consenti à admettre ce corps de principes « n'ont jamais su se plaindre sérieusement d'avoir erré par ignorance et faute de savoir au juste ce qu'ils devaient. La conscience humaine, dont le plus grand malheur est peut-être l'incertitude, salue ici le temple des définitions du devoir ». Et cette discipline ne se borne pas à Tintelligence, elle atteint aussi les puissances du cœur, elle descend même au delà du cœur : « Quiconque se pré-
1. Malgré la distance qui les sépare sur tant de points, on ne peut pas ne pas songer ici à cette belle page où Bi'unetière glorifiait naguère le catl»q^icisme « d'être un gouvernement » {Discours académiques^ pp. 204-205). Que l'on se rappelle aussi les déclarations que M. Jules Lemaitre fait énoncer par son « ami » dans un Nout^el état d'esprit politique {Enquête, pp. 434 sq.). Gomme il l'a écrit à la première page du Dilemme, dans l'Eglise, M. Maurras vénère encore bien autre chose ; mais tout de même que MM. Brunctière et Lemaître, il aime en elle la puissance de discipline : le même aspect les a également frappés tous.
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vaut de l'origine catholique en a gardé un corps ondoyé et trempé d'habitudes profondes qui sont symbolisées par l'action de l'encens, du sel ou du chrême sacrés, mais qui déterminent des influences et des modifications radicales. De là est née cette sensibilité catholique, la plus étendue et la plus vibrante du monde moderne, parce qu'elle provient de l'idée d'un ordre imposé atout. Qui dit ordre, dit accumulation et distribution de richesses : moralement, réserve de jouissance et de sympathie. »
Rien n'est plus opposé que l'Eglise à l'esprit de chimères ; elle ne cherche pas à nier la vérité ni à la remplacer par de vaines fictions : « Se conformer à l'ordre, abrège et facilite l'œuvre ; contredire ou discuter l'ordre est perdre son temps. Le catholicisme n'a jamais usé ses puissances contre des statuts éternels ; il a renouvelé la face de la terre par un effort d'enthousiasme soutenu et mis en valeur au moyen d'un parfait bon sens. »
Enfin, par delà tous ses mérites, M. Maurras reconnaît à l'Eglise d'être, pour les sociétés, l'arche du salut et c'est ce qui excite son enthousiasme. Si le catholicisme « inspire le respect de la propriété ou le culte de l'autorité paternelle ou l'union de la concorde publique, comment ceux qui ont songé particulièrement à l'utilité de ces biens seraient-ils blâmables de lui en avoir témoigné gratitude » ? Dans le catholicisme seul, l'homme obtient ses garanties et la société les siennes (pp.xviii-xix)^ .
1. Et ailleurs, pp. 20-21 : « Nous vénérons de tout notre cœur le •ymbole catholique. Quiconque le profère est qualifié par nous d'ami. Nous ne pouvons l'entendre sans nous rappeler les grands jours de la civilisation, une forme splendide donnée à l'univers et
102 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS
Et si d'aucuns se prennent à regretter que l'Eglise ne soit pas nationale, il n'hésite pas à les menacer, lorsqu'ils seront soustraits à l'autorité latine, de tomber fatalement sous un joug étranger, le joug sémitique.
Contre tous ceux qu'offusque l'Eglise de Rome, contre tous ces « barbares » qui ne semblent créés que pour détruire, il se déclare « romain ». Là gît sa véritable foi, et cette foi, il l'exprime en un « symbole^ », connu de tous, qui veut être avant tout un hymne de louange à l'Eglise gardienne de l'ordre : « Ordre, tradition, discipline, hiérarchie, autorité, continuité, unité, travail, famille, corporation, décentralisation, autonomie, organisation ouvrière ^ », elle seule a su conserver aux sociétés les éléments, à l'intelligence les idées qui fondent leur vie. Elle est vraiment « la seule garantie que
la puissante discipline donnée aux àm«s. Rien d'individualiste, rien de libéral là-dedans. Les plus violentes passions du catholicisme, comme la charité, sont justement nommées vertus, à cause du rythme secret, qui les mesure et les défend ainsi de déviation ou d'excès. Le mysticisme catholique est lui-même régi, policé, soumis à des lois. L'Eglise contrôle les visions et les extases de ses héros ; sa discipline condescend aux dernières moelles de l'être. Elle forme, proprement, la cité de l'ordre, dont tous les mouvements peuvent être dits des progrès. Elle est une société de sociétés, dans laquelle la solitude même se hérisse de saintes fortifications tutélaires. Je ne sais pas d'enchantement comparable à celui de la considérer en moraliste, en politique, en critique et en historien. »
1. Comme il a été reproduit en son temps par toute la presse, il nous semble inutile de 1« transcrire ici, — Qu'on n'oublie pas d'ailleurs que, dans la pensée de M. Maurras, le mot « romain » n'équivaut pas absolument à celui de catholique; il signifie bien quel |ue attache avec l'Eglise de Rome, mais ne sera-ce pas surtout avec l'Eglise héritière de l'intelligence et de l'harmonie antique ?
2, Le Dilemme, p. 5.
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puisse trouver aujourd'hui dans le monde la civilisation ^ ».
Car elle ne protège pas seulement les sociétés, elle est la gardienne de la raison. « A la différence de la théologie protestante, le caractère (de sa théologie) est de former une synthèse où tout est lié, réglé, coordonné depuis des siècles, par les plus subtils et les plus vastes esprits humains, en sorte qu'on peut dire qu'elle enferme, détient, distribue et classe tout. Point de discussion inutile : tout aboutit. Les doutes se résolvent en affirmations ; les analyses, si loin qu'on les pousse, en reconstitutions brillantes et complètes ». La classe de catéchisme est l'école où l'enfant fait son apprentissage d' « animal raisonneur » ; les cours d'instruction religieuse « familiarisent l'adolescent avecles finesses et les difficultés des idées générales ; mieux que la grammaire et les mathématiques, ils le rompent à la logique 2 ». Manière très étroite, très humaine d'envisager l'enseignement religieux, qui est bien digne d'un positiviste! Mais, cette réserve faite, on saisit là ce besoin constant de montrer dans l'Eglise le champion de l'intelligence. Loin d'éteindre la raison, le catholicisme l'avive et la garde de toute défaillance. Les écrits tels que l'encyclique Pascendi en sont la meilleure preuve, etil faut les interpréter comme la « défense de la raison ^ ».
De là cette guerre sans merci faite par M. Maurras à tout ce qui a quelque attache avec l'esprit