Cf. Montesquiou, op. laud., passim
124 À TRAVERS l'œuvre DE M. CH. MAURRAS
L'on peut mettre en doute, il est vrai — et beaucoup n'y manquent pas — l'existence de lois sociales, réelles, objectives, parce que, la liberté y intervenant, aucune constance ne saurait leur être accordée : comment prévoir là où rien n'est fixe et tout indéterminé? Or la réapparition régulière des phénomènes et la possibilité de prévoir sont deux conditions essentielles de toute loi scientifique. L'entente sur un terrain si mouvant est donc illusoire, de même que les résultats auxquels aboutit la méthode.
M. Maurras ne juge pas l'objection sérieuse, et voici comme il raisonne. La nature humaine, sous tant de latitudes etde civilisations diflerentes, conserve un fonds identique que révèlent l'histoire et la psychologie; l'orientation de la liberté, malgré des sautes passagères, demeure toujours la même; et si, de ce chef, les lois sociales n'ont pas le caractère de rigidité des lois physiques, elles n'en tiennent pas moins un élément de fixité constant qui est leur objet propret D'ailleurs, d'autres élé-
1. Bien avant le xix" siècle, S. Thomas et les grands scolasliques avaient reconnu l'existence de lois morales et sociales et s'étaient appliqués, dans la mesure de leurs forces, aies déterminer. M. Deploige l'a très justement fait remarquer dans l'étude qu'il a consacrée aux théories et à la méthode sociologiques de MM. Durkheim et Lévy-Brilhl ; « L idée que les événements du monde moral ne sont pas abandonnés ù l'arbitraire et au caprice ; qu'ils résultent, au contraire, avec une régularité plus ou moins ponctuelle, de causes discernables, — cette hypothèse est considérée comme une conquête de la sociologie contemporaine et présentée comme son premier postulat. L'ignorance de la philosophie thomiste explique seule que la gloire de cette découverte se trouve attribuée à A. Comte. Assurément Comte affirme que les phénomènes sociaux sont assujettis à de véritables lois naturelles, et, par conséquent aussi susceptibles
ments y interviennent, tout à fait soustraits à l'indétermination de la liberté et qui s'imposent avec une force invincible : telles, les lois économiques ^ Et ce serait une grossière erreur que d'imaginer l'évolution des sociétés comme une évolution radicale, qui dépouillerait Tètre social de tous ses attributs et traînerait à la mer, comme un vil limon dont elle veut le purifier, toutes les acquisitions du passé, tout ce qui l'a constitué lui-même à une époque antérieure^.
On en revientheureusement de cette idée étrange. Mais, dans la détermination de ces lois sociales, M. Maurras se garde de traiter les faits politiques et moraux comme les faits physiques et biologiques. On l'en a accusé, c'est à tort. Sans doute, il a recouru à des analogies avec les sciences naturelles pour réaliser la synthèse de ses observations, mais il a eu soin d'avertir qu'il parlait d'analogie^. Loin de
de prévision scientifique que tous les autres phénomènes quelconques. Mais S. Thomas, en aristotélicien averti, concevait déjà la possibilité d'une discipline appliquée à découvrir par la méthode d'observation les lois des faits moraux et sociaux » [Le Conflit de la morale et de la sociologie^ pp. 287-288. Cf. pp. 319, 321, ou mieux encore tout le chapitre vu de l'ouvrage).