Cf. Béchaux, L'Ecole économique française ^ pp
2. « Le terme d'évolution ne signifie pas changement, mais efforts pour durer à travers le changement. Qui dit évolution, dit permanence de certains éléments dans l'adaptation. Du jour où cette permanence n'existe plus, il n'y a pas évolution, il y a destruction » (Bourget, Disc, à l'Institut d'Action française, 29 novembre 1907).
3. Qu'on se rappelle, à ce sujet, le passage du Dilemme que nous citions plus haut, p. 44, et surtout la conclusion d'une polémique assez vive, vieille de quelques années, avec M. Fonsegrive dans l'Univers : « Bourget a appris de Claude Bernard, disait M. Maurras, que la vie a quelque chose de propre et les loi» de la vie quelque chose de spécifique. Nous noua efforçons
vouloir réduire tous les phénomènes naturels au type des phénomènes vivants, il prétend bien, après A. Comte, P. Bourget et tant d'autres maîtres, que les faits physiques, mathématiques, psychologiques, sociaux, religieux sont irréductibles les uns aux autres. La première règle pour l'esprit sera donc d'employer dans chacun des domaines de la science « une méthode commune par certains points et distincte par d'autres^ ». « Dans le domaine des mœurs, la métîiode sciei^tifique consiste essentiellement dans une constatation », mais cette constatation ne souffre pas les procédés des mathématiques ni ceux de la biologie.
Un catholique, il est vrai, ne peut se contenter de ce principe. Vouloir réduire la science des mœurs à un pur constat, ce serait nier pratiquement le fait essentiel de la liberté, le pouvoir régulateur de
à notre tour de faire sentir la différence de la science des sociétés et de la science de la vie ». La science politique, écrivait-il encore, « n'est certes pas sans relation avec les autres sciences. Mais elle a ses lois et ses méthodes, comme la vie n'est pas réductible aux lois de la physique, la société humaine a d'autres lois que celles de la biologie». On ne saurait être plus net.
1. Bourget, Sociologie et Littérature^ p. 13. — Pour avoir la pensée exacte de M. Maurras sur ce point spécial, on ne saurait mieux faire que de lire la première étude du même recueil consacrée à la Vraie Méthode scientifique. Outre que M. Maurras se réclame sans cesse de l'illustre romancier, il me semble ici en parfait accord avec lui. Ce n'est pas d'ailleurs que l'un et l'autre suivent toujours la même marche. M. Bourget, sans nier aucunement la nécessité d'interpréter les faits et pour cela de recourir à des principes qui les dominent, s'arrête de préférence à un stade antérieur, à celui de la pure constatation; de là sans doute les âpres discussions qui ont salué l'apparition de sa Barricade. M. Maurras va plus loin : il ne constate que pour juger et tirer des faits toutes les conséquences qu'ils contiennent. Mois les tire-t-il réellement toutes et d'après quelles règles jnge-t-il, c'est ce que nous examinerons bientôt.
celle-ci sur les événements, et les conditions de son exercice. On veut ne pas tenir compte en sociologie des idées généreuses et ne connaître que « des idées vraies ou fausses ». Mais ne serait-ce pas avoir de cette science une idée singulièrement fausse que de la contraindre d'accepter l'empire absolu des faits sur la volonté et la morale, que de lui laisser ignorer la distinction du bien et du mal, de lui interdire la recherche de ce qui doit être, de la séparer de Dieu enfin, sa règle suprême? Et c'est pourquoi, lorsque l'on voit M. Maurras étudier les faits politiques, moraux et religieux, d'une manière tout expérimentale, il y a lieu d'être gravement inquiet; tout porte à craindre qu'il aboutira, pour beaucoup d'entre eux, à un résultat incomplet, peut-être radicalement erroné. L'expérimentation aura beau être « d'un ordre spécial comme les faits auxquels elle s'applique », la nature même de faits qui dépassent l'expérience lui échappera complètement.
M. Maurras oppose à ce grief trop fondé une double réponse. Tout d'abord, son but n'est pas de donner des faits politiques, moraux et religieux, une explication définitive : la nature du fait en soi, sa valeur ontologique demeurent en dehors de ses préoccupations. Etablir des lois qui expliquent des faits entre eux, cela lui suffit, et il s'oblige à ne pas sortir de ce « relatif ».
11 y a plus. M. Maurras veille à distinguer soigneusement les faits politiques des faits moraux et jet religieux, pour concentrer son attention sur les jpremiers, et n'étudier les seconds que dans leurs rap- Iports avec eux. « La politique, dit-il quelque part \