‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 63 sur 155 · Fidao, dans le Correspondant, 10 décembre 1905, p · texte numérisé non relu

Fidao, dans le Correspondant, 10 décembre 1905, p

130 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS

interviendra alors comme élément utile, souvent comme facteur essentiel. Pour un chrétien d'ailleurs, — la réponse de M. Maurras est ad hominem, — y a-t-il opposition vraie entre l'ordre naturel et l'ordre surnaturel, œuvre, l'un et l'autre, du même auteur? Ne s'accordent-ils pas, au contraire, dans une impeccable harmonie?

Et il illustre sa pensée, à l'aide d'un exemple topique. Des vérités d'ordre naturel parce qu'elles ont été saisies directement dans les faits en dehors de toute influence philosophique ou religieuse, n'en restent pas moins vraies, alors même qu'elles seraient, en réalité, appuyées ou complétées par la philosophie ou le dogme. Que l'individu ne soit pas une unité sociale, mais que la société humaine se compose de familles et non d'individus, c'est là une vérité que les philosophes chinois avaient reconnue avant Le Play et A. Comte. De ce fait, le positiviste Comte donne une interprétation mathématique. D'autres, de la race de Bonald, recourent aux desseins de Dieu sur le monde, d'autres enfin en rendent raison par le Décalogue. Les divergences d'explication du fait sont profondes, mais sur la loi statique des sociétés humaines, en sontils moins d'accord les uns et les autres parce qu'ils en appellent, qui aux mathématiques, qui à la métaphysique, qui à la foi? Ainsi en sera-t-il de toutes les institutions humaines : pour ceux qui les rattachent à la volonté et aux desseins de Dieu, elles seront de droit divin; pour ceux qui s'en réfèrent à la nature et à l'histoire, elles seront simplement naturelles. « L'un dit : voici la loi de la nature. L'autre : voici la loi de celui qui a fait la nature :

c'est toute la différence. Divisés sur Torigine des choses, ils conviennent du texte de la loi qu'elles ont reçue ^ »

Or, ce qui importe à M. Maurras, c'est la loi de nature : le reste lui est indifïérent. 11 aura donc, en matière de philosophie et de dogme, des opinions très libres qui contrediront celles d'un grand nombre de ses amis; il n'en a cure. Son système politique et social n'en sera pas rétréci, parce qu'il ne dépend pas de ces opinions 2. On peut penser autrement que lui sur le catholicisme, voire l'adopter de cœur, sans qu'aucune de ses conclusions pratiques ne soit infirmée. Avant de l'attaquer au nom de la religion, répète-t-il après un défenseur très catholique de l'Action française, il faudraitavoir établi que sa politique est rattachée à son paganisme par un lien de conséquence nécessaire. Or il semble que celle-là découle de celui-ci « comme les découvertes d'un astronome athée de son athéisme ^ » . Celui qui a formulé le premier les lois de la gravitation aurait pu ne pas croire en Dieu; au jugement d'un catholique, il est évident qu'il aurait eu le plus grand tort, mais les lois énoncées par lui n'en seraient pas moins restées exactes; et parce qu'il n'aurait pas eu le bonheur de confesser que le mouvement des astres avait été réglé par le Créateur, les étoiles ne lui en seraient pas pour cela tombées sur la tête.

La politique est une chose, la religion une autre ;

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