‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 70 sur 155 · Le Dilemme, pp · texte numérisé non relu

Le Dilemme, pp

2. Trois idées politiques, p. 54. — Dans la vie du Patriarche S. Benoit, par Dom l'Huillier, p. 244, on lit: « Dans la Grèce antique, celle des sages et des philosophes, on ne pouvait être citoyen si l'on travaillait, attendu que le travail ne laisse pas de temps pour les affaires publiques et l'on ne pouvait être citoyen qu'en prenant part à la conduite de ces affaires. Comme il fallait pourtant vivre, l'esclavage s'imposait comme une nécessité corrélative à l'existence d'une caste de politiciens. lien allait de même dans la cité romaine où la parole était le seul instrument de règne. Elle uienait à tous les emplois de l'Etat et la jeunesse qui voulait arriver n'apprenait que l'éloquence. Aux esclaves le travail. Immorale absurdité, mais la seule voie pour échapper dans une république à celte autre absurdité de faire gouverner l'Etat par une majorité d'hommes incapables d'en étudier les ressorts et les besoins. » Je ne sache pas que ce pasiage ait valu à son auteur d'être accusé de rêver le retour à l'esclavage. Et cependant Dom L'Huillier n'exprime-t-il pas ici la mêjiie peiis^e absolument que M. .\raur ras, encore que sous une lorme dilTérenle.-'

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ne portent pas plus loin. Comme il nous le dit dans le Dilemme, le christianisme ayant entièrement transformé les mœurs pour le plus grand bien de la civilisation et du monde, il ne saurait évidemment être question d'instaurer à nouveau un régime qui nous ferait reculer vers la barbarie. Mais supposez par impossible ^ que le christianisme disparaisse de nos sociétés et que les principes démocratiques purs viennent à triompher, la réponse de M. Maurras ne saurait alors être douteuse : le meilleur moyen de prévenir les calamités qu'entraîne ce nouveau régime serait de rétablir une institution qui a fait ses preuves. En sorte que, si l'esclavage revit jamais, c'est aux démocraties dont il faudra fuir les pires inconvénients que nous en serons redevables et non aux régimes héréditaires: les démocrates n'ont qu'à se le redire.

Cette explication n'a pas semblé suffisante à certains critiques. La question, à les entendre, n'est pas de savoir si M. Maurras veut rétablir ou non l'esclavage tel qu'il existait dans l'antiquité, mais bien s'il maintient ou non le principe de l'esclavage. — Aux auteurs de cette objection, on pourrait tout d'abord demander pourquoi ils déplacent ainsi les problèmes. Mais puisqu'ils nous transportent sur ce nouveau terrain, il y a lieu de s'étonner plus encore qu'ils n'y apportent comme philosophes et théo-

1. Par impossible en effet, car l'Eglise' a les promesses de l'éternité: « ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem sseculi » (Matth. xxviii, '20). Mais qui l'assure que dans telle ou telle nation, autrefois sa gloire et sa parure, la foi ne viendra pas à disparaître entièrement ? Le peuple alors y serait mûr pour toutes les servitudes. • - -. - . ■ .

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logions aucune distinction et condamnent, sans plus, toute forme d'esclavage comme contraire au droit naturel. Avant de s'improviser docteurs en ces matières, peut-être auraient-ils pu consulter avec avantage quelque manuel de philosophie scolastique ou quelque dictionnaire de théologie. Ils y auraient trouvé développée cette thèse que toute servitude proprement dite est peu conforme à la nature humaine, que, là où elle porte atteinte aux droits essentiels de l'homme, elle répugne absolument au droit naturel, mais que là où elle les laisse intacts, il est des cas où on ne peut la condamner comme de soi et en toute hypothèse immorale : telle est par exemple la thèse du P. Cathrein^ ; on la retrouverait à peu près identique chez tous les auteurs catholiques contemporains et c'est aussi bien celle de tous les moralistes anciens^. Mais parce que ceux-ci ne condamnent pas toute forme d'esclavage, ou plus exactement tout « perpetuus famulatus » contraint ou spontané, on n'est pas pour cela autorisé à conclure que, d'après eux, la suppression de toute forme d'esclavage entraînerait la destruction de l'ordre social et donc qu'il y a lieu d'en retenir quelqu'une : ils affirment hautement le contraire et ne souhaitent rien tant, avec l'Eglise de tous les siècles, que de voir disparaître entre hommes un genre de rapports si peu en harmonie avec la dignité des enfants de Dieu. Aussi bien doit-on dire que l'un des principaux titres de l'Eglise à la reconnaissance de l'humanité

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