Philosophia moralisa, pp
2. Comme on peut s'en rendre compte en lisant dans le Dictionnaire, de tJ;colosic catholique, la dissertation du P. Dutilleul sur l'esclaVag© selon les théologiens (art. Esclai>ag^j col. 503-516).
est d'avoir concouru de la manière la plus efficace à la disparition de cette institution barbare et de continuer, comme elle le fait encore à l'heure actuelle, à défendre avec tant d'énergie les droits de la personne humaine'.
Ces principes rappelés, revenons à M. Maurras. A lire certains individualistes et libéraux impénitents qui lui reprochent ce qu'il a écrit de l'esclavage, on est, il faut bien l'avouer, naturellement induit à penser qu'ils ne veulent plus dans l'ordre social, qui est seul ici en cause, de maîtres et de serviteurs, de supérieurs et d'inférieurs. M. Maurras, lui, en veut : et en cela il a parfaitement raison. Il prétend, d'autre part, que sur les intérêts généraux de la cité, tous ne sont pas également appelés à se prononcer en souverains, que la masse doit s'en remettre à une élite de ce soin et donc rester, sous ce rapport politique, en tutelle, en dépendance. Que Ton s'élève contre cette opinion, soit; mais que Ton cesse d'y flairer un retour aux errements de la cité antique : il appert que cette thèse politique n'a rien à voir avec ce que l'on est convenu de désigner sous le nom d'esclavage.
Quant à l'esclavage tel que l'a entendu Rome ou Athènes, quant aux conditions qui pouvaient le rendre acceptable en rigueur et permirent à l'Eglise de s'en accommoder^ avant qu'elle eût obtenu la disparition de cet état social si contraire à la dignité humaine, M. Maurras n'esi parle pas et le problème ne se posant point pour lui, on ne saurait lui reprocher ce silence. D'autre part, il est difficile
1. Lettre de Pie X du 7 juin 1912, Lacriniabili statu Indorum,
2, Cf. lettre de saint Paul à Piiilémon.
162 A TRÀVEKS l'œuvre DE M. CH. MAURRAS
d'expliquer comment on a pu trouver le principe de l'esclavage formulé « si nettement qu'Aristote luimême n'eût point parlé de la sorte », et l'affirmation la plus explicite « que des hommes ne sont que la chose d'autres hommes », dans des phrases comme celle-ci, écrite à propos d'A. Comte : « humanité ne veut aucunement dire ici l'ensemble des hommes répandus de notre vivant sur cette planète, ni le simple total des vivants et des morts. C'est seulement l'ensemble des hommes qui ont coopéré au grand ouvrage humain, ceux qui se prolongent en nous, que nous continuons, ceux dont nous sommes les débiteurs véritables, les autres n'étant parfois que des « parasites » ou des « producteurs de fumier » *. M. Maurras cherchant à expliquer le sens de cette « humanité » qui est pour Comte et aussi pour lui le centre d'attraction de toutes les énergies, veut simplement signifier ceci, comme son contexte l'indique très clairement : « ceux auxquels va notre culte et que nous voulons honorer par nos efforts, sont ceux-là seuls qui ont vraiment fait avancer l'humanité, qui la représentent par leur intelligence, leurs actions d'éclat, leurs vertus et auxquels en tant qu'hommes nous sommes redevables de quelque chose. Les autres qui n'ont été, suivant l'expression de Comte (et non de M. Maurras) que des «parasites» ou des «producteurs de fumier», qui l'ont fait déchoir et ne lui ont été utiles en rien, ceux-là ne représentent aucun idéal auquel on puisse se dévouer; l'on ne saurait se croire leurs obligés ni se considérer comme leurs oontinua-