‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 73 sur 155 · Le Chemin de Paradis^ p · texte numérisé non relu

Le Chemin de Paradis^ p

2. L. de Grandmaison, La Religion de Ic^oïsme, dansles Etudes, 20 décembre 1899 (t. LXXXI), pp. 805 et 813.

170 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS

de lui tout soupçon de nietzschéisme et Ton sait assez qu'il ne conçoit l'exercice du pouvoir qu'en fonction du bien général, toutes les justes initiatives demeurant sauves : ce qui est tout dire dans l'espèce.

Catholicisme antichrétien

Mais voici que s'élève de divers côtés une objection beaucoup plus grave. Dans la cité de ses rêves, la place réservée par M. Maurras à la religion est honorable à coup sûr et de premier plan. Les apparences ne sont-elles cependant pas trompeuses? Allez au fond des éloges qu'il adresse à l'Eglise, vous découvrirez que le catholicisme tant prôné par M. Maurras est un catholicisme vidé de tout contenu chrétien. Incroyant, athée, cet admirateur du dehors consent à se servir de l'Eglise en vue de ses constructions terrestres, mais à la condition d'en éliminer tout l'esprit, de n'en conserver que la discipline extérieure qu'il voudrait imposer à la manière d'un carcan. M. Maurras aurait le dessein avéré de « se servir du catholicisme pour organiser l'idée de Dieu, c'est-à-dire pour faire que l'idée de Dieu ne se transforme pas en une croyance qui soulève les âmes de terre ». Il en voudrait aux croyances les plus intimes, les plus sincères : celles-ci ne sont à ses yeux qu'illusions qu'il s'agit d'extirper, et ne deviennent un bienfait qu'à la condition de rester un instrument dont disposent « les maîtres visibles » pour se faire obéir en vue de fins exclusivement

terrestres ^ En fait ses constructions politiques bannissent positivement toute foi, et l'Eglise qu'il prétend aimer, dont il escompte le triomphe, est une Eglise qui ne croit plus et n'aime plus le Christ : ce n'est plus l'Eglise.

On n'accusera pas cet exposé d'avoir adouci systématiquement et estompé la difficulté. Ce que nous en pensons ne sera pas moins net : a) toute cette attaque repose sur l'interprétation de quatre pages de l'opuscule qui a pour titre Trois idées politiques^. Or ces quatre pages ne fournissent aucun fondement à une semblable exégèse, b) Cette interprétation fût-elle recevable pour ce passage, les conclusions qu'on en tire sont formellement contredites par des déclarations plus récentes de M. Maurras et elles sont en opposition complète avec le but qu'il poursuit inlassablement. Expliquons brièvement ces deux points.

En dépit de quelques phrases inadmissibles^ et

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