L Action française (quotid.), l*"^ juin
sée par le roi, doit être plus que personne incliné à comprendre que toute la force de la religion au point de vue social provient d'une identification analogue. La religion catholique transforme les questions sociales en questions individuelles et c'est parce que celles-ci nous deviennent intimes, personnelles, que nous en prenons un soin jaloux jusqu'à nous imposer les plus durs sacrifices ^ Mais sans la croyance, cette transformation est évidemment impossible.
Enfin dans ce morceau qui a eu l'infortune d'exciter tant de critiques, nous ne saurions oublier une phrase, négligée par les adversaires de M. Maurras et qui cependant affirmait bien sa pensée et son intention de ne rien enlever au catholicisme de son intérieure vertu : « admirable système, Fappelle-t-il, dans lequel chacun peut communiquer personnellement avec Dieu, à la condition de s'élever par ce nom à des pensées plus générales, à de plus généreux sentiments ». Le sens est clair par lui-même et si quelque doute pouvait s'élever à ce propos, le commentaire dont M. Maurras a accompagné son texte dans une nouvelle édition de Trois idées politiques va le lever sans peine : « d'après [M. Laberthonnière], le déisme catholique ne trouve grâce devant nous qu'à titre d'instrument de règne mis à la disposition non pas même du bien public, mais, ce qui fait une seconde fausseté, d'une race de forts conçue à la façon du barbare Nietzsche.
1. Le P. Petitot dans la Revue pratique d'apologétique, 1" août 1911, a ti'èa judicieusement développé cette idée et en a fait une application des plus heureuses au cas de la dfStjopulatîon
Malheureusement pour cette ingénieuse et audacieuse folie, la phrase où je fais observer que la condition imposée au déisme catholique était de s'élever, par le nom de Dieu, « à des idées plus générales, à de plus généreux sentiments », cette petite phrase exclut de ma pensée toute imagination de cet ordre et renverse de fond en comble l'édifice de M. Laberthonnière^ ».
Les rapports de la morale et de la politique
Toute difficulté cependant est loin d'être résolue par ces déclarations, quelque péremptoires qu'elles soient. S'il ne cherche point à détruire les croyances, M. Maurras, tout en se défendant avec raison du venin étatiste qui tend à absorber l'individu dans l'Etat, assure-t-il en pratique à ce même individu les moyens de conserver sa liberté essentielle? Ne conçoit-il pas les rapports de la morale et de la politique dans un sens inacceptable?
La politique étant distincte, encore qu'elle ne puisse en être séparée complètement, de la morale et de la religion, M. Maurras a le droit de les examiner chacune à part. Il n'a pas tort non plus d'affirmer que l'intérêt général, auquel doivent pourvoir très efficacementles institutions politiques d'un pays, dépasse en bien des rencontres l'intérêt particulier, que la conduite personnelle des individus, leurs devoirs en un mot, s'en trouvent par là même