‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 77 sur 155 · Trois idées politiques (3* édition), p. 61, note · texte numérisé non relu

Trois idées politiques (3* édition), p. 61, note

profondément transformés et donc que le point de vue politique et social, s'il n'a pas une supériorité universelle et absolue sur le point de vue moral et individuel, en a au moins une relative. M. Maurras ne nie pas du reste l'existence de relations nécessaires entre la « politique et la morale », et son collaborateur M. Moreau, parlant au nom de tout le groupe, a accepté sans détours la doctrine catholique sur ce sujet. Rien de mieux ^,

Mais cette nécessité de tenir compte des exigences de la morale et de la conscience individuelle, qu'estelle en somme pour x\l. Maurras ? De par sa méthode, il ne peut y voir qu'une nécessité de fait. C'est déjà quelque chose de croire à la liberté, à la responsabilité^, de l'admettre avec ses conséquences. Ne cherchons pas toutefois, chez M. Maurras, les assises de ce fait : il n'en est d'autres que le néant. Oui, pour ce logicien, pour ce positif qui ne se paye pas de mots, le droit et le devoir ne sont que des mots, des nuées. Il en a fait l'involontaire et candide aveu, un jour qu'il voulait précisément nous persuader du contraire.

Reprochant à M. Fidao d'avoir tronqué un texte de M. Moreau relatif à l'idée de droit, il rappelait le membre de phrase omis qu'il jugeait capital : « Il ne saurait y avoir de droit naturel sans une concession divine » ; et ajoutait: « Ce contexte (omis)

1. L'Action française, 1" novembre 1907, pp. 201-207. Cf. ibid., 15 juin 190y.

2. Les vues que nous rappelions dans notre première partie sur la nécessité hypothétique des lois naturelles suffisent à marquer sa pensée très claire et très logique sur ce point. Cf. L. Moreau, l'Action française, 1" nov. 1907, pp. 212-217; 15 juin 1909, pp. 408 sq.

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aurait montré au lecteur catholique, ou lui aurait fait entrevoir ces deux points essentiels de l'enseignement que nous avons toujours précisé sur ce sujet: 1° toute morale est nécessairement dépendante ; 2° toute morale impliquant une obligation catégorique est une morale fondée sur la théologie ^ » Voilà une majeure suggestive et rassurante. La mineure, hélas ! se pose ainsi : M. Maurras, comme il ne cesse de nous le répéter, ne reconnaît pas cekii-là seul de qui peuvent dépendre les volontés humaines ; il ne croit pas à Dieu, sans lequel le droit naturel n'existe pas, il n'admet point la théologie. Donc, pour lui, il ne saurait être question de droit naturel, ni de morale impliquant une obligation catégorique ; de son propre aveu, toute l'activité humaine se trouve désemparée, sans règle, ce qui, en rigueur de logique, peut conduire aux pires excès. Evidemment, nous touchons ici à l'un des points faibles du système : il appert qu'une telle position est spéculativement intolérable ^, puisqu'elle supprime tout principe régulateur efficace d'action. Un accord avec les exigences de la conscience, si jamais il intervient, ne pourra se faire qu'à l'aide de compromis empiriques qui seront impuissants à rendre la vie et la dignité à une doctrine de mort. D'où cette conclusion évidente qui ne souffre aucune atténuation : sur le terrain philo-

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