Le Correspondant, 10 juin 1908, p
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porte atteinte aux préceptes de la morale catholique, qui contredise en quoi que ce soit sa doctrine, et affaiblisse son autorité'.
11 y a plus : en verlu de ces mêmes principes, M. Maurras se fait fort de tranquilliser efficacement tous ceux des catholiques qui consentiraient à travailler avec lui ; il les assure qu'ils ne seront jamais sollicités à aucune action que réprouverait leur conscience, qu'aussi bien en agissant autrement lui-même se contredirait et manquerait son but : la sauvegarde et le développement des principes moraux et religieux, comme le plein essor de la vie spirituelle sont les premiers biens qu'il est de son intérêt de protéger, et il n'y faillira pas.
A l'appui de cette réplique, M. Maurras pourrait même ajouter qu'il y a une certaine part de factice et de convenu dans ces expressions sacrosaintes : « physique politique », « lois de nature », «démonstrations rigoureusement scientifiques - ».
Que l'observation amène à la découverte de telles lois vraiment prouvées, « inéluctables », nous y
1. « En ce pays divisé de sentiments et de croyances, comment les catholiques trouveront-ils la paix ? Le problème n'est soluble que par l'autonomie complète du catholicisme. En dehors de cette solution, en efFet, l'on se heurte à la guerre à l'Eglise et les membres de l'Action française qui n'ont pas la foi catholique sont les premiers à reconnaître qu'on ne peut rien entreprendre contre l'Eglise qui ne se retourne aussitôt contre la nation et généralement contre la société, plus généralement contre le genre humain... )) [l'Action française (quotid,), 31 juillet 1911 : à propos d'un libelle) . Tout l'article serait à citer.
2. « Oui la politique est une science, non pas de déduction pure, mais d'observation, dont le champ est l'histoire » [le Dilemme^ p. 56); et c'est fort bien. Sans confondre, comme on l'a dit, la raison purement empirique et la raison constructive et idéaliste, M. Maurras et ses collaborateurs reconnaissent à l'intelligence ces
consentirons volontiers. Mais ces lois sont au total très peu nombreuses et, veut-on énumérer celles que l'Action française croit avoir établies, le compte en est vite fait : la conservation et la vie des sociétés sont assujetties à des lois naturelles en dehors desquelles il n'y a que désordre et anarchie ; l'unité sociale véritable, ce n'est pas l'individu, mais la famille ; la souveraineté du nombre est une absurdité; la démocratie ne peut être, selon la parole de Comte, qu'une « mystification oppressive » ; le seul gouvernement capable d'assurer l'ordre social est un gouvernement héréditaire; à côté du pouvoir temporel, il faut un pouvoir spirituel : or, sans parler de la France qui, pour des raisons toutes spéciales, n'en peut tolérer d'autre, on doit affirmer hardiment
deux fonctions très légitimes et très compatibles d'ailleurs, nous n'y contredirons pas davantage, et ce n'est pas nous qui leur reprocherons de donner à l'idée de science une signification plus largo que celle qui prévaut à 1 heure actuelle et tendrait à refuser à l'histoire, à l'économie politique et sociale, sans parler évidemment de la métaphysique, tout caractère scientifique, faute d'assez de rigueur et de détermination positive. Toutefois on peut se demander quelle est la valeur des interprétations historiques de M. Maurras et des écrivains de l'Action française? M. Parodi {Traditionalisme et Démocratie, chap. i, pp. 158-161) en a relevé plusieurs par trop hâtives, qui exigeraient d'autres preuves: par exemple, celle-ci, que les idées révolutionnaires nous viennent toutes de l'étranger, ou encore cette définition de la monarchie capétienne : « Une institution qui ne craque et ne tombe que tous les huit cents ans et que tous les trente-trois règnes » (p. 170). La liste aurait pu s'allonger. Ces affirmations et le ton sur lequel on les fait s'expliquent de la part de publicistes qui doivent frapper la foule par des arguments topiques. Mais tout cela ne manque-t-il pas un peu de vraie tenue scientifique ? La synthèse témoignant d'une connaissance très étendue, très large de l'histoire de France, de Ihistoire de l'antiquité... qui justifierait l'attitude présente des néo-monarchistes, est peut-être possible ; peut-être encore en a-t-on, de-ci de-là, recueilli divers éléments ; il semble bien qu'elle n'est pas encore faite.
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que, pour aucune nation, il n'est pas de pouvoir spirituel supérieur à l'Eglise catholique. — Toutes conclusions assez honnêtes pour n'avoir pas à craindre les anathèmes des moralistes, et dont la mise en acte, d'ailleurs, n'est point soustraite à la surveillance de la morale commune. Vraiment n*ya-t-il pas là de quoi rassurer un peu les âmes timorées ?
Cette solution paraîtra sans doute et e*^ vraiment bien fragile : de tels expédients ne donneront pas à la morale politique de M. Maurras les éléments de fermeté et d'efficacité qui lui manquent, qu'elle repousse de parti prisetqu'ellepourraitsi bien dégager des faits d'expérience, si elle le voulait; et nous aurons d'autre part à examiner si le contact avec des hommes qui rejettent tous les fondements de la morale ne peut pas constituer un danger sérieux pour des catholiques. Toutefois il semble que cette réponse laisse la possibilité d'assurer en fait aux catholiques qui collaboreraient avec M. Maurras les garanties réclamées par leurs consciences et, que malgré des lacunes indéniables, elle réserve aux individus, pour le cas présent, dans l'exercice de leur activité, l'indépendance nécessaire. Que s'il arrive, à M. Maurras ou à ses amis incroyants, d'hospitaliser des idées répréhensibles, c'est une conséquence dont sera coutumière toute théorie édifiée sur une philosophie branlante et nous espérons prouver bientôt qu'il y a là un motif impérieux de ne pas s'en tenir à des principes aussi incertains. Mais peut-on affirmer que, dans les conjonctures où il trouve de fait son application, un concours prêté à Maurras doive fatalement conduire les catholiques à des actes que réprouveraient leur con-
science et l'enseignement de l'Eglise? Rien n'y oblige, au moins pour qui sait et veut ce qu'il doit faire.
L'utilité sociale de l'Eglise et V accord sur les résultats
Reste le reproche fondamental. M. Maurras, en donnant au catholicisme la simple valeur d'un fait naturel et contingent, n'attente-t-il pas à l'honneur du nom chrétien. Et en dépit des rapports qui existent entre lui et les catholiques sociaux, ne faut-il pas dire quesonincroyancedoit irrémédiablementvicier toutes ses conceptions ? De fait l'on tient que cette incroyance infirme non seulement sa méthode, mais son système entier, au point d'en rendre toutes les parties inadmissibles et que toute possibilité d'entente avec lui doit être impitoyablement écartée. — L'objection est sérieuse, et nous la reprendrons plus loin à notre compte, mais peut-être n'est-elle pas aussi décisive que d'aucuns l'ont affirmé. Pour que l'incompatibilité des conclusions de M. Maurras avec la doctrine catholique fût absolue, il faudrait avoir établi, au préalable, que le système politique qu'elles supposent entraîne nécessairement la négation du surnaturel et refuse à la doctrine catholique tout moyen de prouver sa valeur objective. Or, le système ne se contente-t-il pas d'ignorer ces divers points, de se déclarer indifférent, sinon impuissant à les établir et d'en faire abstraction? Pour faire court, théories politiques et conclusions pratiques sont-elles exclusives ou seulement précisives du
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point de vue religieux ? Dans la première hypothèse, pas de compromis possible : il faut rejeter le bloc. Mais la seconde laisse une large place à la vérité et l'on ne saurait tout condamner en elle a priori. Voyons à laquelle il convient de s'arrêter.
M. Maurras ne veut voir, dans le christianisme, qu'une doctrine nécessaire au fonctionnement de la société française et ne connaît pas sa valeur transcendante et universelle. Or l'Eglise n'est pas dans la société qu'un simple rouage destiné à procurer par sa discipline l'ordre extérieur, condition de progrès et de prospérité. Sa mission est plus haute; loin d'être subordonnée à l'intérêt temporel de la société civile, elle se le surbordonne au contraire, et ses prétentions à soumettre les intelligences et les cœurs à une fin supra-terrestre reposent sur des titres qui ont une valeur non pas relative, mais absolue; la révélation, source première de son enseignement, n'est pas due au cerveau de quelque médecin du corps social en quête d'un tonifiant infaillible, elle nous vient d'en haut. M. Maurras, en jugeant autrement la nature de l'Eglise, s'interdit le seul moyen de donner des faits qu'il étudie une explication complète, et à cet égard l'opposition de sa doctrine avec la doctrine catholique est encore radicale.
Sans doute parce qu'il ne croit pas à la révélation, il n'en est pas moins certain que l'Eglise offre quelque utilité dans l'ordre naturel, et il peut légitimement constater une vérité pratique que S. S. Pie X rappelait aux pèlerins français, le 19 avril 1009 : « C'est la religion qui garantit l'ordre et la prospérité de la société civile et les intérêts de l'une et de
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l'autre sont inséparables » ? Vérité sur laquelle Léon XIII dans l'encyclique sur la constitution chrétienne des Etats avait déjà très fortement appuyé ! Aussi bien, quoi de plus légitime que de recourir, en pareil cas, à la méthode d'observation ? Les apologistes qui s'appuient sur l'efficacité merveilleuse du christianisme dans l'œuvre de la civilisation, dans le juste affranchissement des peuples, dans leur développement intellectuel et moral, pour aboutir à la divinité de son fondateur, n'ont pas d'autre procédé.
Mais cette constatation ne saurait suffire pour nous rassurer sur la légitimité des conclusions politiques et sociales de M. Maurras. Celui-ci s'arrête à l'instant précis où un catholique le voudrait voir poursuivre et conclure : tant qu'il n'aura pas reconnu le caractère divin de l'Eglise, il pourra comprendre à merveille sur certains points son gouvernement et son rôle, il manquera toujours à en saisir le véritable esprit. Et dès lors comment espérer que l'on pourra jamais s'entendre avec lui ? Gomment admettre que, faisant une scission monstrueuse entre la théorie et la pratique, on pourra se rencontrer sur le terrain des faits avec un homme dont un abîme vous sépare sur le terrain des idées ? 11 semble qu'ici nous nous trouvions en face de la première hypothèse envisagée plus haut et que nous devions repousser en bloc toute rencontre, toute entente avec M. Maurras.
Nous avouerons sans ambages la délicatesse du sujet; mais, en dépit de l'apparente rigueur de ce raisonnement, nous croyons pouvoir en toute sûreté de conscience recourir ici à une distinction qui
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nous a toujours paru très fondée dans l'espèce et que les controverses mêmes qu'elle a soulevées ont à nos yeux pleinement confirmée.
Le peu que nous avons déjà fait connaître de la doctrine métaphysique et religieuse de M. Maurras suffît à montrer la distance qui le sépare d'un catholique. Aucun accord positif n'est donc possible entre eux sur le terrain dogmatique, puisque M. Maurras, positiviste et agnostique, n'admet pas le dogme, et qu'en philosophie un chrétien ne peut donnera ses connaissances une signification purement relative ; sans « absolu » , sans « objectif » , pas de catholicisme vrai. Mais toute réserve étant faite sur la valeur ONTOLOGIQUE accordéc par M. Maurras aux résultats que lui fournit sa méthode dans Tétude de la politique et des faits sociaux, l'accord ne peut-il se produire sur les résultats eux-mêmes, en vue d'une même fin que de part et d'autre on s'efforce d'atteindre : la prospérité temporelle delà société ?
Sans nous flatter de donner à cette dernière question une réponse métaphysiquement et absolument certaine, — ce qu'on n'est d'ailleurs jamais en droit d'exiger d'un moraliste traitant ces sortes de cas, — nous dirons que nousne voyons pas à toute rencontre opérée sur un tel terrain d'obstacle théorique insurmontable. Et voici brièvement pourquoi ^.
Les thèses politiques de M. Maurras, tout de même que les conclusions qu'il en tire et qui visent
1. Avant ailleurs {Monophorisme ei Action française, pp. 54- 89) long'ueinent développé ce point, je m'en tiendrai ici à un exposé très succinct.
uniquement dans sa pensée le bien de la France ne sauraient être blâmées en elles-mêmes; elles sont incomplètes, déficientes : elles ne sont, considérées dans l'abstrait, positivement ni fausses, ni mauvaises. D'autre part, comme nous l'avons indiqué, les concours que sollicite ou que propose M. Maurras n'entraînent aucune exclusion de Dieu, ni la renonciation à aucune vérité de raison ou de foi de la part du catholif^ue : tous les droits du métaphysicien et du chrétien sont réservés par lui, et en acceptant la direction du gouvernement spirituel et ses prescriptions, M. Maurras laisse aux croyants liberté absolue d'admettre, sur la transcendance de l'Eglise, ce qu'enseigne la foi, voire de donner à la religion, dans la société, la place éminente et privilégiée à laquelle elle a droit ^. Bien plus, il la veut lui-même protéger et servir selon sa constitution propre et selon son esprit. Sans doute M. Maurras se trompe en ne reconnaissant pas le surnaturel ; il n'impose pas son erreur à qui adopte ses conclusions, son système n'en est pas solidaire et sa méthode, pourêtre entravée dans sa marchepar un principe agnostique, qui lui est étranger et lui fixe des limites injustifiées, ne laisse pas d'être ici d'un usage légitime'-^.
1. Dans le Correspondant^ 10 juin 1908, p. 978, M. Maurras a très bien montré que ses collaborateurs catholiques n'ont envisagé en aucun cas l'Eglise « comme une grande utilité au service de la monarchie ». Cf. Lettre de cinq catholiques d'Action française, dans V Action française, 15 janvier 1908, pp 124 sq.
2. Nous sommes très heureux d'avoir retrouvé tous les principes de cette solution adoptés par un théologien averti du Bloc catholique, dont l'Action française du 24 février 1913 a reproduit de larges extraits.
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Cette réponse vaudrait même dans le cas où M. Maurras, comme on Ten accuse, ne donnerait au surnaturel d'autre objet que de justifier des lois naturelles '. Parce qu'il se méprend sur le domaine du surnaturel, les lois naturelles que vérifierait celui-ci ne cesseraient pas d'être vraies. M. Maurras, dans les passages incriminés^, a d'ailleurs simplement voulu dire que, en tel cas particulier, le surnaturel justifiait telle loi naturelle : ce qui est très orthodoxe ; mais il s'est gardé d'écrire que la religion ne nous fait connaître que des vérités naturelles. De même, lorsqu'il soutient que la France ne peut vivre et rester ce qu'elle est, sans la religion qui l'a formée, il ne signifie rien d'autre que ceci : « La France, douée par essence d'un tempérament romain et chrétien, ne peut demeurer la France, si elle ne demeure romaine et chrétienne. ^ » On peut par snobisme s'accorder l'absurde satisfaction de reprocher à cette idée d'être banale et trop vraie (c'est peut-être pour cela qu'en certains mi-
1, Puisqu'il n'admet pas pour lui-même l'existence du surnaturel, il n'y a pas à se demander s'il se trompe sur sa nature : la question ainsi posée n'a pas de sens. Lorsque M. Maurras parle de surnaturel, il entend seulement la doctrine proposée par l'autorité religieuse ; et cette doctrine, il ne lui reconnaît d'autre valeur que celle d'un fait.
2, Cf. supra, p. 135.
3, Après ce qui précède, il nous suffira d'une simple remarque pour écarter le grief enfantin de profanation que nous ont failles Annales de philosophie chrétienne. Un catholique ne peut pas évidemment «c voir dans l'Eglise qunn instrument au service du bien social. Une telle conception, ravalant à ce point l'œuvre du Christ, est intolérable. Mais perçoit-il aussi dans la religion une source de prospérité pour l'ofiire temporel, on ne saurait lui reprocher une vue si parfaitement juste .? Des lors qu il fasse rencontre de quelque incrédule que frappe vivement lapport considérable de forces vives fourni par le catholicisme à la société et que cet incrédule lui offre
lieux elle est si dépréciée à l'heure actuelle), on y chercherait vainement le bacille dévastateur du modernisme.
Libre donc à d'aucuns de s'indigner justement contre ce qu'ils ont appelé « une orthodoxie sans foi », puisque la doctrine de M. Maurras n'envisage du surnaturel que sa projection et sa répercussion
de combattre pour la défense de ses principes religieux, sans condition ni compromis blessant pour sa foi : de quel droit lui interdiriez-vous, sous peine de profanation, à lui catholique^ d'accepter une telle aide sur ce terrain commun ?
A la question ainsi nettement délimitée, j'ai répondu que, M. Maurras n'exigeant de ses adhérents catholiques aucune renonciation à la moindre de leurs croyances, et qu'en particulier la supériorité de l'ordre surnaturel n'étant pas mise en échec par son système politique, il n'incitait absolument personne à profaner sa foi : j'attends avec confiance que les Annales me convainquent d'erreur en ce point et qu'elles établissent en quoi toute communication avec ces « mécréants » modem-style constituerait un outrage à la religion.
Mais on insiste : le catholique, dans ce cas, ne profane peut-être pas directement les choses saintes ; du moins les profane-t-il indirectement par ce seul fait qu'il collabore avec un homme qui, lui, les profane à coup sûr et qu'il semble ainsi s'associer à une œuvre achrétienne, areligieuse. — La réponse est aisée. On ne saurait trop gémir de l'incrédulité de M. Maurras et de l'erreur qui lui fait considérer avant tout l'Eglise comme un moyen. S'ensuit-il qu'on travaillant avec lui sur un terrain exclusivement naturel on partagera ses erreurs sur l'ordre surnaturel ? C'est précisément ce qui est en question. Or, comme nous l'avons vu, les conclusions politiques de M. Maurras ne dépendant pas de cette « profanation », ceux qui les adoptent ne sauraient logiquement et nécessairement en être rendus solidaires. — Au reste le mot « profanation » n'est-il pas ici équivoque .^ N'est-il pas injuste de juger croyant et incroyant d'après la même mesure, et de reprocher comme un crime nouueau à qui n'admet pas l'ordre surnaturel, de ne pas reconnaître le caractère transcendant de la religion ? Il y a mieux à faire que de crier ici au scandale, puisque, pour tout incrédule, qu'il soit de gauche ou de droite, le cas sera le même. Et c'est pourquoi, au lieu de nous effrayer en face d'un adversaire ou plutôt d'un étranger plein de sympathie, il nous a semblé plus fructueux d essayer de lui faire comprendre ce qu'il ne comprend que superficiellement, mais aime déjà et respecte.
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dans l'ordre naturel, puisqu'elle se détourne de Dieu, de la révélation, pour en poursuivre l'ombre, en percevoir seulement l'écho : nous ne cessons de répéter nous-méme que ces théories politiques sont lamentablement incomplètes. Mais ne disons pas a priori que, pour être mutilées, elles sont nécessairement fausses en toutes leurs parties ; nous risquerions de tomber dans une proposition philosophiquement et théologiquement erronée, c'est à savoir que la raison ne peut atteindre certaines vérités d'ordre naturel, sans la notion de Dieu et le secours de la révélation.
Conclusions
De cette longue discussion et de l'exposé que nous avons fait des idées religieuses de M. Maurras dans la première partie de cet ouvrage, il nous semble pouvoir dégager dès maintenant quelques conclusions importantes.
Dans le bloc des idées de M. Maurras et de ses amis incroyants, il importe de faire une double part, l'une qui est personnelle à chacun d'eux, l'autre qui constitue le programme politique essentiel de l'Action française. Or entre l'une et l'autre il n'existe aucun lien nécessaire. Les théories que professe le groupe entier ne sont pas rendues fausses nécessairement par les théories philosophiques propres à quelques-uns et loin qu'elles entraînent aucune renonciation aux principes catho-
liques, nous espérons montrer que l'ordre politique qu'elles nous proposent ne trouve que dans une métaphysique de l'absolu, couronnée par une doctrine religieuse, un ferme et solide appui. D'autre part l'impiété de M. Maurras, son manque complet sur certains points fondamentaux de sens chrétien sont évidents : il nous semble avoir déjà abondamment signalé ces déficits et dans la suite nous aurons à y revenir. La justice toutefois oblige à reconnaître que nombre de textes allégués contre lui ou ses amis ont été détournés de leur vraie signification et poussés au pire, ce qui est d'une méthode déloyale; et que, si les opinions de M. Maurras n'ont pas varié sur les matières qui touchent à la métaphysique et à la foi, si l'ordre surnaturel lui reste toujours fermé, une évolution indéniable dans ses sentiments et son attitude à l'égard de ces mêmes matières, s'est produite sous l'influence des circonstances, des réalités de la vie, des rapports surtout avec les catholiques dans l'intimité desquels il a été à même de pénétrer.
Ce qu'au début plusieurs étaient tout prêts à mépriser, voire à tourner en ridicule, M. Maurras le respecte aujourd'hui et de la manière la plus sincère. Ce qu'il n'admet pas encore pour lui, mais ce que ses amis catholiques aiment et vénèrent et ce qui fait leur force, il n'est pas tenté d'en sourire, ni de le traiter avec hauteur, lia entrevu l'existence d'un mystère et ne se croit plus permis d'en mal parler. D'ailleurs peut-on mépriser et vilipender, bien plus peul-on ne pas aimer ce qu'aiment ceux que nous aimons ? Explications de sentiment, arguments impondérables qu'on ne peut réduire
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en formules! Peut-être. Mais qui se targuerait d'en faire fi ? — On comparerait volontiers ces incroyants d'Action française devenus les amis du catholicisme à ces exilés qu'une patrie ingrate et sans cœur a forcés de gagner une terre étrangère. Ils ne peuvent tout d'abord cacher leur étonnement en face de coutumes, de mœurs qui choquent toutes leurs habitudes et ils ne peuvent pas ne pas le manifester. Mais leur séjour vient-il à se prolonger, ils se font au caractère des habitants : ils comprennent peu à peu leur genre de vie, leur bonté... Ils demeurent bien toujours étrangers, mais ils se prennent à chérir leur patrie d'adoption, ils souffrent mal d'entendre critiquer au dehors ce qui les heurtait autrefois et la délicatesse prenant le dessus, ils s'en voudraientcomme d'un crime deblesser parquelque parole indiscrète ceuxquileur accordent une si large hospitalité et les protègent contre leurs ennemis... Est-il permis, dépassant les termes d'une comparaison toujours boiteuse, d'espérer que les incrédules d'Action française, devenus les amis de l'Eglise, feront à celle-ci une demande de naturalisation et que ces étrangers deviendront un jour membres de la grande famille catholique ? Ce n'est pas à nous de répondre.