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messes et de haines, fermes seulement dans leur hostilité contre l'Eglise et résolus à n'entrer en composition avec elle que pour la faire servir à leurs fins ambitieuses. Pareille aberration relève-t-elle de la naïveté ou dénonce-t-elle une coupable complicité, on hésite parfois à le dire. Et quelque réponse que l'on donne à cette question, tout est à craindre, semble-t-il, de ces hommes qui se piquent de largeur d'esprit et n'ont de zèle que pour se préserver de l'épithète de « fossile », de ces hommes qui bornent leurs efforts à ne pas paraître en guerre avec les pires ennemis de l'Eglise, — quitte à en être invariablement la risée ou les constantes dupes. Aux heures difficiles, sommes-nous assurés qu'ils ne se relâcheront pas, et que, dans la vaine attente d'un avantage terrestre immédiat, ils ne consentiront pas à des sacrifices incompatibles avec leur dignité de croyant? Ceux qui ont pu préconiser la monstrueuse alliance des démocrates catholiques avec l'Union républicaine, l'Union démocratique, le comité radical-socialiste et les socialistes pour briser la « coalition (?) immorale et abjecte de l'athée Ch. Maurras, du clérical Féron-Vrau et de l'hybride Piou » sont capables de toutes les compromissions et de toutes les fautes et nous ne saurions oublier l'apostasie lamentable du malheureux prêtre, M. Dabry, qui s'en était fait l'apôtre. Il faut que l'expérience du passé nous serve et qu'elle nous guérisse d'aussi grossières illusions : qu'elle nous apprenne à être sévères pour ces ennemis du règne de l'Evangile, non pas parce qu'ils ne croient point, mais parce qu'ils font une guerre sans merci à tout ce que nous

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aimons; qu'elle nous empêche de nous laisser prendre à la piperie de vagues protestations humanitaires et d'ouvrir les trésors de notre indulgence à de misérables Judas.

De Vinfluence des institutions sur les croyances religieuses

Les considérations précédentes nous ont amenés à conclure que la seule qualité d'incrédule ne constitue pas, de la part de M. Maurras, une objection décisive à toute entente avec lui. Nous en dirons autant du caractère spécifiquement politique de sa propagande.

Et d'abord il est évident que M. Maurras poursuivant un but exclusivement politique, qui est la transformation de nos institutions par le rétablissement de la monarchie, ne s'avise pas de présenter aux catholiques sa campagne comme une croisade sainte dont le terme serait la conversion immédiate d'un grand nombre à la vraie foi. 11 n'en est pas moins vrai que, dans ses plans de restauration française, la prospérité de l'Eglise occupe une très large place et qu'il n'a rien de plus à cœur que de la faire triompher, sinon immédiatement dans les âmes, — ce ne saurait être son rôle, — du moins dans la société, je veux dire, de lui assurer dans l'Etat une influence prépondérante, une place de choix, une liberté d'action absolue, de tenir compte dans le gouvernement de ses exigences et de marcher en tout de conserve avec elle. M. Maurras est persuadé qu'il ne saurait y avoir à son point de

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vue de soutien plus puissant et de garantie plus sérieuse pour la stabilité de l'Etat que dans l'Eglise. Et si insufïisant que cela soit, au total n'est-ce pas déjà beaucoup ?

Mais ici l'on se scandalise et l'on repousse avec véhémence un tel triomphe : « Le triomphe de l'Eglise se sépare-t-il donc de celui du Christ? Ou bien le triomphe du Christ n'est-il plus de régner dans les âmes ? » Et donc tout ce qui ne va pas immédiatement à instaurer ce règne est incompatible avec l'excellence de la religion et doit être repoussé avec mépris. — Nous ne comprenons pas ces inquiétudes soudaines et nous nous expliquerons franchement sur ce point.

L'ordre régnant dans la société et, par suite, la facilité assurée aux individus d'accomplir leurs devoirs essentiels d'hommes et de membres de la cité, a toujours semblé au véritable apôtre une condition souverainement efficace pour hâter dans les âmes l'instauration du royaume du Christ. D'autre part, ces devoirs, ces vérités, qui intéressent la vie morale naturelle des individus, l'Eglise s'en est toujours considérée comme la gardienne et la protectrice. En même temps qu'elle forme des chrétiens, il lui faut sans cesse redresser, discipliner la nature, l'organiser et avant même qu'elle puisse s'employer à l'œuvre surnaturelle qui est surtout la sienne, force lui est souventde préparer par des moyens très éloignés, œuvres sociales ou autres, l'action delà grâce. N'est-ce donc pas par des secours accordés au corps, par l'intérêt marqué pour tout ce qui touche au temporel et au mieux-être, par l'appel au sentiment de dignité naturelle, par le

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relèvement des conditions..., que le missionnaire et l'apôtre se fraient un chemin près des àmes^ ? La grâce achève, prolonge la nature en la perfectionnant; mais, selon le plan ordinaire de la Providence, elle ne commence de paraître, elle ne se développeen touscasetnesortitpleinementses effets que là où un terrain de culture lui a été ménagé, là où les obstacles naturels ont été écartés.

Or nul ne peut nier que les institutions sociales et politiques aient sur la vie morale une influence considérable; on conçoit donc que la réintégration des principes d'ordre, de discipline, de hiérarchie dans la société ne laisse pas l'Rglise indifférente. Loin de repousser le concours des hommes qui voudraient assurer à la société son fonctionnement

1. Et telle est la raison des encouragements apportés par l'Eglise à toutes les œuvres de bienfaisance et de prései'vation sociale, voire même à des œuvres « d'un caractère exclusivement économique », dont le but n'est pas immédiatement religieux, mais « d'où l'on espère retirer des avantages pour le perfectionnement moral », ou que l'on fera « servir par delà leur but immédiat à des fins plus élevées d'éducation et de culture» (PieX, lettre du 20 janvier 1907 aux directeurs provisoires de l'Union économique sociale. Actes, t. III, p. 39). — A ce propos nous nous permettrons ici une double remarque :

a) Pour obtenir ce résultat surnaturel qu'un catholique militant ne doit jamais perdre de vue, il est très certain et évident que les couvres fondées et dirigées par des catholiques devront autant que possible avoir un caractère nettement confessionnel: « Que le noji erubesco ei'an^elium que S. Paul répétait déjà avec tant de franchise dans sa lettre aux Romains soit inscrit en grands et ineffaçables caractères sur le drapeau de toutes les institutions catholiques et qu'une profession chrétienne ouverte et franche forme leur devise glorieuse et la synthèse lumineuse du caractère qui les informe et les distingue... [Sa Sainteté recommande] de nouveau et indistinctement à toutes les associations qui militent dans le camp catholique d'être et de se montrer catholiques à toute épreuve, non seulement dans l'ombre de leurs propres réunions, mais

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normal, tarir les principales sources de l'anarchie sociale et intellectuelle, refréner l'individualisme révolutionnaire, lutter sans trêve contre les francsmaçons et tous les oppresseurs de la foi : elle l'estime de conséquence. Le triomphe de certaines de leurs idées sera en partie le sien et il se peutqu'elle trouve, grâce à eux, un terrain d'évangélisationplus propice, une voie nouvelle ouverte à la pénétration, dans les masses, des principes spécifiquement chrétiens.

En celarienqui soitde nature à humilier l'Epouse du Christ, La question sociale est sans doute à plus d'un titre question morale et religieuse; mais la question morale et religieuse est aussi à certains égards, question sociale et politique ^ C'est là une

aussi à la lumière des grandes manifestations sociales ; non seulement dans le silence de la vie privée, mais aussi au milieu du bruit de la vie publique, de façon que chacun puisse s'appliquer à lui-même et se dire avec joie: in ipso i>ivimus, mouemur et sumus. » Ces paroles du Cardinal Merry del Val au Comte Medolago-Albani (lettre du 17 mars 1910), définissent très exactement le sens de toutes les déclarations de Pie X relatives à l'action sociale des catholiques et depuis qu'elles ont été écrites, l'encyclique Singulari quadam a fixé de la manière la plus autorisée la doctrine de l'Eglise sur ce point de la confessionnalité des œuvres.

b) Mais les catholiques n'en reçoivent pas pour autant la défense de se mêler à des œuvres non-confessionnelles qui n'auraient aucune tendance anti-catholique, « par exemple telle organisation purement professionnelle, telle association de secours aux blessés, telle ligue contre la pornographie ou contre la licence des rues. A de pareilles œuvres non-confessionnelles, on ne saurait trop souhaiter de voir les catholiques prendre une part active et, s'il se peut, prépondérante. En figurant de la sorte parmi les plus généreux à faire le bien, parmi les plus énergiques à résister au mal, les catholiques n'auront pas médiocrement servi l'Eglise » (Y. de la Brière, Etudes, 5 mars 1911, p. 701).

l.Cf. infra, Appendice YIII.

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vérité chère à M. Maurras, qu'il répète à toutpropos ^ et qui ne peut être contestée, que d'ailleurs Sa Sainteté Pie X s'est chargé en une circonstance mémorable de rappeler aux Français. Dans le consistoire du 18 décembre 1907, tenu à l'occasion de la création de deux nouveaux cardinaux français, Mgr Andrieu et Mgr Luçon, il s'exprimait ainsi : « Tous les catholiques de France doivent regarder avec affection Reims etMarseille, car, si Marseille reçut le premier germe de la foi que lui apportait la parole venue du Golgotha, encore toute chaude du sang de Jésus-Christ, Reims vit proclamer solennellement le règne du Christ sur toute la France par le roi Clovis, qui, ne prêchant que par son exemple, amena les peuples qui le suivaient à répéter en sa présence d'une seule et même voix : « nous renonçons aux dieux mortels, et nous som- « mes prêts à adorer le Dieu immortel prêché par « Rémy! » O était une pî'eui>e de plus que les peuples sont tels que le veulent leurs gouvernements. »

En cela rien encore qui suppose une distinction entre le triomphe de l'Eglise dans la société et le triomphe du Christ dans les âmes. Le triomphe de l'Eglise dans la société, c'est d'abord, on l'entend de reste, le triomphe de ses idées d'ordre, de discipline, le triomphe des principes de droit naturel, de morale individuelle et sociale dont elle a la charge. C'est surtout la pénétration de ses idées de justice etdecharitédans les lois et l'administration. Mais ce premier succès n'a de valeur pour elle que parce qu'il est l'annonce de victoires plus entières,

1. Par exemple, dans r^c^io/i/ranço/se (quotidienne), 6 mai 1911 : les Mœurs.

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de conquêtes plus nombreuses pour le parti deDieu. Tenter de ramener directement les individus au Christ est une tactique essentielle qui s'impose à tout apôtre, que celui-ci ne négligera jamais sans forfaiture; s'efforcer de transformer la société en transformant d'abord une à une les âmes sera souvent son unique moyen d'action et l'efficacité comme la légitimité de celui-ci n'a jamais été contestée. Cependant à côté de cette lutte qui doit disputer chaque âme à l'erreur, on peut en concevoir une autre qui lui serait parallèle et qui chercherait à atteindre les âmesen s'en prenant d'abord aux institutions et au gouvernement, en les transformant et en obtenant que l'Eglise soit dégagée des liens qui l'entravent et qu'elle ait la liberté « d'exercer parles moyens qui lui sont propres, la mission de conservation et d'apostolat qui est sienne ». Comme nous avons entendu Pie X nous le dire à l'instant, l'influence des gouvernements sur la moralité et la religion d'un peuple est immense et l'Eglise peut en tirer le plus grand profit. Et d'abord il est évident que l'Eglise songe jamais à recueillir « ce bienfait de l'application du « crois ou meurs » ou du compelle intrare exercé par le bras séculier, moins encore de la maxime protestante cujus regio ejusreligio^)), ni qu'elle doivejamais devenir « une sorte de mahométisme s'imposant d'abord par le sabre ^)) î!

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