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extraordinaire ne se présentera. Mais que, pressés d'aboutir, ces chefs se dégagent quelque jour de leurs fantômes de principes, et adoptent pour euxmêmes, sans les imposer du reste, des procédés suspects, qu'est-ce qui nous assure que leurs frères d'armes, les catholiques, ne subiront pas la contagion de l'exemple sur le double terrain des idées et de l'action? Le péril, cette fois, semble grave et de ceux qu'on aurait mauvaise grâce à négliger. Avant de discuter l'objection, donnons-lui toute sa force.

Pour des jeunes gens touchés dans leur foi par la crise intellectuelle présente, ou éprouvés par une crise morale aiguë, la tentation ne sera-t-elle pas grande de professer l'agnosticisme de M. Maurras? La théorie en est si commode! Elle libère si bien l'intelligence et le cœur de la contrainte, tout en permettant de conserver les relations, le vernis traditionnel du Français de haute lignée! Et quant aux maîtres, ils ont un tel prestige ! Talent, savoir, sérieux des convictions, bienveillance, dévouement, enthousiasme pour la cause de la France! Tout ce qu'il faut, et au delà, pour séduire un disciple. Dans leur commerce, le cœur s'échauffera, se donnera, — rien de plus juste, — et, peu à peu, s'effritteront les croyances; il est si rare que le cœur aille d'un côté et l'esprit d'un autre! Bien plus, on fréquentera chez les initiateurs de cette philosophie qui a façonné et qui satisfait ces guides vénérés. On lira Comte, Taine, Renan, tout entiers, sans avoir reçu une formation dialectique et métaphysique sérieuse; on se laissera prendre à ces argumentations toutes concrètes et finies ; on s'habituera à

ne rien admettre au delà de rexpérience; on s'enlisera dans le positivisme. Et peut-être, le mal accompli, s'imaginera-t-on n'avoir rien abandonné du trésor de sa foi, rien, hormis ses impédiments de timidités, de naïves chimères et d'idées abstraites, inutilisables dans la lutte pour la vie! — L'on dit pour nous rassurer que quelques-uns ont retrouvé ou pensent retrouver près de ces maîtres la foi perdue. Et quand ce serait, qu'en conclure ? Ananias, Mizael et Azarias ont, eux aussi, trouvé dans la fournaise une vigueur nouvelle: est-ce une raison pour que tous jouent avec le feu ?...

Chez ceux-là mêmes dont la santé intellectuelle se serait encore conservée robuste, le passage au positivisme ne voilera-t-il pas aisément un prétexte pour pallier des écarts de conduite que l'on proclamera indifférents à la sécurité nationale? On tiendra à sortir du catholicisme pratique qui gêne avec honneur, si l'on peut dire, pour des motifs soidisant intellectuels et il est singulièrement grave qu'une doctrine fournisse de telles facilités.

Oh! sans doute chez les âmes ardemment éprises des choses de la foi, le positivisme de M. Maurras n'affaiblira pas le désir de réaliser pleinement leur idéal chrétien. Mais combien n'en est-il pas, en cette période si critique pour les croyances religieuses, dont l'ardeur est faible, qui devraient être avant tout soutenus dans leur foi, bien loin d'en être détournés par des appels incessants vers d'autres objets? Combien que leurs tendances, leur milieu, l'éducation reçue ont peu à peu fermés à toute vue métempirique, chez qui l'on doit craindre une diminution graduelle de la foi produite par le

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contact perpétuel sinon avec la personne, du moins avec les idées d'un Maurras, les maîtres de sa philosophie et amenée en quelque sorte par endosmose?

Rien ne comptera pour eux de ce qui n'est pas mesurable à la hauteur de leur intelligence. Mais, comme il leur déplaît d'aller à la dérive, comme ils conservent, dans leur raison malade et fantasque, des traces de sa native rectitude, ils chercheront autour d'eux une doctrine qui demeure stable par quelque endroit. Si triste que soit la déchéance, le positivisme les sauvera de l'anarchie totale et cela leur suffira. Seulement une fois donné Télan sur cette piste, qui peut assurer de ce que sera fait demain ? La chair et le monde n'ayant plus d'adversaire efficace, n'étaleront-ils pas bientôt leur triomphe honteux?

Enfin, quelque délicat qu'il puisse être de le signaler, il est un autre danger auquel sera sensible le psychologue le moins averti. En travaillant sous la direction d'un Maurras, reconnue et acceptée sans réserve sur le terrain politique, le catholique se trouve par le fait même suivre un maître avec lequel, sur des questions vitales qui intéressent non pas seulement un Français, mais tout homme conscient et libre, soucieux de sa destinée, il est en désaccord absolu. Et cela encore est singulièrement grave! Sur toutes ces matières où l'on ne s'entend pas, M. Maurras et ses amis incroyants auront beau être d'une discrétion et d'une délicatesse rare, ils auront beau se faire scrupule de n'inquiéter en rien leurs jeunes collaborateurs catholiques dans la tranquille possession de leur

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foi; enfin à l'Action française les incroyants auront beau n'être qu'une infime minorité et les fervents catholiques se trouver nombreux parmi les dirigeants : rien n'empêchera que l'impulsion première et profonde ne parte d'agnostiques avérés.

Aussi bien la méthode de l'Action française, telle du moins que Vapplique M. Maurras^ comporte essentiellement de ne considérer le divin que sous l'angle relatif. Or, sauf le cas d'une formation intellectuelle très solide, combien de jeunes gens peuvent se dire assez sûrs d'eux-mêmes pour n'avoir pas à redouter l'influence d'une telle attitude? Qui s'abandonne à la décision d'un homme et, sur le terrain de l'action (surtout lorsqu'il s'agit d'une action qui absorbe toutes les énergies), ne fait rien que d'après ses conseils, risque fort d'être amené bientôt, sinon à penser comme lui en matière d'idées et de principes, du moins à n'avoir plus la même aversion pour ses erreurs, à les regarder d'un œil indifférent, à se familiariser avec elles. Et insensiblement les dispositions intimes ne se transformeront-elles pas, tout comme celles des incroyants qui vivent en contact avec les croyants : de part et d'autre il y a diminution d'hostilité, une sorte de dégradation d'énergie. Mais dans cet échange, dans cette mise en équilibre, l'énergie de la foi ne subira-t-elle pas une lourde perte, et en définitive ne sera-t-elle pas victimée ? « Le maître se passe bien de Dieu ! Pourquoi en aurais-je plus besoin que lui? »

Telle est l'objection présentée sans ménagement aucun. Pour en apprécier la valeur, nous examine-

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rons successivement la situation qui s'offre à nous sous son double aspect théorique et pratique.

A n'envisager que le premier, le danger formulé dans l'objection nous paraît très réel et comme dans la logique des choses. Tous les arguments que l'on vient de lire valent et méritent d'être retenus. Nous ne saurions trop mettre les jeunes catholiques d'Action française présents et futurs en garde contre l'influence des idées spécifiquement positivistes et agnostiques dont ils demeurent toujours exposés, à l'intérieur de leurs groupes et en dépit de la plus scrupuleuse discrétion, à respirer le parfum.

11 ne faudrait cependant ici rien exagérer et il est permis de douter que le positivisme de M. Maurras et de ses pairs en incrédulité influe dans une si large mesure sur le naufrage religieux de tous ces jeunes que l'on voit actuellement en notre France déserter la foi de leurs pères. Ses attraits sontils si puissants qu'ils suffisent à désemparer tant de croyances, il est vrai, hâtivement gréées? Une intelligence éprise d'ordre et de discipline serat-elle une proie facile pour une doctrine destructive de l'absolu et du suprasensible? Nous réalisons difficilement pour notre part qu'un esprit sain, avide de certitude, et suffisamment conscient de sa foi, accepte le système impérieux de M. Maurras, en l'isolant de tout ce qui fonde sa valeur. Loin d'incliner au scepticisme, ce système tend au dogmatisme, à l'absolu; et sur des âmes ardemment religieuses, il peut, en somme, exercer une influence salutaire, voire même redonner à des esprits plus faibles quelque fermeté, et communiquer

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aux indifférents quelque flamme. Mais l'idée de Dieu s'en trouvant pratiquement écartée, ce même système pourra aussi bien laisser place à une grande décomposition morale et la nécessité de se prémunir contre le péril devient une obligation grave.

Contre une telle appréciation, formulée dans le seul ordre des possibles et réduite à ces limites étroites, j'entends les amis de M. Maurras m'opposer cette objection : « Citez donc quelque exemple concret vérifiant cette description ! En pouvezvous alléguer parmi les fidèles d'Action française qui doivent la perte de leur foi aux causes que vous signalez. Et que vaut un tableau aussi sombre peint d'imagination dans le silence du cabinet, loin de la lutte et du contact avec les faits ^ ?» — Je n'ai aucune peine — au contraire — à confesser que les craintes exprimées plus haut ne se sont heureusement pas vérifiées dans la pratique. Les rares cas d'influence positiviste exercée par les incroyants d'Action française sur la jeunesse que l'on m'avait signalés se sont résolus avec le temps sans dommage pour la foi des intéressés et d'une enquête faite depuis la première édition de ce livre auprès de quelques directeurs de jeunes gens, aux tendances opposées et habitant les régions les plus diverses de la P'rance, il résulte que la philosophie d'A. Comte, chère à M. Maurras, n'ébranle pas en fait^ au moins directement^ les croyances des jeunes catholiques qui s'enrôlent dans l'Action française. La plupart passent à côté; les plus réfléchis savent

1. M. Bonvallet, V Action française et le catholicisme, dans la Revue critique des idées et des livres ^ p. 676.

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en découvrir les lacunes et apprécier le prix de leur religion; la masse plus superficielle est séduite avant tout par les dehors frondeurs et empanachés de l'entreprise, si conformes à l'ardeur chevaleresque du bon Français, elle s'éprend de sa manière énergique et des idées de rénovation sociale qu'a lancées l'Action française : elle ne fait état des idées de M. Maurras qu'en fonction de ses conclusions politiques qui peuvent très légitimement se défendre ; mais elle ne se préoccupe pas d'en analyser les fondements philosophiques. Par bonheur elle n'en a pas besoin et se contente, en fait de philosophie, du bagage reçu dans la famille ou au collège^.

Si de la philosophie et des croyances religieuses on passe à la moralité, on ne voit pas davantage que les idées positivistes de M. Maurras doivent encore ici être en fait^ au moins directement^ rendues responsables des écarts où peuvent être entraînés certains jeunes catholiques d'Action française. Ceux-ci, pas plus queles catholiques d'aucun autre groupe de jeunes gens, à quelque parti qu'on doive les rattacher, ne sont immunisés contre la violence des passions commune à leur âge, et si la jeunesse d'Action française, comme nous le verrons, a cela de particulier qu'elle ne sait pas assez se mettre en garde contre ses effets funestes, elle ne semble pas pratiquement, en tant que groupe politique^ et du fait de ses théories, plus exposée que d'autres. Et

1. On serait même assez embarrassé de citer parmi les catholiques d'Action française des déclarations religieuses dans la manière de cet ecclésiastique, disciple de MM. Sangnier et Labertbonnière, qui fit naguère, à propos de l'enquête de la Reçue hebdomadaire sur la jeunesse actuelle, une déposition si étrange {Reçue hebdomadaire^ 11 mai 1912, pp. 248-256).

c'est aussi bien ce qui explique pourquoi, à ce point de vue de la moralité et de la mondanité, la composition des groupes de jeunesse d'Action française est extrêmement variable. D'une ville à l'autre, et dans la même ville d'une année à l'autre, l'attitude religieuse, l'étiage moral diffèrent du tout au tout selon les circonstances, selon les individus, — selon la vigilance aussi qu'apportent les chefs au recrutement de la liguée Les déficits à cet égard, en plus d'un endroit, sont certains, profondément regrettables et ils établissent à l'évidence la nécessité pour chaque individu en chaque cas particulier d'examiner avec soin, avant de s'engager dans cette nouvelle milice, à quoi il s'expose : on ne saurait cependant sans injustice en rendre responsables les doctrines de M. Maurras considérées en ellesmêmes. Encore que trop exclusive et dommageable par plus d'un côté, l'emprise de l'idée politique semble même telle chez beaucoup qu'elle tend à les détourner d'autres préoccupations plus ou moins avouables; elle stimule au travail et à la lutte un bon nombre de jeunes hommes qui, laissés en dehors du mouvement, se livreraient peutêtre aux pires plaisirs. Et d'autre part, même chez les plus militants d'Action française, on voit des (( camelots » se faire les ardents propagateurs de la communion fréquente et de la vraie piété.

1. On voudrait vraiment parfois chez ces derniers une plus grande conscience de leur responsabilité vis-à-vis des jeunes camelots. Quelques-uns ont très bien compris leur devoir et se distinguent par leur zèle et leur perspicacité à le remplir; d'auti-es se soucient vraiment trop peu d'écarter des jeunes gens qui défendent leur cause toute brebis galeuse et tout élément taré.

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Il faut se réjouir de ces constatations et la simple équité exigeait qu'on les enregistrât. Elles prouvent que les dangers signalés ne sont pas insurmontables et qu'il suffît de le vouloir, pour mener, même dans le tumulte des batailles politiques, une vie pleinement chrétienne : s'il n'en avaitpas été ainsi, la question que nous traitons en ce moment se fût trouvée close depuis longtemps. Mais la possibilité de déviations lamentables n'en demeure pas moins et donc, avec elle, l'obligation de se tenir sur ses gardes. Tous ne sont pas également immunisés contre des tentations positivistes. Ceux dont l'intelligence ou le vouloir pencherait de ce côté ou dont les forces de résistance aux influences étrangères se sont trouvées faibles à l'user ont le devoir strict de fuir tout contact avec des hommes dont l'ascendant risquerait de les ébranler dans leurs convictions ou leur vie morale, d'éviter avec eux toute collaboration, tout travail en commun.

L'action politique exclusive

Si dans la pratique, la difficulté précédente peut trouver, grâce à une continuelle vigilance et à une santé intellectuelle ou morale robuste, des remèdes efficaces, toutes les objections ne sont pas résolues pour autant. 11 en est une dernière, à laquelle peutêtre il est encore possible de remédier, mais dont on ne saurait nier l'importance capitale : c'est à notre avis la plus sérieuse qui doive être faite, au

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nom des principes catholiques, à l'Action française et nous ne saurions trop y appuyer.

Il faut en effet craindre beaucoup une méthode qui tend à «prescinder» de l'élément religieux, à ne l'admettre qu'au titre expérimental et qui absorbe toute l'activité au profit exclusif d'une idée d'ordre purement naturel. L'exténuation ou mieux la négation par prétérition de certaines vérités essentielles d'une part et, de l'autre, l'oubli de l'action religieuse et sociale, la diminution enfin de la vie intérieure sont des conséquences graves qui découlent naturellement de cette méthode et contre lesquelles il importe souverainement de se prémunir.

C'est une maxime chère à toute l'école d'Action française et que ses écrivains catholiques ne manquent pas defaireleur, que les questions politiques se traitent du point de vue politique seul^.Or si cette proposition peut être admise dans une large mesure, comme nous l'avons accordé, ce n'est qu'à la condition que le mot « seul » en soit retranché : la politique ne saurait faire totalement abstraction de la

1. C'est ainsi que dans l'étude que M. Rivain m'a consacrée sous ce titre; Politique^ morale et religion, je relève celte phrase qui correspond, je le veux croire, à une pensée exacte, mais ne laisse pas de donner prise aux interprétations les plus fâcheuses. M. Rivain écrit : « Dieu existe, l'homme existe: les rapports qui les unissent sont vrais. Mais reconnaître la vérité de ces rapports est affaire de théologie, non de science politique. » S'agit-il ici de théologie surnaturelle ou de théologie naturelle? S'il sagit de la première, M. Rivain a très certainement raison d'écrire que la politique n'étudiera pas les mêmes questions ; elle se contentera de prendre ses conseils, de ne jamais heurter ses enseignements. Mais l'objet de la théologie naturelle conserve avec la science politique des affinités plus étroites que cette phrase ne le donne à entendre. L'étude des rapports de

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morale, et prétendre le contraire est une grave erreur.

Pour ceux qui n'iraient pas jusque là, il reste que les habitudes d'esprit engendrées par les méthodes d'Action française tendent bien effectivement à une diminution de l'esprit chrétien, si l'on s'y abandonne sans réserve, comme le font un trop grand nombre. Le péril ici n'est plus spéculatif,et d'après l'enquête signalée plus haut, je constate qu'il n'est que trop réel. Comment s'accoutumerait-on sans dommage pour la ferveur religieuse à voir en toutes choses l'aspect politique, à ne juger tout que de ce point de vue? à séparer le plus possible la morale et la religion de l'économie politique et sociale, à ne s'en inspirer que dans les cas de nécessité absolue? à n'interroger la foi, là où les deux domaines politique et religieux entrent en contact, que pour ne la pas contredire? à s'interdire dans les discussions et réunions communes, par suite des divergences métaphysiques et religieuses de ceux qui y prennent part, toute considération surnaturelle et donc à s'en tenir à des résultats tout positifs, bons sans

l'homme avec Dieu ne ressortit pas directement, il est vrai, à la science politique ; celle-ci n'en est pas moins obligée d'en reconnaître la vérité^ nous voulons dire, d'enregistrer docilement ses conclusions, de s'en inspirer, d'y subordonner ses enseignements, ses prévisions. Du point de vue purement naturel, pas de société sans l'Etre transcendant qui la fait, qui la crée; d'autre part, pas de société viable et prospère, au sens le plus large du mot, sans morale, sans obligation ; or, pas de morale ni d'obligation sans absolu, sans Dieu. Les lois qui régissent l'activité sociale ne peuvent se désintéresser de ce fondement, la science qui les étudie et les prépare ne peut ignorer les relations qui rattachent l'homme en société à l'auteur même de la société, elle doit les « reconnaître » (cf. supra^ 2« partie, c. ii). On l'oublie trop à l'Action française.

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doute par hypothèse et auxquels on peut toujours communiquer une sève divine, mais que l'on évitera par respect pour les incrédules présents d'envisager publiquement à ce point de vue? Une telle mentalité ne correspond pas au véritable esprit de foi du chrétien complet.

D'autre part et la remarque n'est pas moins importante, le mirage du coup de force semble fasciner la jeunesse d'Action française au point que l'idée religieuse est reléguée par elle en fait au second plan ; il l'incite à se désintéresser du seul nécessaire, qui est la conservation de la foi et le développement de la perfection intérieure, pour se livrer à des préoccupations d'ordre exclusivement temporel : et cela, ce n'est plus Vordre chrétien.

Les prédicateurs et directeurs ne croient pas enseigner un point secondaire de la religion lorsqu'ils cherchent à persuader avec toutes les ressources de leur intelligence et de leur cœur aux fidèles confiés à leurs soins, qu'ils ne seront des chrétiens selon le cœur de Dieu qu'en ordonnant toutes leurs actions vers la fin, qu'en estimant toute « la figure de ce monde » au poids de son unique relation avec l'éternité. L'Action française ne réprouve nullement cette doctrine, c'est entendu, mais elle tend par la force même des choses à substituer à la flamme religieuse, à l'étincelle de vie supérieure qui devrait jaillir sans interruption d'une âme chrétienne, une ardeur toute naturelle, des préoccupations toutes bornées à l'ordre présent, d'où le souci de se vaincre, de lutter contre soi-même et de travailler directement pour Dieu qs\ pratiquement banni.

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L'individualisme anarchique du Sillon devait être condamné. Par réaction contre une erreur funeste il ne faudrait pas tomber dans une autre qui risquerait d'éliminer Dieu de la vie intérieure, de ne plus rinvoquer dans la solution des plus graves problèmes, de le considérer comme un facteur inutile, une hypothèse invérifiable dans le fonctionnement de la machine sociale, qui ravalerait au niveau de considérations tout humaines l'idéal chrétien, et habituerait l'homme à se conduire en automate rationnel qui n'admet d'autre maître que lui-même, qui ne vit que dans et pour ce monde. A Dieu ne plaise !

Questions de nuances, de tendances, dira-t-on ? J'en conviens. Mais ce sont les plus importantes, parce qu'elles décident de la formation de l'âme, de son orientation définitive. Ces habitudes pratiques constituent les assises de la vie morale tout entière et celui qui prend le pli de ne rien voir qu'au travers du prisme politique, de mettre une cloison non pas absolument étanche, mais aussi épaisse que possible entre l'ordre moral et l'ordre politique, tend \ers un but qui n'est plus exactement celui de la foi, et dans la mesure où il accuse cette tendance, il manque au véritable esprit chrétien.

Sans prétendre généraliser quoi que ce soit, — l'attitude des groupes d'Action française, comme je l'ai dit, variant extrêmement selon les régions, — je ne puis taire qu'on m'a signalé des lacunes sérieuses à ce point de vue. Sans insister à nouveau sur les éléments de moralité suspecte qui se glissent par malheur dans certains groupes, je noterai seulement qu'en plus d'une section oncons-

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tate que toute considération religieuse serait systématiquement exclue des discussions entre adhérents. Les problèmes non seulement de politique pure, mais de sociologie générale, y seraient traités sans aucun regard aux principes moraux, — ce qui est d'une méthode singulièrement téméraire. D'autre part la vie politique absorbant toutes les activités, l'indifférence pour les œuvres à tendances morales et religieuses et pour tout ce qui touche à la foi deviendrait profonde. Tiédeur pour l'apostolat, arrêt dans la vie chrétienne, porte largement ouverte aux idées païennes et naturalistes, tel serait le bilan religieux non pas encore une fois de tous les groupes, ni de tous les membres de ces groupes, mais, hélas ! de plus d'un. Enfin, sur le terrain social, on ne trouve pas assez marquées les traces de leur action, et l'on cherche la part qu'ils ont prise à la fondation de cercles, de caisses de secours, à l'organisation des assurances ouvrières, etc.. «Il faut avant tout ramener le Roi », telle est la réponse la plus commune des ligueurs d'Action française à toutes les demandes qui leur sont faites de concourir à des œuvres sociales. Les exceptions se rencontrent, mais trop d'entre eux n'ont pas l'air de se douter que, sans parler des intérêts de leur cause, qui aurait ici tout à gagner, ils ont à remplir des devoirs de charité et de dévouement envers le peuple, et que celui-ci ne peut pas attendre.

Ici j'entends bien les défenseurs de l'Action française élever de vives protestations: « Cet indifférentisme religieux et social, disent-ils, est peut-être le fait d'individus, il ne l'est assurément pas de l'en-

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semble et il y aurait injustice à vouloir englober toute cette ardente jeunesse dans la même réprobation. De plus, combien parmi eux languiraient sans doute victimes de leur jeunesse même, s'ils n'étaient poussés à l'action par ce mobile puissant de l'intérêt national, qui excite chez eux desaines énergies et les détourne de passions toujours prêtes à gronder! Quelles difficultés enfin rencontrent parfois certains « camelots n à s'allier à d'autres catholiques plus intransigeants dans leur exclusivisme républicain ou neutre qu'eux-mêmes ne le sont dans leur foi royaliste!... Que d'œuvres, que de cercles qui devraient être, selon le veu explicite et maintes fois répété de Pie X, exclusivement catholiques, d'où toute politique devrait être bannie et qui ne laissent pas de tenir en suspicion, voire d'écarter impitoyablement tout ce qui ne porte pas l'étiquette nettement républicaine. »

Il nous semble qu'il y a beaucoup d'exagération dans les plaintes ainsi formulées ; notre intention n'estpas cependantdenierla valeurau moins relative deces derniers arguments. Maissi ceux-ci atténuent lagravité du reproche qu'on fait à l'Action française, s'ils excusentcertainesardeurs indiscrètes etfont voir la difficulté de trouver partout une solution pratique sortable, avouons qu'ils ne suppriment pas l'insouciance d'un trop grand nombre ; surtout ils n'effacent pas l'attitude intolérable de certains qui, une fois entrés dans des œuvres catholiques, y mettent le désordre par leur intransigeance hautaine et leur indiscrète insistanceàfaire revenir enversetcontre toutla question politique dans les réunions d'où elle devrait être absolument bannie. Comment s'étonaer après

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les violences et les manquements à la charité qui sont à leur actif, que l'on se soucie peu ou prou de vivre côte-à-côte avec eux? Enfin, lors même qu'elles seraient, en plus d'un endroit, toutes entièrement fondées, les excuses que nous apportent les jeunes gens d'Action française ne suppriment pas pour eux la nécessité de s'organiser en vue de sauvegarder leurs intérêts spirituels : en raison du milieu où ils vivent, des dangers de toutes sortes auxquels les expose leur propagande, de l'attrait captateur et exclusif qu'exerce l'idéal humain et terrestre auquel ils ont voué leurs forces, la plupart des ligueurs d'Action française ont besoin d'une hygiène spirituelle persévérante et énergique qui les garantisse contre tout périP : et malheureusement on ne voit pas qu'ils y aient assez efficacement pourvu.

Si du moins, avant de prendre contact avec des incroyants, les jeunes catholiques qui suivent M. Maurras avaient pu approfondir les principes de la métaphysique, et appris à reconnaître l'insuffisance de la philosophie positiviste, s'ils s'étaient pénétrés des preuves qui fondent le christianisme et établissent le fait de la révélation et la divinité de Jésus-Christ, on pourrait être quelque peu rassuré sur l'avenir. Encore que la plupart, comme

1. Une personnalité très en rue de l'Action française m'écrit à ce sujet les lignes suivantes qui confirment pleinetneot les remarques qui précèdent « Il faut que les parents sachent que les camelots ne forment pas une congrégation, mais une troupe, on n'y est pas à l'abri des tentations et si la passion politique, la volonté enthousiaste du salut de la France peut préserver de passions moins élevées, elle ne suffit certainement pas à garantir la vertu des jeunes gens de toute atteinte : il est donc essentiel qu'à côté de leurs groupements de camelots, nos enfants trouvent des ressources de piété et de force morale dans des congrégations. »

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nous l'avons dit, ne fassent guère attention à la philosophie qu'implique le système de M. Maurras, ils ne peuvent pas ne pas être amenés tôt ou tard à se justifier à eux-mêmes ou àjustiQer aux autres les croyances qui sont les leurs et l'opinion qu'ils ont adoptée, à peine d'être assaillis de doutes ou d'être estimés des niais : pour cela, il faut de toute nécessité des connaissances philosophiques précises. Or combien se dispensent d'achever leur formation scolaire par une sérieuse année de philosophie? et ceux qui réagissent contre d'étroites précipitations utilitaires, que savent-ils au sortir du collège, après huit mois d'une classe où le professeur a dû les initier à la philosophie tout entière, et où, pour répondre aux nécessités du programme, il a du faire passer sous les yeux de ses infortunés élèves, à propos de chaque problème, une série indéfinie de systèmes aussi bizarres qu'incohérents? Mais admettons que le bagage philosophique et religieux de nos bacheliers contienne un certain nombre de vérités essentielles, ce qui serait déjà beaucoup : il demeure certain que Tinitiation nécessairement rudimentaire qu'ils ont reçue ne suffit pas pour les luttes actuelles et l'on se demande si les efforts tentés par la jeunesse catholique de l'Action française pour continuer des études qui lui sont plus indispensables qu'à toute autre, sont proportionnés aux nécessités de l'heure présente. La question que nous posions à l'instant, nous la répétons à nouveau. Voit-on cette jeunesse se préoccuper assez de s'affilier, en dehors de la ligue politique qu'elle soutient, à de ferventes associations catholiques et, sachant aux heures voulues faire trêve à ses préoccupations ordinaires, s'unir à d'autres

dont les rangs doivent être ouverts aux catholiques de tous les partis ? La voit-on, lorsque les circonstances ne favorisent pas cette union, chercher à fonder elle-même des groupements qui permettent à ses membres de retremper leur foi, de l'entretenir par des études approfondies, par des conférences appropriées et de donner à leur vie chrétienne l'aliment le plus important de tous : ce serait un préservatif et une sécurité^. Nous n'entendons par cette demande ni méconnaître l'utilité de certains cours de V Institut d' Action française ni contester la piété personnelle de maint a camelot du roi » et nous nierons moins encore que certains d'entre eux tâchent bravement à s'enrôler dans des associations destinées à protéger leur foi. Mais nous nous demandons si cette piété personnelle, si cette bonne volonté est facilitée par l'allure générale imprimée à l'entreprise et nous avons trop de raisons d'en douter.

1 . Il nous semble que les catholiques d'Action française auraient tout intérêt à inspirer leur conduite, mutatis mutandis, des principes exposés par l'encyclique Singulari quadam. A côté de l'œuvre que les circonstances empêchent d être confessionnelle, il faut qu'il y ait l'œuvre vraiment catholique. M. Fr. Veuillot commentant ce document pontifical dans l'Univers du 14 nov. 1912 a écrit très justement : «Si les catholiques, parles nécessités d'une situation de fait que le pape tolère avec tristesse et à titre provisoire, se trouvent mêlés à des associations non catholiques, il est indispensable qu'ils soient embrigadés en même temps au sein d'organisations d'un catholicisme éprouvé. Dans ces dernières seules, ils puiseront la lumière et l'énergie qui leur permettront de vivre avec moins de risques au milieu des premières. Et ceci n'est pas un désir exprimé par le Pape, c'est un ordre formel. La tolérance momentanée qu'il accorde aux associations mixtes est étroitement subordonnée à cette condition... »

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« Par tous les moyens »

Ces remarques essentielles achevées, nous ne pouvons manquer d'examiner certains principes secondaires de M. Maurras acceptés à l'Action française comme des postulats et qui, sous prétexte de sauver l'Etat, pourraient mettre l'individu dans de douloureuses alternatives ; de critiquer certaines règles d'action dont la formule est trop équivoque, dont l'emploi abusif et scandaleux risquerait d'être fatal.

Que le point de vue social dépasse le point de vue individualiste, rien de plus juste, et nous avons assez donné à entendre qu'à la suite des premiers catholiques sociaux nous étions sur ce point parfaitement d'accord avec M. Maurras. Mais en dépit de certaines réserves nécessaires, qui écartent de son système tout reproche sérieux d'étatisme au mauvais sens du mot, il n'apparaît pas que le respect des droits supérieurs de la conscience individuelle y soit suffisamment assuré. On ne peut en effet « jamais sacrifier la fin individuelle à celle des groupes, puisque ces groupes sont destinés à assurer la fin des individus ^ ». L'individu n'est pas la chose de l'Etat, comme l'était de son maître l'esclave antique; et certains propos font redouter en pratique, malgré toutes les distinctions que nous donnions plus haut, les excès d'une tyrannie conservatrice. La preuve en est dans

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