Brants, cité par Eblé, les Ecoles catholiques, p
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la fameuse formule, le cri de ralliement du parti : (c Nous voulons renverser la République par tous les moyens. » Si vous parlez de moyens licites et que ne réprouve pas la morale, c'est votre droit strict, et je m'assure que vous n'en visez pas d'autres^, mais alors exprimez-vous plus clairement. Si, en effet, vous ne vouliez pas distinguer entre les moyens et prétendiez imposer à vos adhérents d'accepter à l'aveugle tous ceux que vous leur indiqueriez, ils seraient contraints, pour peu qu'ils aient conservé le respect d'eux-mêmes, de vous refuser leur concours.
On sait aussi bien les âpres discussions qu'a soulevées cette formule et que d'encre elle a fait couler! Nous ne voulons pas y attacher plus d'importance qu'elle n'en mérite, depuis surtout que certains adversaires politiques de l'Action française n'ont pas craint delà prendre à leur compte. Nous ne pouvons malgré tout nous empêcher de la trouver fort regrettable et nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici les explications que nous avons donnéesjadis à M. Rivain en réponse aux questions que nous posait à ce sujet sa brochure: Politique^ Morale et Religion.
D'une part, en effet, il faut reconnaître qu'on a parfois attribué à ces quatre mots fatidiques un sens auquel ne pensaient pas ceux qui les employè-
1. « Notre devise n'implique nullement un parti pris de méconnaître ou de sacrifier les « règles éternelles de la morale ». (L. Moreau, l'Action française, 15 juin 1909, p. 415, Cf. Ibid., p. 417, et L. de Montesquieu, l'Action française (quotidienne), 9 juin 1908).
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rent les premiers. Accordons encore que M. Maurras et les chefs autorisés de l'Action française les entendent en fait d'une manière très acceptable, et l'on ne saurait sans injustice ne pas tenir compte des articles où M. Moreau, puis surtout M. de Montesquiou, ont précisé le sens exact de leur formule. Celle-ci, dans la pensée de l'Action française, réserve totalement la question morale, et qu'il s'agisse, dans cette même pensée, de moyens « avouables », honnêtes, jamais le moindre doute ne s'est élevé à ce sujet. « Par tous les moyens » signifie simplement que, pour sauver la France, il ne faut pas s'enfermer dans les limites de la légalité ; le sens en* est tout politique et équivaut à ceci : « par tous les moyens honnêtes^ légaux ou illégaux ^ ». Et je n'y vois pas de difficulté théorique insurmontable, quoi qu'en pensent les fanatiques irréductibles de la légalité. Mais rien de tout cela n'empêche
1. Encore que, si l'on s'en tient à la logique, on soit bien près de trouver une contradiction dans ce passage de M. de Montesquiou : « Sommes-nous donc des directeurs de conscience ou des casuistes pour avoir le droit de déterminer si la bonté du but légitime tel ou tel moyen ? Nous n'avons jamais pensé à usurper ce rôle. Simplement nous avons voulu prévenir ceux qui adhèrent à notre ligue que nous étions décidés à sortir du chemin de la légalité si la nécessité s'en présente. Ce que nous ferons en conscience, étant données la précision et l'excellence de notre but. » Un lecteur non averti en lisant ce dernier membre de phrase ne manquera pas de se dire : « mais alors la précision et l'excellence du but, en d'autres termes, la fin justifie, pour M. de Montesquiou, tous les moyens, ce qu'une minute auparavant il déclarait ne pas savoir». La conclusion serait, je crois, hâtive. M. de Montesquiou ne propose pas à l'endroitcité un principe général ; il traiteseulement du cas particulier de l'action politique légale, et sa solution, dans certaines circonstances données, peut n'être pas du tout absurde. Mais que ne s'exprime-t-il, siirtout lorsqu'il veut s'expliquer, d'une manière plus claire?
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que la formule «par tous les moyens », privée de ses correctifs, ne prête, chez de jeunes esprits impulsifs, mal formés encore, et toujours disposés à se laisser guider par l'impression du moment, à une équivoque qui est et restera dangereuse, si l'on n'y remédie ; cela n'empêche pas des interprétations malencontreuses de cette formule d'avoir donné prétexte à quelques actes regrettables. Cela n'empêche pas enfin la dite formule d'autoriser pour l'avenir, à ne l'envisager que dans sa teneur brutale, de nouveaux abus et d'entretenir un état d'esprit paradoxal et malsain. — Que faut-il de plus pour motiver la condamnation d'une telle phrase-programme, pour que l'on demande à l'Action française de l'abandonner ou de la modifier?
Le cri de ralliement de tout un parti ne saurait sonner faux à quelque oreille que ce soit: un groupement politique qui prétend n'avoir que des situations nettes doit parler clair; il doit éviter tout ce qui provoquerait de justes appréhensions et des inquiétudes trop légitimes dans des consciences intègres et délicates. Quand on se dit les continuateurs du Comte de Chambord, on ne recourt pas à des expressions à double sens ou incomplètes. D'ailleurs l'Action française ne peut manquer d'en être avertie : les préventions que soulève le « par tous les moyens » dans certains milieux catholiques sont de celles que toutes les meilleures paroles ne feront jamais tomber; et il en est de ces préventions, redisons-le encore, comme de celles que l'Action française elle-même manifeste contre les mots « démocratie », « libéralisme »... Tant que le péril, conséquence de cette équivoque, n'aura pas été
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écarté, l'un des principaux obstacles à toute possibilité d'entente avec ce nouveau groupe sur le terrain pratique subsistera pour beaucoup de catholiques. M. Maurras et ses disciples ont tout à gagner et n'ont rien à perdre, s'ils suppriment la cause d'une opposition si facile à comprendre.
D'ailleurs, je ne vois pas l'importance qu'il y aurait à défendre coûte que coûte telle ou telle phrase malheureuse qui a pu échapper dans la fièvre des controverses journalières. Naguère l'Action française se félicitait « du nombre infini de rectifications, de corrections, d'errata qu'elle avait publiés depuis neuf ans qu'elle existait », et croyait trouver dans cette franchise d'attitude l'une des causes de la confiance passionnée que beaucoup lui témoignent ^ Rien ne saurait la servir mieux que d'appliquer à ce cas nouveau une tactique qui lui a jusqu'à présent si bien réussi.
Ces réserves faites sur la formule elle-même, examinons d'un peu près quelques-uns de ces « moyens » que l'Action française se permet en fait, sur le terrain de l'action.
Les moyens licites, dans une œuvre de contrerévolution, demeurent sans doute nombreux, et nul théologien catholique ne niera qu'il est des circonstances, nettement déterminées par les moralistes, où le recours àla force est admis. Loin qu'ils le nient, les plus grands docteurs autorisent, dans le cas d'un gouvernement tyrannique, la résistance active à main armée. C'est ce que l'on a rappelé