‹ A travers l'œuvre de M. Ch. MaurrasChapitre 86 sur 155 · VAmi du clergé, 15 avril 1909, p · texte numérisé non relu

VAmi du clergé, 15 avril 1909, p

3. On trouvera les textes qui font difficulté, d'ailleurs mêlés à d'autres qui n'en font aucune, dans Lugan, op. laud., pp. 92-101.

4. H. Rebell, dans l Action française, le» septembre 1905, p. 317.

ou SERAIT LE DANGER 233

celui-ci? N'était-ce pas équivalemment l'approuver^ ?

M. Maurras lui-même ne paraît pas échapper à tout reproche, lui qui, nous l'avons vu, passe condamnation sur l'achat des femmes, des consciences, des trahisons. Ce n'est pas qu'il ait explicitement fait sienne cette phrase malheureuse, tant exploitée depuis. Il n'en disait rien dans le commentaire, — très élogieux, il est vrai, quant au reste, — dont il faisait suivre la lettre de son correspondant qui la contenait et les expressions de ce dernierpermettaientde supposer qu'il s'agissait de consciences déjà toutes corrompues, de trahisons qui, pour lui du moins, vu les circonstances présentes, n'en seraient pas. Mais le premier moyen suggéré !... Pour la plupart des lecteurs, il ne pouvait guère signifier que des actes positivement contraires à la morale, des manœuvres que ne peut pas ne pas réprouver une conscience droite : ce qui devait donner à croire fatalement que de tels actes, de telles manœuvres criminelles étaient au nombre de « tous les moyens » autorisés par l'Action française contre le régime actuel. M. Maurras a bien écrit dans la suite que la phrase incriminée

1. Depuis 1906 ou 1907, la rédaction mieux informée, en possession d'une doctrine plus cohérente, plus consciente, évite avec soin tout ce qui détonnerait au point de vue catholique et elle n'endosse nullement la responsabilité de ce que ses premiers collaborateurs ont pu écrire d'offensant pour les âmes croyantes. Il n'en reste pas moins déplorable que tant d'erreurs et de juofements inadmissibles se soient glissés au début dans les publications de l'Action française et que celle-ci à l'heure actuelle ne soit pas plus diligente, l'occasion venant, à répudier tout ce qui n'est pas représentatif de ses idées propres, à s'en dégager persévéramment.

234 A TRAVERS l'œUVRE DB M. CH. MAURRAS

excluait toute idée de corruption, qu'elle se bornait à conseiller d'acheter ce qui était à vendre' . Et nous accordons sans peine qu'il y a une distinction essentielle entre ces deux points de vue ; nous accordons encore qu'une fin d'ordre supérieur peut autoriser une coopération purement matérielle et tout indirecte à des actes comme ceux qu'il indiquait ici; et qu'enfin pour le premier de ces actes comme pour les autres, on peut imaginer des circonstances où la coopération au mal pourrait être tout indirecte : tel le simple fait de donner de l'argent pour bénéficier de renseignements nécessaires au bien public, sans ignorer que les informateurs (agissant à leurs propres risques) ne regarderont guère à la qualité des moyens à employer pour obtenir ce qu'ils cherchent. Et c'est pourquoi aucun théologien, fût-il le plus rigide, ne considérera comme coupables de péché mortel ni un ministre de la guerre ni un préfet de police qui auront simplement subventionné les services d'espionnage, où cependant l'on sait que les agents cherchent à s'emparer des secrets de l'ennemi ou à découvrir les criminels en achetant « tout ce qui est à vendre ». 11 faudrait quelque parti pris pharisaïque pour se scandaliser d'une remarque aussi simple et pour lui attribuer une signification immorale ou perverse : par exemple, pour nous faire dire, sans plus, que « la fin justifie les moyens ^ ».

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