si le coup de force est possible, pp
2. Cette théorie de la coopération matérielle et indirecte, élémentaire en théologie morale, ne saurait surprendre que des écrivains d'une étrange naïveté ou d'une singulière perddie, ignorant tout de la casuistique ou feignant de renouveler contre elle les indignations usées de Pascal pour se tirer d'un mauvais pas
ou SERAIT LE DANGEH 26b
Mais le texte de M. Maurras n'entrait pas dans ces délicates distinctions et si lui, dont la perspicacité est rarement en défaut, ne jugeait pas nécessaire de dissiper ici l'aveuglante équivoque, son silence ne devait-il pas être légitimement pris, sinon pour une approbation du sens inacceptable qui ressortait clairement du texte, au moins pour de l'indifférence à son égard? Ce qui, dans l'espèce, était grave et troublant.
Les explications ultérieures données par M. Maurras au sujet de cette phrase n'ont d'ailleurs pas été de nature à faire cesser toute inquiétude. Dans r Action française (quotidienne) du 6 mai 1909, Criton écrivait : « Il y a un culte de la dignité de l'homme qui peut arrêter net toute tentation, toute sollicitation d'un tel ordre... Mais les héros capables de surmonter l'évidence du bien public par souci
et masquer leur défaite. Quand on se respecte, on évite de recourir à des armes aussi débiles ! Mais s'il pouvait venir à l'esprit de quelque publiciste de trouver dans tout ce que je dis ici, une approbation quelconque du principe: « la fin justifie les moyens»; si à l'endroit précis où je mets en garde mes lecteurs contre certaines propositions équivoques et dangereuses de M. Maurras qui pourraient s'interpréter comme une excuse ou un encouragement à des actions illicites, ce même publiciste allait trouver une excuse et un encouragement à ces mêmes actions : il conviendrait de s'inquiéter sérieusement de son état mental et je lui dirais que ses procédés de discussion {Ouest-Eclair, 21 août 1911) sont dignes non pas d'être flétris « dans les Petites-Lettres », mais d'être traités dans les Petites-Maisons. — A. ceux qui désireraient sincèrement s'éclairer la conscience sur la doctrine delà coopération matérielle et de la coopération formelle, — très facile à établir en théorie, mais toujours extrêmement délicate à appliquer, — je conseillerai la lecture de Lehmkuhl ^o^ Theologia moralis, I, n. 646 sq., ou de Bulot, Compendlum^, I, pp. 5-9; s'ils veulent avoir quelque chose de plus accessible en français, mais aussi de très succinct, qu'ils lisent le Cardinal Gousset, Théologie morale, I, p. 164-165.
236 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS
et respect de la nature humaine ne font généralement pas de politique. » Autrement dit, les considérations d'ordre moral en présence de l'intérêt général ne sont plus d'aucun poids pour l'homme politique. Celui-ci n'est plus alors tenu au respect de la nature humaine, toute barrière tombe pour lui. C'est, répétée sous une autre forme, la distinction entre le cas de nécessité et le cas de moralité que nous connaissons '. Quelle que soit la valeur pratique de la réponse toute relative de M. Maurras aux difficultés qu'elle soulève, cette distinction ne laisse pas d'éveiller de justes appréhensions : tant qu'à l'Action française on n'aura pas nettement affirmé la doctrine qui maintient pour l'homme politique, fût-ce devant l'évidence du bien public, l'obligation rigoureuse de respecter toujours les lois supérieures de la morale, pèsera sur les consciences la plus légitime des incertitudes : M. Maurras ne s'oppose pas à ce qu'on tienne cette doctrine ; mais il est singulièrement inquiétant qu'il ne la tienne pas pour lui-même et que trop de jeunes gens soient exposés à l'abandonner à sa suite : hors de la vérité, pas de sécurité.
Aussi bien des difficultés s'étant élevées et pouvant encore s'élever à ce propos, peut-être ne serat-il pas inutile d'appuyer quelque peu sur les principes qui régissent cette délicate matière.
Les nécessités et les obligations de la vie sociale créent souvent des situations cruelles, des conflits de devoir pour les individus; telles actions, con-