Estais de psychologie, I, p
250 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS
estimons qu'il est difficile de séparer l'homme de l'écrivain^ et comme nous ne pouvons pas ne pas détester la vie privée, l'irréligion et l'influence de Sainte-Beuve, jamais nous ne l'estimerons complètement comme écrivain, jamais nous ne recourrons à lui comme à un guide en qui nous puissions avoir confiance.
Mais voici bien une autre afîaire. Ne s'est-on pas avisé de nous vanter Stendhal et de l'imposer à l'admiration de tous ceux qui se targuent de nationalisme intégral? L'étrange maître vraiment pour des catholiques et des patriotes! Qu'on ne l'oublie pas : nous sommes ici en présence d'un athée bien authentique, dont on connaît les professions de foi : « la seule chose qui excuse Dieu, c'est qu'il n'existe pas... Le papisme est la source de tous les crimes »; d'un libertin de bas étage que la publication de ses papiers intimes nous montre ravalé au-dessous des plus ignominieux, et dont les romans ne reflètent que trop les tendances bestiales. Aussi bien l'on sait que l'Eglise a mis à l'index toutes ses œuvres où entre l'amour passionnel (omnes fabulae amatoriae). On ne l'en exalte pas moins aux nues à l'Action française. C'est pour d'autres causes, nous le voulons croire, mais lesquelles donc? Serait-ce pour l'attachement à sa patrie de ce cosmopolite dilettante qui, deux ans avant de mourir, donnait sa démission de Français et se faisait enterrer avec cette épitaphe : Arrigo Beyle, MilaneseP Serait-ce pour l'esprit familial de ce pourfendeur haineux de la famille, qui ne put jamais que détester les siens