Essais de psychologie contemporaine, I, p
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de ce misérable? « A la fois inventeur et critique, merveilleusement doué, vivant jusqu'à la frénésie, Stendhal avait en lui un théoricien de l'art et des mœurs, un historien, un amoureux et un dramaturge qui s'enchevêtraient, qui se combattaient, qui dialoguaient et qui, quelquefois, se groupaient, — je dirais presque sculpturalement, — de façon à donner, sous la plus belle lumière française, une reproduction complète de la pensée dans le mouvement. 11 demeure un maître entre les maîtres, un créateur de types inoubliables, un sommet de l'art ^ »
Le jeu serait trop facile de relever les contradictions qu'implique cette attitude de l'Action française à l'égard de Stendhal, tout dans cet écrivain heurtant ce qui fait le fond de ses doctrines et de celles de Maurras. Disons seulement que cette même attitude est choquante à l'excès pour des catholiques et encore une fois scandaleuse : ce n'est pas parce que, il y a vingt ans, l'on a pu s'engouer, dans le laisser-aller d'une jeunesse sans principes et sans orientation, de pareilles folies, que l'on doit se croire tenu de leur être fidèle! Tout homme qui se respecte, a fortiori tout chrétien ne peut avoir que du dégoût pour de semblables personnages et il a le droit d'exiger qu'on le respecte.
1. L.Daudet, dans T Action française, 18 août 1911. hsi Revue critique des idées du25 avril 1911, p, 198, en reprochant à M. Giraud les critiques qu'il avait faites à Stendhal, n'a pas eu la main plus heureuse. On ne saurait trop déplorer semblable engoùment pour un écrivain de cette espèce, quels que soient d'ailleurs ses mérites littéraires : il faut avoir le courage de le dire, dùt-on passer pour un Philistin,
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Nous arrêterons ici cet index des propositions blessantes pour des consciences religieuses ou des louanges intempestives prodiguées à des hétérodoxes, qui ont pu être relevées dans la Revue et le journal : d'autres aussi bien se sont chargés de le dresser, avec partialité peut-être, et en dépassant souvent la pensée des écrivains de l'Action française, en la faussant même totalement parfois, mais avec hélas ! trop de fondement ' . On n'a pas oublié la description donnée par Pie X dans sonbref du l^'^juillet 1911 aux évêques lombards, de ces journaux qui « s'occupent longuement à célébrer le génie ou l'orthodoxie d'auteurs dont les écrits, aies bien considérer, se trouvent pleins d'inexactitudes et de funestes erreurs ». Or ces journaux, le pape écrivait pour mettre les catholiques en garde contre eux. Tant que l'Action française ne se sera pas réformée sur ce point important, elle devra se considérer atteinte au moins indirectement par ce blâme catégorique.
1. On trouvera dans la l>rochure de M. Pierre : Auec Nietzsche h Vassaut du Christianisme, les principaux de ces textes. Nous confessons d'ailleurs sans ambages que ce recueil d'extraits rassemblés selon un plan préconçu, sans aucune critique, est si manifestement oeuvre de parti pris et de passion qu'on ne peut lui reconnaître d'auto l'ité. Rapprochements et interprétations sont par trop tendancieux ; beaucoup des textes présentés comme dignes du pilori perdent dans leur contexte la signification sinistre qu'ils reçoivent de leur isolement; enfin les contre-sens et les bévues y abondent. Il est impossible cependant de nier en les examinant de près, qu'un certain nombre des citations faites par M. Pierre ne se peuvent excuser et sont de tous points offensantes pour les oreilles pies. Ces textes datent surtout des débuts et nous avons expliqué quelle était leur portée, comment la doctrine de l'Action française en tant que telle n'en pouvait porter la responsabilité. Les catholiques ne se doivent pas moins garder avec soin de ces premières publications et ne pas tolérer de récidive.
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Gallicanisme
Un mot enfin, avant de clore ces critiques, sur un point qui ne laisse pas à juste titre de rendre soucieux plus d'un esprit. Comment en effet ne pas redouter que les principes païens, personnels à M. Maurras, sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat ne trouvent un écho chez quelques-uns de ses disciples catholiques ? M. Maurras distingue très nettement, nous l'avons dit, le naturel et le surnaturel, et il laisse aux membres de son groupe liberté entière de mettre, dans l'ordre de leurs préoccupations, les intérêts religieux en première ligne. Mais on sait ce que la religion vaut pour lui, qu'elle est à ses yeux avant tout une question d'Etat, et qu'il a toujours comme idéal l'union des deux pouvoirs civil et religieux dans le même individu ^ Il n'y a rien là qui doive surprendre, une fois admis qu'en dehors de ce monde terrestre, c'est l'inconnaissable. Dans le système de M. Maurras, le surnaturel ne trouve de place qu'au titre de soutien de l'ordre naturel : il lui est logiquement subordonné et le pouvoir dès lors inclinera toujours à se l'asservir, à redouter ses velléités d'indépendance,
1. Dans Trois idées politiques, p, 60, il écrit que l'autorité religieuse selon la doctrine catholique « reconnaît aux chefs et aux princes une onction, une désignation divine, d'où découlent l'indépendance de ceux-ci vis-à-vis d'elle et l'autonomie du pouvoir civil. Depuis la fâcheuse scission intervenue à l'ère chrétienne entre l'ordre religieux et l'ordre cii'il, je ne fois pas qu'on ait rien imaginé de meilleur n.
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ses incursions dans un domaine qu'il jugera ne pas être le sien... Ne se rencontre-t-il pas, même à l'Action française, des catholiques dont les sympathies gallicanes sommeillent, à leur insu, au fond de leur cœur, qui redoutent toute intervention du pape et sont prêts à la trouver abusive ; n'y en a-t-il pas dont la formation religieuse est inexistante et qui se laisseront séduire par les attraits d'une somptueuse et grandiose unité dans le gouvernement? Délaissant les intérêts surnaturels, ceux-là peut-être seront entraînés, tôt ou tard, à subordonner la religion à l'Etat, à la soumettre au contrôle du « Prince » ; ils lui interdiront tout droit de manœuvrer sur le terrain politique. Séparant à leur tour de manière radicale le temporel et le spirituel, ils refuseront à l'Eglise d'élever la voix même dans les questions mixtes.
Oh! je le sais, le gallicanisme n'est pas en faveur à l'Action française; l'autorité de Rome y est accueillie en matière religieuse toujours, et maintenant en matière politique, avec respect et joie; rien ne paraît plus opposé à l'esprit du groupe que ce retour aux vieilles erreurs des légistes de Louis XIV et de Napoléon. On affirme haut et ferme qu'il faut laisser au pouvoir religieux liberté absolue de s'exercer selon ses propres exigences; et M. Maurras jadis dans des pages excellentes a repoussé avec horreur toute idée d'une église nationale et française qui serait séparée de Rome^. Mais les principes philosophiques de M. Maurras sont là. Qui nous garantit qu'un jour les tendances qu'ils tien-