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Une campagne royaliste au Figaro^ pp

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nent cachées ne perceront pas? et que son pragmatisme social très catégorique aujourd'hui sur ce point n'évoluera pas avec le temps dans un sens tout opposé^ ?

Conclusions

Il n'y a donc pas à être surpris que nous dénoncions un danger réel pour nombre de catholiques à trop frayer avec des hommes, à trop connaître des publicationsqui s'éloignentsi étrangementdes idées chrétiennes; et qu'avant de leur permettre de s'engager dans cette aventure, nous exigions, comme moraliste, des garanties sérieuses.

1. L'autorité romaine ne gêne présentement pas l'Action française et celle-ci ne sait comment exprimer son admiration pour Pie X. Mais viennent tôt ou tard des directions nouvelles, restrictives pour les catholiques de la liberté politique qui leur est laissée, que ferait l'Action française? Encore que les circonstances où elle s'est exercée, aient été fort complexes, la résistance énergique qu'elle a opposée au duc d'Orléans dans la crise de 1910-1911 (sur celte crise, cf. Marquis de la Tour du Pin : Revue catholique et royaliste du 20 février 1911), n'a pas laissé que d'éveiller des craintes. Je n'ignore pas la réponse de l'Action française à cette difficulté : « Nous obéirons en tout au roi, ont dit alors les chefs du groupe, quand il sera roi, mais nous ne saurions être ter\us de nous soumettre à une autorité qui ne peut actuellement s'exercer. Or il n'en saurait être ainsi vis-à-vis de l'Eglise, l'autorité de celle-ci est actuelle et vivante et nous lui sommes effectivement soumis pour tout ce qui concerne les matières d'ordre spirituel: jamais on ne nous verra lui faire sur ce point la moindre opposition. » Théoriquement parlant cette distinction est acceptable et on peut garder confiance que l'Action française s'y tiendra. Mais pour les questions mixtes, quelle autorité reconnaltra-t-elle ?

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Ceux dont la foi est quelque peu chancelante, dont la formation religieuse est toute de surface, ou que des penchants marqués entraînent vers le naturalisme intellectuel et moral, sont exposés, s'ils n^y prennent garde ^ à trouver dans ce contact un écueil sérieux pour la vie de leur âme. De là, pour tout adhérent à l'Action française, une question de conscience et l'obligation de supputer son avoir en forces morales et en remèdes préventifs contre la contagion possible. Pour l'un, forces et remèdes seront suffisants etau delà; pour d'autres, ils seront nuls; pour l'un le péril n'existera pas, pour l'autre il sera plus ou moins prochain : donner ici une réponse uniforme serait absurde. A chacun de discuter avec lui-même et, plus efficacement encore, avec un conseiller sûr et indépendant, — s'iJ en a, — ce problème tout intime; à chacun d'aviser aux moyens les plus propres à protéger et à augmenter le trésor de sa foi.

Nous ne nions pas, d'ailleurs, que M. Maurras puisse atténuer la difficulté qui résulte de la situation étrange où il se trouve vis-à-vis du catholicisme. Le jour où toute équivoque serait dissipée sur l'emploi des procédés particuliers à l'Action française, où, fidèle à sa méthode réaliste, qui lui fit naguère répudier le terme de « socialiste », il rejettera définitivement le « par tous les moyens », et se prémunira efficacement contre toute interprétation abusive qu'on en pourrait faire; le jour où l'on serait assuré qu'en public ou en particulier, de vive voix ou par écrit, les « libertins » du groupe s'interdiront tout ce qui pourrait blesser Ja foi d'un catholique, ses susceptibilités religieuses

et littéraires, qu'ils évit'teront avec le plus grand soin de rattacher leur doctrine à des maîtres qui ne représentent pas la vraie et saine tradition de la France et d'offenser ainsi à très juste titre des catholiques qui ne sauraient s'accommoder d'amalgames aussi disparates, — ce jour-là tomberait, en partie au moins, l'un des principaux obstacles à la possibilité d'une entente cordiale. Pour ceux qui n'auraient pas à craindre les infiltrations latentes de l'agnosticisme et de l'indiff'érentisme, on ne voit pas, en théorie, au nom de quel point doctrinal, on devrait alors leur interdire d'une manière absolue, de frayer avec ces « mécréants » à l'allure si tourmentée^; on ne voit pas ce qui les empêcherait d'appliquer à ces derniers les paroles

1. A ceux qui s'étnnneraientdes différences d'attitude observées par l'Eglise autrefois et aujourd'hui dans ses rapports avec les incroyants, je me contenterai de rappeler cette lumineuse explication donnée par M. de la Brière dans \e% Etudes à\x 5 mai 1910, p. 418 : « S'il est exact que les croyants recherchent l'alliance politique des incrédules honnêtes et font bon accueil aux apologistes du dehors, ce n'est pas que la doctrine de l'Eglise ait varié sur les aberrations de l'incroyance, non plus que sur les rapports mutuels de la religion et de la vie morale. Ce qui a changé, depuis un siècle, ce sont les circonstances historiques, grâce auxquelles le monde est devenu moins chrétien, de sorte que l'Eglise est maintenant en contact, même dans les pays catholiques, avec certains hommes dont la formation intellectuelle s'est développée en dehors de toute foi religieuse. Il est évident que, sans nulle atténuation de doctrine, la conduite de l'Eglise ne saurait être la même envers de tels incrédules qu'envers ceux qui, ayant vécu dans le catholicisme, l'ont délibérément abandonné pour passer dan» les rangs de ses ennemis. Lors donc que les incrédules honnêtes prennent la défense de l'Eglise contre les persécuteurs soit par respect du droit des consciences, soit par égard au bienfait social du christianisme, quel principe doctrinal interdirait aux catholiques une pareille alliance ? A vrai dire, c'est ici le inonde qui a changé, mais non pas l'Eglise. »

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si sages de Léon XIII : « Tout en se tenant ferme dans l'affirmation des dogmes et pur de tout compromis avec l'erreur, il est de la prudence chrétienne de ne pas repousser, disons mieux, de savoir se concilier dans la poursuite du bien, soit individuel, soit surtout social, le concours de tous les hommes honnêtes ^ » Et poursuivant un exposé de principe destiné à justifier la politique de ralliement qu'il avait peu auparavant demandé aux catholiques français d'adopter, le Pontife ajoute ces paroles dont l'application se fera d'elle-même, et dont l'autorité ne sera pas discutée : « La grande majorité des Français est catholique, mais, parmi ceux-là mêmes qui n'ont pas ce bonheur, beaucoup conservent, malgré tout, un fond de bon sens, une certaine rectitude que l'on peut appeler le sentiment d'une âme naturellement chrétienne; or ce sentiment élevé leur donne, avec l'attrait du bien, l'aptitude à le réaliser et plus d'une fois ces dispositions intimes, ce concours généreux leur sert de préparation pour apprécier et professer la vérité chrétienne. Aussi n'avons-nous pas négligé dans nos derniers actes de demander à ces hommes leur coopération pour triompher de la persécution sectaire, désormais démasquée et sans frein qui a conjuré la ruine religieuse et morale de la France. » Le principe de l'alliance possible avec tous les « hommes honnêtes » dans un but exclusivement politique et en vue de résultats politiques honnêtes à obtenir, — tout danger de contamination entre

1. Cité par Mgi' Chapon dans le Correspondant, 25 mai 1910, p. 640. Cette citation, comme la suivante, est empruntée à une lettre du 2 juin 1892, adressée à Mgr Fava.

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croyants et incroyants étant écarté, — est dans cette lettre nettement affirmé : nul ne pourra le nier. Or entre le cas étudié par nous dans les pages qui précèdent et celui que traite ici Léon XIII, s'il y a des différences accidentelles, il n^en est aucune d'essentielle. La conclusion tout hypothétique à laquelle nous avons abouti et qui laisse absolument entière la question de l'opportunité d'une telle attitude, se trouve par le fait même authentiquement confirmée : nous avons appliqué simplement les principes de Léon XIII et jugé comme lui.

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