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LE PROBLÈME DE L*ACTION POLITIQUE

passe de la supplanter, qu'elle ne la réduira pas à l'impuissance!

L'enseignement libre était florissant naguère en France. Des parents chrétiens estimaient alors qu'ils n'avaient pas de devoir plus pressant que d'assurer l'éducation religieuse de leurs enfants et que l'avenir de la nation en dépendait. Des sacrifices considérables furent donc accomplis pour ménager à la jeunesse cette éducation chrétienne et française. Malgré des déficits inévitables, cet enseignement donnait dans l'ensemble les résultats les plus heureux et les plus consolantes espérances. Qu'ont fait nos ennemis ? Jugeant l'œuvre dangereuse, — et ce jugement est le plus magnifique témoignage de ses succès, — ils l'ont supprimée de façon méthodique. Demain, avec l'abrogation de la loi Falloux et l'interdiction d'enseigner intimée aux prêtres, de ce magnifique édifice si laborieusement construit, il ne restera presque rien. Or, sur toutes les œuvres catholiques capables de s'étendre et d'avoir dans les foules une répercussionprofonde, plane cette menacecontinuelle d'une législation oppressive, acharnée à détruire, contre laquelle tout recours est voué à l'insuccès.

! On ne laissera subsister, — et encore ! — que ce qui ne portera jamais un ombrage sérieux au parti sectaire détenteur du pouvoir. Donc, à considérer les lois et les législateurs, il ne survit plus aucun espoir de préserver la religion, et avec elle la France,

! d'une ruine complète.

Reste l'action sociale exercée à la manière du Fils de V esprit, de Michel de Meximieu, ou de tout autre, et c'est le grand remède mis à l'ordre du jour.

272 A TRAVERS l'œUVRE DE M. CH. MAURRAS

On le dit excellente Mais où trouver l'élite capable de réaliser un tel programme ? Et en formeraiton une vraiment dévouée et nombreuse, emporterait-elle la masse ? Elle abattra quelques préjugés | de surface; elle transformera des individus : mais déraciner, dans l'ensemble du peuple, les préjugés de fond que l'école ou la famille y aura fait s'épanouir, chimère et folie!

On en arrive ainsi à la nécessité d'un statut politique fixe, qui ne laisse plus au hasard d'élections impossibles à enlever et à préparer, ni à l'incertitude d'oeuvres à longue échéance dont le succès réside peut-être au royaume des utopies, le soin de sauver la France en danger. Et c'est pourquoi M. Maurras convie tous les catholiques à se joindre à lui pourtenterde créer dansle pays un état d'esprit qui rende possible, à un moment donné, l'établissement de ce statut politique nouveau ^.

1. Notons au reste que chez M. Fonsegrive et chez M. René Bazin, il prend des formes très différentes, pour ne pas dire opposées. Dansle Fils de l esprit les principes de Norbert de Péchanval sont fort discutables et ses succès très problématiques, ou plus exactement chimériques. Dans le Blé qui lève au contraire, théorie et pratique de Michel de Meximieu sont irréprochables, mais on ne voit guère que le séduisant châtelain de Fonteneilles, l'abbé Roubiaux, Gilbert et ses jeunes amis puissent jamais conquérir la masse hostile qui les entoure. Serait-ce que l'auteur de ce délicieux roman, avec le sens exquis des réalités qui le caractérise, aurait voulu marquer là, pour l'heure présente, les justes limites de cette action qu'il préconise? Rien de plus vraisemblable, mais alors quoi de plus décevant.'

2. Comme on lui avait reproché ce « brillant paradoxe « de vouloir concilier la formule « politique d'abord » avec cette autre «religion d'abord » qui dnit êtie celle de tout vrai catholique, M. Maurras fit cette réponse que nous nous contentons de résumer sans plus : « il n'y aurait pour un catholique de contradiction entre ces deux formules que s'il voulait mettre

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