JÉRUSALEM ET SES ENVIRONS
Jérusalem, 1 septembre.
Notre première journée s'achève, elle est de celles qui De s'oublient pas. C'esl par le Sépulcre que nous avons commencé, c'esl là que nous retournerons chaque jour, par là que nous finirons. Le temple de Jérusalem n'était que le temple d'un peuple, l'église du Saint-Sépulcre appartienl à toutes les nations. Le tombeau du Christ, oùlamorl aété vaincue pour la première fois, est le cœur non pas seulemenl de la ville de David, niais du monde chrétien.
Le jour commençait à peine à poindre quand nous avons quitté l'hôtellerie pour nous engager dans dos rues tortueuses, étroites, désertes encore, qui descendent vers le Calvaire, car le Calvaire n'est pas une montagne, ainsi que je lecroyais : à peine peut-on dire que ce soit un mamelon, s'élevant entre les collines plus hautes qui forment l'assiette irrégulière de la ville.
Rien ne faisait deviner l'approche du Saint Lieu, lorsqu'on arrivant sur une petite place nous l'aperçûmes tout-à-coup à quelques pas.
l.l III"!:
La eûmes qui I ; pan
La façadequi par le temps, on
styles : elle esl
mme il a. Je ti1 :. ai
la description, i p de
savants ouvrages : il Jérusalem.
Nous attendions d ••si a i [ui a p port'
d'un marchand qui ouvn -outiqt; .
honteux, mais à qui la faut
* pas !
comme leur irtenanl beau du Chrisl ; Grecs, toutes les
la robe sans coul ure du valoir leurs dire t eut i - riêre
l'encens : 1 rabattants ae trop
vent roulé sur : qui a bu celui du Christ, el plus
d'une fois les Turcs, arm J, ont
fait irruption dans le temple pour y rétablir ft-rl: frappant indistinctement sur les chie bjet
de leurmépr.
Aujourd'hui la garde du Saint-Sépulcre leur est acquise : c'est à une famille des se □ prophète
A T1AYERS L'ORIENT ^1(J
qu'en appartiennent les clés. Pour ces gens-là le temple n'est qu'un musée, qu'ils n'ouvrent aux Latins comme aux Grecs que pour de L'argent, el à l'entrée duquel ils montent la garde à L'orientale, c'est-à-dire apathiques, indifférents, savourant leur café ou fumant leur pipe sur un Large divan, du liant duquel ils Laissent tomber sur les visiteurs, a quelque nation qu?ils appartiennent, un regard bien moins chargé de haine que (l'une superbe indifférence.
Aussitôt ce couloir franchi nous mais trouvons dans L'église; devant nous, incrustée dans Le parvis sur lequel elle t'ait saillie, à quelques centimètres, une dalle de marbre déjà usée par Les lèvres dos pèlerins, quoique presque neuve, recouvre la pierre de l'onction, ou partie du roc sur lequel Joseph d'Arimathie et Nicodème oignirent de parfums le corps du Cbrisl détaché de la Croix. Nous sommes au pied (lu Calvaire, à vingt pas du Sépulcre, tout prèsdela place qu'occupaient la Mère de Dieu et l'apotre saint Jean pendant L'accomplissement du grand sacrifice; chaque parcelle de La poussière que nous foulons aux pieds est une poussière sacrée, et, suivant l'expression de l'Écriture, chaque pierre élève la voix autour de nous.
Il semble qu'au dernier moment Le drame de la Passion, commencé au mont des Oliviers, continué à travers teS rues de la vieille cite de David, se soit condensé autour de ce petit rocher ou Golgotha, que bourreaux et disciples, acteurs et témoins, soldats et prêtres, aient
reflué de toute pari vers la croix sur laquelle s'achevait
l'œuvre de la Rédemption,
11 était dans les vues de la Providence que les plus précieux vestiges du mystère sanglant fussent accumulés dans un espace si étroit, qu'il tut possible à Constantin, le premier empereur chrétien, de les enfermer dans une seule enceinte.
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Quelque vrai, l'autb puienl leur vraies, sur un
• •h toutes les langui
SuivanWeux le S uni Sépul là,
le j murs de la ville ; authentique; la chap >lle d • I tion, l i, la
pierre de l'onction, celle du crucifiement, yeux autanl de pieus >s Impostur
Il n'y ;i pas jusqu'à Lamartin i qui i prochemonl peu conforme ;,u É
est vrai que suivant ce ; - ur ce n'i is la
peine « <!•• contester, pour quelques ; entre Les vraisemblances historiqu lions.
Quant ;i moi. il me sembl e du crucifie-
ment ne fui pas, mèrn rique, un événement de si peu d'imp Chrétiens et Romains aient si vite oublié en quels I elle se passa. Il esl peu probable q gnorât
la position lorsque, dans sa haine pour le nom chrétien, il vouait ces lieux s
au culte honteux . l'H ans • . -
Constantin, aidé par l< {ni certes ne les
avaient jamais perdus de vue, n'ait pas pu parvenir à les retrouver.
Sans doute la rage des païens -acharna plu fois
sur les édifices élevés en ces lieux v violence parvient à renverser des '-lie ne fait au
contraire que consolider les souvenir
Une vague peut bien en passant recouvrir un écueil, bientôt elle fuit, et lui demeure inébranlable sur sa base.
Chosroès II, roi des Perses, trouva debout le superbe édifice bâti par Constantin et dont Eusèbe, historiographe
de ce prince, nous dit que les marbres les plus beaux en revêtaient les murs, dont le plafond formé de caissons dorés, par son effet merveilleux, produisait le même éclat qu'une mer étincelante de lumière; le roi persan le renversa en (il », mais !.>' ans plus lard, quand la vague eut passé, quatre églises modestes, élevées par les pieuses mains de révêque de Jérusalem, recouvraient au milieu des ruines les lieux inoubliables de la Résurrection, du Grolgotha, de l'invention de la Croix, de l'apparition à la Vierge,
Une seconde vague arriva de l'Egypte cette fois, et le Néron de ce pays, appelé El-Hakem, lit raser les quatre églises, mais elle passa si vite que la même année ce kalife fou furieux permettait aux chrétiens de lesrelever.
La disposition (\c^ sanctuaires se retrouvait la même, lorsqu'en 1130 les Croisés entreprirent de les réunir en un seul monument, et construisirent la façade sud par laquelle nous sommes entres.
Après leur dépari les églises furent pillées, mais non démolies, et, dos I219,les Franciscains commencèrent à venir prier dans ce lieu de désolation sur les ruines du Saint-Sépulcre dont Grégoire IX, en 1230, les établil gardiens.
Le temps des ('preuves n'était cependant pas pa Une troupe de païens Karesmiens, venus pour piller la ville Sainte, égorgea les religieux jusqu'au dernier dans !' -lise confiée à leur garde.
Le sang des martyrs est fécond, d'autres religieux du même ordre accoururent prendre la place de leurs frères tombés au poste d'honneur; ni les persécutions, ni les maladies, ni les mauvais traitements, ni la misère, ni la mort, ni les efforts des sectes dissidentes n'ont pu les en arracher; un ordre qui souffre et meurt depuis d^> siècles pour garder une enlise si souvent ruinée, si sou-
vcni rétablit . .1 leur
\ ie non pa - eulemi ni*
in
une société d'ignoranl fourbi la
charité publique qui, bien qu'on i montrée tri
il me semble ni. ««u
visil;nil le glori qui
•ni. que de douter a uz qui rnt.
Au premier coup d'oeil, il est impossible compte du plan de l'éd
l«' coté, ci don! la triple enceinte du couvent qui l\ serre, tantôt 1 1 pénétrant, lanl par ses chapelles, l'ait un monde de qu'il en est presqu • inextrî
L'inégalité du sol, l'a] rop-
portenl li b lampes qu
édicules qui ni dans L'intérieur, le peu de i-»ur
qui y arrive «lu deh< »bstacles qui .
permettent de juger ni de \ far sions.
Certaines parties sonl revêtues d'or peintures, de sculptures multipliées à l'infini; d'autn au contraire, sont nues, d plongées
l'ombre; cN si un pi 1 heurtemenl de contr
une mêlée de tableaux d de t"'
sorte.
De tout cela on ne regarde rien, on ne se rappelle rien, l'émotion que l'on éprou tellement puissante
qu'elle devient presque de la stupeur.
Heureusement nous avons avec nous le î'rère Liévin qui nous entraine à sa suite, nous montre tout, nous explique tout: 1 - - :ies de la Passion se succèdent, mêlées à celles de la Résurrection, car les mêmes lieux
A TRAVERS l/ORIENT '22'S
(jui ont vu les souffrances du Fils de Dieu ont été lémoins de ses victoiresi
Il y a succession dans Le temps, mélange dans Les faits sur Le théâtre de La Passion. Le sangdu Christ avait rougi Le Calvaire, Lès rayons de sa Résurrection L'éclairèrent : >ire ei souffrances ne devaient pas être séparées.
La pierre de L'onction est au pied du Golgotha, à ^o pas à peine du tombeau creusé dans Le roc. De La pierre qui marque La place où se i nait La Vierge, cette mère désolée pouvait eontempler son Ûls en croix, le .voir encore quand Nicodème et Joseph L'enveloppaient dans son suaire ; aujourd'hui des murs ornés de marbres, de peintures, d'autels, interceptenl la vue du Calvaire et celle du tombeau.
il auraii fallut couvrir toul ce1 espace avec une voûte immense, merveille d*j sculpl ure, prodige de décoration, si Ton voulait, mais ne rien changer à la disposition intérieure, I ace rocher, à coite cav< rue, à ce jardin pierreux, Leur physionomie âpre et sauvage, ne pas loucher à une particule de poussière, encadrer d'or le Golgotha, avant tout Le Laisser intact.
Sainte Hélène, mal inspirée par sa dévotion, a plaqué de marbre ei de mosaïque le Calvaire ; emprisonné dans un éJicule, Le tombeau du Sauveur et par cette restauration malheureuse leur a enlevé leur caractère primitif.
Un événemenl funeste aux Latin s, favorable aux Grecs, si favorable même que L'empressement avec Lequel Us en profitèrent les a fait accuser d'en être eux-mêmes les auteurs, acheva de ch« ionomie du Lieu
Saint.
Le L2 janvier 1808 un incendie, allumé parmégarde, ou autrement, causa au-dessus du Saint-Sépulcre, la chute du dôme qui sous son poids écrasa l - galeries,
11\ A TltV
I colonnes el les chapelli
leurs précauti
relever a leurs
maçon de Constantinople : I • . I
conten! de oupole «lu pi
olil de 9 mains l'édicule d
meure intact, en arracha les mo« inscriptions latines, qu'il fil i revêtement, puis remplaça par d'autre en caract< I t une p a.
Pour qu'elle fûl complète, l< renl l'audace jusqu'à la profanation. I. employé toutes les tra]
croisades, eux br I 1" tomb iau -1 l y de
Bouillon i t j< tèrent au venl le du hér
L'édicule du Saint-S îpul rotonde. Toul autour de cette petite dans une plus grandi exté-
rieure limitée par une couronne de chap< . 3.
La plus grande est celle de l'Apparition, ou nue. g entendu la messe, et qui communique ave vont intérieur occupé par les P r - de ï - tinte chargés du service du sanctuai
Après la mise au tombeau, N à La
disposition de la Vierge une petite c ruite
près du Sépulcre, qu lient les Juifs pour empê l'enlèvement du corps de leur victime. A : tablée de leur mais soutenue par T ace, la mère I a
tenait le plus près p >ssible de la grotte où son :'. enseveli : ce fut enee lieu qu'illui apparut pourla consoler.
Un autel marque la place de l'apparition et, dans une excavation protégée par une forte grille de fer, se voit tout auprès un fragment considérable de la colonne de la flagellation.
A TRAVERS LURIENT 22'\
Dans La sacristie attenante on nous ;i montré l'épée et les éperons de Godefroy de Bouillon ; ces reliques, qui servent aujourd'hui pour la réception des chevaliers du Saint-Sépulcre, sont loin d'être authentiques, l'épée surtout, mauvaise lame mal attachée à un« poignée de parade u'esl certainement pas cette épée terrible qui, maniée à deux mains par le héros français, fendait, disent les chroniqueurs, du cimier de son casque à la selle de son cheval un guerrier sarrazin, comme la coignée partage un tronçon de chêne.
Tout près de là, en descendanl doux marches, on se trouve dans l'intérieur frais et humide d'une ancienne citerne, où la tradition veut que les Juifs aient gardé, pendant que s'achevaient les apprêts du supplice, le Christ et les dvux larrons, les pieds passés dans les trous circulaires d'une pierre et enchaînés au-dessous.
Tout près encore, car tout se touche dans ce sanctuaire incomparable, voici la chapelle de Saint-Longin, le soldat dont la lance perça le côté du divin supplicie et en fit jaillir l'eau et le sang qui, par leur attouchement, le convertirent et devinrent pour lui la source de la vie.
A quelques mètres à peine de cette chapelle nous entrons dans une espèce d'abside. Là, pendant que h' Sauveur expirait sur la croix, un groupe de soldats n'écoutant que leur cupidité, se disputèrent à COUpsde dés la robe sans couture de leur victime, dont ils s'étaient partagé les vêtements ensanglantés.
De ce lieu, si tristement mémorable, 28 marches taillées dans le roc conduisent au tond de la citerne dans laquelle les Juifs cachèrent le trésor sans pareil de la Vraie Croix que retrouva plus tard sainte Hélène.
Cette citerne, creusée dans le Calvaire même, a été partagée en deux étages formant deux églises superposées : l'église supérieure dite de sainte Hélène, où priait
l'ai ii-
vaienl leur fouill i»\ zantin ; la de la Crol
un autel de marbre, d m du malheur Au-
triche, Maxim I E ir du
lâchement la trahison l'a
; du Calvaire, la c >lonn opprobres lui sert pr< Bqu i un mor ;eau
•is, un apporté '1 li c »uf d • Pilai • .;i la pi aujourd'hui.
Qe Put Bur ce trône sanglant que les b wrreaui ,; i ioir le Pila de Dieu pourllnsult Puis tressant une couronne d sur sa tète et un roseau dans sa mai
itleg nou devant lui, Qsle raillaient, disant : Salut 1 Roi des Juifs.
c Et, crachant sur lui, ils p tluien
frappaient la tète! apr ; ils lui (itèrent son m
teau, le couvrirent de ses vêtements «-t 1
pour le crunlior.
Le lieu où ils le conduisaient s'appelait le Calvaire, simple rocher incrus tns un d rentrants de
la forteress . avant par conséquent à cette épo-
que en dehors desmursdela ville, rocherque ne nomment jamais montagne, mais qui, selon la magnifique expression du P. Félix, est devenu la plus haute cime de l'histoire de l'Eglise ei de l'histoire du monde.
De ce mamelon à jamais illustre, dont sainte Hélène, fit tailler à pic les pentes pour le séparer du Saint-Sépulcre, vers lequel il se prolongeait, il ne reste plus qu'un cube presque régulier le hauteur, recou-
vert par une église enchâssée elle-même dans celle du Saint-Sépulcre.
Vingt-huit degrés conduisent du pied du rocher à son sommet, on dirait les marches d'un échafaud dont la plate-forme est au niveau delà dernière.
Ce n'est pas sans un saisissement profond qu'on les gravit, sans un saisi ni plus grand encore que Ton
pose lo pied sur cette surface plane en forme de carré, qu'a arrosé le sang du divin Crucifié,
Incrustée de marbres précieux, de mosaïques, plaquée d'or et d'argent, L'église est cependanl basse et obscure, l'air qu'on y respire est froid et lourd avec une forte odeur d'encens ; ça et là dans La demi-obscurité on aperçoit des formes agenouillées ou prosternées, on entend un murmure de prièr< a à peine murmurées, des sanglots étouffés, le bruit des lèvres baisant le pavé, sur lequel des pèlerins inconnus les uns aux autres, mais mus par la même foi, se traînent à deux genoux; partout ce même silence recueilli et douloureux qui règne dans la chambre d'un mourant. Cinquante lampes d'or, laissant tomber Bur le parvis leur Lumière crépusculaire, éclairent t'aiblenu ni uni1 Large dalle, dont la mosaïque qui la recouvre semble semée des gouttes de sang sur un fond noir.
C'est là que Le Christ a oto étendu sur la croix, là que los bourreaux ont enfoncé à coups de maillot Les clous dans ses pieds cl dans ses mains.
Quelques pas avant d'y arriv< r, une rosace indique le lieu où il fut dépouillé de ses vêtements.
La, à. la place ou s'élève un autel, la \'i tenait
debout au pied de La croix . Stabat Mater <ini<>rt>*<i.
Otto t'ente qui déchire le me vif et où L'on peut enfoncer la main, a ete produite par la convulsion Buprêmequl lit pâlir le soleil et ouvrir les tombeaux.
Tout est bow tion, el cependanl Loul
it placée bous la table d'un aul colonnettes, plaque d'un t:
drique fut
dressée la ; irdu monde.
A droite el à gau îhe, el forni ques noires indiquent la p