‹ A travers l'OrientChapitre 5 sur 19 · A TR\> M · texte numérisé non relu

A TR\> M

l phare superbe, liaul <l<- plus de mille m< plongeant ses racines h I £00 m le Stromboli, Le premier • •( Le plus brillant de volcans qui forme Le groupe d . i. . ■

des anciens.

Virgile el Homère onl chanté tour a tour cet archipel fumant, tout hérissé de mont mes

dans Lesquelles Le roi Éole, constitué geôlier en chei tempêtes, tenait incarci Liant

d'ordinaire que pour complaire aux dieux quand ils éprouvaienl Le besoin de faire Bombrer 1»* navire «l'un morte] Leur ennemi, mais quelquefois cependant en remplissant une outre, pour faire plaisir ;i un ami.

Le sage Ulysse reçut un jour une de bourriches ; le vent Lui manquait pour retourner chère Ithaque, où il savait qu'en son a dants mangeaient ses porcs. Jugez s'il était pre pen-

dant, d'après Les conseils du roi, il ne laissait qu'un* issue au vent qui gonflait sa voile; <-t déjà il ap< au loin La fumée de son toit, quand il eut le malheur de céder au sommeil. Ses compagnons en profitèrent pour ouvrir le panier aux provisions dans lequel Us trouver des friandises; il en sortit un affreux tourbillon sifflant, hurlant, se bousculant, déchirai. le, a

levant les vagues, et, emporté en arrière comme un fétu de paille, le malheureux Ulysse recul mauvais accueil de son ex-bienfaiteur. Indigné dumauvaisus s cadeaux, le roi le chassa avec une telle brutalité de paroles qu'il m'est impossible de me figurer que. m pour son époque, Éole ne manquât pas complètement d'éducation.

Je ferai relire ce passage de l'Odyssée à m< ints

pour leur enseigner combien la curiosité, jointe à l'amour des sucreries, est un dangereux défaut.

Plusieurs passagers éveillés en même temps que moi

son! venus se grouper autour de nous et écouter L'intéressante conversation de monsieur Caboufigue, qui dans de précédents voyages, a visité presque toutes ces îles doni le plus grand nombre ne se montrent que fort indistinctement à L'horizon.

La plus curieuse est, parait-il, Volcano, îlot tellement stérile, tellement déchiré, qu'avec ses nombreux cratères, il ressemble à un de ces espaces des régions lunaires dans Lesquels le télescope ne découvre que bouches béantes, abîmes sans fond, fissures ténébreuses, écroulements de rochers noirs, jaunes, rouges OU violacés, couverts d'incrustations sulfureuses. Cette terre, dont le sol résonne sous le pied comme un tambour, n'est qu'une énorme boursouflure, el n'apour toute population que sept forçats employés à la récolle du soufre et de l'acide borique.

Aujourd'hui dimanche, nous a vous eu la messe dans notre chapelle transparente, à sept heures du matin ; quand nousensommes sortis, les ilesavaienl disparu à L'arrière, mais en face de nous grandissait sur la mer, L'immense triangle de La Sicilequi, dans la position où nous nous trouvions, paraissait se rattacherai! sud de L'Italie, el former avec elle un vaste golfe au fond duquel nous n'apercevions aucune issue.

Des navigateurs, nous précédant (h1 quelques milliers d'années, n'en auraient pas trouvé en effet. Sicile et Italie no faisaient qu'un seul bloc dans Les temps préhistoriques ; les géologues L'affirment, el il vaut mieux les croire sur parole que de chercher à vérifier Le fait.

Comment se fil la rupture? Le poids des eaux suffit-il pour ouvrir L'isthme, des éruptions effroyables creusèrent-elles un sillon (Mitre ce pâté de volcans, ou bien, comme l'expliquent si savamment les anciens, cette se-

paration fùt-elle le résultat iI'iiim* tii;i1;i'lr<assfa du Temps

quilaissa tomber, en p lonl le p

un i tyanl la forme de

Je laisse aux do< irne

à constater que Le p qui a, si Ton veut bien, la

figure d'une fa Liste depuis fort longtemps,

qu'Ulysse qui cherchait sa maison, en loi tournant le et le pieux Bnée, un autre imbécile, qui emporl ri grand-père en croyant sauver »a femme, l'onl i tous les deux.

C'est là du moins but ces héros, l'opinion du docteur qui ne me parait pas prol ntiments bien ten-

dres pour les anciens.

il est vrai que ce disciple d'Escuiape cultive l< loxe

avec amour et tient surtout à ne faire aucune aux idées d'autrui :

Qu'an mol dans -"ii langage ait para voua i l'est un titre chez lui pour ne point I

Ses discussions théologiques avec le chanoine de Bordeaux sont phénoménales. Evidemment il ne croit ; un mot de ce qu'il dit : raison de plus pour lui de soutenir avec acharnement des assertions L

Ki i somme, il est plus amusant que Ek! Coco! qui chaule trop et que l'Anglais aux trois chaises, qui. ne disant rien, m'a bien Tair de ne pas penser davanta .

Quand aux Levantines, n'en parlons pas : elles n'appartiennent au règne animal que par l'appareil digestif, et pour tout le reste elles font partie du règne al.

Qui est charmant, par contre, d'esprit, de douceur et de bonté, c'est la supérieure des religieuses de Saint- Joseph; ses récits sur les lndoiis. leur misère, les soins

qu'elle leur donne sont aussi instructifs qu'émou-

vants.

En ce moment-ci, aux portes de son couvent, campent cinq à six mille affamés, des squelettes vivants, donl elle nous a montré quelques groupes photographiés dans le but d'exciter la pitié e1 de stimuler la charité. Ces malheureux, prives de nourriture pendant de longues semaines, se soutienneiil en dévorant des racinesd'aloès arrachées dans les champs. « Quand ils nous arrivent,

disait-elle, les larmes aux veux, c'est pour mourir ; Leurs entrailles sont brûlées par l'aloès et tombenten pourriture ; souvent il leur est impossible d'à va 1er le riz que nous leur distribuons; quelques-uns meurent en le portant à

leurs lèvres ; chaque matinnous avons à faire enlever du camp soixante ou quatre-vingts cadavres. Pendant que j'étais en Europe à quêter pour eux, j'ai appris (pie le

choléra venait de joindre ses ravages à ceux de la famine; pauvres enfants ! il me semblait entendre leur voix qui m'appelail ; je n'ai pas pu y résister. »

Qu'on vienne après cela vanter le pays des diamants ; pour ses habitants, c'est la terre de désolation î

Voici le passage ; un phare nous l'annonce et le commandant nous quitte pour monter sur la passerelle.

C'est le moment d'avoir l'œil ouvert, car la coupure est étroite; 3,147 mètres seulement entre la pointe de Faro, le célèbre Pelorus de Thucydide, et Le rivage italien ; 3,300 un peu plus loin entre le couvent de Santa-Agatha et le rocher appelé Coda del volpe, la Queue du renard ; entre ces deux derniers points, la profondeur de la mer est moindre ; elle varie de MO a 7.v> mètres; les ingénieurs l'ont reconnu parties sondages aussi multipliés

(pie scrupuleux.

11 est en effet question de relier l'Italie à la Sicile par un viaduc; une douzaine de piles supportant autant de

Ira 240 mètr iverlun I pour

le tablier du pont ; ce n

l'.ni'. rea anciens ! le du monde

queraienl fort aujourd'hui de n'être adn sitioii universelle qu • par :

d'enfants.

1 il i il : si Timoléon i<- l : j i * - 1 1 el H tnandquise sont rendus célèbres en faisant

bras de mer à teurs chevaux attachés à la poupe de leurs barques, revenaient dans ce monde, il ent

bien étonnés, en levant les yeux au ciel, de voir rouler au-dessus de leur hic des chars à feu emportant «l'un seul coup une armée plus nombreuse que cell la-

quelle ils firent la conquête de la Sicile.

Cependant la <•!. Ible, ell< fera comme

si-si fait le ponl anglais su;- 1«- S se fera le tunnel qui, par-dessous la mer, joindra la Prance ;i l'Angleterre.

Nous nous rapproch ajoura de la c

le soleil qui l'éclairé illumine les blanches m d'une petite ville s'étageant en terr au flanc d'un

rocher que couronne un fort faisant vis-à-vis au pliai sicilien debout au milieu des sables dorés, dont un ■ langue arrondir termine le c tp.

Uien n'est a ux comme l'entrée du détroit ; la: aussi unie qu'une glace de V~< ux

les montagnes b leuxrives lant, mal-

gré le calme, un double phénomène attire nos i Is.

Au pied du rocher sur lequel est bâtie la fortei ss . un roc noir déchiqueté s'avance dans l»js flots levant sepl bras ou sept tètes dont 1 - »us, p •:. •.. -

avant, plongent et émergent successivement au milieu de flots d'écume.

Plus loin, presque sur la côte de Sicile, au milieu des

A TRAYERS L ORIENT 51

flbl - endormis, se dessine une vaste plaque d'eau bouillonnante, hérissée de petites vagues prismatiques dans chaque facette desquelles dansent des milliers d'étoiles.

Encore deux grandeurs déchues, deux monstres apprivoisés', deux terreurs passées à l'état de curiosités : Charybde et Scylla domptés !

Homère a donné le portrait de ces deux terribles gardiens du détroit :

i Scylla, dit-il, esl un monstre farouche dont la voix terrible retentit comme le mugissement d'un jeune lion ; son lugubre aspect afflige même les dieux : douze pieds difformes soutiennent son corps d'où sortent six cous allongés et six tètes terribles ; de triples rangées de dents fortes et serrées remplissent ses gueules, séjour delà sombre mort. Cachée jusqu'à la ceinture au fond du formidable gouffre, elle n'en fait sortir que ses tètes dont chacune enlève des bancs un rameur. »

Charybde n'est pas moins effrayante ; cachée au fond d'une caverne, trois fois dans la journée elle engloutit Tonde amère avec un tressaillement terrible, et, quand par trois fois elle rejette les Ilots, l'eau bouillonne en mugissant comme un bassin sur un ardent brasier et l'écume jaillissant retombe sur les écueils. Neptune lui-même ne pourrait lui arracher la proie qu'elle engloutit. »

.l'ai relu ces deux portraits en présence des deux originaux ; ils ont eu un succès de fou rire.

Il parait pourtant qu'autrefois il y avait dans celle peinture une ombre de vérité ; la rapidité du courant, en augmentant la largeur du canal, a diminué la force des vagues de Scylla, du bouillonnement de Charybde.

Dé plus, les vaisseaux grecs à celle époque ne va-

laientpas nos plus détestables barques ; une vague suffisait pour les remplir et les couler.

Si /'/ Seyne venait à loucher, en :

Scylla, elle les i ; probablement d'un seul <

quanl au bouillonnement deCharybd i lemoind de ses soucis.

La science qui ne n aucune des belles in.

lions de la mythologie, expliqui bouillonnement singulier d'une manière l*i«*f i BirapL les mouvements latéraux «lu fluxetrefluxà leur pa dans un canal trop étroit. Lors de la m nontan

le courant se porte au nord : à la mar le flot du nord rep » 1 1 — - * - vers le sud le courant <-<»n- Iraire; mais il y ;i lutte, déplacement «lu champ de bataille et remous.

Nous ayons passé, sans perdre un seul rameur; il vrai que nous n'en ayons p

Trois ou quatre p< mots de pèche sillonm

paisiblement Charybde qui oublie de les itir, et

nous, nous oublions Charybde et Scylla p 1er

Messine qui se montre au fond de sa baie.

Peu de villes se présentent avec plus de - que celle-ci; vue de la mer, ejle offre le coup d'œil le plus pittoresque : rebâtie presque à neuf et eue r« splendissante de propreté, elle s'étage en amphithéâtre ent la mer, dans laquelle se mire La longue ligne des pal de la marine et de vertes collines que domine un cirque déliantes montagnes.

L'architecture de ses édifices parait bien un peu prétentieuse : mais ce fouillis d'arbres verts, de cloche: blancs, de terrasses, de i'< s se détachant sur un fond sombre plaît singulièrement à l'œil.

Les cloches sonnent à tous les clochers, les bateaux ancrés dans le port sont pavoises : on aurait envie <i crire en grosses lettres au fronton de ses édifices,

A TRAYERS L'ORIEN r 59

comme Diomèdeà Pompéï :Hic habitat félicitas, ici habite

le bonheur.

Et cependant, quelle ville a plus souffert soi! par sa position, soit par sa faute, soit par celle des autres ? Jamais cité aujourd'hui existante, n'a été ruinée plus souvent; il est vrai qu'à chaque fois elle renait.de ses cendres comme le Phénix. Si elle ne jouissait pas de cette propriété, il y a longtemps qu'elle aurait disparu.

Fondée par des pirates de Cume, bien autrement à craindre que les écueils de Charybde etdeScylla, ellefui prise, reprise, saccagée; ensanglantée, ruinée en partie par les Sauriens, les Messéuieus, les Carthaginois, par Denys qui la rebâtit ; reprise par les Carthaginois, délivrée par Timoléon, elle eut ses habitants égorgés traîtreusement par les Mamertius, que chassèrent les Carthaginois. Ceux-ci furent expulsés à leur tour par les Romains, Lesquels lui donnèrent pour proconsul Le fameux Verres cet illustre pillard, auquel ses hauts faits valurent, en outre d'une immense fortune, le surnom de balai de la Sicile et une condamnation à l'exil qui put satisfaire la justice, mais ne rendit pas aux habitants les biens dont, il les avait dépouilles. Tel est le bilan de l'histoire ancienne.

Les Sarrasins, dignes successeurs des Carthaginois, la ravagèrent en 843 ; les Normands qui vinrent après ne la traitèrent pas plus favorablement ; Charles d'Anjou l'assiégea, les Espagnols la criblèrent de boulets, le roi de Naples la bombarda en 1848, et détruisit tout un quartier Bourbonniens et Garibaldiens l'ensanglantèrent en 1852.

Voici pour l'histoire moderne.

D'autres fléaux se mêlèrent de la partie. Messine est sur le chemin de la peste ; la peste s'y arrêta plusieur> fois en passant, et notamment en 1740. Les Messinois ont conservé le souvenir de cette visite.

i. '!• ans ne voulurent ;

Plu époques : cellede 17s.*; fui lerrib mai-

sons s'écroulèrent, tours el

tout bous leur poids ; les la «—• t li«"*< : : flôn-

drèrent. Pendanl que les habitant fuyaient en poussant S ylla,

accourus <'n foule sur la plage de t*auti du dél

contemplaient ce sini ir curii

punie.

Un raz de marée soulevant! balaya d'un

coup deux mille di a - ipectab urs imprudents, pu heurtant contre le n c, revint sur lui-mên dite de la foudre el s'engouffranl dans le p >rt de M- ssine sapa par la base le superbe rang rdent la

mer.

Douze mille p dans able

cataclysme.

Décidément, Messine vaut mieux à reg u 1er qu'à hal)iter.

Il en est ii peu près de même de toute la Sicil . i bien le cas de dire que ceux qui >'y amuft ut y dan sur un volcan. Un, n'esl | de loo kilomètres de largeur sur

criblé de cratères : il y en a non pi niais

des milliers.

Vue en ballon. Pile doit présenter faspecl d'une fourmilière de cônes dont chacun est un soupirail de 1*.

A lui seul, l'Etna est un monde. Vulcain ne pouvait mieux choisir pour établir ses forges, que ce cône énorme Percéde centaines de cheminées fumantes le volcan à 3,319 mètres de hauteur et 180 kilomètr base.

Les Cyclones avaient la place de se remuer dans cel

\ TRAVERS L'ORIENT Ùi

atelier où ils forgeaintà lourde bras ces tonnerres que Jupiter se plakait à lancer un peu partout cl donl Virgile nous a donné dans son Enéide La recette assez drolatique.

La voici, chacun poucra en faire l'expérience :

i Prenez trois gréions, trois gouttes de pluie, trois Langues de feurouge, trois partiesde vent, faites dissoudre dans un creuset, mêlez, brassez et forgez au marteau, ajoutez-y des éclairs, du bruit, de L'ardeur de feu, un peu de colère céleste, et c'est tout. »

Eh bien! on en dira ce que l'on Voudra, mais Les poètes ne son! pas pratiques.

N'importe, ions Les yeux cherchent L'Etna. Ce géant à trois étages, fertile aux pieds, boiséà La ceinture, nu aux épaules, couronné de fumée et de neige, qui; dans une soûle éruption, en 1660, a vomi pins de 2 000 000 000, DEUX MILLIARDS de mètres cubes de,lave, n'est pas si petit qu'il puisse passer inaperçu.

Mais il est loin de nous et enveloppé d'un horizon brumeux; nous L'apercevrons dans une heure ou deux.

En attendant, les sujets de distraction ne nous manquent pas. Àgauche, Les rivages de l'Italie, si voisine que sur la plage nous pouvons distinguer les Calabrais endimanchés se rendant aux églises des villages blancs, blottis dans dos nids de verdure; c'est charmant et doux à L'œil comme une chromolithographie anglaise; au second plan, courent des chaînes de montagnes, vertes, boisées, ou fauves et dorées. L'Aspromonte appartient à cette dernière catégorie; s;i vue nous ramène à L'histoire toute moderne.

C'est sur l'une de ses croupes qu'un soldat du roi galant-homme, prenant au sérieux Tordre donné de poursuivre les chemises rouges commandées par Garibaldi, eut la sotte adresse de Loger une balle dans la jambe du héros.

L'imbécile! s'il eut connu qu'en ce monde trop de zèli ut.

Qui lui tttra] »uj) malencontn ialdi

d'abord qui eul la jambi i

Bon ami, puia les chirurgie]

i reconnaître la présence du projectile, pi qui lui mis à la Balle de polii iton au

Frotta lea mains, car non-seulemenl il r lu mollet de l'illustre, la balle de plomb, mais en oui gent, beaucoup d'honneurs, u cinq ou six mètrea de grand leurs.

Les Sirènes demeuraient autr bords du

détroit ; Ulysse Les a entendues : m jàdu tem]

pie, elles avaient donné congé ;i leur propri< étaient allées se I . u-ni à la «■■

elles se faisaient vieilles et quand] mautes

rent, ceux-ci, au lieu de se laisser enchanfc concert, en rirent en leur criant qu'eli .t la

yoii fausse. Cette gross quettes

édentées ; elles se précipitèrent dans les flots et fa changées en rochers.

— Inutile de s'en occuper davantage, dit le docteur, toujours irrévérencieux pour les dieu

Encore un souvenir d'hi< ri Reggi >, une ville toute neuve, quoique fort ancienne, e été

Bi rudement secouée qu'il a fallu la rebâtir. Les Italiensla nomment Santa Agatha délie GaUine, c'est un peu long: elle est très-jolie avec un fleuve que volontiers on j drait pour une route poudreuse et qui j - - certain

accepterait en été, avec reconnaissance, connu»' le Ifancanarès de Madrid, un verre d'eau en aumône.

C'est de son port que partit l'expédition garibaldienne pour la conquête de la Sicile, conquête rendue facile par

l;i trahison. Cependant comme il n'était pas bien sûr qu'elle réussît, tous les gouvernements avaient déclaré hautemenl qu'ils s'opposaient au passage des chemises rouges.

Deux frégates anglaises croisaient, l'une en l'ace de Messine, l'autre près de Reggio.

Pas moyen d'échapper à la surveillance, les naïfs le croyaient du moins.

Garibaldi qui avait ses raisons pour n'être pas naïf, entassa ses 1500 volontaires sur deux barques, et appareilla en plein midi.

Le commodore anglais était kluncher9U venait de se tailler une septième tranche de jambon, quand un officier vint l'avertir que deux barques suspectes sortaient du port.

Le commodore monta aussitôt sur la dunette, se fit apporter sa lunette marine et tournant le dos aux embarcations signalées, la braqua sur le point opposé.

— Commandant, ce sont bien les chemises rouges; faut-il couler les barques ? vint «lire l'officier après dii minutes.

— Je ne vois aucuno barque.

— Il yen a deux cependant.

— .le vous répète, moi, que .je no les vois pas.

— Pardon commandant, vous regardez à bâbord et

— Depuis quand, monsieur, un inféireurse permet-il de donner i[v* conseils à son sup erirur ? Rendez-VOUS aux arrêts.

Une heure après, le commodore se retourna.

— Où sont les barques signalées ?

— A terre commandant, les Garibaldiens débarquent. —- Branlebas de combat ! les canonrilers à leurs

pièces ! le eap sur la Sicile ! cria-t-il dans son porte-voix

(M A i LORII

1 i.i fait, l'Angla lit dam ui cah

la dépêche c< >nnue<

i ' . iribadii veillance d< lui mèm<

lea barques que trop lard, e! la poun qu'on leur avail faite était demeurt sultat.

Le gouvernements p rent un cri d<- doul<

ils ;i\ aienl fait loul leur possible pour i trône a François II : mais il y a di

Quelque temps après, la Sicile étant conquise, il fallu! bien recon iaitre les faits acc< >mp1

L'Etna s'esl enfin décidé à se monta si une

masse énorme, Irrégulière, ne se découpanl pas avec la netteté du Vésuve; nous l'a] flottant au-de

d'un entassement de monl flottant est le mot,

car il s'esl enroulé en

grisâtre autour du cou, et il faut regarder au-di celle zone de vapeurs pour distinguer sa I d'une ruinée blanche qui lui fait un»' chevelun riffée.

Rarement cette fuo nts,

à cette grande hauteur, l'éparpillée! à la sortie «lu cratère.

l. s mathématiciens, qui se plaisent l<->

chiffres, ont fait de curieux calculs sur cette mas& digieuse. si comme le prétendent lesg s, lai tagne s'esl formée par les déjections du volcan, il faut, pour que le cratère ait atteint cette hauteur audu niveau de la mer, que, pendant quatre cent mille ans, il ait vomi chaque année un milliard de mètres cubes de scorii s.

Ce n'est pas t< »ut . la profondeur du cratère, pour atteindre h-- Laves 'Mi fusion, serait de 124 kilomètres ; les matières rejetées ayant le même poid< spécifique que

celles des volcans d'Islande, proviendraient d'une profondeurqui ne peut pas être moindre que 125,000 moires, e( les blocs Lancés par cette terrible bouche à feu, s'élevantà 7,500 pieds au-dessus de son orifice, seraient chassés par une force de 36,000 atmosphères.

Que dites-vous <lc ce canon rayé ? quant à moi, après de semblables calculs, il me semble qu'il n'y a plus qu'à tirer L'échelle.

Les anciens, pour qui les chiffres n'étaient pas aussi familiers qu'ils le sont à nos modernes mathématiciens,

se sont bornés à échafauder sur le volcan leur fable (le Polyphonie et doses compagnons. L'œil unique du cyclope, c'est le feu qui bride au sommet de la montagne; ses rugissements, le grondement intérieur qu'il

fait entendre; les rochers qu'il lance sur le vaisseau des Grecs, les blocs que vomit le cratère; Ulysse et ses compagnons sont les laboureurs qui viennent récolter le blé sur les pentes fertiles delà mont .'lune, et se sauvent quand une éruption les menace.

L'explication peut être ingénieuse; .j'aime mieux le récit d'Homère, il est dramatique et amusant.

Avec son aspect sauvage, tourmenté, inhospitalier, La Sicile a toujours été d'une fertilité prodigieuse ; les lianes du Vésuve le sont aussi ; il y a, paraît-il, dans ce sol chauffé comme une serre chaude, une puissance de végétation incroyable. Les Romains L'appelaient le grenierde Rome; aujourd'hui la plaine de Catane porte encore le nom de Conçu de oro, La conque d'or, à cause de sa richesse.

Les premiers Liabitants de celle terre de promission furent les dieux; volontiers ils désertaient L'Olympe pour venir y passer leurs mois de villégiature. Apollon y possédait une ferme où il nourrissait ses bteul's, Yulcain y avait établi ses forges, (\vvv* y semait ses blés, Jupiter aimait à s'asseoir sur l'Etna sous Lequel il avait enseveli

Encélade, \ en ; le m< ! »

chassai! avec Dapl l

rromages, M. Les rou<

i char.

Bus part if aujourd'hui que des hommes, el parmi ees homme mal de brigands.

Ceux qui ne le croient pas, n'ont q de Coltavattiero don! le Figaro le l'hist

grâce 1878.

Capturé par un certain Salpietra ex-lieutenant d< Capo-de-banda donl il avait pris I en Sicile L'exploitation d'un canton par n de

brigands est une affaire commerciale, il fut invité à vid ses poche

Elles ne contenaient qu'un mouchoir aux et un

portefeuille, mais point de valeur-.

— Où sont les 250 lires que vous aujourd'hui, prêtre demanda Salpietr

— Mes entants je les ai la Scillato.

— Alors vous allez mourir comme un chien.

— Laissez-moi au moins mire mes prier

— Faites Les prières né

même gagnerle paradis si cela est dans . dit

tranquillement le bandit, seulement dé]

Le pauvre A.ntonio se mit à réciter tout ce qu'il -avait niais sans se presser :

— Avez-voiis fini?

— Non mon fils, il me resl

les plus importas L'agonie.

— Ces ni I - dernières, hein?

Le prisonnier continuait à ne : heure

ment pour lui, en feuilletant le portefeuille pour pa>le temps, les ban lit- y trouvèrent d

A rRAVERS l'orient 67

— Dite* donc prêtre, vous avez de l'argent à Coltavattiero?

— Bien peu, mes enfants, je vous assure.

— Eh bien ! nous vous rendrons La Liberté Lorsque vous nous aurez fait apporter 5000 Lires.

Ceci dit, ils lui bandèrenl 1rs veux. Le replacèrent sur son âne et Le poussèrent en avanl jusqu'à ce qu'ils fussenl arrivés à un escarpement tellement impraticables un àne qu'ils remirent Le prisonnier sur ses pieds Le forçant à escalader des rochers à talons, el l'introduisirent dans une grotte humide où Salpietra le laissa sous la garde de Mangano.

Celui-ci se disposant à souper dit à son prisonnier :

— Voulez-vous manger, prêtre?

— Non mon fils.

— Hoire?

— Pas davantage.

— C'est du bon vin que je vous offre, sachez-le.

— Je n'en veux point.

— Voulez-vous d'excellents cigares?

— .le ne l'unie pas.

— Tant mieux, je garderai mes cigares, répondit le lieutenant ; puis quand il eut fini :

— Père, il faut dormir maintenant.

— Je ne puis pas dormir dans La houe.

— Désole, mais je n'ai pas d'autre lit à vous offrir,

— Je préfère demeurer debout.

— Mais moi je veux dormir.

— Je ne vous en empêche pas.

— J'ai l'ordre de vous faire dormir d'ahord.

Le malheureux dut obéir et se coucher. Le bandit se coucha aussi, le doigt sur la détente de son fusil, le canon sur le cœur de son prisonnier.

Je m'arrête, en voilà assez pour donner une idée (\r ce

que l'on appelle séqu< la monta Ile

du père Antonio dura quatn

n'ayanl pas reparu, Mangano pro me

Irai i : pour M) ducats, il lui rendrait la Libeii

Le prêtre consentit.

— Nous en reparlerons tit le brigand, j< visions. Bn rentrant, si je trouve tandeau dé

ne fut-ce que d'une Ligne, je a

La journée se passa sans que le lerribl rap-

portàl les vivi

Le lendemain s'écoula de la même mari Mourant de faim, 1'' père Antonio B'enhardil jusqu'à enlever son bandeau et s'enfuit au hasard. La providence lui lit rencontrer un berger qui 1 nduisil à - m \il-

lage.

Là, il appril que le retour de l'âne avait donné l'éveil à la police, que Salpietra avait lui et que deux jours api Mangano avait, en traversant uni :u une balle en I

les deux épaules.

Tout va bien qui finit bien ; mais tous 1 - UTS

arrêtés n'ont pas même chance, il y aurait un g volume à écrire sur les hauts-faits d de la monta. L't des pâtres, leurs espions.

Je ne conseillerais pas à une femme nerveuse de lire cette sanglante compilation. Elle y trouverait des ati cités à lui donner des cauchemars pour le . e ses

jours.

Rien d'étonnant après cela si dieux et déesses ont quitté l'ile sans espnt de retour; tout le m :ae

pas à être séquestré.

Lu Seyne l'ait comme eux. Eli'- s'éloign La Sicile, et du bassin de la mer Tyrrliénienne ; nous | celui de la mer Ionienne. Demain à notre réveil. l'Italie aura disparu; non-seulement l'Italie, mais l'Europe, puis-

que jusques a Alexandrie4, nous ne verrons plus la terre.

26 et 27 iiuul, eu mur,

Voici deux jours que nous n'avons d'autre horizon que le ciel et la mer, l'une bleu pâle, L'autre bleu foncé, magnifique tenture d'azur sur laquelle L'œil cherche eu vain un point pour s'arrêter ; c'est bien le cas de

dire :

Paa un auage au rii'i, sur la mer poinl de troile.

Gomment se fait-il que nous ayons passé quarantehuit heures sans apercevoir un navire ? Certes pourtant, ce serai! bien pour eux le cas de se promener ; la température est délicieuse; pas Le moindre vent qui d'aventure fasse rider la face de l'eau. Sauf la couleur, ce grand horizon plat, immobile et désert, me rappelle les vertes immensités de la steppe au printemps, c'est le même silence, la même monotonie grandiose.

Les poissons même font relâche ; nous n'en découvrons aucun ; il y en a cependant et beaucoup, niais ils y mettent de la mauvaise volonté.

Le commandant, auquel une voyageuse se plaint de ce peu d'attention des habitants de l'onde à la distraire,

lui explique qu'il ne faut s'en prendre qu'a notre hélice ; ils suivaient par troupeaux les aavires à voiles, les gros vapeurs les ont t'ait fuir ; ces nageoires qui battent l'eau dans les bateaux a mues et ces Larges queues qui la tordent leur paraissent une concurrence déloyale.

i h jour cependant, un grand un di

poisson qui ne peuvent respirer qu doute, prenait fa Seyne pour un i imprudemment pou

I) un COUp d'i leur di

trop grande familiarité. Peu 'en fallut qu'il n\ cher non pas à ranimai qui et np ou

plutôt boub le coup, mais à la machine qui l'ayant happé ne pouvait plus s'en défaire et se voyait condai lui

faire déci il I B trente tours à la minute

Pour l'en débarrasser, il fallut stoperet j. deux

heures pendant lesquelles le charbon continuait à brûler sans utilité. Les Anglais disent : Le temps est de l'argent, el les actionnaires comptent les minutes par kil - me de houille, de l'argent aussi. Us n'auraient Lis-

faits.

L'équipage qui n'est pas comp culateurs, fut ravi au contraire de la bonne aubaù cétacé pesait plus de 3, 000 1 n l'embarqua, on le

vendit ; les matelots Se p U nt l'a: - - il

le mangèrent pas, ils le burent.

Seulement ils eurent beau laver le p<»nt. fessuyei racler, les passai spirèrent pendant deux m >is, un

parfum rappelant l'huili ie de mon

Les lymphatiques durent s'en U :i.

C'est avec des histoires de plus sérieuse Lectures et (maire ou cinq repas par

jour que l'on tue le temp gaillard d'arrière :

l'avant on travaille davantag

Les jeux ne manquent pas à bord : billards hollan I damiers, échiquiers, palets, voire même 1»- noble jeu du bouchon, y s.>nl en honneur. Le D joue

rades, au grand plaisir des matelots qui. n'y comprenant rien, rient plus fort que les autr

A TRAVERS L'OHIBNT 7 1

Presque tous les passagers étaient aeteura ou spectateurs ; deux poètes el trois boudeurs du genre appelé grave, affectaient de se tenir loin de ces profanes plaisirs, les poètes rêvaient, Les boudeurs s'ennuyaient. Personne neregrettail Leur absence.

« L'oisiveté, dit L'auteur de L'Imitation, enseigne la malice. Eh ! Coco ! a profité du farniente général pour entraîner un de nos plus jeunes amis à tenter .avec lui la fortune des cartes.

L'Européen trop crédule avail oublié no$ conseils, el le vers de Virgile :

I imeo Danaos, ci a<Am li-mitt'à

Je crains Les Grecs, mémo quand'jls oiïreui des présents ». Il est revenu de la partie allégé de qraques louis, el comme Le pigeon voyageur traînant L'aie et tirant le pied. J

Ce qu'il avail le plus de peine à sVxrdiquur, c'esl (|ii(« gagnant toujours quand la partie était à un franc il la perdait invariablement toutes les fois que l'enjeu s'élevait à un napoléon.

Le docteur lui a fait comprendre que celle biiarrerie du sort n'aurait droit de l'étonner que si Le contraire avail eu lieu.

— Mais, rassurez-vous, a-t-il continué, avec un Grec, ce phénomène ne se produit .jamais.

Je crois qu'à la suite de cette conversation; notre ami a parfaitement saisi le vrai sens dupoëte français.

Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.

— En fait de phénomènes qui bc produisent quelque-

lois, nou i en a u hier un qui

beau par lea nuil s calm< • l ■ chaud

— pendant quelques hei

à travers une \ raie mer de feu.

i ii marteau frappant sur l'enclume fait pas jaillir de plus brillants b que

cette poussière ardente souli l qui

fuyait en nuage phosph rit le 1<

navire, pour al] >r «mi arri n nappe !

neuse dans son silla -

Monsieur X, \ ou Z, car après quatre jours de sée, je n»' sais pas même qu'elle est la première lettre de son nom, nous a raconté que, dans les n des,

il avait été témoin d'un spectacle du même genre, mais bien plus grandiose. La ph sph r se rnait

pas comme ici, à une auréole étroit ive, la mer

tout entière resplendissait avec un tel éclat, que Bur le pont, on pouvait lire l'heure à une montre, et même les faits divers dans un journal. L du bord fit

puiser un seau de ce feu liquide et le filtra à - un

Linge, l'eau passa dessous, lefeu demeura d< mais

ne tarda pas a s'éteindre, ne laissant sur le filtre qu'une sorte de vermicelle jaunâtre qui exhalait une forte odeur de poisson. C'était, parait-il, un banc

Copiai! Jutines par une SubstaE

Les matelots appellent cela u:.

baleine qui suit ci - œufs, et à chaque fois qu'elle ouvre son immense gueule en engloutit quelques million

Pour nous, parait-il, cen'est pas une boete, mais I simplement quelques milliards d'animalcules que la chaleur a fait monter à la suri L'eau et qui allum

leurs petits lampions en notre honneur.

La Caspienne fait encore, parait-il, mieux les «lésa cuvette pavée de bitume ni plus ni moins que les trol-

A TRAVERS L'ORIENT 7iJ

loirs de nos grandes villes, laisse- trans s uder une huile

qui monte à sa surface, et la recouvre (Tune pellicule irisée, essentiellement inflammable. Approchez-en une allumette, vous verrez aussitôt courir sur Les ilôts une flamme bleue d'abord , puis jaune, rouge, et en quelques minutes, la mer flambera comme un immense boi à punch.

Avis : — Faire L'expérience en se tenant de préférence sur Le rivage ; car sur cette nappe ardente, on courrait risque de rissoler ni plus ni moins que la tranche de citron posée sur le rhum, dans le verre d'un brûleur" de grogs.

Il y aurait un livre bien curieux à écrire sur les secrets del'Océan.

Los matériaux ne manqueraient pas; rien que l'histoire du corail, dont la Méditerranée est la vraie pairie, je parle du corail employé par la bijouterie, et non pas de

5 coraux grossiers quionl donné naissance au monde dos îles de la Polynésie, rcmplil un gros volume que je lis en ce moment. Sa naissance, sa formation, sou exploitation, le commerce important auquel il donne lieu particulièrement en Sicile et en Italie, sont choses curieuses au dernier point.

Il y a là des descriptions de cavernes féeriques, de bosquets enchantés enchevêtrant leurs rameaux de pierres, de prairies émaillées de fleurs vivantes, de fouillis de fines dentelles et de feuillages resplendissant de couleurs invraisemblables qui donnent envie de devenir poiss.ai pour quelques heures, en été surtout.

La métempsycose à laquelle notre docteur soutient qu'il croit fermement, aurait du bon, m l'on renaissait avec un cahier de noies rédigées SOUS l'eau et le souvenir de ce que Ton a vu ; mais notre docteur Lui-même ne se rappelle pas sous quelles tonnes il a vécu depuis que le

7 | Ai

monde e i\ monde ; ali i

vaut re 'i1"' " :,::i

L'Egyptien est dans le vrai quand il chanl éternel :

D tit

n'était pas la peine non plus d'installer do soins un appareil photographique sur la dunetl après avoir fait rang groupes artistiques, mai

passa ' rs sur le pont.

Au moment où notre artiste a enlevé Instructeur «*n ci'iani le fameux : que rien ne bouge, le na li bien

bougé qu'il en est résulté un barbouilla ins

lequel on ne distingue qu'une d d'ombn -

versant les unes les autres et domin auquel le balancement a donné les proporli m-

munesen chapellerie du dôme des (nvalidi 5.

Pour être rare, c'est rare, mais ce n'esl pas beau.

A demain la terre d'Egypte, allons rêver au paons.

28 2 heures après-midi, rade <l Alexandrie*

Nous comptions dormir et rêver, nous n'avons ni ;

ni dormi; en revanche nous avions déjà fait connaiss avec les avant-gardes des descendants de ronsqui, en une seule nuit, mirent en fuite l'armée de Sennacherib, et, sur l'ordre de Moïse, faillirent rendre fou le peuple du Pharaon, menteur à sa parole.

\ TRAVERS l. QRII NT 7.'»

La terre Jeifr suffisait Alors ; aujourd'hui ils envoient des reconnaissances agressives à trente lieues des côtes.

.le yenais chercher le repos dans ma cabine, je n"y ai trouvé que la bataille avec accoippagnemenl de ce bourdonnement on plutôt de cette charge irritante que son-s

nenl sans paix ni trêve ces microscopiques ennemis.

Il a fallu leur péder la pla.ee, cl fuir comme un de ces soldais poil roiis donl je m'étais moqué.

— Cela pi'omcl pour la nuit prochaine, ai-je dit à un de mes compagnons, réfugié comme moi sur la dunette.

— Je savais que la chose se passerait ainsi, m'a-l-il répondu i ftttssi ne suis-je pas descendu. Hérodote ditforîindlcinenl dans son livre, que pour se garantir de ces moustiques, dont le nombre est incalculable, les (égyptiens. dorment en haut des loursel que ceux qui demeurent le long (lu tleuve, couchent sous leurs filet S.

— Eh ! monsieur ! Hérodote en conte bien d'autres ;

il prétend que les fèves sont un objet d'horreur pour les Egyptiens, et les Egyptiens en mangent plus qu'aucun autre peuple : que le crocodile îfa pas de langue, ce qui est faux ; que chaque année il arrive en Egypte des VOls de MTpenls ailes, connue les hirondelles au printemps, ce qui est une table ; il donne même la description du Phénix renaissant tous les cinq cents ans de sa cendre. et vous voulez que je croie à ses assertions ?

— Assez, Monsieur, m'a répondu mon interlocuteur indigné ; Hérodote ne ment jamais, libre à vous de ne pas ajouter foi à ses avis, demain vous vous éveillerez avec le visage criblé comme une écumoire ; si cela vous plait, je n'ai rien à y voir.

En voilà un qui n'entend pas raillerie sur son historien, il croit en lui comme une certaine école croyait au docte Aristote : Le maître Ta dit, il ne reste plus qu'à s'incliner.

A tmii heures, la chaleur com fonte, H noua arrive de la lei bouffées d'air aussi brùlanl que celui qu'on i gueule d'un four ; le coi sure que c est le

siroco qui souffle, dan is noua ail

Hérodote ne l'a pas annon •• . mais je le c

Mademoiselle J., qui a toujours 1< nous fait remarquer que La couleur de l'eau • aplè-

temenl cnai l'est vrai : de l'indigo non

au vert clair, <-t nous voguons à travers une imm< prairie Bur laquelle semblenl voler des papillons bla convergeant tous vers le même point de l'horizon.

Ce point, c'est Alexandrie : ces papillons, des bi ou des goëlel tes :r, ec Leurs voiles dépl

Après Le déjeuner, changement de d< u : la mer

n'est plus verte, elle est dorée; Le jaune a pris Le des de Limpide elle est devenue boueus de sable qui La moirent comme une étoff<

Ces brouillards ne sont autre chose que les app du Nil dont le débordement régulier, déjà comm continuera jusqu'à la find'octobn .

Quels infatigables remueurs d le Rhône qui n'est pourtant qu'un Nil m fait à lui seul la Grau et la Cam; s comble

des abîmes ; le Nil plus actif encor riodique-

ment la terre des plateaux abyssiniens, la pétrit, la délaye. L'étend en nappe, et en fabrique peu a peu le Délia ; chaque année il fume sa propriété triangulaire longue de • lieues, large de 60, mieux que :. il un

agriculteur primé au concours, l'arrose dans toufc parties, puis jette à La mer quelques centaines de millions de mètres cubes d'engrais qui lentement exhaussent le fond, et finiront pas doubler le Delta.

Pascal appelait les rivières des cht

le Nil fait mieux que marcher, il travaille. Nous en avons la preuve sous [es yeux.

Le jaune de l'eau se fouet1 de plus en plus, il tourne ii la canelle; pour pou que cola dure, il se fera chocolat.

Midi. — Voici la terre on plutôt le sable ; au-dessus do la ligne d'eau court une autre ligne sinueuse, mamelonnée, d'un jaune fauve brillant, inondée de lumière par un soleil implacable, on dirait le bord de l'horizon à l'orient, au point du jour ; celte bande ne se détache pas, elle

découpe à l'emporte-pièce.

Le commandant est à son poste sur la passerelle, la Qamme monte et se déroule à la flèche du grand mât; le pavillon se déploie à la corne, fécoutille s'ouvre, les chaînes grincent el plongenl dans les profondeurs de la cale d'où elles remontent, rapportant malles et colis, tournoyant au bout d'un crochet de fer.

deux donl le voyage est terminé, s'agitent, reconnaissent leurs colis, ou vont achever leur toilette. Coco est tout flambant neuf, on dirait un article de Paris, il faut bien que la population sache, en le voyant, qu'il revient

(le L'exposition. Quel COl, quel chapeau, quelle canne !

si la garnison ne lui présente pas les armes, il n'y aura pas de sa faute.

Est-ce cela qui fait qu'il nous évite? M. de B... ne peut pas le croire, il nous chérissait tant, il nous a fait tant de promesses.

Son intendant doit nous envoyer des voitures de gala, il met un de ses palais à notre disposition, nous ne pouvons demeurer que chez lui, il nous conduira partout, quelle hospitalité !

Le baron de Y... qui n'a (pie vingt ans, croit en lui, comme mon compagnon de ce matin à Hérodote, et persuadé qu'il va tenir ses engagements ,

7S \ ÏM\

mu' f> l i,»ni le lui |il--iii

Il est pardonnable; vingt ani est lei illui

Les Levantines ap] ni. elles ont remu

rnafchent toutes seules ai ec leurs pieds, comprendre. Biles onl dû p I '.

aussi quel résultai : les voici m i | p

des grandes faiseuses.

\ i . débarquemenl I n. on en ;

dans Alexandrie.

La ville m1 m' montre pas mamelon doré, plus haut que les au me dousains

de moulins ;i vciil. Iil . [u:\ir

avec frénésie : on dirait d'énormes faucheux B'acli

à démolir la but!

Toutes les lunettes sont braquées sur ce p toi, on

poii^sr ;i vue d'œil tonte un»' végétation de m tructions bizarres, <!.' murs blancs, que domine une colonne se profilant dans L'azur du ciel et que précè le la tour massive du phare grandissant à chaque t »u notre hélice.

La ville apparaît enfin, festonnée de minarets qui pointent comme des aiguilles, de palmiers jaillissant avec fierté au milieu d'un entassement de ma et carrées, ou s 'inclinant gracieusement et laissant pendre leurs verts éventails.

Ce panorama ne ressemble en rien à ceux de 1*0 dent ; les couleurs sont crues et heurtées, rien ne se fond, tout se tranche ; les ombr l,

les blancs des éblouissementfi : 'est un tableau a la Decamp. mais un tableau qu'il faut regarder comme le soleil : avec des lunettes fume'

Ce n'est pas sans émotion que nous regardon- cette

A TtlAVERS L'ORIENT 79

terre ardente, si peuplée de souvenirs de tous les âges et dont les monuments encore debout, ont vu passer tant de générations el tant d'événements depuis le Pharaon dont était ministre le sage Joseph, jusqu'au dernier viee-

poi près duquel Bravay remplissait les mêmes fonctions ayee moins de désintéressement peut-être.

Quel théâtre a jamais été mieux rempli que ce delta, dont la terre fertile jusqu'à la prodigalité, abandonne à ses heureux possesseurs trois moissons par an. Habité d'abord par des peuples pasteurs, envahi ensuite, 3,000 ans avant Père chrétienne, par des barbares, qui en se civilisant devinrent la féodalité la plus puissante qui ait jamais existé, il fut, pendant une longue période, le sanctuaire de la science soigneusement cachée aux profanes, des arts poussés à un point de perfection qui étonne encore, d'une religion mystérieuse, d'une discipline inflexible.

Là, toute une nation d'esclaves, éleva par des moyens inconnus ces temples énormes, ces pyramides hautes comme des montagnes, ces obélisques chargés d'inscriptions indéchiffrables jusqu'à ce que CJiampolion en ont donné la clé.

Ici, fut expose sur le Nil le faibli1 enfant qui devait être Moïse, et sauver, à coups de miracles, les Hébreux

asservis; la régna Cléopatre, nouvelle Circée, dont César, nouvel Dlysse, brisa le pouvoir magique. Les Romains conquirent ce pays, le farouche Amrou le

leur enleva après avoir perdu sous ces murs blancs que nous voyons, trois cent mille soldats, et inaugura, avec le règne de l'Islamisme, celui de la terreur et du sang. Saint Louis vaincu par les armes, victorieux par sa grandeur dans la captivité, acquit une gloire impérissable et la légua en mourant, à sa chère et vaillante nation dos Francs. Napoléon a attaché son nom aux

HO A THAÏ

Pyramides, par un combat de

i conquil une renommée plu

en réunissant Les deux m< mal, d< I

plus célèbres ingénieu

tion impossible.

S sostris, Moïse, A] i m b l Saladin , Saint U ni . Map i.

Ismaël Pacha, la Mansouhra, Damiette, les I Aboukir, Suez, qu ils noms, quels

si nous voyons, noi :1 est une heo

notre ancre n'est pas encore tombée et déjà toute âne flottille nous entoure.

L'OrienJ vient au devant de n >us; les bateau nent autour de la Seyne comme oV> petiU autour d'un gros; ils ne sont pas es pourtant, mais

la permission de non- aborder n'esl pas enc

— Les imbécili I le docteur en haussant les épaules, ils font semblant d'avoir peur que nous leur apportions la peste et c'est chez eux qu'elle log .

— Quoi, la peste est ici ! s'écrie madem i selle V... qui n'a pris des remèdes que contre le mal <le m

— Docteur/ vraiment la peste serait-elli dent avec anxiété plusieurs pass igers .'

— Pas en ce moment : \ rien à ire, fait-il en jouant des coudes pou: le flot inquiets: puis, une fois installé mot OÙ flotte le pavillon de la santé, il lance dans 1*' u:'"iipe une 1"

de Parthe en criant : pas la peste, mais 1

les ophtalmies, les dyssenteries, les... je n'en ai

tendu davantage ; c'en était assez, même trop car deux

touristes timorés qui déjà tenaient leurs valises à la m

les ont prudemment rein - dans leurs cabîn

l'air de dire : pas >i fou que de mettre le pied sur une

terre qui dévore ses habitants.

Ces prudents voyageurs verront l'Egypte de loin, à la manière de ce brave à tout poil, qui, provoqué en duel à 1,1 suite de je ne sais quelle impertinence, déclara qu'il était prêt à se battre à Pépée, à la seule condition que ce

serait à vingt-cinq pas.

Le dépari du canot de la Seyne paraît avoir enhardi les embarcations égyptiennes dont le cercle se resserre rapidement el qui se bousculent, se heurtent, se pressent, s.- chavirent pour conquérir au pied de L'échelle une place vingl fois reprise, vingt fois perdue.

Les formes de ces barques sont curieuses; aiguës, avec une pointe se recourbant à l'avant comme un cou de cheval; elles rappellent les navires primitifs figurés sur les bas-reliefs des Pharaons.

Quelques-unes sont peintes, dorées, ouatées de tapis rayés de ces couleurs vives qu'affectionnait notre peintre Regnaul ; d'autres, à peine barbouillées d'ocre, do bleu ou de vermillon, n'ont pour tout siège que des planches, ce qui n'empêche pas Frédéric de trouver qu'elles aussi ont de la race.

Ces cavaliers sonl tous les mêmes; ils n'estiment que le sang et la race; pour ma part, je préférerais un banc mieux rembourré.

Les bateliers sont aussi bariolés que leurs canots, à demi vêtus de cotonades roulées en pagne autour d'un torse bronzé, la tête enturbannée d'un lambeau d'étoffe criarde, bras et jaftnbes nus, ils gesticulent à la fois de la rame, de la tète et de tous les membres avec des hurlements à assourdir un Marseillais pur sang.

Mais eux aussi ont de la race, beaucoup (h1 race, aussi du premier coup d'œil est-il facile de distinguer s'ils sont nubiens ou éthiopiens, maltais, turcs ou égyptiens.

Ces derniers portent le tarbuch, bonnet cylindrique en poil de chameau, qui, pourra forme et La couleur,

rappelle exactement un pot k fleur de jardin

par amour «lu conl ni une « - .- 1 1 < » 1 1 * •

blanche Bphérique, semblable a ••••il.» d'un i < 1 < •

chœur : Grecs el Tur

Les plus élégants onl le large | > - * r j . lei

autres, un simple caleçon ; mail le plus eu dans

leur costume, esl II couleur de leur peau, brune, bronzée, grise, noir mat, ou noir brillant <•( rem suivant la race.

Il y a là, pour un peintre, toute une étude s. faire sur la gamme «lu noir, depuis l*ocre lu-un jusqu'au i anglais, breveté sans garantie du gouvernement.

in philosophe n'aurait pas moins à profiter, -î jai il pouvait parveni] reconnaître dan- cel our

de vociférations âpres, gutturales, qui i soient à claquements dé fouets, el écorclieni les oreilles en soi-disant Français, Italii Pure, Franc, \ -lais

du Espagnol également estropi s.

Je voudrais avoir un incrédule la main, pour le

convaincre. Après cinq minutes do ce charivari dant, il serait bien forcé d'avouer que les constructeurs de la tour de Babel n'eurent ri mieux que

de se disperser au plus -, supplice

de la confusion «les langues.

Enfin : voici le canol qui revient,

à l 'aborda i:e.

" Hôtel de Sue*, S h. «lu -

Est-ce bien nous qui avons emporte d'avant la barque d'Ali nJ S. ou Ali n° 8 qui s'est emparé de ik>> pei je serais asseï tenté de pencher pour cette dernière >up-

A TRAVERS L'ORIENt BS

position si monsieur de B. ne soutenait pas le contraire. Respectons cette illusion de son ;iuiour-propre, peu importe du reste puisque le résultat esl le môme.

Notre voyage de la Seyne à terre a été peu fécond en

péripéties. Ali, qui parle toutes les langues mais malhoureusemenl toutes à la fois, est un arabe de race, cou- Leur chocolat, possesseur d'une barque de vingt-cinquième ordre, ornée d'un tapis trotté et qui serait excellente si elle marcha il, el ne faisait pas eau comme un crible.

Nous en avons été quilles pour un bain de pieds prolongé

avec circonstance aggravante d'une aspersion continuelle procurée par un affreux négrillon occupé à rejeter avec une écope le liquide infiltré.

Ali se préoccupe peu de ces inconvénients ; dès qu'il

nous a eu entassés dans son embarcation, il a livré au vent qui ne souffle pas, une voile de la dimension d'une serviette, s'est couché au gouvernail et a entamé un chanl nazillard el monotone dénature à endormir la mer elle-même.

Grâce à ce concours de circonstances-, partis tes premiers, nous sommes arrivés les derniers.

Coco lui-même nous a devancés quoique son canot ne valût guère mieux que le nôtre ; ce diminutif de Kédive nous a paru bien modeste pour le possesseur de tant de palais et d'un si grand nombre de serviteurs.

Le baron de V. commence à croire que peut-être ce

personnage n'occupe pas une position aussi élevée qu'il veut bien le dire.

Tout en ce monde ayant une fin, nous avons débarqué à la douane après avoir payé à notre batelier, outre

le prix convenu, le baghchich supplémentaire, tribut commun à tous les pays qui portant les différents noms de : pour-boire en France, trink-geld chez nos amis les Prussiens, bona niano chez nos autres amis les Italiens,

Si A Tli\'.

ii.i tchai chez le R demande p ne

lige nulle pari aussi fréquemment <j

En quelques heures je l'ai entendu proiî quante fois : c'est le pi mol que l n-

fants, le dernier que murmurenl les vieillar tous que l'étranger appren i avec !«• plus mais qui à lui seul lui coûte plus cher que la lotaliU autres termes contenus dans le diction de la

langue arabe.

La Douane est une sorte de prison donl une p s'ouvre sur le port, La seconde dans La ville; la premi entrée est des plus faciles, Les battants -"••«•art eut d'euxmêmes devant Le voyageur qui arrive, ma menl aussi! >t derrière Lui.

Nous n'avions pas fait trois ; . >us som-

mes sentis pris comme dans un traquenard.

Soldats, douaniers, portiers, employés nous entouraient, ils ont fondu sur nos modes - s. Rien dece que nous apportions n'était sujet aui dr ut aux baghchich.

Il a bien fallu s'exécuter, nous pensii Hélas ! Après s'être occupés d< a

sont souvenus de nos personn< s.

Plusieurs (rentre nous, nus à bord que Lepass -

port était chose inutile, avaient n s du leur.

L s employés les ont exig 3;î positi nait cri-

tique, non pas pour la sûreté des imprudents, pour leur bourse.

Notre vice-président nous a tir»''- mauvais pas

par une idée de génie.

11 avait dans son portefeuille, outre son passe-port, une croix d'aumônier des ambulanc s, : pour

A TRAVERS L'ORIENT 8a

La dimension pourrait lutter avec le soleil de Perse; mademoiselle J... lui a fourni un ruban qu'elle avail dans Les cheveux, il s'en est fail un cordon «le commandeur, puis, s'avançanl majestueusement en écartanl les employés subalternes, il a présenté son passe-port en disanl a haute voix :

— Pour moi et ma suite.

— Très bien, Excellence, a répondu respectueusement le chef des douaniers, intimidé par le fameux ruban bleu la croix rouge, combien de personnes ?

— six, sept, je n'en sais rien.

— Mais, Excellence, leurs noms nesonl pas portés sur...

— Sur ce passe-port? je le crois bien ! Je n'aurais pas permis <lVn mettre d'autre que le mien.

Celle réponse a été l'aile avec tant de dignité que le directeur, effrayé de sa propre audace, a balbutié des excuses en se hâtant d'apposer le sceau.

La seconde porte s'esl ouverte toute grande, les guichetiers s'inclinaient jusqu'à terre, le l'actionnaire a présente les armes et voilà commenl nous avons échappé de l'ajatre de Gacus.

Installés dans nos voitures, nous avons bien ri de l'idée de notre commandeur.

Une pareille entrée en matière est de bon augure.

.le n'ai guère vu de la ville que ce que Ton voit par la portière d'un fiacre au grand trot, cependant j'aurais presque envie de dire déjà qu'elle manque de race. Rien d'original, rien qui frappe le regard : (U's maisons, des

magasins, de grandes places, des squares plantés d'arbres,.la statue en bronze du vice-roi à cheval faisant pendant à une estrade pour les musiciens, les jours de musique militaire, des cafés avec leurs labiés peintes en

vert sur le trottoir, des affiches plaquées sur les murs,

des nies larges et inondées de soleil, des voilures, de la

poussière, iinealléi ,niu t;,

ver un bouquet de palmii que l'on roll pi du

commerce Je le de la fortune Je le p d<-

cacbel je 1«' regr< lie.

tte première vue ne m'a pas séduit : nou ;i disposer que de trois ou quatre heurea, la chaleur était torride,J'ai laissé les excursionn urir

les rues, me contentant de n mon hôtel.

J'y ai vu assez pour me distraire. La populati fois polyglotte et, si je puis mi Iv-

chrome, produit, rien qu'en passant, l'effet d'une lantei magique sur le fond Lumineux de laquelle enl

des femmes voilées, enveloppées de leurs amples rêl ments et traînant leurs sandales i oijaun

vieux Arabes éd iurl.au vert ou blanc vêtus de l< houppelandes, Jaunes, bleues, ramagées, raj vàuchant gravement sur de petits te,

des officiers coiffés du fez ei montant d'ardents chevaux caparaçonnés de selles bleues bri d'or, de* sold

bronzés portant le costume blanc, s sauxcheveus Crépus et en longue tunique blanchi longue barbe, égrenant en marchai s à

grains d'ambre, des p : demi-nus ployanl sous

une entre pleine d'eau, des vendeuses d< ts,

ou de dattes couleur de brique.

La toilette, le bain, le diner, un dîner à ^européenne, ont rempli le reste du temps bève de transcrire mes notes à la bâte, nous allons partir pour le Caire. L nous serons dans la première ville de l'Afrique. Alexandrie n'est que la dernière de l'Europe.

>«». Minuit, le Caire.

L'Egypte! elle étalait, toute blonde d'épis,

Ses champs bariolés comme ilb ricin- tapis.

Plaine <\xié ^>'< plaines prolongenl ;

L'eau faste el froide ail nord, au Bud I • sable anlmt.

Se disputenl l'Egypte: elle rit cependant,

Entre ces deux mers qui la rongent....

Voilà ce que nous récitait le plus jeune di1 uns compagnons en entrant dans le wagon, plus que primitif, qui devait, en cinq ou six heures, nous faire parcourir les lMd kilomètres séparant les deux capitales.

Horace a bien raison de dire : les poètes ont le droil de toui oser, Ils en useni et en abusent.

Nous avons beau regarder de tous nos yeux et nous

demander comme madame Barbe-Bleue à la sœur Anne :

ne vois-lu*rien venir? nous n'apercevons à droite connue à gauche, en avant comme en arrière, que Le soleil qui foudroie et la terri1 qui poudroie.

11 est vrai que le simoun, le vent dr feu, OU le vent poison COinme l'appellent les Arabes, souffle depuis trois jours. Nous n'étions qu'à la gueule du four, en arrivant, à présent nous y entrons complètement. Pas même La ressource de baisser les glaces ; l'air e>t char d'un sable tellement fin, tellement impalpable, qu'il pénètre par toutes Les rainures et nous force ;\ nous protéger les yeux avec des Lunettes fumées, entourées d'une fine loile métallique.

Malgré cela la poussière nous aveugle. Monsieur Ducamp prétend qu'en dépit d'un double boîtier, celle poudre tenue parvenait à s'introduire dans sa montre

el .1 en arrêter le mouvement, i qu'il

nV

qu'elle pa [uille d'œuf.

i terrain esl p quelqu qui

sont moins -i >s on lulationa q Victor Hugo qui, pour plus de facil

,i 1500 Lieues de disl « que l'Egypte

esl blonde : autant vaudrait affl mes le sonl aussi, le tout est d'un bronzé.

Quant au sol, d >nl p >rsonne ne peut tilité, puisqu'il donne jusqu'à trois m peut être vert et bari ir le

moment, j'ai le regret d<

gulièremenl à un dall bitum d ne

comprend pas que rien puisse y pousser.

Il est vrai que nous arrivons pendant L'entr1 toute • les végétations - 3 : les champs

mencés ne Laissent rien deviner que Le Nil va faire jaillir de cette pous bout1 par L'inondation.

Çà et Là, s'élancent des palmii ^ueux,

d'un Large paras »1 g rit et

abritant fort mal d'énormes paquets de datt geàtres,qui, suspendues à L'aisselle despa la forme peu gracieuse deh , qu'un cav

attache a sa seUë.

Mas q nom] i palmiers n'ont rien d'at-

trayant; pour bien faire il faut qu'ils - . ntis réunis par bouquets de deux à trois.

Nos chênes et nos i. sont incomparablement

plus beaux, et un grand .pin parasol a bien plus majesté que ces fils du désert, dont le tronc semble en-

A TH Wl :iiS l'orirnt S!)

veloppé de filasse, comme celui <1<> ces pauvres arbres souffreteux qu'on rencontre sur nos boulevards.

Les haies épaisses de cactus épinetfx, .'ivre leurs larges raquettes ponctuées de rouge sang, el les vigoureux aloës dont la hampe, haute de cinq àsix mètres, affecte la forme du chandelier à 7 branches, ne manqueraient pas d'une puissante originalité, si le sable qui les incruste ne leur donnait pas un aspect terreux, et si leurs feuilles, toujours déchirées, brisées ou tordues, nepenr daient pas comme des guenilles.

Peut-être après tout est-ce de la couleur locale ; l'O-

rienl esl le pays dos Impies voyantes el des haillons

sordides, la nature s'en revêt comme les habitants.

Bien pires encore sonl les villages des fellahs.

Il nous a fallu en voir plusieurs 'pour croire à leur réalité, les premiers \u>\\^ paraissaient impossibles.

L'architecture en es1 primitive, les matériaux extravagants.

Chaque maison, je ne sais quel nom leur donner, est une boite carrée de (> à 7 piec^p de haut sur lu OU 1:2 de large, retournée sur le sable, le fond en haut pour l'aire terrasse ; un trou sert de porte, un second trou plus petit de fenêtre. Vingt, trente, cinquante (\^ ces boîtes rapprochées, forment un village où demeurent, pêlemêle, hommes el botes.

Si encore ces boites étaient régulières, mais non : les murs composes de plaques de boue mélangée de fumier et que l'ardeur du soleil rend blanchâtres, gauchissent, se déjettent, se crevassent, font un creux par ici, un venin1 parla, et finissent par ressemblera un vieux chapeau gris enfoncé d'un coup de poing.

En été, On grille là-dessous: s'il pleut, c'est bien autre chose, h4 mur détrempé se délave, fond et s'écroule en boue gluante; le propriétaire n'en a souri, il va s'abriter

'.H» \ I M \ sT

us nu arbre s'il 5 wi l, le mouille s"ii n'en i poinl ; puis, quand le maison asséchée, ta >ntre d

J'ai \n a peu près la môme chose en Irlande, où i pitalité ih'.i été offerte dans des ma I la-

ques de gazon, posées sur une ■ piqués dans le sol. Je l'ai raconté quelque part, OC ne m'a pas cru; si quelqu'un lit ces notes, il ne me p;is davantag

Qu'y puis-ji

Le \i.ii peut quelquefois n'être p&i blahle;

Et malgré cela, c'esl toujours le vrai.

Entre le Caire ei Alexandi mmunicat

manquent pas. Oulte les deux chemins droite ei rive gauche, me pour Versailles, il j encore des rouies sur lesquelles circulent de nombreux chameliers arabes, jambes nuea delà voie, leurs chameaifltchs 2 - d'eau <»u

de couffes de sésame.

Attachées les une- aux autres, par une corde »! de palmier, les lourdes et bêtes • 1 1 1

le pied mou s'élargit à chaque pas en a le

sol, sans plus de bruit qu'une gi sa ^e, ont un

mouvement cadencé qui procure, dit-on, à ceux qui les montent pour lajpremière fois, les jouis? s du mal de 111er.

En voyant le va-et-vient des Aral - à leur

bosse. Je in1 m'étonne pas qu'on ait donné le nom de vaisseau du désert à un animal si bien doui le

rapport du roulis et du tarifaire combinés.

Nos wagons ont une cadence moins riiythmée, mais secouent, eux aussi, d'une manière non moins continue

a TRAVERS L*ORIENT îM

que désagréable ; en revanche ils von! très-lentement! ce qui est un avantage incontestable pour un touriste désireux de bien voir le pays.

Celui-ci esl assez plat, pour qu'aucun obstacle n'y gêne la vue; il esl vrai que rien ne l'attife non plus, surtout dans ce vaste marais desséché que nous traversons, qui fut d'abord lelâC Maréolis, niais donl il ne reste qu'une plaine inculte, stérile, mouchetée de mares salées et stagnantes, rappelant lés parties les plus tristes de noire Camargue.

L'aspect de celte nature désolée produisit un tel offel sur l'espril de nos soldats lors de réexpédition d'Egypte, qu'ils voulaient revenir en arrière; il fallut, toute l'énergie de Napoléon pour les entraîner au delà d'une seconde étape, et lui-même dût payer d'exemple en marchant le premier.

Il s'en manqua de bien peu, que celte leçon donnée à son armée ne lui coulât cher. Escorté de quelques hommes seulement, il faillit être enlevé par les mamelouks, loul près de Damanhour, où nous arrivons. La vitesse de son cheval le sauva.

Si Napoléon fût tombé, ce jour-là, entre les mains des Arabes, qui n'auraient pas manqué de lui couper la tête, que serait devenue notre histoire moderne?

A quoi tiennent les événements?

Mais, comme disent les Orientaux, c'était écrit ; et le futur empereur échappa au danger.

De loin, Damanhour s'annonce Comme unv ville à Laquelle de hauts minarets octogones, un cimetière place sur la pente d'un mamelon et un bouquet de superbes palmiers donnent un aspect pittoresque.

Le train S'arrête et notre illusion s'envole: la ville n'est plus qu'un bOUrg dont les maisons en briques crues ne résisteraient pas à une pluie du huit jours, la gare. e Si

99 A l'owi '

mi lérable >mme, riei

dil le fabuliste:

\ lommes, il dans le

je connais d'auti

rappetissenl i les vill

quand on les examine de |

Sous un accacia, un groupe de mendianl e éclairés par le soleil, fait a lui seul un charmant tabl< de genre. La femme, dont !<■

rappelle les plus beaux types de la Bible debout

tenant un vase élégant sur la paume de la main droite : son autre main repose sur la tète d'un enfant demi nu, près de l'arbre, au tronc duquel s'appuie un Bupei vieillard, couvert de 1 1 ; i i 1 1 « n j ^ dans lesquels il se draj avec une incroyable lie:

En voyage il faudrait pouvoir i moins photographe.

D'autres fellahs, vêtus il-' la manière la plus primiti s'approchent pour nous offrir d

des dattes qui, par parenthi 3 . ni une déplorable physionomie ; quelques-uns simplement un - d'eau frai ihtenue dans de petits

semblables au: ! miette

Cette offre n'est naturellement qu'un prétexte à demande de bacchis : c'est toujours l'histoire 'lu mendiant qui, sous le porche d'un se, vous aie un crayon auquel il ne manque que île la mine de plomb.

Entre Damanhouret Tel-el-Barout nous un

magnifique coucher de soleil ; l'horizon rouge comme uni» fournaise empourpre les sables sur lesquels s'allon-

t! démesurément les ombres des chameaux et deleu: conducteurs : vu à travers la poudre d'or qui flotte dans

les obliques rayons du soleil, le paysage est simplement féerique.

Voci le Nil! l'n petit village est assis sur les bords du fleuve dont une' branché Iargeet boueuse se dirige vers Rosette.

On dit que nulle eau au monde n'égale en limpidité celle de ce lleuve ; les géographes parlent du Nil blanc et du Nil bleu ; celui que nous avons sous les yeux est le Nil chocolal : cVsi une coulée de boue large comme le Rhône, moins vite que lui, et qu'il y a vingt ans à peine les wagons ne pouvaient passer que dételés puis chargés trois par trois sur un bac.

si le moyen étail peu rapide, il était encore moins sûr ; on s'en contentait cependant, lorsque en 1856 il advint qu'Ahmed-Pacha, héritier présomptif du trône, s'étant laisse choir dans le lleuve , s'y noya ni plus ni moins qu'un simple mortel.

A quelque chose malheur est bon.

Ne pouvant pas ressusciter l'héritier et voulant éviter à l'avenir un pareil accident, le gouvernemenl fil construire un beau pont de fer de douze arches reposant sur

aillant de pilliez de fonte creuse : il lui en a coule, diton, dix millions ; eu revanche, notre train n'éprouve aucun arrêt et, du haut de notre viaduc, nous jouissons d'un superbe point de vue.

C'est une application coûteuse pour les finances égyptiennes, mais très-agréable pour nous , du système des compensations.

La unit arrive à grands pas enOrienl : l'aurore aux doigts de rose si chère aux poètes et les longs crépuscules du Nord n'existent dans irs pays «lu soi,. il que pour mémoire el à l'étal rudimentaire ; l'obscurité esl presque complète quand notre train s'arrête pour vingt minutes i lvat'r-el-Zaiat.

i i suis fâché, n voir l<- \ [liage, qui ressemble à Loua i déjà aperçus, el n'a decélebre que son buflel la m» i avec table d'hôte a l'avenant, n noua déroberonf le i i u d'heure a peine de la Btat on.

Au temps d'Hérodol monumenl

rieurs de 1000 ans a l'ère chrétienn al ena

l'admiration par leur

décrit-il longuemenl le fam impie d N >ré

de propylées, d'obéli . de c A humaine, taillés dans des blocs de granit app carrières d'As sou an, lesquelles se trouvent a plus de quarante jours de distance d l

l d obélisque monolithe tiré des cari Une attira surtout son attention par Pénorraité de masse el sa prodigieuse hauteur. Il n'avait pas fallu, dit-il, moins de quarante mille homm ipés pendant

trois an^ pour le conduire à S - Amasis le ; ait

à orner le temple, mais quand il voulut le dresser -ur son piédestal, le poids lit céder le soûl les cordages et dans sa chute il écrasa plusieurs milli d'ouvriers. Le •colosse mutilé est demeuré m sur

place, personne ne songea plus à la i

D'autres monstres ont eu 1»' mena Moscou on

en monlro deux: l'un e-4 un canon turc dans la gueule duquel un homme de moyenne taille peut facilement •>'a>M'nir ;je ne sai< quel sultan l'avait fait fondre pour lancer (1rs blocs fit1 rochers : au premier coup il partit. mais par la culasse, en tuant une soixantaines d'homm l'autre est la fameuse cloche, dont le poids entraîna la tour dVvan Yéliki et se fendit en broyant les ouvriers employés à la hisser.

Nous causions -lu danger qu'il y a pour les pygmée^

'A TI!\YUi> l'un II. M !!.')

à vouloir se mesurer avec des géants, quand deux EJgyptiens sont montés dans notre wagon ; ils parlaient le français comme «l^s Français et nous ont donné sur la ville ruinée do curieux détails.

Si les monuments décrits par Hérodote n'existeni plus,

il reste encore iininui' d'enceinte qui vaut la peine d'être visité; re mur en briques crues mesure 80 pieds de hauteur sur 60 d'épaisseur, ei forme un parallélogramme de 3,133 mètres de périmètre.

Les peuples anciens aimaient à l'aire grand.

Delà ville écroulée Lentement, dissoute parles inondations périodiques, il ne reste pins qu'un monticule de sable que les Arabes fouillent pour en retirer du salpêtre; c'est là le principal produit de la royale nécropole des rois Saïtes.

Mémento homa <|iiià polvia es.r.

iioiiun •. Bouvieaa-toi que tu n'es que poussière

r.i que tu retournerai en poussière.

S'être appelé Amasis ou Sésostris, avoir fait trembler le monde, et être exploité comme carrière à salpêtre, quelle leçon pour Les ambitieux !

( n Français, célèbre égyptologue, lu savant Mariette- Bey, fondateur du musée de Boulacq, a voulu, lui aussi, remuer eus décombres : ses travaux n'ont amené d'autre découverte que celle d'un- sarcophage en serpentine verte renfermant les restes pulvérulents, non pas d'un des Pharaons, mais d'un simple gardien desporb ifl de la ville, nommé Apriès. Du même coup le portier est entré dans le domain»1 de l'histoire et dans une des salles du musée ; je parierais qulil ne s'attendait pas à

tant d "honneur.

Au moment où nous repartons, un globe énorme S'élève sanglanl à l'horizon et monte lentement dans le

ciel noir Nous saluons

tion à la lune noua auron • moins

aveuglanl que celui du plus que suffi

pour nous donner une idée do la p Délia,

engpï irrosé par ces milles canau

sent el resplendissent comme un filet à mailh cent,

étendu par l'active indusl - habitants sur une I

incomparable.

Quelques fellahs, en retardpour les semailles, Lab leurs champs à la faveur de l'asl nt, et pous-

st-iii devant eux une légère charrue attelée de i d'ânesou de chameaux, dont la silhouette la manière la plus fantastique.

A peine si cette charrue effleure le sable en un léger sillon dans lequel l'eau qui monte lentement viendra recouvrir cl fain s me, 1»- :

ou le dourah.

on ne saurait imaginer des tableaux plus calmes que cciio série de paj de la tem

leurs laboureurs travaillant on silence au clair do lune, leurs bouquets d"ar)>ro> jetés ça et la. Leu ..aux

estompés de roseaux frissonnants el leurs villages endormis sous des palmiers qui penchent, noirs, sur les maisons blanches.

Eparpillés dans la plaine >.m> fin, ces villa, rap-

prochent bientôt, les arbres deviennent plus nombi les jardins succèdent aux grandes cultures, quelques

gantes villas apparaissent, tout annonce L'appn d'un centre important, do Tantah, ville de 60,00 à ce que nous disent nos aimabli ns qui,

avant dos'v arrêter, nous montrent le dôme arrondi d'un palais du vice-roi et le minaret oc1 - fiché (••'mine une lance en avant delà mosqu

Là encore, notre train l'ait halte, puis manœuvre peu-

dant quelques minutes pour permettre aux voyageurs en destination de Damiette de changer de voie.

Quoique suffocant, l'air est moins chaud que dans le jour, aussi nous hâtons-nous de descendre sur le quai,

pour jouir de cette fraîcheur relative, niais la cloche et le cri : en kar ! (en voiture) ne nous en laissent pas le temps et nous voici de nouveau en marche.

Les canaux et les haies se multiplient, nous passons devant une nouvelle station, puis un roulement sourd nous averti! que nous franchissons sur un pont de fer, semblable au précédent, la seconde branche du Nil, celle sur laquelle Moïse exposé dans son berceau d'osier fut sauvé par la fille d un Pharaon.

Ce souvenir biblique n'est pas le seul qu'éveille en

nous la paisible branche Taniliqiie que nous traversons, car nous savons qu'avant de se jeter dans la mer elle va baigner deux villes célèbres dans l'histoire d'un des plus grands rois qui aient régné sur la France : Mansourah et Damiette.

Cinquante annalistes ont raconte le débarquement de saint Louis à Damiette et le furieux combat qui s'ensuivit entre les Croisés et les Sarrazins, aucun ne Va fait si éioquemmenl que Joinville, il est vrai que ce jour-là le naïf chroniqueur se conduisit en héros. La bataille de Mansourah, non moins glorieuse, fut plus sanglante. Fac-Eddin, * le plus vaillant et preux de toute païennorie » y trouva la mort, niais la victoire coûta cher aux Croisés.

J'aimerais à relire sur place ce récit ou plutôt ce drame émouvant dont les suites furent si funestes et après lequel, bien mieux que François Ier, Louis l\ aurait eu le droit d'écrire : Tout est perdu fors l'honneur.

Sa lettre tut plus simple, it se contenta d'annoncer le grand événement en ces termes :

Le i infidèles vinrent avec l sui- notre camp : i » déclara pour noi , i

fui très-grand de leur côté. »

Franc n roi che^

chrétien, D'un côté L'empha

U - Arabes n'onl pa • oublié N bien plus vivace esl 1 nirdu roi i

yainci] qu'ils auraient fait leur Bultao peur que celui-ci ne les Ri tous chrétien

i ne longue ; de Lumières, tremblant dans 1

paresseuse «lu Nil , dçssine sur La ri\> des quais de Benha-el-Assal, La ville du nuel, qu'elle exporte i n abondance, mais dont par la chaleur qu'il fait nous nous soucions beaucoup moins que des oranges mandarines qui abondent d<

Mais hélas! en Egypte ainsi que partout aill< l'homme propose D* u seul dis] etc imn con-

en linguistique arabe sont peu étendues,nous ne parvenons, apr 3 ponrparL déric a

rail être parfaitement clairs, qu'à nous faire app pour tout rafraîchissement quelques poi^ ttes

ranceset des pois-chiches crus.

inutile d'ajouter que nous n'en avons pas abus

Cette déception cruelle pour des palais ait ir la

chaleur et le sable, a jeté du froid sur nota bou-

siasme, la beauté du paysage tournant d'ailleurs à la monotonie, nous avons cessé de regarder, voire mi de causer jusqu'au moment où tout à coup s'est didevant nous le promontoire de lloqattam, que couronnent la citadelle et la mosquée de Méhémet-Ali.

Quelques minutes après nous sur le

débarcadère du Caire.

Des amis nous y attendaient et ces amis étaient des Français.

\ tRÂVERS L'ORtËNT 99

Qui donc les avait prévenus?

in télégramme envoyé d'Alexandrie, où nous croyions ne connaître personne, avail averti les très-chers frères des écoles chrétiennes que dos touristes catholiques, se pendant à Jérusalem, venaienl taire une excursion de quelques jour s au Caire ; il n'en avait pas fallu davantage pour faire accourir ces lions frères.

Avec eux il n'y avait à s'occuper de rien ; en un instant nos bagages ont été chargés et nous n'avons eu d'autre peine que celle de monter en voiture.

L'hôtellerie était toute trouvée, puisque au couvent nous étions assurés de rencontre* : bon Souper, bon gîte oi le reste.

Mais là une difficulté imprévue a surgi tout à coup, nous avions doux dames dans notre société ; or La règle leur interdit l'entrée de la maison.

De notre côté nous ne pouvions ni ne voulions les abandonner sur le trottoir.

On ;i tiré au sort, cinq des touristes si ml partis pour le couvent, cinq autres se sont fait conduire à l'hôtel Royal qui nous a été recommandé ; nous descendons de voiture après une longue course cahoteuse à travers d'interminables rues, nos chambres sont hautes, largement aérées, dé triples moustiquaires protègent les lits, nous dormirons sous les mailles des filets comme les Egyptiens du temps d'Hérodote, si toutefois il est possible de dormir. On étouffe.

|l Ml S TRAVK1

Il ' l: ...

Nuit tnauvai je, bi aucoup d Boifardente, sueurs abondant .

i bulletin alarmant, que pourrai! r un prince de

l.i science appelé au chevet d'un illustre mourant, est loul simplement L'exact compte-rendu d<* la première nuit passée par cinq voyageurs en parfait étal de a l'hô-

tel Royal.

Assurément noua eussions | I la

veille; les moustiques ne nous ont pas donné l'emb; choix: avant-garde, corps d'armée, n it a donné.

Les ychthyophagi s, au temps d'H servir de filets n'ayant pas La maille réglementair s'en couvrant pendant Leursoinmeil, ils s'abritaient contre les morsures de leurs ennemis; nos triples mousti en tiille si serré qu'on eûl dit de la gaze ne nous en on! point préservés.

En un instant, la place a été envahie | tibles cosaques du sud, dent les lances aussi Long qu'acérées trouent à la t'ois Le vêtement et la peau.

< ta ne les voyait pas mais on les entendait, on . lait surtout ; leurs clairons sonnant tous à la lois nous faisaient au-dessus du vis . ndôme, d'ag ausi-

que du haut duquel pleuvait une av( - - ' s.

Si encore ils eussent été seuls et si nous n'; u à

souffrir que de cette décharge de flèches brûlant

Mais bientôt, comme dans les batailles antiques, à la troupe légère des archers, sont venus se joindre les oplites ou soldats pesamment armés, dont les bataillons épais sortis des profondeurs de nos matelas se sont avancés en colonnes serrées pour monter à l'assaut, couverts de

A Tii.wnis L'ORIENT 101

leurs boucliers, pendanl que voltigeaienl sur les flancs

une cavalerie légère, dont la cuirasse écattleuse el l'uniforme brun ne sont que trop connus dans certains hôtels de notre belle France.

N'étant pas venu au Caire pour étudier à mes dépens les genres rimer lectularia et pulex iritans, c'est le cas de parler latin, car :

Le latin dans lea in<>!> brave l'honnêteté, .Mais le lecteur français veu\ être respecté.

.le leur ai abandonné le champ de bataille pour mo réfugier à ma fenêtre demeurée ouverte.

Trop tard! trop tard! ,1 paraît, à ce que m'a assuré M. Chauvière, que je suis tatoué comme un Peau- Rouge.

Et lui donc, et Les autres, ils ont le visage moucheté connue un crible après un feu roulant de bataillon.

A mon balcon j'ai appris une chose que .j'aurais dû savoir et qui m'eût évité de rudes épreuves, c'est que, pour ne pas être dévorés vivants pendant la nuit, les Egyptiens ne dorment que le jour.

Sur les haut es terrasses, coin me sur les balcftns, comme sur les trottoirs, on n'entendait qu'un murmure confus de conversations festonnées d'éclats de rire, un cliquetis de verres et d'assiettes, des traitements de sandales et des froufrou de vêtements ; le barbier mon vis-à-vis chantait, en s'accompagnanl sur une affreuse guimbarde, une

mélodie à faire hurler tous les chiens du quartier, et les ah! oh! relent issnnt s suivis de ci n dément s de baguettes et d'un trottinement de petits s;ibois sur les pavés ne prouvaient que trop que pour les ânes même la nuit n'est pas l'heure du repos.

Vers trois heures du matin le ciel a commencé à blanchir et hi bruit à diminuer; quand le jour a paru il n'y

i.i rue * 1 1 1 * 1 1 r i * - population de chiei

j chiens ont une physion h*ur

museau pointu, leur petite taille, la >n de l

oreill fonl res sembler au chacal ou

n'y en a pa ^ris, de blancs, de

comme ailleurs, ils forment u de la

m >me taille -i portent invariablement le c lait.

Corporation reconnue par rÉtal . ils <»ni pour a avouée de nettoyer la ville, cl

/. mal, ce me semble. Pourtanl ils observent une discipline sévère; si l'un d'eux quittait la porte que saftcelui a assignée, il serait i 1 < » n s j »i l i paé, >\<

parlesesc* uad un malheu-

reux étranger se hasardait dans <<>n <\ . i! -.• mon-

trerait s;m^ pitié potir lui.

on (lit que pas mal de pétroleurs Caire, je les plains. Voir l'espril même chef les chiens j doit les1 faire horriblement souffrir.

La rue sur laquelle ouvre ma fenêtre est aussi larg . presque au^si régulière que celle de Kivoli, .1 laquelle la fonl ressembler

loirs. Bes maisons à plusieu:

magasins.

Le Caire serait-il donc une copie réduite <i crains encore une désillusi i plus la p

de sortir de chez ^<»i quand la civilisation aura de proche en proche toute la terre ndant comme

une large tache d'huile.

Pendant que je me livrais à ces réflexions, I" • est

venu m'invitera prendre part à la délibération tenu ce moment pour arrêter le programme de la journée.

A THaVÈBS l.'olUKXT 103

Le conseil est assemblé dans un petit salon ; les avis divergent. Mademoiselle d'E... veul aller visiter l'arbre de ta Vierge, mademoiselle J... Incline pour le bazar, le viceprésident opine pour la mosquée, Frédéric pour la citadelle, totcapitatotsensus, autant de têtes, autant d'avis, comme dans l'exemple de la grammaire latine.

Appelé comme médiateur, je déclare qu'on verra tout : jugement digne de Salomon, et qui réunit l'unanimité des

suffrages. Il ne reste plus qu'à trouver un guide et un

Interprète, ce n'est pas là le difficile, il léserait certes bien plus de s'en débarrasser.

Le propriétaire de l'hôtel se trouvant à l'exposition à

Paris, la dame qui le remplace arrive pour nous donner tous les renseignements nécessaires.

(Vesi une personne de cinq pieds six pouces, dalmate d'origine, parlant le français en allemand, carrée d'épaules et dont la large main peut aussi bien jouer du bâton que porter le sceptre de la régence, bonne personne du reste, mais qui jetterait un verre d'eau au visage de notre enthousiasme, s'il n'était surexcité par une chaleur tropicale.

L'idée d'une excursion hors de la ville lui sourit peu,

ii1 simoun souffle encore,- le thermomètre marque 52

degrés, la mortalité causée depuis quelques .jours est

effrayante. La veille il y a eu 84 décès, l'avant-veille 105,

une insolation est fort à craindre pour un habitant du

pays, encore plus pour un étranger, or une insolation c'est la mort.

Cette déclaration semble impressionner vivement

M. Charnière, qui boit à petits coups son sixième verre de limonade frappée, mais ne fait qu'irriter chez mademoiselle d'E... le désir qu'elle a de visiter l'arbre de la Vierge; elle est intrépide et sait qu'à vaincre sans péril

on triomphe sans gloire ; donc elle ira là d'abord et ira

seule el ira même plua loin, il <»n lu une

objection.

Personne ne n'en permettant, elle ;i son arbre et à \ i vifle comme tout le monde.

Sur quoi la dalmate m - un drogman du

nom de Selim, un musulman vêtu a l'arménienne, maigre, petit, basané, parlant fort b çyptien, du

moins j'aime à le croire, mais très-mal l<- fran porteur d'une physionomie à la : ' I astucieuse qui m' me donne pas grande confl probité.

Nous serons volés, le fait esl plus que probable ; pour ma part je le regarde comme a il fout

voir le Caire et nous partons.

Midi. — Tout mon royaume pour un iu !

Si ce n'est pas la température de l'enfi moins celle du purgatoire. Nous sommes moi éreintés par la fatigue, mais ravis de ce que nous avons vu ou même seulement entrevu.

El-Kahïra, ou ce qui est la même chose, la ville torieuse, nom que donna au Caire le farouc son fondateur, est bien la ville la plus pittoresque, la plus curieuse, la plus orientale qui se puis Le quartier que nous habitons momentan est tout

neuf, et n'a aucun caractère, on l'a posé comme un maussade écran à l'européenne, entre la * I la ville

orientale, n'en parlons plus.

Dieu merci, riiausmanisation, cette funeste manie du cordeau et de l'equerre, qui enlaidit tout ce qu'elle touche et qui s'occupe à l'heure qu'il est à déshonorer Rome capitale, s'est arrêtée ici sur le des vieux quartier- : espérons qu'elle n'ira pas plus loin.

Autrefois la ville était entourée de remparts flanqués

de tours et affectait la forme d'un carré long comme Damiette, comme presque toutes les villes fortes égyptiennes. Aiguës-Mortes a été construit d'après ce système ; qui a VU ses fortifications encore si merveilleusement intactes, a vu tontes celles de l'orient.

Celles du Caire n'existent plus. En grandissant il a fait éclater sa ceinture trop étroite, dont on retrouve (les traces un peu partout.

On ne parque pas près de quatre cent mille âmes dans un carré destiné à renfermer une population dix fois moindre.

Celle-ci mit cependant plus que de la bonne volonté ; jamais je n'ai vu ruelles plus étroites, plus anguleuses, boutiques plus exiguës, maisons plus élevées; mais hommes et bêtes ont eubeau s'empiler dans des maisons, se serrer dans des rues, comme il y a une limiteà tout, un moment arriva où les parois de la boite trop étroite crevèrent et tombèrent.

Los habitants ne s'en émurent pas, c'était écrit ; mais au lieu de les relever ils débordèrent et prirent du large,

en sorte que peu à peu les murs destinés a enfermer la ville se trouvèrent ses prisonniers ; à tel point qu'aujourd'hui nous avons passé sous une vieille porte qui n'a d'autre raison d'être que l'insouciance musulmane et coupe aux deux tiers de sa longueur comme un arc de triomphe la principale rue du bazar.

— Pourquoi a-t-on élevé ce monument? a demandé naïvement un de nous à Seliin.

— (l'est la porto.

— La porte de quoi?

— De la ville.

— On ne met pas une porte au milieu d'un appartement.

— On ne l'y a pas mise, eft'ondi, peu à peu elle y est venue, a répondu notre drogman.

: \ tr \\

I ii |Mii plus,

que c'est la porte qui a eu i

Je ne partout en < >rient l

toml >in, m. i

;i L*extreme. < ta n'y peul faire tm i des décomb une □ menace ruine >nne

onge à l'étayer : nou vu cinqua leml

éventrées donl lea décombres jonchaient la rue. An commencemenl cela fait une [ ûvie

d'un cloaque, personne n'y prend foulée aux pieds, la tumeur finit par B'aplat raitre, briques et moellons rentrent 1 qu'ils

affermissent. C'est un système de pa^ -inique,

ni qui soit pratiqué.

Eh bien ! dossé-je | pour un i

fêre cet excès d'incurie au vi teur.

Par lui tout devient mono t 3 , ennuyeux; ici

tout est pittoresque, Inattendu, étonnant.

(Iliaque pas nous ménag tant

La seule loi se donne libre carrier .G .. mier étage de la maison est en pierre, te second en briques, le dernier en bois, mais tout cela diversement agencé. Quelques-unes de ces m ont ua

peinte, non pas d'une couleur uniforme, niais bar: comme un tapi - jaunes . roi

blanches, vertes, toutesou presqu 1 tout - de balcons qui font saillie comme d 3 cages g travers les découpun ruelles les femm vent

rd )t sans être vi

Les Egyptiens appellent ces chambres 3 des

mechrebehs, c'< -1 du moins le nom queleurdonne Selim; les Espagnols, qui les ont adoptées en Andalousie, ont traduit ce nom par le mot ntir adores, qui signifie endroit

(Ton l'on regarde, nous par moucharabis, terme qui n'a d'autre défaut que de ne signifier rien du tput,

I b grillages plus serrés (rue ceux d'un cloître de religieuses n'onl p;is la monotone uniformité do ce que nous appelons une clôture. Les dessins en sont variés à l'infini, tantôt simples, tantôt aussi compliqués que ceux d'un casse-tête chinois.

il y aurait là une précieuse collection de motifs à copier el à imiter ; un artiste qui réunirait ces dessins dans un album rendrai! un véritable service à nos architectes décorateurs, peut-être finirai t-il par leur donner des idées.

Au lieu de cel;i, 06 sont ces mêmes architectes qui

prétendent régénérer l'art arabe, .l'ai vu, nous avons tous vu, bêlas ! des spécimens de leur savoir-faire dans le quartier franc que nous habitons.

Dans le nouveau quartier à'Jsmailiéh, ils se sont contentés (l'ouvrir au bénéfice du soleil el de la poussière de larges avenues bien droites bordées de maisons à

"italienne avec péristyles, colonnades et terrasses; c'est laid, c'est incommode, mais enfin, il y a un style quelconque.

II paraît que ce vandalisme ne leur a pas suffi, voici quemaintenan! à Londres comme à Paris, comme dans les ateliers de M. krup, OU S'est mis à fabriquer et à exporter des maisons style prétendu arabe, qif on exporte au Caire.

- grotesques, je devrais dire déplorables produits .

expédies par pièces numérotées et remontées entre cour et jardin, dans les environs de la place doTEzbeRyeh, sont un véritable outrage à l'art.

Un homme de goût qui a Longtemps habité l'Egypte dit quelque part :

« On a cru, en multipliant en dehors les fenêtres en

108 A THAÏ DRU M

ogive, les colonnett tnouchi

machine, les portes en fer a chei al el eile-

ments, faire de brillantes in.

n';i fait qu'un décor d'oj tnique. »

' jugement! en indulgent, selon moi on n'a ni imitation, ni décors ; on a fail de la pacotil

Pour se consoler ur, il foui w ' l»-r

que Les maisons arabes, construites par l< Toutes ne sonl pas du goût le plus pur, mais tou du cachel : quelques-unes sont de vrai d'autres, des merveilles de simpli< d'un

exquis.

Ces maisons sont disp< moins par quartiers que

par pâtés, par îles comme on dit dans le midi, i> lies tellemenl rapprochées qu'elles se louchent j que , les unes sont petites, les aul dernières formenl pour ainsi dire «les vil] découpés par un certain nombre de ruelles n'ayant qu'une entrée générale qui se ferme L< dant la nuit les habitants demeurent mme

cela se pratiquait pour le quartier juif au moyen-; dans Les grandes villes de L'Occident.

Nous avons pénétré dans plusieurs d< ruelles,

étroites qu'en étendant les ih>ux mains on tou maisons des deux côtés*. Ni ânes, ni chameaux ne peuvent y circuler, elles sont noires, - I boueus mais toujours fraîches, Le soleil ne pouvant y plong que perpendiculairement, c'est-à-dire à peine une heure par jour.

De petites boutiques grandes comme des niches, au fond desquelles, au lieu d'une statue de saint. on a] çoit un marchand coiffé d'un turban, et vêtu d'une robe verte, jaune ou bariolée, accroupi sur son divan, en suivant tous les méandres, en s'incrustant dans le mur.

Si Le propriétaire de l'échoppe est musulman, il demeure impassible, fumant son narguilé ou buvant à petits coups une tasse de café microscopique ; rien dans son attitude ne peut vous faire supposer qu'il s'aperçoit de votre présence, et gravement il continue à égrener de la main gauche un lourd chapelet d'ambre.

Si au contraire il est juif, au moment même où vous passez il lance eu dehors ses mains décharnées et crochues et vous vous sentez retenus comme par les lanières (Tune pieuvre, non pas menaçante, mais suppliante, qui d'une voix lamentable vous supplie par le Dieu d'Isaac, de Moïse el de Jacob, d'avoir pitié de sa misère1.

A propos du chapelet, je m'étonnais d'en voir l'usage si répandu chez les sectateurs du Prophète et ne savais à quoi attribuer leur ferveur.

Selim, qui en usait comme tous ses coreligionnaires, m'a expliqué que cet égrenage à perpétuité avait un double but : se distraire el se rafraîchir les mains, pas autre chose.

L'utilité des îles me parait plus facilement explicable ; elles remplacent avantageusement ces refuges que nos pères établissaient, de dislance en distance, sur les pouls trop étroits.

Doux ou trois fois pendant notre promenade nous sommes venus nous y reposer et reprendre haleine. Dans les rues, c'est chose impossible.

Rien ne saurait donner une idée de leur encombrement ; on ne peut les comparer qu'à un fleuve à double courant, où L'on a à lutter à la fois contre le flot qui vous pousse1 et celui qui vous repousse.

Celte marée montante ou descendante, sans cesse en mouvement, dans les grandes rues, entre deux rangées

de boutiquea bar

couleurs, aux rorm( de

fonlaini iplaq

fusion d'inimitab ml

laillie, de décombres et d le fumi<

s'ébattent di demi-n

lacle le plus étonnant qu'il soit ntem-

pler.

Rien assurément en Europe ne saura Idée ; c'est une cohue de n i »nt la

langue gutturale rappelle le claquement «l'un fouet de poste;d'E£ as bron tus d'une

ou bleue el la l te coiffée du tarbuch, épaj net cylindrique en poil de chameau ; d< B i teint

plus clair, .1 la démarche fière, à l'œil menaçant <*t toujours armés «1" | . de Babres si Juifs enlongu îs houpp inquiet, se faufilant ûf par i tices; d'élégants coiffés du fez, sanglés étroites tuniques boutonnées de fond en comble, et trottant sur de petits ânes, qu'excite de la v<»ix et de la baguette un garçon maigre, aux jambes in:

Impossible d'avancer, impossible l ; un

fellah vous heurte avec la <•:. fruits qu'il porte

sur la tète, là un marchand d'eau vous as] tenu de son outre gonflée et luisan trébuch

dos décombri s, on court risque d'être voiture que précède un coureur hurlant à nos orefll en guise d'avertissement, son farouche « Rouai. prenez garde à vous '. usité sur les rives du Nil.

Mieux vaut encore celte rencontre que celle <i'une file de chameaux cha - l'outres, de cai s

d'épines qui, d'un j nnelet silencieux, s1 «nt

comme un coin au milieu de la foule.

A TRAVERS LORIEïtr I I I

[s variété des costumes n'est pas moins extraordinaire.

Chez Les femmes du peuple, le bleu domine; vêtues d'un large pantalon d'indienne serré à la cheville, elles se drapent dans une pièce d'étoffe qui, recouvrantlarobe, se

rabat sur le front et encadre la figure, cachée dans le bas

par une bande de coton taillée en forme de trompe et fixée sur une rondelle de bambou, de cuivre ou môme d'aïs gent, dont L'extrémité intérieure enchâsse le nez.

Les élégantes portenl un jupon de soie aux couleurs éclatantes, un capuchon el une cagoule blanche, qui ne

laisse apercevoir que les yeux; cela tonne un gTOS paquet

blanc sans taille, roulant plutôt que marchant, et terminé

par dos babouches jaunes ou rouges tenant à peine aux

pieds.

Plus singulières encore sont lesEthiopiennes, qui circulent ployées sous le faix comme desbêtes de somme,

les bras, le visaue el les jambes nues, semblables à des statues de marbre noir ou de bronze avec des yeux d'émail.

Les nègres sont voues au blanc, les juifs au jaune ou au Vert, les fellahs ne portenl le plus souvent que la chemise de toile et le tarbuch, les marchands, coiffes de fez

ou de turbans, s'enveloppent de longues robes de chambre ramagées, les riches négociants circulent, graves

comme des bonzes, velus de caftans rayes de toutes les

couleurs de l'arc-en-ciel, sur de superbes ânes blancs d'un

prix aussi eleve que celui de nos plus beaux chevaux. Dans l'enfance, les petites tilles vont parles rues vêtues

d'un large pantalon à corsage taillé dans une pièce d'indienne à fleura, les garçons d'une robe, ou d'une chemise, et souvent n'ont pas même cela.

Ajoutez à cela les soldais eu uniforme à l'européenne en toile blanche, avec un fez rouge remplaçant le schako,

lis \ Th.V

li i imans en longues ••( l.n

Juges, Les arméniens boutonnés dan

noires à brandebourgs , ou en pel

ci étriquées, di & tuvrant la ceintui

;i i.i taille im pantalon Large de

derviches à peine couverts de haillon iux

de bêtes, les officiers resplendissants de dorures, m

tant de Bers chevaux ;» housses richement bn

farouches Bédouins enveloppés dans leurs lour ta m

nix de poil de chameau ;i larges band< I blan-

ches, les cavas ou gendarmes portant la canne à pomme d'argent et le cimeterre, dont Le baudrier p loir surune veste bleu de ciel ou écaiiate cha Les Orientaux, les Eut . les habitants du désert;

Imaginez toutes les singularités decosUu >u-

ples différents, et vousaurez à peine un <lu kal

doscope que présente une grande rue du l

J'en suis encore tout ébloui, il me semble ai I un

rêve.

De tout ce que nous avons vu, que me reste-t-ildans la mémoire? beaucoup d'impressions, peu d(

Tant mieux.

Les impressions sont personnelles; les notions - s,

au contraire, sont du domaine do tout 1»- m< nde, cela

s'achète sous forme do livre, et il on a tant : ;t sur

L'Egypte.

Nous avons visité plusieurs mosqi : il y

en a MM) ot plus, dont 250 à minarets : toutes se ressemblant.quienconnaitunedemi-douzainelesconnait tout» - : nous nous sommes bornés aux quatre plus curieuses.

Encore n'avons-nous ni mesuré leurs dmicompte leurs colonnes, ni calcule la hauteur de leurs minarets, pas même de celui du balcon d'où le muézin appelait les fidèles à la prière.

A TH WERS L'ORIENT ! 13

Pauvre homme! il perdait bien son temps, cojlé aux parois de cette grande quille blanche terminée par un éteignoir pointu; il criait d'une voix glapissante que personne n'écoutait;

— On dirait un ramoneur qui chante sur un tuyau de cheminée, m'a dit mademoiselle J...

La comparaison manque de poésie, mais rend bien L'effet produit par ce petit homme noir, perché si haut.

Combien plus solennel est notre Angélus, chanté par Les cloches dont les sons graves et sonores, dominant Le bruil de La foule, font planer sur la cité un nuage harmonieux de prière.

Je ne sais qui a dit de la puissance turque à Constantinople : C'est un vaisseau pourri échoué sur les rivages de l'Kurope.

A enjuger par ce que j'ai vu, cette pourriture s'étend ii L'islamisme au Caire.

Il y a MX) mosquées, c'est vrai, mais beaucoup tombent en ruine et personne ne pense à les relever, tant elles sont surabondantes pour la piété des sectateurs du Prophète. Un moment, la révolution a espéré mettre le catholicisme aux oubliettes, elle a rasé nombre d'églises eii Occident, mais la révolution a passé et une efflopescence nouvelle d'édifices religieux est venue plus que réparer les pertes faites.

Depuis cette époque néfaste, quatre-vingts ans se sont écoulés, des gouvernements se sont succédés, des trônes se sont écroulés, cependant le mouvement ne s'est pas arrêté, et voici qu'au moment où la libre-pensée hurle dans les bas fonds : la foi est morte , les maisons à prière sortent de terre, grandissent et sont aussitôt remplies.

Autrefois un libre-penseur, blessé h mort et se sentant

vaincu, lança contre le <-i«-l une flùchc impu pu • — nit : A

C Nr flèche n'est pa s la d la tète des ap [ui la décochent.

Parmi lea ni' i qui demeur lonl

quelques unes sonl «I • très-in!

le l'art ;• r.i ï>« •. presque tou humidi

En y entrant on éprouve la mèm n que l

qu'on descend dans une cave vide, unfroid de t « ni ï>«*.-i m ; il a pu y avoir de la vie là-dedans, il n'y en a plus : l'édifice n'a plus d'âme : m paiement • •( presque physiquement on sent qu'il est mort el i iption.

La première à laquelle nous ait conduits notr man est celle du sultan Hassan : l'extérieur < vrai-

ment remarquable. L'- murs de la principal ajou-

rés pardeux rangs de fenêtres que couronne uneélégante corniche en encorbellement, n'ont pas moins de s pieds d'épaisseur sur ion d.* hauteur, el s<»nt surmoi une coupole do .">.>' mètres d'élé

Chose singulière pour une mo i la for-

me d'une croix grecque : doux minarets la flanquent, aux angles s. <>. ci B. Le premier, qui a ; terrasses, mesure 86 met parait-i levé

du Caire; le second, beaucoup plus petit, n'a que deux étages.

La porte principale est aussi colossale dans songe: avec voûte en encorbellement, décorée de cette espèce d'ornement en forme de Btalactitea que les Es] ignols appellenl artesonados, qui font : .bler une coupole

à un gâteau de miel renversé, el d'une belle corniche chargée d'inscriptions en caractères couflques, d'un style utiellement décoratif, dont la profusion donne à l'architecture arabe un caractère tout particulier.

A THAVERS [/ORIENT 1 I ">

Après la porte, le vestibule an fond duquel, sous une baie demi circulaire, on nous a montré La plaoe où Hassan venait s'asseoir pour rendre La justice, el sur Le pavé une bâche noire produite, dit-on, par le sang dos condamnés.

Je suis porté à* croirequele bourreau est moins coupable que la pluie, de cette tache et de bien d'autres; cependant cela serait possible, car, au tribunal d^^ kalifes, on ne connaissait pas les cours d'appel ; j'ai même entendu dire que Leur successeur se soucie très-peu drs jugements prononcés contre lui ; lis naïfs auxquels il a emprunté en savent quelque chose à Leurs dépens.

Fort heureusement pour moi, je n'ai rien à voir dans leurs affaires.

Quoi qu'il en soit, au temps d'Hassan, Les chefs des Croyants étanl infaillibles, avaienl toujours auprès d'eux leurs étrangleurs pour les personnes de qualité, leurs exécuteurs de haut"- oeuvres pour les gens du vulgaire.

Remarquons en passant qu'en < accident, au contraire on pendait les truands et qu'on décapitait les nobles.

Write au delà des Alpes, erreur en deçà, comme disait Pascal.

Salomon Hassan nos'embrouillail pas dans les dédales

de la procédure, il écoutait les plaignants en égrenant

son chapelet, invoquait ses propres lunuèresel faisait un signe.

Le bourreau s'avançait, tranchait la tête au coupable, dont le sang rougissait les dalles de marbre blanc, puis l'on passait à une seconde affaire. Ce mode de procéder avait un avantage incontestable, il diminuait singulièrement le nombre des procès et rendait les appels eXCi Veinent rares.

on <lii que Mébémel Ul . I M

loukfl et l'organisateur de ! lu Nizam, i

iiiniiis expéditif. Voulant rétablir la discipline I on nouveau corps de troupe, il a-.

mort a toldats de rien prendre aux :••.. ns

er.

i ii jour il se rendait à la mo "ll<j d'il

peut-être , lorsqu'il aperçu! g un

qui Be disputait avec une vieille femme.

Le pacha arrêta son cheval et leur lit

— Pourquoi vous disputez-vous? demanda-t-iL

— Cet homme m'a pris une mesure delà

à la payer, répondit la femme en rnant dans la

poussière.

Méhémet fronça le sourcil et r - lat.

— Elle ment, s'écria celui-ci, pâle : eur, j'en .

par Allah !

— ESI toi ? femme.

— C'est lui qui ment, j'en prends le prophète à t

— Qu'a-t-il l'ait de ton lait ?

— 11 l'a bu.

— C'est taux.

— C'est vrai.

— Par Allah, je le jure.

— Par le Prophète, je le jure aufi

Méhémet fit un nouveau signe, mais cetfc i bour-

reau.

— Ouvre l'estomac à cet homme, fit le pacha.

La sentence fut exécutée, et de la plaie béante jaillit le sang mêlé avec le lait.

Sur un troisième signe, le trésorier s'approcha.

— Compte trente paras à cette femme, lui dit le nouveau Salomon qui, laissant là le coupable se tordre dans la poussière, continua son chemin vers le lieu saint.

Du vestibule on passe dans un corridor sombre, où se tiennenl les gardiens de la mosquée.

Toutes les mosquées, sauf une, sont accessibles aux infidèles ; on se contenta de nous faire enlever nos bottes, qu'on remplaça par des pantoufles.

Troisième différence entre les usages orientaux et occidentaux, que je note dans ma première promenade :

1" Les filles y portent des pantalons et les garçons des robes ;

2° On y étrangle les nobles, on y décapite les

vilains ;

8° On y entre dans les lieux saints pieds nus, mais le chapeau sur la lète.

Si M. Prudhomme eût été avec nous, il n'aurait pas manque dédire : Cepaysest évidemment celui du monde renversé.

Au milieu de la cour pavée de marbre et entourée de hautes murailles, recouvertes de mosaïques et de cette ornementation géométrique, dont les Arabes sont si prodigues, s'élève, je devrais dire, achève de s'écrouler, une fontaine couverte d'un dome,dont la vasque, pleine d'une eau fort peu transparente, sert aux ablutions des fidèles, qui s'y lavent indifféremment le visage, les pieds et les mains.

11 a beau faire' chaud, nul de nous n'est tenté d'imiter les dévots malpropres qui nous rendent dédain pour dédain ; nous nous contentons de jeter un coup d'œil surlacourqui sérail d'un grand style, mais dont l'herbe envahit les paves disjoints, et les fentes des murs lézardés d'où tombent par écailles les mosaïques rongées par l'humidité.

C'est cependant un beau monument que la mosquée d'Hassan, le plus beau du Caire ; mais, faute d'entretien,

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