‹ A travers la Chaouïa avec le corps de débarquement de CasablancaChapitre 10 sur 51 · OPÉRATIONS AUTOUR DE BER REGHID ET CONTRE LES M'DAKRA · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS AUTOUR DE BER REGHID ET CONTRE LES M'DAKRA

Les colonnes du Littoral et du Tirs. — Affaire d'Aïne Mekoune (24 janvier 1908). — Combat de Dar Ksibat (2 février). — Affaire de Zaouïet el-Mekki (5 février). — Deuxième affaire de Settat (6 février). — Chez les Oulad Saïd. — Combat de Sidi Abd el-Kerim (18 février). — Combat de Ber Rebah (16 et 17 février). — Combat des Rfakha (29 février).

Après un jour de repos bien gagné à Ber Rechid, les troupes qui avaient combattu à Settat rentrèrent à Casablanca où elles arrivèrent le 18 janvier. Comme, après la prise de Settat, la mehalla de Mouley Rechid s'était repliée vers l'Oum er-Rbea, hors du rayon d'action imposée à nos colonnes par les nécessités du ravitaillement, le général décida de diriger ses opérations contre les M'dakra, grande tribu montagnarde et guerrière, la plus rebelle à la soumission et sur laquelle s'appuyaient toutes les tribus de la Chaouïa.

Ayant laissé 8 compagnies du 2* étranger dans les postes de Ber Rechid (lieutenant-colonel Brulard) et de Mediouna (commandant Corbière), le général divisa le reste de ses forces en deux colonnes à peu près égales : l'une, la colonne du Littoral, sous ses

ordres directs, l'autre, la colonne du Tirs, sous les ordres du colonel Boutegourd avec base d'opérations à Ber Rechid. Chaque colonne se composait de 3 bataillons d'infanterie à 3 compagnies, 2 escadrons, 1 batterie de 75 et 1 section de mitrailleuses, soit 2 200 hommes. Le ballon marchait avec la colonne du Littoral. Les deux colonnes devaient exécuter l'opération décidée contre les M'dakra : la colonne du Tirs partant de Mediouna devait gagner l'oued el-Mellah pour faire sa jonction avec la colonne du Littoral, laquelle viendrait de Bou Znika.

Le général d'Amade avec la colonne du Littoral quitta Casablanca le 21 janvier et, passant par Fedala, arriva le 22 à Bou Znika. Le 23, augmentée de quatre compagnies de tirailleurs empruntées à la garnison de Bou Snika, la colonne prit la direction du sud à travers le territoire des Ziaïda, qui avaient trahi quelques semaines auparavant le chef aziziste Bouchta Ben Bagdadi et qui nous étaient profondément hostiles; mais les Ziaïda, avertis de notre marche par la présence du ballon, avaient levé leurs douars en toute hâte et s'étaient enfuis dans la forêt. La marche s'opéra donc sans incident et le soir la colonne campa à Ber Rebah sur l'oued Neffifik.

24 janvier. Affaire d'Aïne Mehoune. — La marche fut reprise, toujours vers le sud, et bientôt on entendit le canon de la colonne du Tirs qui, partie

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la veille de Mediouna, avait gagné la vallée de l'oued el-Mellah vers l'Aine Mekoune pour opérer sa jonction avec la colonne du Littoral.

Attaquée dans la matinée, la colonne du Tirs refoula les M'dakra jusque dans la vallée de l'oued el-Mellah et s'arrêta pour attendre la colonne du Littoral; mais cette dernière ne progressait -que lentement en raison des difficultés d'un terrain très accidenté. Enfin dans l'après-midi la jonction s'opéra, les bataillons et l'artillerie prolongèrent la gauche de la colonne du Tirs sur la rive droite de l'oued el-Mellah. Du côté de la colonne Boutegourd le combat fut acharné; mais les feux d'infanterie et d'artillerie des deux colonnes réussirent bientôt à déblayer la vallée, tandis que la cavalerie traversant l'oued Zamrène parvenait à rejoindre les Marocains, malgré un terrain de plus en plus défavorable.

Mettant rapidement pied à terre, nos cavaliers poursuivirent l'ennemi de leurs feux. Les M'dakra se retirèrent sur tous les points, mais ce mouvement de recul ne fut pas définitif. La nuit arrivait! Les deux colonnes, après avoir hissé sur le plateau, au prix d'efforts inouïs, le ballon et les arabas du convoi, se concentrèrent sur le versant ouest de l'oued el-Mellah pour y bivouaquer. L'ennemi mit à profit ce mouvement et un grand nombre de tirailleurs ennemis revinrent à l'attaque jusqu'à

ce que le feu des sections de mitrailleuses eût réussi à les disperser. Cette affaire ne nous coûta que huit blessés, dont le lieutenant d'artillerie Poirson. Les pertes des M'dakra ne durent pas être considérables, aucun douar n'ayant pu être surpris ni détruit.

Ce résultat limité était dû à l'emploi du ballon qui avait signalé l'approche de la colonne du Littoral et à la lenteur du convoi insuffisamment outillé en moyens de transport. Cette pénurie d'attelages avait en outre obligé les deux colonnes à opérer leur jonction non au cœur du pays M'dakra, mais sur la lisière, et à l'attaquer de front. Le bénéfice du mouvement convergent avait donc ainsi presque disparu.

Le manque d'approvisionnements obligea encore les colonnes à regagner Mediouna où elles arrivèrent le 25 après une marche très pénible dans les terres collantes du Tirs. Cela fait, la colonne du Tirs rejoignit Ber Rechid et celle du Littoral Casablanca, où elle rentra le 27 janvier.

Un détachement du train assez important était arrivé d'Algérie pendant cette période d'opérations ; il fut donc possible d'améliorer les moyens de transport et d'augmenter de deux à trois jours le rayon d'action des colonnes. Jusqu'à cette époque, il n'avait jamais été possible d'emporter plus de deux jours de vivres et, comme aucun convoi

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administratif ne pouvait être organisé, il fallait, de toutes manières, rentrer à Casablanca pour se réapprovisionner. A partir du 1er février, grâce aux renforts reçus par le train et à une location permanente de chameaux, des approvisionnements considérables furent dirigés sans cesse sur les postes existants, Mediouna, Ber Rechid, et permirent aux colonnes de se ravitailler sans regagner Casablanca. Quelquefois même, des convois administratifs vinrent les ravitailler sur le théâtre même des opérations.

Pour la marche en colonne, le sort des unités fut également amélioré : au lieu d'une araba pour deux compagnies, il fut alloué une araba par compagnie, pour transporter avec deux jours de vivres, du bois, les bagages des officiers et adjudants, quelques vivres d'ordinaire, les havre-sacs des éclopés, etc.. C'était le strict nécessaire, mais nul ne songeait à se plaindre ! N'était-on pas en campagne?

2 février. Combat de Bar Ksibat. — Après le combat du 24 janvier, il n'avait pas été possible de poursuivre les M'dakra. Aussi le commandement avait-il l'intention de reprendre les opérations contre cette turbulente tribu. Un combat livré dans une autre direction par la colonne du Tirs lui fît modifier ses projets.

Le combat du 15 janvier n'ayant pas eu pour conséquence, comme on l'a vu, l'occupation de Settat, les Marocains et la mehalla de Mouley Rechid

envisagèrent comme une reculade notre retour à Ber Rechid. Ils réoccupèrent Settat et recommencèrent à terroriser la région. Certaines fractions soumises des Oulad Harriz furent même molestées à peu de distance de Ber Rechid, où se trouvait la colonne du Tirs depuis le 26 janvier. Le colonel Boutegourd, apprenant le fait, décida de faire une reconnaissance vers le sud-ouest pour disperser les groupes hostiles. Informé de la présence d'un troupeau considérable appartenant à ces groupes et rassemblé près de la zaouïa d'El-Mekki, à 15 kilomètres de Ber Rechid, il résolut de s'en emparer à la pointe du jour. Dans la nuit du 1er au 2 février, à minuit et demi, il partit à la tête d'une colonne composée de deux escadrons de chasseurs d'Afrique, une batterie de 75, deux sections de mitrailleuses et six compagnies : quatre de la légion et deux de tirailleurs.

Vers six heures et demie du matin, la cavalerie s'empara sans difficulté d'un troupeau de 2 000 têtes de bétail environ, mal gardé par une trentaine d'indigènes qui s'enfuirent sans opposer de résistance. Le but de l'opération était atteint, mais le commandant de la colonne n'était pas satisfait. Laissant à la garde du troupeau deux compagnies de tirailleurs, deux escadrons et une section de mitrailleuses (lieutenant Bosquet), il se dirigea vers le sud, dans l'espoir de rencontrer l'ennemi. Il parvint

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jusqu'à Dar Ksibat, à 10 kilomètres plus au sud, sans apercevoir de Marocains et bombarda le village qui, du reste, était en partie évacué.

A peine son mouvement de repli vers Zaouïet el- Mekki était-il commencé, que de nombreux cavaliers marocains, 6 à 7 000 environ, avertis par le canon et les gardiens fugitifs du troupeau, descendirent dans la plaine et apparurent de tous côtés entourant bientôt la petite colonne. Le colonel Boutegourd rappela à lui les deux compagnies de tirailleurs qui étaient à El-Mekki, laissant le troupeau à la garde de la section de mitrailleuses de Bosquet et des deux escadrons de chasseurs. Ceux-ci ne tardèrent pas à être attaqués à leur tour par des forces très supérieures, si bien que les cavaliers, ayant épuisé presque toutes leurs cartouches, furent obligés de charger pour se dégager. Pendant ce temps, le troupeau retomba entre les mains de l'ennemi et un peloton de chasseurs, se laissant entraîner trop loin, fut un instant sérieusement compromis. C'est au cours de cette chevauchée audacieuse que furent tués le lieutenant Ricard, les chasseurs de Kergorlay et Rousseau.

La section de mitrailleuses, laissée très en l'air, fut également entourée et réussit à se faire jour grâce au sang-froid de son chef; mais trois mulets ayant été tués, plusieurs hommes blessés, on dut abandonner le télémètre, l'affût d'une mitrailleuse

et la plupart des boîtes à cartouches. Une mitrailleuse sur l'épaule, un mousqueton à la main, le lieutenant Bosquet réussit à franchir le cercle qui l'investissait, sans laisser un seul de ses hommes aux mains de l'ennemi.

Cependant, les troupes revenant de Dar Ksibat, formées en carré, avaient réussi à gagner un piton isolé, situé à 2 kilomètres de la Zaouïa, où l'artillerie trouva une excellente position; tandis qu'un cavalier, qui avait pu se glisser à travers les bandes ennemies, allait prévenir Ber Rechid. Aussitôt, le lieutenant-colonel Brulard, avec un bataillon de la légion et une batterie de 75, se porta à toute allure au secours du carré et se mit en batterie dès que la distance le lui permit. Devant cette attaque imprévue, les Marocains furent obligés de se retirer, mais le troupeau ne put être repris.

La lutte avait été acharnée de part et d'autre, la colonne du Tirs n'avait plus que quelques cartouches quand la colonne Brulard vint la dégager et les pertes des deux côtés furent importantes; de notre côté onze tués, dont le lieutenant Ricard, des chasseurs d'Afrique, et 41 blessés, dont le lieutenant-colonel Passard, le capitaine Fallex, mort des suites de sa blessure, et les lieutenants Forgemol de Bostquenard et Boire.

La colonne rentra à Ber Rechid vers six heures du soir, après dix-huit heures de marche et de

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combat. Cette rude journée avait mis les troupes françaises aux prises avec tous les contingents de l'arrière-pays et ceux de l'Ouest qui, pour la première fois, firent une rude expérience de nos armes. S'étant engagés à fond, ayant combattu en masses profondes, ils subirent des pertes énormes en hommes et en chevaux. Leurs pertes furent évaluées à quatre ou cinq cents tués. Aussi l'effet moral produit fut-il considérable parmi les Marocains? Malheureusement la reprise du troupeau réveilla et accrut leurs instincts pillards et guerriers. Quant aux nôtres ils trouvèrent dans ce combat l'occasion de montrer une fois de plus leur endurance, leur vaillance et leur solidité au feu.

Pendant ce temps, le général avait réorganisé à Casablanca la colonne du Littoral. Le 3 février, dès l'aube, il se mit en marche pour Mediouna. En cours de route, à quelques kilomètres du camp, il apprit la nouvelle du combat de la colonne du Tirs à Dar Ksibat, le 2 février. Il résolut aussitôt d'aller donner une sévère leçon aux tribus qui avaient si audacieusement attaqué la colonne Boutegourd.

Affaire de Zaouïet el-Mekki. — Le 4 février, le général campa à El-Hadj-Hammou, à 4 kilomètres ouest de Ber Rechid et le 5, la colonne du Littoral, renforcée de celle du Tirs, se dirigea sur Zaouïet el- Mekki, où elle devait bivouaquer pour marcher le lendemain vers le sud. Le bivouac était à peine ins-

tallé (onze heures du matin), que la cavalerie signala l'approche de nombreux groupes ennemis venant de la direction de Settat; au même moment le camp des deux colonnes était attaqué par l'artillerie marocaine, ouvrant le feu à 4 000 et 4 500 mètres environ. Plusieurs obus tombèrent sur le front sud du camp. Les troupes prirent vivement les armes et se déployèrent pendant que l'artillerie de campagne réduisait sans peine au silence les quelques canons marocains qui ne nous firent aucun mal. L'ennemi se présenta en masse, venant de l'est et du sud-est et tout son effort porta contre la colonne du Tirs qui, appuyée par celle du Littoral, prit vigoureusement l'offensive et refoula les Marocains jusqu'à 6 kilomètres du camp, dans la direction de Settat. La nuit arrêta la poursuite.

Cette attaque des tribus, auxquelles s'était jointe la mehalla de Mouley Rechid, ne fît que confirmer le général d'Amade dans la nécessité de leur infliger une dure leçon le plus rapidement possible.

Il donna donc, dans la soirée, l'ordre de lever le camp à une heure du matin; les sacs des hommes, le train régimentaire devaient être enfermés dans la Zaouïa et une section par bataillon devait en assurer la garde. Les hommes emportaient un jour de vivres de réserve dans leur musette. L'opération devait se faire dans le plus grand silence et le plus grand mystère. Du reste, une nuit sombre protégea nos

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mouvements. Cependant les Marocains étaient en éveil et, vers onze heures du soir, une attaque de nuit se dessina contre la colonne du Tirs campée à l'est de la Zaouïa. Un violent feu d'infanterie ralentit leur ardeur et au bout d'une demi-heure de combat, les Marocains battirent en retraite. Nos pertes s'élevaient à trois blessés pour la journée.

6 février. 2e a/faire de Settat. — La levée du camp s'opéra suivant les ordres donnés et le rassemblement des deux colonnes (5 000 hommes environ) se fît à trois heures et demie du matin, par une nuit complètement noire, en avant du front sud du camp de la colonne du Tirs. A quatre heures et demie du matin, en deux colonnes de route parallèles, séparées par un intervalle de 500 mètres, les troupes se mirent en marche vers le sud. Le sol était humide, glissant. Vers six heures du matin, à l'aube naissante, elles se formèrent en un seul carré. Deux bataillons déployés en tirailleurs sur la face de tête, un bataillon sur chaque flanc en colonne de route et deux bataillons sur la face arrière en ligne de section par quatre. A peine le dispositif était-il pris, qu'un obus vint tomber dans le carré? Le soleil dissipant la brume, 10 000 cavaliers ennemis environ apparurent dans la plaine. Jusqu'à onze heures, le combat fît rage; au début, les Marocains tentèrent de tourner notre droite, mais ils en furent empêchés par notre cavalerie. Sur la gauche, leurs efforts

vinrent se heurter au détachement du lieutenantcolonel Brulard qui, parti le matin de Ber Rechid, vint prendre position à Sidi el-Aïdi et ensuite à Dar el-Kebir ben Hammani, sur la piste Ber Rechid- Settat; le combat s'étendait alors sur un front de 7 à 8 kilomètres.

A onze heures, le centre de la ligne reçut l'ordre de marcher sur le défilé de Settat, que l'on apercevait à 4 kilomètres. Devant ce mouvement qui allait menacer Settat, les Marocains se replièrent rapidement vers le sud abandonnant l'attaque.

Tandis que l'artillerie se mettait en batterie et balayait l'entrée du défilé, l'infanterie de première ligne gravissait les crêtes de Sidi Djebli se dirigeant sur Settat. La région traversée était une des plus peuplées, partout des fermes de bonne apparence blanchies à la chaux, partout de nombreux douars. Tout fut détruit, brûlé! Quand la colonne arriva sur les hauteurs, l'ennemi avait disparu. Néanmoins, la marche fut continuée sur Settat, dont la kasbah fut démolie à la mélinite. Il était trois heures du soir ! Quant à la ville, elle avait été évacuée sauf par les Juifs, qui vinrent demander la protection des troupes françaises; une centaine d'entre eux suivirent même le soir la colonne pour gagner Casablanca, car ils craignaient d'être égorgés au retour de la mehalla. Ne pouvant, d'après ses instructions, ni occuper Settat, ni y bivouaquer, le général donna l'ordre

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de reprendre la direction de Zaouïet el-Mekki, après avoir fait le café. Cette décision imposée par la situation politique européenne allait malheureusement permettre à la mehalla haffidienne de se reconstituer et de pousser à la résistance les tribus de l'arrière-pays de la Chaouïa.

A quatre heures et demie, la colonne se mit en marche par les hauteurs et l'interminable marche se poursuivit, à travers les champs glissants et marécageux, par un brouillard intense. Puis la nuit vint. Il fallut réinstaller les camps, monter les tentes et personne ne dormit avant deux heures du matin. Les troupes étaient debout depuis la veille minuit, ayant fourni un effort considérable : 70 kilomètres parcourus en vingt et une heures, dont dix sans aucun repos et quatre en combattant. Nos pertes dans cette journée furent de trois tués et treize blessés. Ce combat mit en évidence les avantages de l'offensive, de la marche rapide de colonnes combattant sur des fronts très étendus et menaçant directement les camps de l'ennemi.

Ces deux dernières rencontres eurent un retentissement considérable dans toute la région. Les Marocains furent surtout émus des pertes qu'ils avaient subies et la plupart des contingents rebelles se retirèrent dans les montagnes, tandis que la mehalla de Mouley Rechid se repliait sur l'Oum er-Rbea.

Profitant de l'effet moral produit, le général d'Amade décida de pousser une pointe vers le sudouest. Après deux jours de repos employés au ravitaillement en vivres et munitions, les colonnes du Tirs et du Littoral se dirigèrent sur la kasbah des Oulad Saïd où elles arrivèrent le 10 février après avoir fait la veille une razzia de 2 000 bêtes au lieu dit Rochers des Oulad Srir. Cette prise fut dirigée aussitôt sur Ber Rechid sous la garde d'une compagnie de tirailleurs et d'un peloton de cavalerie. Au cours de cette étape du 10 février, les colonnes quittèrent la plaine pour gravir le plateau moyen. Elles purent apercevoir à l'horizon le contour des contreforts de l'Atlas. Le plateau traversé était identique comme terre, comme cultures, à la plaine du Tirs que l'on venait de quitter.

Le bivouac fut établi vers une heure du soir sans incident près de la kasbah des Oulad Saïd (Sidi bel Aïachi) qui n'était plus qu'un amas de décombres. Le pays était complètement désert. Le camp était à peine installé qu'un parlementaire français se présenta aux avant-postes : c'était M. Christian Houël, correspondant du Matin, qui venait de la part du sultan du Sud, Mouley Haffîd, apporter au général d'Amade le salut de son maître, lui exprimer son vif désir d'arranger les affaires de la Chaouïa et lui affirmer en outre la recommandation faite à ses troupes de ne pas combattre les Français. Comme

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ces paroles étaient en contradiction formelle avec les faits, le général d'Amade remercia M. Houël de sa communication, mais le pria d'aller en entretenir le consul de France à Casablanca.

Ne pouvant personnellement en tenir compte, il somma la mehalla de Mouley Haffîd campée à 20 kilomètres de là, près de Mechra-ech-Chaïr, de repasser l'Oum er-Rbea avant le lever du soleil. La mehalla obéit à cet ultimatum et le lendemain matin, 11 février, à sept heures, les colonnes reprirent la route du nord vers Ber Rechid où elles arrivèrent le

13 février.

Tout le pays traversé appartenait à l'importante tribu des Oulad Saïd et était complètement désert, quelques douars s'étaient retirés vers le sud avec la mehalla, mais la plus grande partie des douars s'étaient installés à la lisière du pays des Chiadma, autour d'un marabout, nommé Bou Nouala, qui prêchait la résistance aux Français.

Les environs de Ber Rechid et la partie occidentale de la province se trouvant momentanément dégagés, le corps de débarquement allait pouvoir reprendre ses opérations contre les groupes de l'Est. Le

14 février, après avoir, à Ber Rechid, rendu solennellement les derniers devoirs aux morts des derniers combats et avoir présidé, à Zaouïet el-Mekki, à l'inauguration d'un monument à la mémoire des tués du 2 février, le général d'Amade décida une marche

contre les M'dakra dont l'agitation inspirait à nouveau quelque inquiétude. Désirant employer le plus de troupes possible et ne pouvant encore, faute de moyens de transport, s'avancer à plus de trois jours de route dans l'intérieur, il conçut le projet de former plusieurs colonnes dont les unes attireraient l'ennemi dans la plaine, tandis que l'autre le prendrait à revers du côté des montagnes. Les garnisons de Ber Rechid et de Bou Znika devaient fournir les groupes d'amorce.

Pour l'accomplissement de ce plan d'ensemble, le général avec les colonnes du Tirs et du Littoral exécuta d'abord une feinte sur Settat, où il arriva le 16 février dans l'après-midi sans avoir rencontré aucune opposition. Les troupes passèrent une nuit très calme sans apercevoir une silhouette marocaine : 5 compagnies, 1 section de montagne et 1 peloton du génie campèrent sur les hauteurs à l'entrée du défilé pour le garder; mais aucune alerte n'eut lieu.

17 février. — Le lendemain matin à quatre heures, les deux colonnes reprirent la route du nord jusqu'à Dar el-Kebir ben Hammani puis, ayant reçu des approvisionnements par un convoi de Ber Rechid, se dirigèrent vers l'est en suivant le pied des hauteurs. Elles campèrent le soir sur les bords de l'oued Mazzert et repartirent dès l'aube, toujours vers l'est, dans la direction du marabout de Sidi Abd el-Kerim où elles devaient se rencontrer avec

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les colonnes Brulard et Taupin. La première, forte de 5 compagnies de la légion, 2 pelotons de spahis, une section de 75 et 4 pièces de 37 de marine montées sur arabas, était partie le matin même de Ber Rechid ; la 2° comprenant : 6 compagnies de tirailleurs, 1 section de 75, 1 escadron de spahis avait quitté Bou Znika le 16, se dirigeant vers le sud par Sidi Ben Slimane et Ber Rebah. Mais les M'dakra, décidés à la résistance et parfaitement renseignés sur les mouvements des colonnes, profitèrent habilement des distances qui les séparaient et portèrent tous leurs efforts sur les colonnes les plus faibles.

18 février. Combat d'Abd el-Kerim. — A six heures du matin, par un brouillard intense, les colonnes du Tirs et du Littoral quittèrent leur bivouac se dirigeant d'abord vers le nord-est en suivant le pied des hauteurs. Elles formèrent deux colonnes de route en échelons, la droite en avant, la colonne du Littoral à 1 kilomètre à gauche et à 500 mètres en arrière de la queue de la colonne du Tirs. Les ambulances marchaient entre les deux colonnes et le convoi sur le flanc gauche. Un escadron de chasseurs et deux compagnies constituaient l'avantgarde, tandis que le goum et les autres escadrons couvraient les flancs et l'arrière des colonnes.

Vers sept heures du matin, dès que l'avant-garde eut traversé l'oued el-Ahmeur, elle se heurta aux contingents des tribus et la colonne du Tirs dut

changer de direction vers la droite du côté de Sidi Nader et déloger les Marocains des crêtes. La colonne du Littoral continua son mouvement en avant et s'engagea dans la vallée conduisant à Sidi Daoud et à Sidi Abd el-Kerim refoulant devant elle de nombreux groupes ennemis.

A ce moment précis, huit heures du matin, une violente canonnade éclata dans la plaine vers le nord-est et à quelques kilomètres. C'était la colonne Brulard qui, dans sa marche de concentration, se trouvait arrêtée vers Sidi Abd el-Kader, par le groupe des forces des M'dakra soutenues par une fraction importante de la mehalla haffîdienne avec son artillerie. La batterie marocaine qui appuyait cette attaque lança une cinquantaine d'obus qui tombèrent tous au milieu du carré; mais leurs effets furent heureusement inoffensifs, les Marocains ne sachant pas déboucher les évents des fusées. Le canon tonnant sans relâche indiquait combien l'engagement était sérieux. Des masses nombreuses s'avançaient en effet contre le détachement de Ber Rechid sur le flanc gauche de la colonne du Littoral et celle-ci dut bientôt s'arrêter pour chercher à dégager la colonne Brulard.

Vers midi, un bataillon et une batterie de 75 de la colonne du Littoral, plus tard 3 compagnies et 1 section d'artillerie de la colonne du Tirs se portèrent à son aide. Ces renforts arrivèrent à propos.

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La colonne Brulard entourée depuis huit heures du matin avait presque épuisé ses munitions, elle avait dû supporter tout l'effort des M'dakra. L'aide opportune qu'elle reçut lui permit de jeter le désarroi parmi les assaillants pris entre deux feux et qui, vers trois heures, commencèrent à battre en retraite continuant à tirailler à grande distance. Pendant ce temps la colonne du Littoral avait refoulé au delà d'Abd el-Kerim tous les groupes occupant la région et, progressant lentement, s'était arrêtée à hauteur de Sidi Daoud où, vers six heures du soir, s'opéra la jonction des trois colonnes du Littoral, du Tirs et de Ber Rechid. Mais aucune nouvelle n'était parvenue de la colonne Taupin.

Cette journée du 18 février nous coûta malheureusement sept tués et vingt-neuf blessés dont le capitaine Benêt du 2° étranger. A minuit un convoi escorté par un bataillon du 2e tirailleurs transporta les blessés à Ber Rechid où il arriva à une heure et demie de l'après-midi. En raison de la situation des tribus, le détachement partit la nuit pour dérober son mouvement et malgré cela il fut signalé et suivi pendant toute la nuit.

16, 17 février. Combat de Ber Rebah. — Pendant ce temps la colonne, partie le 16 de Bou Znika sous les ordres du colonel Taupin, avait été arrêtée dans sa marche par des forces supérieures et n'avait pu arriver au point de concentration fixé. En effet, dès

le 16, après avoir dépassé Sidi Ben Slimane, elle fut attaquée par de forts contingents des Mzab et des M'dakra qu'elle repoussa facilement. Elle put bivouaquer sur les crêtes de Ber Rebah.

Le lendemain 17, au matin, elle se remit en route vers le sud, mais fut attaquée aussitôt par l'ennemi qui, dans la nuit, avait reçu des renforts importants. Le combat fut acharné. La colonne éprouva les plus grandes difficultés à franchir la vallée encaissée de l'oued Nefïifîk. Deux compagnies, envoyées sur la rive gauche de l'oued pour protéger le passage, furent un moment en très mauvaise posture. Harcelées de toutes parts, elles ne purent se maintenir en position qu'en chargeant plusieurs fois à la baïonnette. L'une de ces compagnies perdit trois chefs de section sur quatre.

Enfin la rivière fut franchie. L'artillerie et le reste de l'infanterie vinrent se mettre en ligne et, après un combat assez chaud, obligèrent l'ennemi à se retirer. Mais, les munitions, après deux jours d'un si violent combat, étaient presque épuisées. Le lieutenant-colonel Taupin, n'ayant plus assez de munitions pour soutenir un nouveau combat qu'il aurait eu certainement à affronter au passage de l'oued el-Mellah, abandonna l'idée de rejoindre le général d'Amade et se replia par la rive gauche du Nefïifîk sur Fedala, le poste le plus rapproché, sans être sérieusement inquiété. Ces deux journées (16 et 17 fé-

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vrier) nous avaient coûté neuf tués et vingt-quatre blessés. Parmi les morts se trouvaient le lieutenant Pol Boulhaut du 4° tirailleurs et un lieutenant indigène. Quoi qu'il en soit, ces dernières opérations n'avaient pas donné les résultats que l'on espérait. Elles démontrèrent en outre, et à nouveau, l'inconvénient qu'offrait l'emploi de petites colonnes isolées. Mais si pendant ces trois journées nous avions subi des pertes cruelles, l'ennemi de son côté avait été très éprouvé; les Mzab, les M'dakra, tribus les plus atteintes, se retirèrent dans la région montagneuse et la mehalla haffîdienne suivit leur mouvement. Toutefois ce recul ne devait être que momentané; les tribus ne pouvaient pas déserter pour longtemps les parties les plus fertiles de leur territoire qui se trouvaient dans la plaine ; elles ne pouvaient pas abandonner leurs récoltes sans se vouer d'elles-mêmes à la misère. Elles seraient donc forcées de revenir...

Après le combat du 18 février, le général, se trouvant sans nouvelles de la colonne Taupin et ayant besoin de se réapprovisionner en vivres et en munitions, se dirigea avec toutes ses colonnes sur Ber Rechid où il arriva le 20 février. Voulant ensuite réorganiser et renforcer ses troupes, désirant en outre calmer les craintes de la population de Casablanca encore sous le coup de la panique qui avait éclaté dans la ville au bruit de la violente canonnade

du combat du 18, il rentra le 24 à Casablanca avec la colonne du Littoral, tandis que la colonne du Tirs allait vers Fedala rejoindre la colonne du colonel Taupin.

Une panique avait, en effet, éclaté à Casablanca le 18 février. La violente canonnade du combat de Sidi Abd el-Kerim avait été entendue de la ville toute la journée; le vent aidant, elle parut se rapprocher sans cesse, tellement que l'on crut à une défaite des nôtres et que chacun s'attendit à voir les tribus se ruer à nouveau sur Casablanca. Le ballon, de son côté, signala de nombreux campements indigènes dans un rayon rapproché, si bien que le commandant d'armes crut devoir prendre des précautions qui achevèrent d'affoler la population. Il fit débarquer les marins du stationnaire, mit tout le monde sous les armes à son poste de combat et appela à lui la police franco-espagnole ; les troupes espagnoles partirent en reconnaissance sur la route d'Azemmour ; les Juifs fermant leurs boutiques se réfugièrent sur les terrasses et tous les indigènes de la banlieue rentrèrent en ville avec leurs troupeaux. Dieu merci ! Toutes ces craintes étaient vaines : les Marocains, on l'a vu, se battaient contre nous à 60 kilomètres de là et ne songeaient nullement à venir attaquer la ville.

La reprise des opérations fut fixée au 27 février. Sur ces entrefaites, le Gouvernement annonçal'envoi

OPÉRATIONS CONTRE LES M'DAKRA

prochain de 5 000 hommes de renfort, comprenant : 5 bataillons d'infanterie, 1 batterie de 75 et un escadron de cavalerie et le départ pour Casablanca de la mission Regnault-Lyautey chargée de faire une étude approfondie et exacte de la question Chaouïa, au double point de vue militaire et diplomatique. Mais avant l'arrivée de ces renforts et de cette mission, le général d'Amade avait remporté des succès décisifs et brisé la résistance des Chaouïa.

27 février. — En vue de son prochain mouvement offensif, le général d'Amade groupa toutes ses forces en un seul bloc, adjoignant la colonne Taupin à celle du Tirs et la colonne Brulard à celle du Littoral. Cette dernière quitta Casablanca le 27 février pour Mediouna où elle fit sa jonction avec la colonne Brulard. Le 28 février elle se porta sur l'oued el- Mellah à Sidi Ahmed el-Madjoub où elle fut rejointe par la colonne du Tirs. La colonne d'opérations comprit alors 7 bataillons, 5 escadrons, 4 batteries dont une de montagne, une section de pièces de 37 de la marine, soit environ 6 000 hommes avec un train régimentaire portant deux jours de vivres, une ambulance, une section de munitions. En outre un convoi administratif en deux échelons assurait les ravitaillements.

29 février. Combat des Rfakha. — Le lendemain 29, l'étape fut courte. On leva le camp à trois heures du matin et l'on se mit en marche vers le sud-est.

Un important convoi, venant de Mediouna, devait rejoindre la colonne au gué de Souk el-Tnin, non loin d'Aine Mekoun. Les troupes s'arrêtèrent, vers neuf heures, sur le plateau élevé qui domine le confluent de l'oued Zamrène et de l'oued Aceïla. Pour protéger les opérations de ravitaillement, la colonne Brulard comprenant : 1 batterie de montagne et 1 section de 75, 1 section de 37, 1 escadron, 6 compagnies de la légion et 1 bataillon du 1er zouaves, fut envoyée en flanc garde sur la rive droite de l'oued Aceïla, au nord de Mouley Idriss pour surveiller la vallée de l'oued Zamrène, tandis que 3 escadrons de chasseurs étaient détachés en surveillance face au sud sur le plateau des Rfakha.

A peine le mouvement était-il esquissé que quelques cavaliers ennemis apparurent sur les crêtes à l'horizon ; mais l'intention du commandement n'était pas de combattre tant que la question du ravitaillement ne serait pas réglée ; or le convoi était attendu pour dix heures. Les trois escadrons, après avoir franchi l'oued Aceïla, trouvèrent devant eux une pente ascendante qui les obligea à s'éloigner considérablement du reste de la colonne avant d'atteindre une crête permettant de voir au loin le terrain.

Quand ils y furent parvenus, les cavaliers ennemis parurent en masse. Les Marocains se rendant compte de l'isolement de ces trois escadrons por-

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tèrent tous leurs efforts de ce côté. Les pelotons mirent pied à terre et tinrent l'ennemi en respect, mais les cartouches commencèrent à s'épuiser et, lorsque les fantassins ennemis eurent dépassé le rideau de leurs cavaliers se rapprochant en utilisant les moindres replis du sol, il ne resta plus aux chasseurs d'autre ressource que de charger. La charge s'exécuta par échelons et en fourrageurs. Elle dégagea momentanément la crête, mais ce répit dura peu; il fallut recommencera plusieurs reprises, car la ligne de l'adversaire se reformait sans cesse; la lutte était acharnée de part et d'autre, la situation devenait critique ; de nombreux morts et blessés jonchaient le sol après chaque charge ; et il fallait charger de nouveau pour les empêcher de tomber entre les mains d'ennemis qui les martyrisaient.

Heureusement le général avait été prévenu dès le commencement et un bataillon de tirailleurs, allégé de ses sacs, fut envoyé en toute hâte; mais il avait 4 kilomètres à parcourir en gravissant une colline. Néanmoins, il fit toute diligence et son apparition fut comme un coup de théâtre. Les chasseurs furent dégagés et le mouvement en avant des Marocains arrêté net, malgré l'intervention de leurs quelques pièces de canon. Ici se place un tragique et douloureux incident! A l'aile gauche de la ligne française se trouvait la colonne Brulard. Personne dans cette colonne, étant donnés la distance et le terrain, ne vit

le bataillon de tirailleurs arriver au secours de la cavalerie et, lorsque celui-ci eut dépassé la ligne de nos cavaliers, il fut pris pour des tirailleurs marocains. L'ordre fut alors donné à la batterie de 75 d'ouvrir le feu sur lui et malgré la distance, 5 000 mètres environ, les effets des shrapnels furent terribles : l'infortunée section de tirailleurs que la gerbe de tir engloba eut 2 tués et 5 blessés pour 2 obus tirés.

Ce bataillon de tirailleurs fut bientôt suivi de quatre autres qui obligèrent l'ennemi à se retirer laissant sur le terrain un grand nombre de morts. Les Marocains se portèrent alors contre l'aile gauche, contre la colonne Brulard, qui jusque-là n'avait pas été trop inquiétée. Des masses énormes de fantassins se ruèrent sur le bataillon de zouaves qui en dix minutes eut 14 hommes hors de combat. Enfin, appuyé par la légion, il put rejeter les Marocains dans la vallée de l'oued Zamrène. Ceux-ci tentèrent bien un retour offensif, mais tous leurs efforts se brisèrent contre notre infanterie. La nuit mit fin à la lutte. Après quinze heures de marche et de combat, il fallut encore faire bien des marches et contre-marches avant de se reposer. La plupart des bataillons avaient laissé leurs sacs sur le plateau de Souk el-Tnin avec les trains régimentaires.

Après avoir songé un instant à faire camper à la kasbah Maggous, le commandement prescrivit de

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reprendre les emplacements de dix heures du matin; les troupes se mirent donc en marche par la nuit noire à travers un terrain coupé et difficile et bientôt elles gagnèrent le plateau; mais ce n'est qu'à onze heures du soir qu'elles purent faire la soupe. Elles étaient debout depuis trois heures du matin. Les pertes des Marocains furent considérables si l'on en juge par le nombre de morts qu'ils laissèrent sur le terrain sans pouvoir les emporter ; malheureusement nos pertes furent également très sensibles : 14 tués et 45 blessés dont les lieutenants Vallée et Merle des chasseurs d'Afrique. Un convoi les transporta dans la nuit à Mediouna et de là à Casablanca. Il y eut aussi une trentaine de chevaux tués.

Dans cette pénible journée la conduite des chasseurs d'Afrique fut au-dessus de tout éloge; la plupart, jeunes soldats de deux ans, se montrèrent par leur audace, leur souplesse, leur entrain à la hauteur de leurs Anciens et il est certain que les Marocains garderont un terrible souvenir des sabres des chasseurs d'Afrique. Il faut avoir vu le terrain de la charge pour se rendre compte de l'acharnement de la lutte et de la vaillance des uns et des autres. Le terrain ressemblait à un vaste charnier; des cadavres de chevaux couvraient le sol par dizaines et, dans un seul endroit, on put compter jusqu'à trente cadavres marocains. Des képis, des armes, sabres

ou fusils jonchaient le sol, et les malheureux blessés que les fantassins Marocains avaient, au cours de la lutte, eu le temps de mutiler étaient là étendus sans connaissance attendant la mort comme une délivrance! Ce fut dans ce combat que s'illustra le cavalier Juidice1 du 5e chasseurs d'Afrique qui eut le maxillaire inférieur fracassé d'un coup de feu, tandis que son jeune frère était tué à ses côtés. L'un et l'autre étaient enfants de l'Assistance publique; engagés volontaires ils firent leur devoir en braves cavaliers qu'ils étaient, montrant que la vaillance, la vigueur et la hardiesse étaient toujours l'apanage de la cavalerie française. Du reste dans tous ces combats, les jeunes soldats français, zouaves et chasseurs d'Afrique, se montrèrent par leur vigueur, leur entrain, leur endurance, les émules des vieux soldats de la légion et des tirailleurs.

1. Il fut peu de temps après nommé brigadier et décoré de la Légion d'honneur. Infirme, il fut retraité et est employé actuellement comme concierge dans un ministère.

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