ET LES TRIBUS DE L'OUEST
Première affaire de l'oued Aceïla (8 mars). — Kasbah ben Ahmed.
— Revue du 11 mars. — Combat de Sidi el-Rhnimine (15 mars)»
— La mission Regnault-Lyautey. — Deuxième affaire de l'oued Aceïla (29 mars). — Installation du détachement régional des M'dakra (D. R. M). — Troisième affaire de Setlat (8 avril). — Installation de la colonne mobile des Mzamza (C. M. M.).
1E matin du 1er mars, on se réveilla par une j pluie battante et le général, étant donné le mauvais temps et la nature du terrain détrempé par la pluie, dut renoncer à poursuivre les M'dakra plus avant vers le sud. Il décida alors de se porter vers l'est, chez les Ziaïda par Souk el-Tnin et Ber Rebah. Le départ, retardé par le mauvais temps, eut lieu à dix heures du matin et il fallut trois heures pour franchir le défilé de Souk el-Tnin. La journée se passa sans incident : les colonnes campèrent à sept heures du soir à Sidi Ben Slimane. Le 2 mars, elles firent une reconnaissance dans le sud-est, vers la haute vallée de l'oued Cherrat chez les Béni Oura et rentrèrent le soir à Sidi Ben Slimane. Le
3 mars la marche fut poursuivie sur Bou Znika en traversant la forêt de chênes-lièges et, le 4 mars, on vint bivouaquer sur les bords de l'oued Neffifik.
5 mars. — Marche vers le sud pour atteindre Sidi Hadjaj où les colonnes prirent un jour de repos ; ce qui leur permit de se ravitailler en faisant venir le nécessaire de Casablanca. Cette marche s'exécuta sans qu'on ait eu à tirer un coup de fusil, les tribus rencontrées sur la route ayant toutes témoigné de leurs intentions pacifiques. Le beau temps étant revenu, les colonnes allaient pouvoir se porter de nouveau contre les M'dakra et leur livrer un combat décisif. Jusqu'ici, elles n'avaient combattu cette tribu que dans la plaine ; mais maintenant mieux outillées, elles allaient pouvoir s'éloigner davantage dans l'intérieur et suivre l'ennemi jusque dans ses repaires.
7 mars. — Marche vers le sud et bivouac au nordouest de Dar Miloudi sur l'oued Ayata à la frontière nord du pays M'dakra.
Première affaire de l'oued Aceïla. — Le lendemain 8 mars, à sept heures du matin, les troupes, laissant les trains régimentaires avec une escorte sur le lieu du bivouac, se mirent en marche vers le sud, en deux colonnes brûlant tout ce qu'elles rencontraient. Elles se dirigèrent sur Dar BouAzza ben Slimâne, groupe de maisons situé sur le plateau masquant la haute vallée de l'oued Aceïla. A
OPERATIONS CONTRE LES M'DAKRA
huit heures du matin la cavalerie et le goum prirent le contact avec un rideau de cavaliers marocains qui défendait mollement l'approche du plateau . Tandis que la colonne de Bou Znika, appuyée par les colonnes du Littoral et de Ber Rechid, occupait Dar Bou Azza et rejetait l'ennemi dans la vallée de l'oued, la colonne du Tirs prononçait un mouvement vers la droite constituant flanc garde contre les contingents du Mzab venus au secours des M'dakra. Cette colonne, renforcée vers midi par la colonne de Ber Rechid, fut fortement accrochée toute la journée et dut rester en position près de Dar Bou Azza pour protéger les trains régimentaires qui devaient, le soir, rejoindre les colonnes. A dix heures et demie, la ligne de feu occupa les mamelons dominant, à l'ouest, la vallée de l'oued Aceïla et l'artillerie canonna les Marocains en retraite vers les hauteurs de la rive droite.
Sur ces entrefaites, on apprit que les campements de la tribu et de la mehalla haffîdienne d'Omar Sketani se trouvaient à l'est du massif du Mgarto à 11 kilomètres de là. Bientôt même on les aperçut. Les deux colonnes du Littoral et de Bou Znika, 4 bataillons, 2 batteries de 75, 1 de montagne et 2 sections de mitrailleuses, reçurent aussitôt l'ordre de prononcer une vigoureuse attaque et de se porter par une marche rapide à l'attaque de ce camp. Conversante gauche, elles se dirigèrent sur le mara-
bout de Sidi Aceïla. A onze heures et demie, la ligne de feu descendit vers l'oued.
A ce moment, l'artillerie marocaine, postée sur les hauteurs de la rive droite, profita de cette situation et quelques obus vinrent tomber sur le 2e tirailleurs (ce furent les premiers que l'on vit éclater, car généralement ils faisaient fougasse). Le général donna l'ordre d'attaquer le marabout de Sidi Aceïla, la colonne du Littoral prolongeant à droite et couvrant le flanc droit.
Ayant enfin pris pied sur le plateau, la colonne aperçut le camp marocain à 5 kilomètres en avant d'elle, aux pieds des montagnes. Les Marocains, jusque-là, s'étaient défendus sans ardeur; comprenant enfin qu'il leur était impossible d'arrêter la vigoureuse offensive de nos colonnes et que le général avait connaissance de l'emplacement de leurs camps, ils se hâtèrent de les regagner pour essayer de mettre leurs biens en sûreté et organiser la défense. La marche rapide de nos colonnes ne leur en donna pas le temps. Electrisées parla vue de ces vastes campements, les troupes accélérèrent sans arrêt leur mouvement; vers trois heures du soir, elles atteignirent le ravin de l'oued Zamrène, à 5 kilomètres à l'est de Sidi Aceïla et s'emparèrent du camp de la mehalla situé au milieu des cactus.
Un combat pied à pied s'engagea alors dans les cactus, dans les rochers ; mais l'ennemi fut facile-
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ment rejeté dans le ravin où étaient en outre agglomérés de nombreux douars. Au delà de l'oued Zamrène, le ravin, bordé de pics escarpés de 5 à 600 mètres de haut, était prolongé par un défilé regagnant à 3 kilomètres vers l'est le plateau des Achach. Ce défilé était obstrué par une cohue d'animaux et d'hommes essayant d'échapper à notre poursuite. Toute l'artillerie, 2 batteries de 75, 1 batterie de montagne, se mit en batterie et ouvrit un feu rapide, auquel se joignit celui de deux sections de mitrailleuses et les salves des compagnies d'infanterie les plus avancées. Les projectiles tombèrent sur la masse des fuyards, couvrant de cadavres le sentier et les pentes du défilé que les Marocains tentèrent vainement d'escalader sous les rafales des feux d'artillerie et d'infanterie.
Le bruit était terrifiant, le carnage atroce. Les pièces tiraient aussi vite qu'elles pouvaient et, répercutées par les mille échos de la vallée, les décharges se succédaient comme un coup de tonnerre sans fin. Pendant ce temps, un bataillon de tirailleurs descendait les pentes du ravin et détruisait les douars qui s'y trouvaient, tandis que deux compagnies et une section de mitrailleuses, se portant en aval, arrêtaient par leurs feux les fuyards de ce côté. Après une demi-heure de canonnade, vers trois heures quarante-cinq du soir, le général, ayant jugé l'exécution suffisante, fît cesser le feu,
disant : « On en a assez tué aujourd'hui! » Tandis que ces événements se déroulaient sur le front, les contingents des Mzab avaient cherché à nous prendre à revers vers Dar Bou Azza; mais ils s'étaient heurtés aux colonnes du Tirs et de Ber Rechid qui les rejetèrent en désordre, leur infligeant des pertes considérables.
Le soleil se couchait derrière les hauts sommets du massif du Mgarto, quand la colonne principale se reforma pour rejoindre le convoi sur les bords de l'oued Aceïla. Vers sept heures et demie du soir, le bivouac fut établi sur les pentes sud du plateau de Dar Bou Azza. Les troupes avaient fait un effort magnifique : les colonnes du Littoral et de Bou Znika, en particulier, avaient fourni une marche de douze heures, dont neuf à travers les terres labourées, sac au dos, et quatre heures de combat.
Ainsi se termina le combat du Mgarto qui produisit un effet considérable sur les Marocains. Leurs pertes en hommes, en matériel, en animaux, furent énormes. Dans le camp de la mehalla haffidienne qui ne fut bientôt plus qu'un amas de ruines, des approvisionnements de toutes sortes, des troupeaux, des caisses d'obus, un affût, un grand nombre de cartouches tombèrent entre nos mains. Et l'ordre seul du général d'Amade, dicté par une pensée généreuse, empêcha l'écrasement complet des ennemis. Nos pertes dans cette journée furent peu sensibles : un tué et dix
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blessés, la marche rapide des colonnes ayant dérouté l'adversaire et l'ayant empêché d'opposer une résistance plus sérieuse.
Un incident s'était produit pendant la canonnade. M. Houël, le journaliste français qui, le mois précédent, s'était déjà présenté au général à la kasbah des Oulad Saïd de la part de Mouley Haffid, se présenta de nouveau sur nos lignes. Il intercéda près du général en faveur des malheureux que notre artillerie pourchassait et promit que le lendemain les caïds viendraient faire leur soumission. Le lendemain 9 mars, il arriva en effet au bivouac accompagné de vingt et un chefs arabes, tous armés de fusils et paraissant tous plus désireux de combattre que de se soumettre. Après une courte entrevue avec le général, tous se retirèrent ainsi que M. Houël.
Malgré les fatigues de la journée précédente, les troupes se mirent en marche à sept heures du matin sur Sidi Abd el-Kerim, le général d'Amade voulant, après avoir vaincu les M'dakra, frapper les Mzab aux cœur de leur pays. A peine le camp était-il levé, que des cavaliers M'dakra parurent ; mais il suffît de mettre quelques pièces en batterie pour les disperser. La journée se passa sans incident et l'on campa près du marabout de Sidi Abd el- Kerim, ou fut enterré le légionnaire tué la veille.
Le lendemain, 10 mars, les trains régimentaires
A TRAVERS LA C HA OUI A
furent dirigés par la plaine sur Sidi el-Aïdi, point où l'oued El-Ahmeur sort des montagnes, tandis que toutes les colonnes se dirigeaient directement sur Kasbah Ben Ahmed. Les Mzab, impressionnés sans doute par le combat du 8 mars, n'opposèrent aucune résistance ; des cavaliers de la fraction des Achach attaquèrent seuls notre avant-garde vers Sidi Bou Becker. Devant les feux de l'infanterie et de l'artillerie, apercevant en outre d'autres bataillons qui gagnaient les crêtes vers la droite, l'ennemi se déroba vers le sud, abandonnant la lutte.
Les colonnes gravirent alors la crête et, vers onze heures, aperçurent à leurs pieds la kasbah de Ben Ahmed et le village. Pas un défenseur n'apparut pour défendre les approches de la kasbah; mais au delà, sur un plateau ondulé, des groupes nombreux, des centaines de cavaliers du Mzab attendaient la colonne et paraissaient se concerter sur le parti à prendre. Un ultimatum par nous lancé, la mise en batterie de quelques pièces de 75 et le déploiement de deux bataillons eurent immédiatement raison de cette hésitation. Les caïds sans armes se portèrent au-devant du général, lui offrirent leur soumission et une quinzaine d'entre eux, au milieu d'un carré de chasseurs, sabre au clair, durent l'accompagner jusqu'au prochain bivouac.
Les colonnes quittèrent Kasbah Ben Ahmed à midi et demie et, par une marche en échelons sur
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les hauteurs de la rive droite de l'oued El-Ahmeur, gagnèrent à cinq heures du soir Sidi el-Aïdi où elles retrouvèrent leurs trains régimentaires.
Le lendemain matin, 11 mars, le général passa une revue en l'honneur du goum qui rentrait en Algérie, après avoir terminé ses quatre mois de service. Ce fut une belle et impressionnante cérémonie. Toute la colonne se forma sur trois faces, le général en passa l'inspection et remit quelques décorations; puis, ayant fait masser les troupes, il se découvrit, en poussant d'une voix ferme le cri de : « Pour la France! » Tous les hommes répondirent : « En avant! Pour le Président de la République! En avant! Pour les camarades morts dans les combats! En avant! » Tandis que les échos des montagnes retentissaient longuement de ces cris de loyalisme et de fidélité, les troupes venaient se ranger pour un défilé. Ce spectacle militaire, avec ce décor et cette mise en scène, produisit une très forte et salutaire impression sur les indigènes présents de même que sur les caïds du Mzab.
Complètement tranquillisé du côté de l'est, le général campa avec ses troupes le soir même sur les bords de l'oued Mazzert, où il resta toute la journée du 12 mars pour recevoir un convoi de ravitaillement venant de Ber Rechid.
Le 13 mars, il se dirigea vers Settat; il eut la satisfaction de trouver le pays complètement tran-
quille et les habitants groupés pacifiquement le long de la route pour le saluer. Settat même commençait à se repeupler; mais la proximité du camp de la mehalla haffidienne, toujours à Mechra ech Chair, empêchait la soumission complète des Mzamza. En arrivant à Settat, le général d'Amade reçut encore une supplique de Mouley Hafïid, lui demandant la cessation des hostilités pour pouvoir s'entendre avec la France. Cette supplique lui fut apportée par notre compatriote, M. Vafïier-Polet, accompagné de M. Houël et de deux autres Européens envoyés, à cet effet, en mission dans la Chaouïa.
Le général d'Amade refusa d'entrer en pourparlers avec Mouley Hafïid ou ses envoyés, leur interdisant même l'installation de leurs tentes dans le camp français, faveur qu'ils sollicitaient. Les tentatives de rapprochement de Mouley Hafïid ou de ses lieutenants paraissaient au général être celles d'hommes qui cherchaient à gagner du temps pour réorganiser leurs mehallas et pour ressaisir l'influence qui leur échappait. 11 ne voulait donc pas tomber dans le piège qu'on lui tendait.
Le 14, au matin, une lettre d'un marabout influent, Sidi BouAzzaoui, parvint au général, lui demandant de ne faire aucun mouvement jusqu'à la réalisation de la paix. Mais ce marabout avait déjà donné tant de preuves de son peu de loyauté à notre égard et de son peu de désir de voir conclure la paix, que le
OPERATIONS VERS L'OUEST
commandant du corps de débarquement refusa de tenir compte de la lettre reçue. Du moment que nos déplacements contrariaient les projets de l'ennemi, il importait de ne pas rester inactif. Aussi le général donna-t-il l'ordre, à midi, de partir pour la kasbah des Oulad Saïd (kasbah el-Aïachi), où les troupes arrivèrent à sept heures du soir sans incident. Les populations appartenant aux tribus des Oulad Saïd et des Mzamza qui avaient réintégré leurs douars se postèrent sur le passage de la colonne. Il était évident qu'elles aspiraient au repos et qu'elles ne demandaient qu'à être débarrassées des agitateurs qui, parcourant sans cesse la région, les empêchaient de reprendre leurs travaux agricoles. En arrivant à la kasbah, nous apprîmes que la maison du marabout Sidi Bou Azzaoui, située à quelques kilomètres, avait été pillée, brûlée par ses partisans, c'est-à-dire par ceux-là mêmes qu'il prétendait amener à faire leur soumission.
15 mars. Combat de Sidi el-Rhnimine1. — Le lendemain, 15 mars, les colonnes remontèrent vers le nord pour gagner Dar Ould Fatima, où un convoi venant de Ber Rechid devait les ravitailler. Pendant cette marche qui dura de six heures et demie du matin à midi, on ne rencontra aucun douar. La presque totalité des Oulad Saïd et des Mzamza re-