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l'Aine Reboula, que des cavaliers marocains étaient signalés à proximité des carrés, surveillant la colonne. La marche fut d'abord aussi rapide que le permettaient l'obscurité et le terrain que l'on parcourait pour la première fois ; mais, vers cinq heures, un brouillard intense s'éleva, et au lieu de le mettre à profit pour masquer le progrès de la colonne, le général fit ralentir d'abord, puis arrêter la marche pendant une heure.
Vers huit heures du matin, en arrivant vers l'Aïne el-Kralka sur la droite de l'Aïne Tittmellil, le carré n° 1 engagea l'action avec les rassemblements marocains qu'il repoussa vigoureusement dans la plaine de Sidi Brahim. Une partie du carré n° 2 prit position avec une section de 75 et une section de mitrailleuses sur la dernière crête à 3 kilomètres nord-ouest de Sidi Brahim, tandis que tout le reste de la colonne se porta à l'attaque des camps ennemis que l'on apercevait dans la plaine sur une étendue de plusieurs kilomètres. L'artillerie balaya le terrain et nos troupes occupèrent sans résistance les camps qui, tous, devinrent bientôt la proie des flammes.
Malheureusement, la surprise ne fut pas aussi complète qu'elle aurait pu l'être. Le malencontreux brouillard nous avait fait perdre un temps précieux en nous arrêtant et les Marocains, qui avaient éventé notre marche, avaient eu le temps d'évacuer
leurs camps ; la résistance y fut peu sérieuse et l'on ne trouva guère que des tentes vides ou abandonnées.
Il était onze heures. A ce moment, la colonne se trouvait à 3 kilomètres de la kasbah de Mediouna, dont on apercevait très bien le mur d'enceinte. Une pointe hardie, une vigoureuse offensive, n'auraientelles pas, ce jour-là, pu nous rendre maîtres de cette kasbah qu'il faudra attaquer trois mois plus tard et qu'un ennemi démoralisé aurait sans doute défendue mollement? Tout le porte à croire. Il était certain que la destruction successive des camps de Taddert et de Sidi Brahim produirait un effet considérable sur les Chaouïa, mais si cette double opération avait été complétée par la prise immédiate de Mediouna, les événements auraient peut-être pris une autre tournure.
Quoi qu'il en soit, l'opération de Sidi Brahim fut la répétition exacte de l'affaire de Taddert. Après une heure d'arrêt sur la position, nos troupes reprirent la direction de Casablanca en se repliant par échelons que les Marocains ne cessèrent de harceler pendant quelques kilomètres. L'artillerie les dispersa néanmoins ; les carrés se reformèrent et la colonne rentra au camp à cinq heures du soir avec un tué et douze blessés, dont le lieutenant Monod, du 2e étranger. A partir de ce jour, 21 septembre, il sembla exister entre les deux adversaires une zone de terrain complètement vide, que ni l'un
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ni l'autre ne tenteront de franchir jusqu'à la fin de l'année. Il y aura cependant une exception le 19 octobre, comme nous le verrons plus tard.
22 septembre. — La prise de Sidi Brahim, venant après celle de Taddert, impressionna vivement les Chaouïa et dès le lendemain, dix-huit délégués officiels des trois tribus, Oulad Ziane, Zenata et Ziaïda, arrivèrent à Casablanca et entrèrent en conférence avec le général Drude, l'amiral Philibert et le consul M. Malpertuy. Après toute une journée de discussion, les délégués, au nom de leurs tribus respectives, firent leur soumission aux conditions imposées : suspension des hostilités; remise des auteurs de l'attentat du 30 juillet ; paiement d'indemnité de guerre ; paiement d'une indemnité pour servir à la continuation des travaux du port; défense à tout indigène de se trouver possesseur d'armes de guerre dans un rayon de 15 kilomètres autour de la ville. En outre, deux notables par tribu devaient être livrés comme otages.
Fin de septembre. — Le premier résultat de la soumission des tribus fut la réouverture du marché hebdomadaire du mercredi, qui ne s'était pas tenu depuis le 30 juillet. La vie renaissait à Casablanca! Déjà après le combat du 3 septembre, trois ou quatre cents Juifs, qui avaient fui Casablanca au lendemain de l'échaufîourée, étaient rentrés venant de Gibraltar ou de Tanger. D'autre part, les Chaouïa
avaient gardé en captivité un assez grand nombre de Juifs qui avaient quitté la ville en toute hâte au moment de notre occupation. Après la destruction des camps de Taddert et de Sidi Brahim, les tribus relâchèrent ces fugitifs qui se présentèrent à nos avant-postes demandant l'aman. La soumission des trois tribus voisines de la ville fit rentrer également tous les indigènes que leurs intérêts poussaient à se rapprocher de nous. C'est ainsi que le 25 septembre arrivèrent environ trois cents indigènes venant de la direction de Fedala et demandant à réintégrer la ville. Les rentrées continuèrent ainsi chaque jour et Casablanca se repeupla peu à peu.
Dans ces conditions, les opérations militaires sont nulles; la région autour de Casablanca, dans un rayon de 20 kilomètres, semble parfaitement calme; les reconnaissances faites deux fois par semaine dans les environs immédiats de la ville par mesure de police ne constatent jamais rien d'anormal.
Au camp, la grande occupation des troupes est de se construire pour l'hiver de vastes baraquements et de niveler et irriguer le terrain ; les pluies ont fait brusquement leur apparition et, dans une nuit, ont noyé le camp sous leurs rafales. On se hâte et chaque arme rivalise d'ingéniosité pour augmenter la solidité et le bien-être relatif de ces abris nouveaux...
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Entre temps la politique intérieure du Maroc s'était modifiée et il faut en parler ici, puisque cette modification pouvait avoir un contre-coup sur les opérations du corps de débarquement.
En effet, tandis que les Chaouïa luttaient avec opiniâtreté contre les troupes françaises, une vraie révolution s'accomplissait au Maroc. Mouley Haffid, frère du sultan Abd el-Aziz, était proclamé, le 16 août, sultan à Marrakech et annonçait son intention de marcher sur Rabat et Fez; Abd el-Aziz, de son côté, après s'être assuré de la fidélité des tribus de la région, décidait son départ pour Rabat où il arrivait le 23 septembre. A cette date, les nouvelles de Marrakech faisaient connaître que Mouley Haffid allait diriger vers la Chaouïa une mehalla qui devait s'opposer à la venue d'Abd el-Aziz.
A Casablanca, le calme était toujours complet, mais la rivalité des deux frères et la formation de leur mehalla n'allaient-elles pas être la cause de nouveaux troubles dans la région et réveiller l'ardeur belliqueuse des tribus? Sous la pression de ces bandes, rebelles à notre action militaire, les tribus soumises n'allaient-elles pas désavouer leurs mandataires? Il y avait tout lieu de le craindre car à la fin du mois de septembre elles n'avaient pas encore tenu leurs engagements. A cette même époque, une mehalla de Mouley Haffid arrivait à Settat, à 65 kilomètres de Casablanca, et, le 8 octobre,
faisait son apparition à Ber Rechid, à 40 kilomètres de la côte. Sa présence dans la Chaouïa ne risquaitelle pas de déterminer une reprise des hostilités contre nous?
19 octobre. Deuxième affaire de Taddert. — Depuis quelques jours le service des renseignements signalait des mouvements suspects de cavaliers sur les crêtes à l'horizon. Le 16 octobre, un Français, M. Kunster, arrivé depuis trois jours seulement avec une mission d'étude pour un syndicat commercial, avait franchi seul les avant-postes malgré les conseils de prudence qui lui étaient donnés. S'étant dirigé vers la ferme Alvarez, à 4 kilomètres du camp, il fut assailli par un parti d'Oulad Saïd et massacré malgré son héroïque résistance. Sitôt que sa disparition eut été constatée en ville, elle fut signalée à l'état-major qui, dès le lendemain, envoya des patrouilles vers la ferme Alvarez, direction qu'il avait prise d'après les avant-postes. Les patrouilles ne découvrirent rien; mais dans la soirée du 18, un Arabe, rentrant en ville, trouva le cadavre de la mule de M. Kunster et précisa ainsi l'endroit où les recherches devaient être faites.
Le lendemain 19 octobre de grand matin, le général Drude faisait partir une reconnaissance pour rechercher le corps de notre infortuné compatriote. Le détachement, sous les ordres du lieutenantcolonel du Frétay, comprenait surtout de la cava-
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CASABLANCA (DAR EL-BEIDA) QUARTIER BAB ES-SOUK, VU A 300 MÈTRES DE HAUT.
LE CAMP N° 2, NOVEMBRE 1907, VU A 500 METRES. BARAQUES CONSTRUIT!: S POUR L'HIVERNAGE DES TROUPES.
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lerie : le goum, 1 escadron de spahis, 1 escadron de chasseurs d'Afrique et 2 compagnies de la légion avec 1 section de mitrailleuses. Arrivées près de la ferme Alvarez, ces troupes aperçurent le cadavre de la mule à l'endroit indiqué ; mais, ne trouvant pas le corps de notre compatriote, elles se portèrent vers les fermes Brandt et Carlos. A peu de distance de là, la cavalerie fut accueillie par un feu nourri dirigé par une soixantaine de cavaliers marocains qui se replièrent ensuite vivement par la vallée de l'oued Bou Skoura. Attaquées ainsi, nos troupes ripostèrent et la cavalerie se lança vers Taddert à la poursuite des cavaliers ennemis, dépassant ainsi la portée imposée par le commandement aux reconnaissances et en particulier à celle-ci.
Tout à coup, nos troupes se trouvèrent en présence d'un très fort parti de Marocains, 2 à 3 000 hommes, composé de soldats de la mehalla du nouveau sultan. L'infanterie se jeta dans une ferme, la cavalerie mit pied à terre et les efforts de nos troupes arrêtèrent à deux reprises l'élan de l'ennemi. Mais de nouveaux contingents marocains arrivaient sans cesse. Les goumiers, qui tiraient derrière une haie, allaient être enveloppés par une force très supérieure. L'escadron du 1er chasseurs d'Afrique, voyant leur situation critique, voulut les dégager et s'élança à la charge; il fut vite entouré; il fallut l'intervention de l'escadron de spahis pour sauver
la situation. Notre cavalerie, dégagée, se replia sur notre infanterie et bientôt 4 à 5 000 Marocains entourèrent la petite colonne. Soudain le général Drude, averti par la fusillade, apparut sur les crêtes voisines avec deux bataillons et deux batteries amenés à toute allure. Les Marocains, surpris par cette arrivée subite, et criblés de projectiles, se replièrent vers le sud. De deux à cinq heures on les poursuivit sans discontinuer, puis les troupes rentrèrent au camp à la tombée de la nuit. La lutte avait été opiniâtre; de nombreux cadavres ennemis restaient sur le terrain et de notre côté les pertes étaient sensibles : trois tués, dont le capitaine Ihler du 1er chasseurs d'Afrique et dix blessés.
La leçon ainsi infligée à nos adversaires par nos troupes sembla produire une assez forte impression sur les tribus. Dès le lendemain de ce combat, de nouvelles soumissions eurent lieu et pendant longtemps une sorte de trêve parut régner. De part et d'autre on évita de se rencontrer; une suspension d'armes s'établit tacitement entre les deux adversaires. En tout cas, les troupes françaises, jusqu'à la fin de l'année, ne s'éloignèrent jamais du camp à plus de deux heures de marche.
Les reconnaissances faites deux fois par semaine à jour fixe avaient pour but de protéger les gens venant au marché et les plus extrêmes recomman-
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dations leur étaient faites pour éviter une réédition de l'affaire du 19 octobre. Cependant le 23 décembre, il y eut une vive alerte. Une reconnaissance, commandée par le commandant Wack de l'artillerie et envoyée jusqu'au pied des premières crêtes vers le sud, reçut des coups de fusil d'un certain nombre de cavaliers ennemis. Une colonne de secours se forma même au camp. Mais la reconnaissance n'engagea pas le combat et rentra immédiatement. En résumé depuis le 19 octobre, les opérations militaires furent nulles.
Les travaux d'installation du camp, les constructions des baraques faisaient présager un séjour de longue durée sous les murs de Casablanca et l'idée d'une vigoureuse offensive s'effaçait peu à peu des esprits. Elle était désormais considérée par tous comme une chimère.
Les troupes furent bientôt énervées de cette attente, l'arme au pied, devant un ennemi qui paraissait les éviter et que l'on n'osait pas aller chercher. 1 Les bruits les plus divers circulaient dans le camp ; tantôt Mouley Haffid avec des mehalla et de nombreux canons marchait sur Casablanca; tantôt sa présence était signalée à Settat, à Ber-Rechid ou à Mediouna ; la date et l'heure de son arrivée sur les crêtes voisines étaient même indiquées. Ces bruits prirent un moment tant de consistance qu'il fallut organiser les moyens de défense propres à repousser
l'attaque d'une armée, qui n'existait, d'ailleurs, que dans l'imagination de quelques-uns.
Le commandement fit augmenter l'importance des retranchements, construire des défenses accessoires sur tous les fronts des camps, mettre en état de défense la crête de surveillance et prescrivit la construction de trois fortins (fort Provot, fort Ihler et fort Benizza) pour surveiller les directions les plus menacées, Mediouna, Taddert et Fedala ; le premier seul fut construit et reçut une garnison permanente, composée d'une section de tirailleurs et d'une section de mitrailleuses ; pendant le jour, le poste était renforcé d'un peloton de cavalerie et d'une compagnie d'infanterie. Le fort Ihler fut terminé seulement en janvier 1908 et ne reçut jamais de garnison. Le fort Benizza resta à l'état de projet. Le service de sûreté fut augmenté; des sections entières étaient en avant-postes de combat sur le front même des camps et dès trois heures du matin une compagnie par bataillon était dans les tranchées, l'arme au pied, attendant une attaque que l'on supposait devoir se produire à la pointe du jour.
Telle était la situation du corps de débarquement à la fin de 1907. Chargé d'infliger un châtiment sévère aux tribus responsables des massacres du 30 juillet, il n'avait qu'imparfaitement accompli sa mission. Les quelques sorties exécutées en août et septembre à courte distance avaient dégagé tem-
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porairement les abords de la ville; mais pendant tout l'automne les troupes s'étaient confinées dans une inaction absolue. Quelle était la cause de cette attitude passive? Etait-ce que le commandem en jugeait ses effectifs insuffisants pour remplir la mission qui lui incombait ? Etait-ce que le Gouverne ment, mal renseigné sur la situation, comptait sur la diplomatie pour achever la soumission des tribus, soumission préparée par les opérations des 11 et 21 septembre? On ne saurait le dire. Toujours est-il que le corps de débarquement s'était jusqu'ici borné à se défendre plutôt qu'à attaquer.
D'abord décontenancés par la prise de leurs camps de Taddert et de Sidi Brahim, les Marocains, devant la passivité de leur ennemi, reprirent confiance. Un nouveau rassemblement se forma à la kasbah de Mediouna à 18 kilomètres sud-est de Casablanca et leurs cavaliers vinrent rôder aux alentours des camps rendant la banlieue dangereuse pour les pro meneurs et les soldats isolés.
Dans l'esprit des Chaouïa, notre prestige disparaissait. Notre constante immobilité les avait convaincus que nous étions impuissants à pénétrer dans l'intérieur au delà de la zone commandée par les canons de la flotte. Aussi devait-on prévoir qu'une offensive intermittente et de faible envergure ne suffirait plus, comme elle le pouvait quatre mois plus tôt, à amener la soumission des tribus
hostiles, et qu'il faudrait une longue campagne pour pacifier le pays.
Les choses en étaient là lorsque des événements inattendus se déroulèrent à Casablanca. Depuis quelque temps, le général Drude avait signalé au Gouvernement l'utilité de l'occupation de la kasbah de Mediouna de manière à nettoyer la région des bandes rebelles qui interceptaient les communications et nuisaient au ravitaillement de la ville; seulement il demandait des renforts, estimant qu'il ne pouvait, avec ses 6 000 hommes, entreprendre une pareille expédition, étant obligé de laisser une partie de ses troupes à la garde des camps. Il convient de rappeler ici que le général Drude disposait à ce moment de 6 bataillons d'infanterie à 800 hommes avec 6 sections de mitrailleuses, organisés en 3 régiments de marche sous les ordres d'un lieutenant-colonel; 2 batteries de 75; 1 batterie de montagne ; 2 escadrons de cavalerie à 150 sabres ; 1 goum algérien ; 1 compagnie de génie avec une section de télégraphistes et 1 section d'aérostiers; 1 détachement d'ouvriers d'artillerie; du train des équipages avec 60 arabas (voitures à 2 roues) et leurs mulets. 6 000 hommes environ, c'était trop peu pour agir avec chances de succès dans les conditions particulières où se trouvait le corps de débarquement. Frappé de la faiblesse de ces effectifs, interpellé d'ailleurs à ce sujet au Sénat, le Gouver-
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nement se décida à envoyer d'importants renforts.
Au même moment, le général Drude, sujet à de fréquents accès de paludisme, tomba malade. Sa santé étant très ébranlée, il sollicita un congé de trente jours espérant qu'après un repos absolu de quelques semaines, il pourrait reprendre sa place à la tête de ses vaillantes troupes. Mais le Gouvernement prit la décision de le remplacer immédiatement et, l'ayant nommé commandeur de la Légion d'honneur en récompense de ses services, il donna sa succession au général d'Amade, commandant la 69e brigade à La Rochelle, en lui prescrivant de partir au plus tôt pour Casablanca et de s'emparer de Mediouna dès l'arrivée des renforts qui étaient mis en route sans retard.
Toutefois, l'événement vint déjouer ce plan. En effet, sans attendre les bataillons de renfort qui étaient en rade depuis le 30 décembre et que le mauvais état de la mer empêchait de débarquer, le général Drude donna le 31 décembre ses ordres pour la marche sur Mediouna en faisant connaître que l'opération serait entreprise la nuit suivante. Le temps était peu propice; il avait plu toute la journée et la marche des troupes et de l'artillerie allait être extrêmement pénible; mais le général tenait à agir sans différer davantage.
ier janvier 1908. Prise de Mediouna. — La colonne, sous les ordres du colonel Boutegourd,
du 1er étranger, comprenait 4 bataillons d'infanterie, 3 escadrons de cavalerie, 2 batteries de 75, 1 batterie de montagne et les ambulances. Un 2e échelon comprenait 1 bataillon du 2e étranger, commandant Corbière, 1 peloton de spahis, 1 section de mitrailleuses, 1 section du génie, 1 ambulance, 1 convoi administratif. C'était cette force qui devait composer la garnison proprement dite de Mediouna. Le départ eut lieu dans la nuit du 31 décembre vers trois heures du matin.
Dès le lever du jour, la colonne se trouva aux prises avec les éclaireurs ennemis qui se replièrent vivement sur la kasbah et lorsque la colonne atteignit les dernières crêtes du Sahel, dominant la grande plaine de Mediouna, elle se heurta aux contingents des tribus. Malgré l'appui delà mehalla de Mouley Haffîd commandée par Mouley Rechid et de son artillerie, les tribus offrirent une faible résistance et se retirèrent vers le sud, vers Ber Rechid. Nos pertes furent de un tué et six blessés dont un officier. La kasbah fut occupée par le 2e échelon et le reste de la colonne poursuivit l'ennemi jusqu'au marabout de Sidi Aïssa, à 8 kilomètres au delà, où elle razzia un troupeau de 2 000 moutons environ. Le 2 janvier au soir, la colonne rentrait à Casablanca ayant laissé le 2e échelon comme garnison dans la kasbah. L'affaire avait donc été rapidement menée. Mais chose essentielle, pour la
AUTOUR DE CASABLANCA.
première fois nous laissions une garnison sur un point conquis, au lieu de l'abandonner aussitôt. Un poste optique fut installé sur le sommet du Merchich à 4 kilomètres à l'ouest de Mediouna, assurant ainsi des communications rapides avec Casablanca.
Cette opération s'était effectuée dans les plus heureuses conditions. Elle eut pour résultat de rétablir un calme relatif dans toute la Chaouïa. Il eût été désirable toutefois de poursuivre les opérations sans arrêt et de frapper une succession de coups capables de briser la résistance de l'ennemi, car on pouvait craindre que le retour à Casablanca lui donnât la possibilité de reprendre courage une fois de plus et risquât de nous faire perdre tout le bénéfice du coup d'énergie de Mediouna.
En rentrant de Mediouna, on apprit que dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, le transport La Nive, qui amenait des renforts, s'était jeté à la côte sur les rochers de Sidi Abderahmane à 4 kilomètres à l'ouest de Casablanca. Les troupes heureusement avaient été débarquées la veille, seuls les chevaux de l'escadron du 3e spahis restaient à bord avec un important matériel d'approvisionnement. Tout le chargement put être sauvé quelques jours plus tard, mais le transport lui-même fut définitivement perdu.
Ce fâcheux événement fut le dernier incident de
la campagne avant l'arrivée du général d'Amade. Le nouveau commandant du corps de débarquement jouissait de la plus belle réputation militaire comme soldat et comme chef. Entré à Saint-Cyr en 1874, à l'âge de dix-huit ans, il en était sorti sous-lieutenant aux tirailleurs algériens. Il fit la campagne du Tonkin de 1885 à 1887 et fut nommé chevalier de la Légion d'honneur pour faits de guerre. Breveté d'état-major, chef de bataillon en 1894, il fut nommé attaché militaire de France à Londres et fut, en cette qualité, désigné comme représentant de l'armée française auprès des troupes britanniques pour suivre les opérations anglaises au Transvaal. Pendant cette campagne se révélèrent ses qualités d'observateur et ses connaissances stratégiques. Nommé lieutenant-colonel en 1900 et colonel en 1903, il avait commandé le 77e d'infanterie et avait été promu général de brigade en 1907. Ses qualités militaires, son expérience acquise au cours de la campagne contre les Boërs, sa connaissance approfondie des indigènes et de leurs mœurs l'avaient désigné à l'attention du Gouvernement.
Le général d'Amade arriva à Casablanca le 6 janvier; il se mit aussitôt à l'œuvre. Se rendant compte que contre un ennemi brave et mobile sans unité ni cohésion, il n'est pas de meilleure tactique qu'une activité inlassable; il résolut de marcher sur tous
ARRIVÉE DU GÉNÉRAL D'AMADE
les rassemblements qui lui seraient signalés, il les disperserait et retournerait les combattre toutes les fois qu'ils se seraient reformés, jusqu'à ce que la supériorité matérielle et morale fût acquise définitivement aux Français.
Les renforts expédiés par le Gouvernement furent mis à terre, dès le début de janvier, après la prise de Mediouna. Ils doublèrent presque exactement l'effectif du corps de débarquement, car ils comprenaient : 1 bataillon du 3e tirailleurs et 1 du 4® qui formèrent le 4e régiment de marche, 1 bataillon du 1er zouaves qui ne fut pas enrégimenté de suite, 1 batterie de 75, 1 compagnie du génie, 4 escadrons de cavalerie (3° spahis, 5e chasseurs d'Afrique avec
1 escadron chacun, 3e chasseurs d'Afrique avec
2 escadrons). Dès le 15 janvier le général d'Amade disposait donc de 9 bataillons, 6 escadrons, 1 goum,
3 batteries de 75, 1 batterie de montagne, 6 sections de mitrailleuses, soit près de 12 000 hommes. En janvier et février le génie fut constitué en 1 bataillon à 3 compagnies avec un état-major particulier. Le train des équipages en 3 compagnies avec un matériel important : 1 500 mulets, 5 à 600 arabas. Les services administratifs, intendance, subsistances, trésorerie et postes augmentèrent d'importance au fur et à mesure que les troupes françaises s'éloignèrent de la base d'opérations. Le service de l'Intendance fut assuré par 1 sous-intendant de 2e classe,
2 sous-intendants de 3e classe, 5 adjoints à l'intendance et 19 officiers d'administration. Le service de la Trésorerie et des postes comprenait 15 fonctionnaires. Tous ces officiers furent répartis dans les colonnes, puis plus tard dans les postes qui furent créés. Quant au service de santé, il comprenait au 1er janvier 1908 une dizaine de médecins, en dehors des médecins des unités du corps de débarquement, à qui étaient adjointes 15 infirmières de la Croix- Rouge, lesquelles eurent rapidement conquis l'affection et la reconnaissance de tous ceux qu'elles ont soignés. La Société de la Croix-Rouge avait en effet envoyé à Casablanca, dès le mois d'août 1907, tout un matériel d'hôpital, une quinzaine d'infirmières dévouées qui, sous la direction du secrétaire général de l'Œuvre, M. de Valence, ne cessèrent un seul instant de prodiguer leurs soins dévoués et matériels à tous nos malades et blessés. Combien furent heureux de recevoir à leur lit de mort les consolations de ces vaillantes femmes et de pouvoir leur confier leurs dernières pensées! L'œuvre admirable accomplie par ces dévouées infirmières et leur vaillant directeur qui, malgré ses soixante ans, n'hésita pas à suivre les colonnes et partager nos fatigues, a conquis la gratitude profonde et éternelle du corps de débarquement. Le service de santé, organisé d'une façon assez sommaire pendant la période de commandement du général Drude, fut considéra-
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ARRIVÉE DU GÉNÉRAL D'AMADE
blement augmenté et amélioré, pendant le premier trimestre 1908. Jusqu'à cette époque, il comprenait : 1 hôpital de campagne, installé dans des tentes Herbet (15 m. de long sur 5 m. de large, contenance 18 lits, parois doubles, sol parqueté et recouvert de linoléum, 4 fenêtres à volets) dans le Tnaquer où tout un quartier de huttes avait été rasé ; 1 ambulance installée dans la maison du Caïd des Mediouna; 1 bateau-hôpital, le Vinh-Long qui, deux fois par mois, transportait à Oran les évacués, convalescents et blessés. A partir d'avril 1908, un deuxième hôpital de campagne fut installé dans Sour- Djedid où, vers la fin de l'année, les deux hôpitaux furent réunis. Indépendamment de ces formations sanitaires, il exista dans les colonnes et dans les postes créés à partir du mois d'avril des infirmeriesambulances où les blessés et malades purent trouver au moins les premiers soins. A la fin du premier trimestre 1908, le personnel du service de santé comprenait : 1 médecin principal, directeur; 35 médecins pour les hôpitaux et ambulances, 21 médecins pour les corps de troupe, 6 pharmaciens, 16 officiers d'administration et les 15 infirmières de la Croix-Rouge.
Un des premiers soucis du général d'Amade fut de relever le moral des troupes qu'une prudence exagérée avait sensiblement affaibli. Il voulait aussi montrer sans retard aux Marocains que notre mis-
sion était de poursuivre les tribus responsables des massacres jusqu'à ce qu'un châtiment exemplaire leur fût infligé et que l'heure n'était plus où les nôtres resteraient à l'abri des retranchements.
Il ne devait pas tarder, d'ailleurs, à entreprendre la campagne active qu'il projetait. La situation à Rabat devenait inquiétante pour les Européens, les nouvelles de Fez étaient mauvaises, Mouley Haffid venait d'y être proclamé sultan. La présence d'Abd el-Aziz à Rabat contenait avec peine l'effervescence de la population indigène qui était une menace constante pour les colonies européennes. Sur la demande du consul de France à Rabat, autant pour assurer les communications par terre que pour protéger les colonies européennes, le Gouvernement donna l'ordre d'occuper avec 2 000 hommes les kasbahs de Fedala et de Bou Znika situées respectivement à 22 et 52 kilomètres de Casablanca.
Le 10 janvier, une colonne comprenant : 2 bataillons de tirailleurs, 1 section de 75, 1 section de mitrailleuses, 1 demi-escadron de spahis, 1 ambulance, occupait sans incident la kasbah de Fedala et, le 13 janvier, la kasbah de Bou Znika. Les postes furent organisés, des approvisionnements y furent accumulés et la présence des troupes assura la tranquillité dans toute la région. Le croiseur Desaix, qui avait appuyé les mouvements de la colonne, mouilla en face de Bou Znika, assura les commu-
ARRIVEE DU GENERAL D'AMADE
nications télégraphiques avec Casablanca, tandis que Fedala communiquait directement par l'optique.
L'organisation de cette colonne retarda de quelques jours le départ du général d'Amade pour les opérations contre les tribus. Il faut, en effet, signaler que le désir d'activité du général d'Amade fut, au début, trop souvent entravé par la pénurie des moyens de transport qui n'étaient pas appropriés à une campagne du genre de celle qui allait commencer : il fallut recourir à toutes les ressources que l'on put trouver. Le service de santé, la batterie de montagne fournirent leurs mulets haut le pied, l'artillerie de campagne passa au train tous les chevaux disponibles.
Tous les chameaux venant au marché de Casablanca furent réquisitionnés et l'Intendance offrit de louer tous ceux qu'on lui amènerait au prix de deux douros hassani par jour, soit sept francs cinquante. Cette situation dura longtemps. Un troupeau de 2 000 chameaux dut être employé ainsi pendant près de six semaines pour permettre de pousser sans interruption des approvisionnements sur Mediouna et plus tard sur Ber Rechid, où des dépôts de réserve de toutes sortes permirent aux colonnes mobiles d'étendre, de plus en plus, le rayon de leurs opérations. Ce n'est qu'au mois de mars seulement que le train des équipages fut renforcé, organisé et chargé de tous les ravitaille-
ments. Alors seulement, grâce à une meilleure organisation des moyens de transport, le corps de débarquement acquit la mobilité qu'il devait avoir... Mais n'anticipons pas sur les événements...
Si le corps de débarquement avait été renforcé, l'ennemi de son côté avait reçu un appui sérieux dans la mehalla que Mouley HafFid avait envoyée dans la Chaouïa sous le commandement de son neveu, Mouley Rechid. Ce noyau de réguliers était fort de 4 à 5 000 hommes et possédait quelques canons Krupp et Canet. Après la prise de Mediouna, il s'était replié sur Settat. A cette aide matérielle, vint bientôt s'ajouter l'appui moral que Mouley Haffid apportait aux Chaouïa en venant s'installer avec toutes ses forces au gué de Mechra-ech-Chair, sur la frontière même de leur pays.
La direction à donner à nos efforts s'imposait donc; c'était celle de Ber Rechid et de Settat. Ber Rechid situé au centre de la province était un point stratégique très important et Settat occupée encore par les indigènes était le refuge des réguliers de Mouley Rechid.
Le 12 janvier, à six heures du matin, le général d'Amade quitta Casablanca se dirigeant vers le sud avec une forte colonne, comprenant 5 bataillons (dont 3 de tirailleurs, 1 de légion et 1 de zouaves) ; 4 escadrons (1 de spahis, 3 de chasseurs); le goum algérien,! batterie de campagne de 75, 1 ambulance
REPRISE DES OPERATIONS
avec ses mulets de cacolets et de litières, enfin le convoi. La petite colonne marcha en carré, 2 bataillons de tirailleurs en ligne de section par 4 avec intervalles de 100 pas sur sa face de tête; 1 bataillon de légion et 1 bataillon de tirailleurs sur les flancs en colonne de route. En arrière, le bataillon de zouaves en ligne de section par 4. A l'intérieur du carré, l'artillerie, le convoi, l'ambulance et l'étatmajor. A 3 kilomètres en avant la cavalerie.
Le soir, bivouac par la pluie à Aïne Djemma, à 14 kilomètres sud-ouest de Casablanca. Aucun incident ne troubla la marche, tout le pays était abandonné et désert.
Le lendemain, 13 janvier, la marche fut reprise sur Ber Rechid. Ce point servait aussi d'objectif au lieutenant-colonel Brulard qui venait de Casablanca par Mediouna avec 6 compagnies, 1 section de 75, 1 peloton de spahis. Cette marche convergente à travers la riche plaine du Tirs s'exécuta sans incident. Un grand nombre de notables de la tribu des Oulad Harriz vinrent se présenter et protester de leurs intentions pacifiques. La fertilité étonnante du pays surprit agréablement nos troupes. Elle rendit plus saisissant le contraste qu'offraient les ruines de Ber Rechid. Cette petite ville, jadis florissante, entourée d'une enceinte crénelée de 6 mètres de haut, avait été, en effet, dévastée par le fils d'El Hadj Hammou, celui qui avait fomenté les troubles
d'où naquirent les massacres de Casablanca et elle n'était plus qu'un amas de décombres.
14 janvier. — Le général, apprenant qu'El Hadj Hammou s'était réfugié dans sa kasbah à 4 kilomètres ouest de Ber Rechid, le fît cerner dès l'aube par la cavalerie et le fit prisonnier. Un autre instigateur des massacres fut également capturé dans les environs. L'un et l'autre furent mis dans un silo en attendant leur transfert à Casablanca.
L'occupation de Ber Rechid permettait de s'assurer de la fidélité des Oulad Harriz et de constituer une base avancée pour les mouvements ultérieurs des colonnes. Une garnison composée de 6 compagnies de la légion, 1 section de 75, 1 peloton de spahis, sous le commandement du lieutenantcolonel Brulard, y fut donc affectée.
Dans la soirée du 14 vers huit heures, le général prescrivit le départ pour dix heures du soir. En effet, il avait appris dans la journée que la mehalla de Mouley Rechid qui était à Settat et à laquelle devaient se joindre les tribus rebelles de la Chaouïa, avait formé le projet de nous attaquera Ber Rechid. Il résolut aussitôt de prendre l'offensive.
15 janvier. Première affaire de Settat. — Les troupes disponibles, 3 régiments de marche (18 compagnies), 3 escadrons et 1 batterie de campagne se mirent en route à dix heures du soir par un brouillard intense. Les hommes étaient sans sac etempor-
REPRISE DES OPERATIONS
taient dans la musette deux jours de vivres de réserve. On se dirigea vers le sud, vers Settat, pour y surprendre, par une marche de nuit, les contingents hostiles et leur montrer qu'il n'était aucun point de leur territoire, si protégé qu'il fût par la distance et les difficultés du terrain, où les troupes françaises ne pussent les atteindre. Vers deux heures du matin, on s'arrêta jusqu'à l'aurore; la brume assez épaisse avait dissimulé notre mouvement. Quand elle commença à se dissiper, la marche en avant fut reprise et bientôt les pentes escarpées du plateau moyen coupées de vallées profondes se dessinèrent à l'horizon. C'est au fond de l'une d'elles et à 6 kilomètres de la plaine que se trouve Settat. Dès que le jour parut, le goum et toute la cavalerie se portèrent en avant et sur les flancs et ne tardèrent pas à être engagés contre de nombreux Marocains. Le régiment mixte (tirailleurs et légion) du lieutenant-colonel Passard qui se trouvait en tête se forma en ligne et se dirigea à bonne allure sur les hauteurs de Sidi Djebli, balayant tout devant lui. Arrivé sur le plateau, il fut accueilli par un feu violent ; mais, appuyé par le régiment du lieutenantcolonel Taupin qui se porta vers la droite et par la cavalerie, il put continuer son mouvement de crête en crête. Arrivé à hauteur de Settat il exécuta un changement de front à gauche et se porta vers la ville dont quelques salves chassèrent les derniers
défenseurs. La cavalerie faisant le tour de l'enceinte parvint jusqu'au camp de la mehalla situé sur les pentes ouest de la vallée, l'incendia et sabra les fantassins qui ne l'avaient pas évacué. Peu après, le drapeau français fut hissé sur la kasbah.
Tandis que ces événements se passaient à Settat, le général qui était resté avec 5 compagnies et le convoi au débouché de la vallée de l'oued Mousa, recevait des notables de la tribu locale, lesMzamza, l'assurance que les habitants de la région ne tireraient pas un coup de fusil. Aussi se décida-t-il à gagner Settat par la piste qui suit le fond de la vallée? A peine le détachement y était-il engagé qu'il fut accueilli sur la gauche, de flanc et de revers, par une vive fusillade. C'était un important contingent de la tribu des M'dakra qui, ayant trouvé Ber Rechid fortement occupé, avait marché au canon et s'était rabattu sur la colonne. Jugeant notre position désespérée, les Mzamza n'hésitèrent pas à violer leur parole et se joignirent à nos nouveaux agresseurs. Quoique attaquée de tous côtés, dans des conditions de terrain très désavantageuses, la colonne continua son mouvement et repoussa partout l'ennemi auquel l'artillerie infligea de grosses pertes. Au bruit du canon, le détachement du lieutenantcolonel Passard redescendit la vallée pour prêter appui à la petite colonne du général et vers trois heures du soir les deux détachements opérèrent
REPRISE DES OPÉRATIONS
leur jonction. Pour se conformer aux instructions du Gouvernement, le général dut renoncer à occuper Settat. Aussi, après une demi-heure de repos, les troupes reprirent-elles le chemin de Ber Rechid où elles arrivèrent à minuit après une marche presque ininterrompue de 75 kilomètres ayant duré vingt-six heures dont dix heures de combat. Les Marocains n'esquissèrent pas de retour offensif et la rentrée se fît sans incident.
Le succès de l'opération était aussi complet que l'on pouvait le désirer, il était dû à la marche de nuit qui avait permis de surprendre complètement l'adversaire, à l'offensive vigoureuse prise sur le champ de bataille et à la suppression de la formation en carré employée jusqu'alors. Les pertes de l'ennemi furent évaluées à cinq cents hommes mis hors de combat; de notre côté nous eûmes cinq tués et vingt-deux blessés dont le lieutenant Crotel du 3e chasseurs d'Afrique qui mourut deux mois plus tard à l'hôpital d'Oran.