‹ A travers la Chaouïa avec le corps de débarquement de CasablancaChapitre 17 sur 51 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

OPÉRATIONS CONTRE LES M'DAKRA (fin) AZEMMOUR

Reconnaissances autour de Settat, Kasbah ben Ahmed, Du Boucheron. — Combat de l'oued Zamrène (11 mai). — Combat de l'oued Dalia (16 mai), — Installation du camp Boulhaut. — Occupation d'Azemmour (juin). — Le camp de Sidi Bou Becker. — Le 14 juillet à Casablanca. — Armement et procédés de combat des Chaouïa.

Reconnaissance de Bar el-Daoudi. — L'échec sanglant éprouvé par la mehalla haffîdienne dans l'attaque de nuit du 8 avril n'avait pas suffi à la chasser de la Chaouïa, elle se reforma bientôt autour de Settat vers Tallaouit. Sa présence éloigna de nous les soumissions en même temps qu'elle constitua pour les tribus déjà soumises une raison d'alarme constante. Il convenait donc de débarrasser définitivement la Chaouïa de ce ferment d'insécurité. Ce fut l'objet d'une reconnaissance exécutée en force le 12 avril. Les première et deuxième brigades, la colonne mobile des Mzamza joignirent leurs efforts pour cette opération. Le service de sûreté et d'exploration fut placé sous les ordres du colonel de Luigné.

A midi et demie les troupes arrivées à hauteur du marabout de Sidi el-Ghaï furent attaquées par un nombreux parti de cavaliers marocains et l'action ainsi engagée se poursuivit toute la journée. Les Marocains ne tinrent jamais devant nous : leurs lignes, rencontrées à partir de Tallaouit, furent rejetées de crête en crête; rompues et dépassées sur le front, elles ne cessèrent de se reformer sur nos flancs et, selon la tactique marocaine, d'y transporter sans cesse l'action principale. La nuit vint interrompre la poursuite qui avait amené les colonnes jusqu'à Temassine à 35 kilomètres au sud de Settat et rejeté l'adversaire en désordre de l'autre côté de l'Oum er-Rbea.

Parties des bivouacs au point du jour, nos troupes y rentrèrent la nuit suivante à trois heures du matin, ayant franchi une moyenne de 70 kilomètres. Cet effort considérable eut pour résultat de donner aux dissidents et aux fauteurs de troubles l'impression qu'ils n'étaient nulle part dans la Chaouïa hors d'atteinte de nos colonnes, en même temps que d'augmenter chez les tribus soumises la confiance dans l'efficacité de notre protection. Cette affaire ne nous coûta que 7 blessés. La mehalla haffidienne, qui était venue nous livrer un combat à plus de quatre heures de marche de ses bivouacs, ne résista pas devant nous lorsqu'elle vit notre vigoureuse march< offensive et n'eut plus qu'un souci : sauver son

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LE FORT PROVOT, CONSTRUIT PAR ORDRE DU GENERAL DRUDE POUR SURVEILLER LA DIRECTION DE MEDIOUNA. DANS LES TOURELLES,

poste de mitrailleuses (v. page 72). — Phot. CaloTii.

LE GENERAL D AMADE VISITE LA IvASBAH BEN AHMED EN RUINES. AU PREMIER PLAN, A DROITE LE LIEUTENANT-COLONEL DU FRE-

tay. des chasseurs d'afhiqle. — Phot. du colonel Caloni.

PI. 23, page 148.

OPÉRATIONS CONTRE LES M'DAKRA

camp. L'affaire avait donc parfaitement réussi et ce fut le dernier acte d'hostilité qui se manifesta dans cette région. Seules, quelques fractions des M'dakra et des Achach (tribu des Mzab) refusèrent de se rendre, la « mehalla Mouley d'Amade », disaient-elles, ne pouvant les atteindre dans leur pays montagneux. Avant d'agir contre les tribus, les colonnes se rendirent à la kasbah des Oulad Saïd et à Talouit par Khemisset, en traversant un pays très riche et très peuplé. Le 18 elles rentrèrent à Settat, où elles restèrent jusqu'au 22 avril. Le général songea alors à réduire les M'dakra.

Pour en finir avec ces tenaces adversaires, le général d'Amade créa un troisième détachement régional à la kasbah ben Ahmed, où la colonne venue de Settat par les crêtes campa jusqu'à la réduction définitive des derniers dissidents. Il fallut, pour y parvenir, une reconnaissance offensive vers Dar el-Flek le 24 avril et une autre vers le Mgarto le 28 du même mois ; elles donnèrent lieu à deux engagements peu importants, rapidement terminés par la dispersion facile des contingents rebelles.

Le détachement régional des Achach (D. R. A.), ayant son centre à kasbah ben Ahmed, fut placé sous le commandement du lieutenant-colonel du Fretay, il comprenait : 2 compagnies du 4e tirailleurs, 1 compagnie de Sénégalais, 1 compagnie de la légion, 1 section de 75, 1 escadron de chasseurs

d'Afrique, 1 peloton de spahis, 1 mitrailleuse galopante, une demi-compagnie du génie, 1 détachement du train, 1 infirmerie-ambulance avec une infirmerie indigène comme annexe et un service des subsistances.

L'installation du détachement étant achevée, la pacification de la région étant, d'ailleurs, en bonn( voie, le général décida de porter tous ses efforts contre les M'dakra, dont il fallait à tout prix briser la résistance. Dans ce but, il se porta le 1er mai au camp de Du Boucheron avec sa colonne mobile en passant par Sidi Abd el-Kerim, où il constata que la sépulture du légionnaire tué le 8 mars avait été violée. Après enquête faite par le caïd de la région, un des profanateurs put être arrêté. Condamné à mort par le Conseil de guerre, il fut fusillé sur le lieu même de son crime. Le 4 mai, le général poussa dans la direction du Mgarto une reconnaissance offensive au cours de laquelle eut lieu un court engagement. Mais les M'dakra étaient toujours irréductibles : 300 tentes seulement sur 4 000 avaient fait leur soumission. Le général décida, dans ces conditions, d'aller les attaquer au cœur même de leur pays montagneux malgré les difficultés énormes que la nature du terrain allait créer aux troupes.

il mai. Combat de l'oued Zamrène. — Renforcé d'un bataillon de Sénégalais, de 3 compagnies de

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zouaves et du détachement de sortie de Settat (C. M. M.) composé de 1 bataillon d'infanterie, 1 section de 75, un demi-escadron de cavalerie, 1 section de mitrailleuses, le général forma avec sa colonne mobile et le détachement de Du Boucheron 3 brigades commandées par les colonels Boutegourd, Moinier et Branlière.

Ces troupes partirent le 11 mai à trois heures du matin en deux colonnes de route, se dirigeant sur l'oued Zamrène. La première comprenait les lre et 2e brigades et le détaohement du C. M. M. ; la deuxième marchant à 2 kilomètres à droite était composée de la 3e brigade. A 6 heures, la deuxième colonne arriva par un brouillard intense sur les pentes de la rive gauche de l'oued Zamrène et y attendit l'arrivée de la première colonne. Une grand'garde envoyée dans la vallée sur un piton, d'où la vue était très étendue sur les deux rives, provoqua quelques coups de fusil de la part des Marocains établis sur la rive droite. Ce fut le début des hostilités. Aussi à six heures et demie le général prit-il les -dispositions suivantes : la première brigade traversera le ravin pour pénétrer dans la montagne, la deuxième prendra la position de la première après son départ et la suivra progressivement en l'appuyant. L'ambulance restera sur la rive gauche avec le détachement du C. M. M. La troisième brigade traversera l'oued de son côté et

pénétrera dans la montagne parallèlement à la première et à 2 kilomètres d'intervalle.

L'oued fut traversé sous la protection de l'artillerie qui balaya les crêtes et l'avant-garde de la première brigade, grimpant les pentes opposées, prit sans difficulté position avec son artillerie de montagne pour protéger le passage. Le ravin franchi, le mouvement en avant fut ordonné. Les Marocains présentèrent heureusement peu de résistance. La configuration du terrain, coupé de hautes montagnes couvertes de broussailles et d'arbustes, obligea les troupes à abandonner toute formation régulière. L'infanterie par petits paquets, suivie de l'artillerie de montagne, s'infiltra dans les fourrés et parvint à dominer un second vallon très profond en attendant l'arrivée d'une batterie de 75 qui avait dû faire un détour.

L'artillerie ouvrit alors un feu nourri sur les groupes ennemis qui couronnaient les crêtes et les dispersa rapidement. Devant l'impossibilité de mouvoir la batterie de 75 sur ce terrain, les pièces restèrent en position avec un soutien d'infanterie; tandis que le reste de la colonne, par échelons très fractionnés, descendit dans le vallon pour gagner la crête opposée qui fut bientôt occupée.

A ce moment, la troisième brigade, qui était à l'extrême-droite, fut fortement engagée avec de nombreux Marocains abrités derrière une haute mu-

OPERATIONS CONTRE LES M'DAKRA

raille rocheuse et il fallut l'intervention de l'artillerie des trois brigades pour forcer l'ennemi à se replier. Il fut poursuivi alors à découvert par les rafales des feux d'infanterie et d'artillerie. A midi et demie il avait disparu.

Tous les sommets furent occupés par nos troupes et le général donna l'ordre du retour qui s'effectua par échelons, les cavaliers et artilleurs devant conduire leurs chevaux à la main en raison des difficultés du terrain et de la nature des pentes. L'ennemi ne tenta aucun retour offensif et vers quatre heures du soir les colonnes traversèrent l'oued Zamrène pour bivouaquer sur la rive gauche. Il plut toute la nuit, ce qui fut d'autant plus désagréable que toutes les troupes, y compris le général, n'avaient pas de campement.

Le 12 mai, à cinq heures, les colonnes se mirent en marche pour remonter l'oued Zamrène jusqu'au Mgarto. Cette marche se fit sans incident et, après une grande halte au pied de la montagne, les colonnes rentrèrent au camp de Du Boucheron. Une fois de plus, les troupes avaient fait preuve d'une endurance et d'un entrain remarquables. Après une journée de marche en montagne, dans un terrain très difficile, après une nuit passée dans des conditions très pénibles, après une nouvelle marche de 40 kilomètres, elles rentrèrent au camp sans un traînard.

La journée du 11 mai nous avait coûté 9 blessés; mais cette expédition avait rempli un double objet. D'abord elle avait montré aux M'dakra, en pénétrant au cœur de leur pays, que nous pouvions, en dépit de leur croyance, les atteindre partout où ils seraient. Ensuite elle avait permis de relever la configuration générale du pays et de fixer l'emplacement du poste qui reçut plus tard le nom de fort Youlas du nom d'un soldat mort le 29 mars des suites de ses blessures. On acquit aussi, au cours de cette opération, la preuve de la difficulté d'employer des batteries de 75 en pays montagneux.

Profitant des renseignements recueillis au cours des opérations du 11 mai chez les M'dakra, le général prépara sans retard une seconde reconnaissance dans la même région, ne voulant pas laisser à cette tribu guerrière le temps de se ressaisir.

Combat de l'oued Dalla. — Le 15, tout fut disposé pour la marche en avant. Les troupes composées de trois brigades formèrent 3 colonnes : la première brigade sur le flanc droit, la deuxième au centre, la troisième sur le flanc gauche. Dans la nuit du 15 au 16, pour ne pas donner l'éveil, les troupes allèrent bivouaquer sur le flanc et en arrière du mamelon des Cinq Caroubiers (actuellement fort Youlas) et le 16, à quatre heures du matin, le mouvement en avant commença pour surprendre l'ennemi.

OPERATIONS CONTRE LES M'DAKRA

A cinq heures l'oued Zamrène fut franchi et les trois colonnes pénétrèrent au petit jour dans le massif montagneux et boisé des M'dakra. La troisième brigade, ayant pris le contact avec quelques Marocains placés en vedette, dut bientôt engager un «violent combat avec de nombreux groupes qui occupaient les crêtes. Refoulés sur la deuxième brigade, pris entre deux feux, les Marocains se replièrent précipitamment ; mais, ayant donné l'alarme, ils revinrent à l'attaque, formant un vaste rideau sur le front de nombreux douars du côté de Berrighit, dans le but évident de les masquer.

En raison des difficultés du terrain, le front de combat des colonnes s'étendit à ce moment-là sur une longueur de 7 kilomètres environ. Après avoir franchi l'oued el-Ateuch, les colonnes arrivèrent à Berrighit où les douars surpris furent saccagés. La poursuite continua jusqu'à midi et, ne comptant pas rentrer au camp le même soir, le général avait vers neuf heures donné l'ordre de ramener au camp de Du Boucheron les morts et blessés et avait fait reprendre la marche jusqu'à l'oued Dalia, à 20 kilomètres environ du bivouac de la nuit précédente. Les troupes suspendirent alors leur mouvement en avant. Le retour s'effectua dans le même ordre que l'aller et sans difficultés sauf pour la troisième brigade qui fut vivement accrochée, l'ennemi ayant prononcé une vigoureuse offensive.

Le combat cessa à six heures et demie du soir, après onze heures de lutte en montagne et après la déroute complète de l'ennemi qui laissa tout derrière lui, abandonnant ses tentes et ses nombreux troupeaux. L'artillerie de 75, quoique difficile à manier dans un pays aussi accidenté, avait rendu de grands services : un seul canon, qui s'était renversé dans les rochers, fut mis hors de service.

L'opération fut couronnée de succès malgré les nombreuses difficultés rencontrées dans cette région inconnue et considérée comme inaccessible. L'ennemi subit des pertes considérables qui ne tardèrent pas à l'amener à composition. De notre côté nous avions eu 3 tués et 25 blessés. A dix heures du soir les troupes reprirent leur bivouac de la veille et le 17 au matin elles rentrèrent au camp de Du Boucheron.

Le combat du 16 mai acheva de démontrer à nos derniers ennemis que toute résistance ultérieure était impossible et peu à peu ils vinrent faire leur soumission. Ayant subi des pertes énormes, voyant toutes leurs récoltes détruites par le feu, ayant perdu tous leurs troupeaux, les M'dakra acculés demandèrent enfin l'aman. Il est hors de doute que s'ils n'avaient pas été encouragés dans leur résistance et, comme on dit, « travaillés » par certains Européens, intéressés à nous voir aux prises avec

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