DETACHEMENTS RÉGIONAUX
de longues difficultés, leur pacification aurait été depuis longtemps chose acquise, sans compter que les malheureux auraient perdu moins de monde.
Laissant le colonel Branlière continuer avec son détachement régional les opérations de police dans le secteur du camp de Du Boucheron; ayant, d'autre part, procédé à l'organisation des postes annexes, le général d'Amade prit avec sa colonne mobile la direction de Sidi Ben Slimane où il installa le camp Boulhaut avec le détachement régional des Ziaïda (D. R. Z.). Ce détachement commandé par le colonel Michard, des tirailleurs sénégalais, comprit : 1 bataillon de Sénégalais, 1 compagnie de tirailleurs algériens, 1 compagnie de la légion, 1 peloton de spahis, 1 batterie de montagne, 1 section du génie, 1 infirmerie-ambulance et les services des subsistances militaires. En même temps, il prescrivit l'installation d'un détachement régional à l'extrémité sud-ouest des Chaouïa, à la kasbah des Oulad Saïd. Ce fut le détachement des Oulad Saïd (D. R.O.S.). Prélevé sur la colonne mobile des Mzamza (Settat), commandé par le commandant Haillot des chasseurs d'Afrique, il comprit : 1 compagnie de tirailleurs algériens, 1 compagnie de la légion, 1 peleton de chasseurs d'Afrique, 1 section de canons de 37 de la marine et 1 ambulance.
Ces postes fixes reliés entre eux par de fréquentes reconnaissances créèrent bientôt tout alentour une
atmosphère de confiance et de paix; ils furent autant de foyers de protection pour les tribus soumises qui repeuplèrent rapidement la région. Les marchés se réorganisèrent, les infirmeries indigènes installées dans chaque poste donnèrent des résultats dépassant les prévisions les plus optimistes. Les routes furent améliorées, et les plus importantes, rendues carrossables, facilitèrent les communications. La vie économique reprit rapidement toute son activité. Les reconnaissances effectuées par les différents postes jusqu'à la limite extrême de la Chaouïa furent toutes bien accueillies. Les tribus confiantes dans notre parole, dans notre justice, s'aperçurent bientôt que nous apportions avec nous l'ordre, la sécurité, la richesse; elles purent se livrer aux travaux de la moisson et vendre leurs produits sans être en proie aux luttes intestines qui désolaient autrefois leur riche contrée d'une manière presque continuelle. A la fin du mois de mai, la pacification avait fait de rapides progrès dans toute la Chaouïa.
La colonne mobile, composée de la 2« brigade, quitta le camp Boulhaut le 4 juin et par Sidi Hadjaj gagna Casablanca où elle fut le 7 juin. En arrivant elle fut passée en revue sur la crête du fort Provot par l'amiral Philibert, commandant la force navale, qui venait d'être promu vice-amiral. La situation était d'ailleurs très satisfaisante à Casa-
AZEMMOUR.
blanca. Le mouvement du port avait repris et les recettes douanières étaient en progrès.
Jusqu'au 26 juin toutes les troupes qui venaient de faire colonne pendant 5 mois, qui avaient parcouru plusieurs fois la Chaouïa en tous sens sans trêve ni repos, qui avaient su dans dix-neuf rencontres sanglantes briser la résistance des tribus, purent enfin jouir pendant ces quelques jours d'un repos bien mérité. Durant tout le mois le calme s'accentua encore. Une reconnaissance faite par la garnison de Ber Rechid sur le territoire des Chtouka et des Chiadma s'accomplit sans incident. Le mouvement commercial entre les tribus voisines devenait très actif et dépassait celui de l'année précédente à pareille époque.
N'ayant aucun sujet d'inquiétude du côté de l'est et du sud, le général d'Amade décida de pousser une reconnaissance du côté de l'ouest chez les Chtouka et les Chiadma, si éprouvés dans le combat du 15 mars et dont de nombreuses délégations étaient venues demander de faire une démonstration dans leur région pour calmer l'agitation provoquée par des agents du pacha d'Azemmour. Il résolut de compléter cette reconnaissance en poussant jusqu'à l'Oum er-Rbea, afin d'établir d@s communications directes avec Mazagan.
27 juin. — Réduite à une brigade sous les ordres du colonel Moinier et composée de deux bataillons
du 2° tirailleurs, un escadron de chasseurs d'Afrique, un goum, une batterie de 75, deux sections de mitrailleuses, une section de génie, une section de munitions, un détachement du train des équipages, une sous-intendance, une ambulance, une trésorerie et postes aux armées, la colonne mobile sous les ordres directs du général d'Amade quitta Casablanca le 27 juin, marchant vers l'ouest. Elle campa le même jour à l'Aïne Masroubia, le 28 à Dar Ben Abid, le 29 à Dar Ould el Hadj Kassem, recevant sur tout le parcours des preuves effectives et formelles de la soumission et de la confiance des tribus, et le 30 juin elle arriva à Sidi Bou Becker, à 5 kilomètres de l'Oum er-Rbea, où elle opéra sa jonction avec une petite colonne venue de Ber Rechid, sous les ordres du commandant Peltier, des Sénégalais. Ordre fut donné d'installer le camp et de se tenir prêt à partir à onze heures et demie avec un jour de vivres de réserve et sans sac. A ce moment-là, le bruit courut que le croiseur Galilée, qui^appuyait la colonne par mer, avait bombardé Azemmour, renouvelant ainsi son exploit de Casablanca. Ce bruit était faux. Seul le croiseur Desaix qui avait longé la côte pendant la marche de la colonne était venu mouiller à l'embouchure de l'Oum er-Rbea prêt à appuyer les mouvements de nos troupes.
A midi et demie, la colonne mobile arriva sur la crête dominant l'oued, accompagnée d'une multitude
DEVANT AZEMMOUR. LE GENERAL D AMADE ATTENDANT LA REPONSE A SON ULTIMATUM.
AZEMMOUR. LE MARCHE IX-IiAB MEDINA. LE GENERAL D AMAD1 RENTRANT DE MAZAGAN TRAVERSE LA PLACE.
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AZEMMOUR.
d'indigènes de la région qui étaient convaincus qu'un combat allait être livré sous Azemmour et qui, connaissant par expérience les effets de nos armes, se réjouissaient d'avance du sort fâcheux qui attendait leurs ennemis.
A l'approche de la colonne, le caïd Sidi Hassi Glaouï, gouverneur hafïidiste de la ville, fît fermer les portes et retirer les embarcations sur la rive gauche de l'oued, interceptant toute communication entre Casablanca et Mazagan. Le général somma le pacha de rétablir les communications ou d'évacuer la ville dans un délai de deux heures. Pour donner plus de poids à son ultimatum, il mit l'artillerie en batterie sur la ville à 1 500 mètres et fit déployer un bataillon, pendant qu'un autre et le goum remontaient l'Oum er-Rbea qu'ils traversèrent au gué de Bou Laroua à 8 kilomètres en amont, au prix de mille difficultés.
Le caïd Hassi Glaouï se soumit à l'ultimatum et préféra abandonner la ville. De la rive droite de l'oued, nous assistâmes au départ de la mehalla hafïidienne et, à trois heures et demie du soir, des notables de la ville se présentèrent au général pour faire leur soumission. Des embarcations furent envoyées sur la rive droite du fleuve et une compagnie de tirailleurs fut expédiée aussitôt pour occuper les portes de la ville, le Mellah et la maison du pacha. Deux autres compagnies passèrent en-
suite et assurèrent la garde de la ville, où nos soldats furent reçus cordialement. Longtemps dans la soirée, le Mellah retentit des bruyants « you you » poussés par les femmes en l'honneur des Français qu'elles accueillaient en libérateurs.
Ainsi fut occupée Azemmour (Sidi Mouley Bou Chaïb), ville de 20 000 habitants, dont 5 000 Juifs, jusqu'à ce jour complètement fermée aux Européens. Cet événement eut un grand et favorable retentissement dans tout le Maroc méridional. Les tribus voisines et principalement les Doukkala vinrent faire acte de soumission et demandèrent que les Français occupassent leur pays et garantissent leur sécurité. A ce moment-là, la route de Marrakech était libre et il est incontestable que les troupes françaises auraient pu occuper toute la région et la ville de Marrakech elle-même sans avoir à tirer un seul coup de fusil; mais l'occupation de cette partie du Maroc n'était pas dans les projets du Gouvernement. Le colonel Moinier prit le commandement de la ville, tandis que le général, avec le reste de la colonne, restait sur la rive droite près du marabout de Sidi Ali.
Le 1er juillet, un nouveau pacha fut nommé, une commission de notables fut chargée de l'administration de la ville et une police fut organisée. Les communications avec Mazagan furent rétablies et le général d'Amade appela à lui un détachement de la
AZEMMOUR.
police franco-espagnole de Mazagan dans le but de lui confier la police de la ville. Ce détachement arriva le 2 juillet.
Jusqu'au 4 juillet, un bataillon de tirailleurs assura la garde et la police de la ville ainsi que des faubourgs. La sécurité la plus complète régna partout; les marchés furent très fréquentés, toutes les boutiques de marchands se rouvrirent et des Européens de Mazagan se hâtèrent d'accourir pour y installer leur commerce. Bref une ère de prospérité, succédant aux jours d'anarchie, parut s'ouvrir à Azemmour.
Mais le Gouvernement, qui avait été avisé des événements par les télégrammes du général d'Amade, reçut en même temps de l'inspecteur général de la police à Tanger une réclamation concernant l'emploi d'un de ses détachements dans une ville non indiquée dans la convention d'Algésiras. On renouvela donc télégraphiquement au général l'ordre de se maintenir dans les limites assignées à l'avance à notre occupation sans se laisser entraîner au delà des points qui lui avaient été indiqués comme terme extrême de ses opérations. Or les instructions ne lui permettaient pas de franchir l'Oum er-Rbea et de sortir du pays Chaouïa. Tout en approuvant la reconnaissance, le Gouvernement invita le général à quitter non pas seulement Azemmour, mais même ses environs immédiats et à se rapprocher de sa
base d'opérations. Se conformant à ces instructions, le général donna l'ordre d'évacuer la ville et, le 5 juillet, le détachement de police étant rentré à Mazagan, toutes les troupes, musique en tête, repassèrent l'Oum er-Rbea malgré les supplications des habitants qui ne comprenaient pas le motif de notre abandon et qui en redoutaient pour eux les pires conséquences. L'événement ne trompa pas ces malheureux. En effet, quelques jours plus tard, le caïd hafïidiste Sidi Hassi Glaouï vint reprendre possession de la ville et se vengea sur les habitants de l'affront qu'il avait été obligé de subir...
Une partie de la colonne alla établir ses bivouacs à Dar Ould el Hadj Kassem, à mi-chemin de Casablanca; tandis que l'autre partie, avec le général, organisait le camp de Bou Becker et le poste de Sidi Ali qui reçurent une garnison permanente. Ces postes complétèrent le réseau des détachements régionaux et furent chargés tant d'assurer et de maintenir les communications avec Mazagan et Azemmour que de protéger les tribus Chaouïa contre les incursions des tribus de la rive gauche de l'oued. Le 10 juillet, le général avec les troupes campées à Dar el Hadj Kassem reprit le chemin de Casablanca, où il arriva le 13.
Le 14 juillet eut lieu une grande revue qui, par son éclat, parut être l'apothéose de l'œuvre accomplie par le corps de débarquement. Des détache-
TRAVERSEE DE L OUM ER-RBEA DEVANT AZEMMOUR PAR LI 2e TIRAILLEURS ALGÉRIENS.