PROCEDES DE COMBAT
tions naturellement très fortes, qui nous eussent coûté cher si elles avaient été tenues par un ennemi plus résolu qu'eux. Aucune crête, qu'elle fût abrupte, rocheuse et présentât des difficultés matérielles aux assaillants ou qu'elle se reliât au contraire à la plaine par un glacis en pente douce favorable au tir de la défense, ne nous a été disputée par les Chaouïa. Lorsque nos troupes eurent à escalader un versant de colline, jamais elles ne reçurent un coup de fusil pendant la montée ; mais dès qu'elles avaient couronné la hauteur, l'ennemi dirigeait sur elles un feu nourri de la contre-pente ou des hauteurs voisines1. Aux combats de Settat, le 15 janvier et le 6 février 1908, les Marocains ne surent pas défendre le versant abrupt des hauteurs de Sidi Djebli; nos troupes le gravirent en toute tranquillité, mais elles furent accueillies par un feu très violent lorsqu'elles débouchèrent sur le plateau. Il en fut de même le 8 mars : ce jour-là les colonnes escaladèrent sans coup férir la longue croupe de Dar Bou Azza et le plateau du marabout de Sidi Aceïla; mais dès qu'elles arrivèrent au sommet, elles furent assaillies par un feu assez vif. De même encore, le 15 mars, les contingents rebelles, réunis autour de Bou Nouala, ne surent pas défendre les approches de leurs campements bien à l'abri cependant derrière
1. Voir à ce sujet les Impressions de campagne de M. Reginald Kann.
une crête rocheuse reliée à la plaine par un vaste glacis.
Les méthodes de combat des Chaouïa varièrent suivant la force de la colonne qui leur était opposée. Contre une troupe très inférieure en nombre, ils s'engageaient à fond : cavaliers et fantassins marchaient droit à l'ennemi tandis que des nuées de cavaliers s'en prenaient à ses flancs. Toujours informés avec précision de la composition des diverses colonnes et des itinéraires suivis, ils attaquaient la plus faible avec le gros de leurs forces et battaient en retraite dès que les autres venaient la secourir (24 janvier, 2, 16, 17 et 18 février 1908). Ils firent toujours preuve d'une remarquable aptitude à découvrir le point faible de l'adversaire (notamment le 29 février contre la cavalerie éloignée de son soutien); mais ces attaques étaient rarement dangereuses ; nos lignes durent cependant quelquefois charger à la baïonnette pour se dégager (17 et 29 février).
Contre les fortes colonnes, ils ne purent faire usage que de l'offensive parle feu ; mais sans jamais attaquer à fond dans le combat rapproché, leur armement étant en effet beaucoup trop inférieur au nôtre. En principe, ils cherchaient toujours à fixer l'adversaire sur son front pendant que le gros de leurs forces se portait sur les flancs. Leurs chances de succès furent d'autant plus grandes que