‹ A travers la Chaouïa avec le corps de débarquement de CasablancaChapitre 21 sur 51 · PROCEDES DE COMBAT · texte numérisé non relu

PROCEDES DE COMBAT

nous nous montrions nous-mêmes moins offensifs. Pour nous, c'était la marche en retraite qui offrait le maximum de danger, ensuite la défensive, puis la marche en avant lente et hésitante. Les combats livrés autour de Casablanca pendant le deuxième semestre 1907, le combat de Dar Ksibat, du 2 février 1908 en sont des exemples. Au contraire, plus notre attaque fut rapide et sans arrêt, moins nous éprouvâmes de pertes. L'expérience acquise au cours de tous les combats et principalement à la suite des journées des 11 et 21 septembre 1907, des 8 et 15 mars 1908 n'a fait que confirmer ce principe.

La défensive n'a pas mieux servi notre infanterie que notre cavalerie. Elle présentait d'ailleurs un danger de plus, celui d'attirer les fantassins marocains. C'est ainsi que le 3 septembre 1907 à Sidi Moumène, plus tard le 17 février 1908 la colonne Taupin défendant le débouché de Ber Rebah, le 18 février la colonne Brulard à Sidi Abd el-Kerim, le 29 février la colonne Brulard sur le plateau des Rfakha subirent des pertes très sensibles pour être restées sur la défensive ou avoir été immobilisées.

Notre cavalerie a été plusieurs fois assez sérieusement malmenée, en chargeant il est vrai, mais dans chacune de ces occasions elle n'avait recouru à la charge que pour se dégager après être restée longtemps sur la défensive ou s'être éloignée beau-

coup trop de son soutien d'infanterie qu'elle paraissait oublier (19 octobre 1907, 2 et 29 février 1908).

Recherchant notre cavalerie, les Marocains semblaient la provoquer; mais, dès que l'attaque des nôtres se dessinait, ils se repliaient rapidement entraînant à leur suite nos cavaliers qui bientôt se trouvaient exposés au feu violent de nombreux cavaliers habilement dissimulés jusque-là. Toutes les fois, au contraire, qu'un escadron a chargé pour gagner du terrain en avant, il y est parvenu presque sans subir de pertes (15 et 24 janvier, 6 février, 8 et 15 mars). Ainsi donc, au point de vue tactique, c'est l'offensive à outrance qui a le mieux réussi contre les cavaliers marocains.

Pendant la première partie de la campagne, le général Drude employa contre eux la formation en carré qui a fait l'objet de vives critiques. La répartition des unités était la suivante : les faces perpendiculaires à la direction comprenaient une ou deux compagnies en ligne de section par quatre mais le plus souvent sur un rang, les hommes à deux ou trois pas ; les faces latérales marchaient en colonne par deux, plus souvent par un sans distance entre les sections. L'artillerie, les mulets de cacolets étaient dans l'intérieur du carré, nos troupes n'ayant pas à craindre le feu de l'artillerie.

Ce dispositif aurait pu à la rigueur être fort acceptable s'il avait été moins rigide, si les faces

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latérales ou arrière avaient eu liberté de manœuvrer suivant les circonstances. Or toute manœuvre était interdite! Il en résultait donc qu'une partie de la ligne restait inutilisée à moins que les quatre faces ne fussent attaquées en même temps. En outre il constituait, avec tous ces impedimenta rassemblés dans l'intérieur, une cible magnifique pour l'adversaire, surtout lorsqu'il était de petites dimensions, deux, trois et même quatre compagnies, comme cela eut lieu en 1907. Son emploi contre un ennemi toujours mobile et dispersé, agissant surtout par le feu, ne semble guère justifié ; et toutes les fois qu'il fut conservé pendant tout le développement d'une action, il en résulta pour nous des pertes sensibles (combats sous Casablanca, août 1907, 3 septembre 1907, 2 février 1908; colonne de Ber Rechid le 18 février 1908).

La suppression des carrés permit à notre infanterie d'avoir une mobilité plus grande; ce qui lui fit éprouver moins de pertes tout en lui permettant d'obtenir de meilleurs résultats.

Cependant la formation des colonnes au combat ne changea pas complètement au début de 1908. Les 5 et 6 février les colonnes du Tirs et du Littoral reprirent la formation en carré qui avait été abandonnée dans la marche du 15 janvier vers Settat; mais les carrés formés ne présentaient plus les mêmes inconvénients : le nombre des unités en

ligne, les intervalles pris donnèrent au carré des dimensions plus considérables et sa profondeur était telle (1000 mètres environ) que la face arrière ne pouvait être atteinte que difficilement par les feux dirigés sur la première ligne. D'ailleurs, ce jour-là, 6 février, la première ligne ayant prononcé une vigoureuse offensive sans s'occuper des autres faces, celles-ci jouèrent bientôt le rôle de réserve.

A partir de cette époque, la formation en carré fut complètement abandonnée tout au moins pour les colonnes sous les ordres directs du général d'Amade. Dans tous les combats qui suivirent, on s'inspira sans cesse des prescriptions du règlement de manœuvres et l'infanterie n'eut jamais à subir de grosses pertes, grâce à sa formation très dispersée et à la rapidité de sa marche. A partir de mars 1908 elle adopta même une offensive hardie; la ligne de feu s'arrêtait le moins possible pour répondre au tir de l'adversaire ; elle marchait sur l'objectif choisi le plus rapidement possible, les unités occupant un front énorme; les hommes en tirailleurs à larges intervalles, trois, quatre ou cinq pas (8 mars, 15 mars, 11 mai, 16 mai).

Toutes les fois qu'elle prit au contraire une formation serrée, les pertes furent très sensibles (29 février, 29 mars).

Les formations de route des colonnes jusqu'à la fin de janvier 1908 furent en carré; mais ce disposi-

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tif multipliait les fatigues de la route surtout dans les terres collantes du Tirs. Après le 25 janvier (combat d'Aine Mekoune) toutes les marches furent faites en colonne de route jusqu'à l'ouverture du feu. Quand l'effectif des colonnes devint important, et pour parer aux sérieux inconvénients de l'allongement, il fut formé plusieurs colonnes de route marchant soit parallèlement, soit en échelons (17 et 18 février, 8, 15 et 29 mars, 11 et 16 mai).

En résumé, le corps de débarquement, après avoir combattu et marché en carré, dispositif incommode et vulnérable, n'a fait qu'appliquer les dispositions du règlement de manœuvres en les adaptant toutefois à une vigoureuse offensive de la ligne de feu, marchant sans arrêt et aussi vite que possible sur l'objectif choisi1. Mais, empressons-nous de le dire, cette offensive n'est guère applicable que contre des adversaires comme les Marocains dont les procédés de combat ne ressemblent en rien à ceux de nos troupes.

Pour combattre les Chaouïa, les troupes françaises avaient leur fusil Lebel dont nous connaissons tous les qualités balistiques; elles employèrent surtout les feux à volonté et les feux de salve et très rarement le feu à répétition. N'était-il pas en effet désirable d'éviter de consommer trop rapidement

i. Reginald Kann, Impressions de campagne.

ses munitions étant donné le faible approvisionnement en cartouches que l'homme avait à sa disposition? Il ne devait, en effet, compter que sur les 120 cartouches qu'il portait! Or, dans bien des circonstances, au moment de la cessation du feu, les cartouches étaient presque épuisées. Si notre fusil est excellent, il n'en est pas de même de la baïonnette. La blessure qu'elle fait est trop étroite. Elle propage des hémorragies internes, mais elle ne tue pas sur-le-champ. Le 25 mars, à l'affaire du camp de Bou Nouala, un lieutenant du génie fut attaqué par un Marocain qui avait déjà trois coups de baïonnette dans le corps et qui eut assez de force pour se jeter à la gorge de l'officier, cherchant à l'étrangler. Ils roulèrent l'un et l'autre sur le sol et le Marocain fut tué à coups de sabre par les spahis. Un autre jour, un fantassin marocain traversé de part et d'autre par deux coups de baïonnette, l'un dans la poitrine, l'autre dans le flanc se releva et tira un coup de fusil presque à bout portant sur un officier qui l'acheva d'un coup de revolver.

Enfin la baïonnette est trop faible. Elle se fausse souvent. Donc en prévision du rôle important que cette arme semble devoir jouer dans les guerres futures, comme l'a montré la guerre russo-japonaise, il serait utile d'adopter une baïonnette plus courte, plus solide.

Notre matériel d'artillerie de campagne n'eul

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