‹ A travers la Chaouïa avec le corps de débarquement de CasablancaChapitre 3 sur 51 · LA GRANDE RUE DE LA VILLE, ACTUELLEMENT RUE DU COMMANDANT-PROVOT · texte numérisé non relu

LA GRANDE RUE DE LA VILLE, ACTUELLEMENT RUE DU COMMANDANT-PROVOT

PI. 6, page 24.

L'INTERVENTION FRANÇAISE

pables. Les puissances signataires de l'acte d'Algésiras, mises au courant des faits, avaient approuvé les mesures de répression prises par la France et l'Espagne, chargées conjointement par l'acte d'Algésiras de l'organisation de la police à Casablanca.

Le général Drude, qui venait de recevoir le commandement de l'expédition, était, depuis quelques semaines, à la tête de l'une des brigades de la division d'Alger. Il avait l'expérience des expéditions coloniales, ayant fait successivement celles du Tonkin, du Dahomey et de Chine comme officier des tirailleurs algériens. Il avait commandé à Blida le 1er régiment de cette troupe d'Afrique et c'est en cette qualité qu'il avait récemment été promu brigadier.

A une heure de l'après-midi, sous la protection des canons des croiseurs, le débarquement s'opéra sans incident sur la plage de Sidi Belyoute; à partir de ce moment, la colonie européenne cessa de craindre pour sa sécurité. Le général Drude prit aussitôt possession de la ville, fît occuper toutes les portes et chasser les pillards que la vue des troupes n'avait pas fait fuir. De ce jour, Casablanca la blanche ne fut plus habitée que par la mort.

Les troupes françaises établirent leur bivouac au sud de la ville et à 400 mètres des murs, à cheval sur la route de Marrakech; un bataillon d'infanterie

à gauche entre l'oued Bou Skoura, la route de Marrakech et la route de Mediouna, forme le camp n<> 2 ; un bataillon et la cavalerie entre la route de Marrakech et le fondouk du Barbier, forme le camp n° 1, face au sud-ouest. L'artillerie est répartie dans les deux camps. Les sections de mitrailleuses sont l'une sur la terrasse du fondouk du Barbier, une deuxième dans le camp n° 2 et une troisième sur la terrasse d'une ferme arabe entre les deux camps. Après le combat du 18 août, une compagnie fut détachée pour occuper défensivement le cimetière de Sidi Belyoute et surveiller la piste de Rabat ; ce fut le point d'appui de gauche séparé des camps par de nombreux jardins. Le 20 août le camp n° 1 fut renforcé par un bataillon du 1er étranger.

Le 24 août arrivèrent le goum algérien et un deuxième bataillon du 2e tirailleurs, celui-ci s'installa : deux compagnies en arrière du camp n° 1 face au nord-ouest et face aux jardins ; les deux autres compagnies et la section de mitrailleuses dans une ferme à 800 mètres au nord-ouest du camp n° 1, sur la piste d'Azemmour. Ce fut le point d'appui de droite. En arrière et à droite, à 400 mètres des murs de la ville, était le camp espagnol qui ne fut occupé que fin août. Les deux bataillons du 2e étranger, qui arrivèrent le 1er septembre, campèrent entre le fondouk du Barbier et le point d'appui de droite et formèrent le camp n° 3. Les différents services,

L'INTERVENTION FRANÇAISE

postes aux armées, trésor, intendance, vivres, fourrages, s'établirent près de la porte Bab es-Souk, dans de vastes fondouks.

Une ambulance fut installée dans un fondouk, près du camp n° 2; une autre, à l'intérieur de la ville, dans la maison d'un ancien gouverneur, près du Consulat d'Allemagne ; et l'hôpital de campagne n° 1 au milieu du Tnaquer, entre la porte Marrakech et Sour Djedid. Le terrain fut assaini et de vastes tentes-baraques abritèrent bientôt nos malades et nos blessés. En rade, le Vinh-Long servait en outre de vaisseau-hôpital; il pouvait hospitaliser deux cents hommes. Sur le mirador d'une propriété européenne située au nord du camp n°2, fut installé d'abord un poste de télégraphie optique pour communiquer avec le vaisseau-amiral, puis plus tard un poste de T. S. F. Enfin le quartier général s'installa dans le camp n° 2. Cette répartition des troupes subsista jusqu'au mois de janvier 1908, à l'arrivée du général d'Amade.

Le camp en arc de cercle autour de la ville, ayant un front de 3 kilomètres, était bordé sur le front sud-est par l'oued Bou Skoura, formant un fossé de 2 mètres de large. Sur le front sud, quelques canaux d'irrigation seuls constituaient obstacle. Le camp no 1, jusqu'à la fin d'août, était appuyé à droite aux nombreux jardins entourant la ville vers l'ouest et où se glissaient de nombreux maraudeurs

qui tenaient le camp en alerte continuelle. Cet état de choses ne cessa qu'à la création du camp n° 3, le 2 septembre.

L'organisation défensive fut constituée par des tranchées pour tirailleurs assis, debout ou à genou, qui entourèrent le camp sur toutes ses faces et dont le flanquement était assuré par les postes de mitrailleuses. Vers le Sud-Ouest, aucun obstacle, aucune crête ne limitait la vue ; le seul point dangereux était le cours de l'oued qui, jusqu'au gué d'Aine el Hadj el Arbi, est très encaissé.

Vers le Sud et l'Est, il n'en était pas de même. La première crête du Sahel dominait le camp à 1 500 mètres et constituait pour les Marocains une ligne d'attaque de premier ordre. Il eût fallu, pour assurer la sécurité du camp, l'occuper, sinon dès la première heure, du moins après le combat du 18 août. Il fallut l'engagement du 22 août pour montrer la nécessité impérieuse de s'y installer et encore ne le fit-on que le jour et au moyen de quelques vedettes de spahis qui avaient l'ordre de se replier dès l'apparition de l'ennemi. A partir du 7 août, les troupes françaises se virent attaquer par les guerriers des tribus Chaouïa qui campaient dans un rayon de 10 kilomètres autour de Casablanca.

La période du 7 au 18 août fut consacrée uniquement à la défense du camp français que les Maro-

L' INTERVENTION FRANÇAISE

cains attaquaient sans cesse de jour et de nuit. Il fallut aussi les déloger des cimetières, des villas et des jardins qui se trouvaient aux abords immédiats des murs, tandis que, dans l'intérieur de la ville, des patrouilles sillonnaient les rues, des corvées fouillaient les ruines, enlevaient les nombreux cadavres qui, mal carbonisés, achevaient de se corrompre et qui pendant huit jours enveloppèrent la ville d'une atmosphère pestilentielle. Ce fut une tâche d'autant plus pénible que les troupes étaient tenues constamment en alerte sur le front des camps. Deux engagements importants eurent lieu les 8 et 10 août pour refouler les cavaliers marocains qui enserraient le camp de trop près et en empêchaient l'installation. Ces deux engagements nous coûtèrent trois tués et dix blessés.

Le 15 août, débarqua le détachement espagnol à l'effectif de cinq cents fantassins, cent cavaliers et deux mitrailleuses sous le commandement du commandant Santa-Ollalla. Ils installèrent leur cantonnement dans l'intérieur des murs, mais ne firent aucun service, la police intra muros devant être faite par la France conformément à l'acte d'Algésiras. Vers le 30 août, ils établirent leur camp à la droite et un peu en arrière des lignes françaises, à 400 mètres à l'ouest de la porte Marrakech ; mais ils ne participèrent à aucune des opérations de nos troupes.

Page 1