‹ A travers la Chaouïa avec le corps de débarquement de CasablancaChapitre 5 sur 51 · TROUPES ET CHEVAUX SUR LE « VINII-LONO · texte numérisé non relu

TROUPES ET CHEVAUX SUR LE « VINII-LONO

La Chaouïa.

PI. 7, page 40.

OPÉRATIONS SOUS CASABLANCA.

pour agir ainsi, il était nécessaire d'avoir des effectifs plus nombreux; car aucun échec, même partiel, n'était permis à nos troupes. Or, le général, dont la circonspection des mouvements mettait en évidence la nécessité des renforts, ne voulait pas demander ces combattants dont il avait besoin, il voulait que le Gouvernement, voyant sa pénible situation, les lui offrît... On finit par les lui envoyer.

En effet, à la nouvelle de ces combats réitérés sur le front des camps, le Gouvernement dirigea de nouveaux contingents sur Casablanca et à la fin d'août le corps de débarquement comprenait : 6 bataillons d'infanterie à 800 hommes; 2 bataillons du 2e tirailleurs algériens, 1 bataillon du 1er tirailleurs algériens, 1 bataillon du 1er étranger, 2 bataillons du 2e étranger; 2 escadrons de cavalerie à 150 hommes : 1 escadron du lei> spahis, 1 escadron du 1er chasseurs d'Afrique; 1 batterie de montagne; 2 batteries de 75; 1 compagnie du génie; un goum algérien de 150 cavaliers, plus les hommes du service de l'intendance, du service de santé et du train des équipages, soit environ 6 000 hommes.

La période active va-t-elle enfin commencer? Tout le monde le souhaite, le désire! On se réjouit de voir, dès l'arrivée des premiers renforts, le général décider que chaque jour à midi sortira une reconnaissance composée de trois ou quatre compagnies d'infanterie, une section de 75, une section

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de mitrailleuses, le goum et les spahis ou les chasseurs. L'infanterie devait marcher en carré : une compagnie sur un rang formant chaque face, avec au centre l'artillerie, les mitrailleuses et les mulets de cacolets. Ces reconnaissances paraissaient si bien constituées en vue de l'attaque qu'elles avaient pour but, croyait-on, non pas de se procurer des renseignements, mais bien d'attirer le gros des forces ennemies et de l'engager à nous combattre...

Nous nous trompions : les ordres donnés dissipèrent vite nos espérances. La reconnaissance parcourait un certain itinéraire, mais elle avait ordre de ne s'engager que si elle était trop pressée par l'ennemi. Défense de s'engager de sa propre initiative. Ainsi le 26 août une reconnaissance, poussée sur la route d'Azemmour jusqu'à 8 kilomètres environ, fut attaquée, mollement il est vrai, sur sa face arrière. Les balles tombèrent dans le carré. Mais personne ne riposta et le général, arrivant au galop, donna l'ordre de rentrer au camp.

Devant ces reconnaissances inoffensives, les Marocains devinrent plus hardis, plus menaçants et bientôt n'hésitèrent pas à attaquer vigoureusement les carrés, même à proximité du camp. Alors avait lieu un engagement plus ou moins grave où presque toutes les compagnies donnaient successivement, tandis que les artilleries de terre et de mer pourchassaient l'ennemi de tous côtés. Puis la nuit appro-

OPERATIONS SOUS CASABLANCA.

chant, les troupes rentraient et les Marocains restaient sur les lieux à piller et brûler les fermes. Tels furent les engagements du 28 août et du ler septembre.

Nous semblions donc soumis aux caprices de notre adversaire qui, tout en subissant de grandes pertes, conservait toujours sa confiance et son audace. A la fin d'août, les résultats obtenus par le corps de débarquement n'étaient guère en rapport avec les efforts accomplis. L'ennemi s'était retiré, il est vrai, hors dft la portée de nos canons; mais il n'en restait pas moins menaçant, prêt à fondre sur nos troupes dès que celles-ci s'éloignaient des camps.

28 août. — Une reconnaissance mérite d'être signalée, car elle est la caractéristique de nos opérations à cette époque; elle avait été engagée dans la direction de Dar Bou Azza à 2 kilomètres du camp sous les ordres du commandant Provot. Aussitôt qu'elle eut franchi la crête de surveillance, elle fut attaquée mollement par des groupes de cavaliers ennemis qui bientôt se replièrent, entraînant la reconnaissance à leur poursuite. Dès que la colonne arriva à la petite crête bordant l'oued Kouréa, elle fut assaillie de tous côtés par de nombreux cavaliers marocains dont le nombre augmentait sans cesse. L'horizon en était parsemé. Le carré entouré sur toutes ses faces, assailli par un ennemi de plus en plus nombreux, de plus en plus pressant,

fît une défense énergique, les feux d'infanterie et d'artillerie firent leur œuvre ; mais malgré tout le carré se trouva en mauvaise posture; il était même fortement engagé quand le général accourut au bruit du canon avec quatre autres compagnies et une section de 75. Devant ce renfort, les Marocains ne cédèrent point tout de suite à l'effroyable mitraille. Au contraire, dans une ruée farouche, ils vinrent jusqu'à 200 mètres jeter leur dernière balle avec leur dernier défi. Ce n'est que plus tard qu'ils se retirèrent poursuivis par nos schrapnels et les obus de la Gloire. Quant à la reconnaissance, elle opéra sa rentrée au camp harcelée sans cesse et malgré tout par de nombreux cavaliers ennemis. Cet engagement nous coûta trois morts et douze blessés.

31 août. — Aujourd'hui les Espagnols ont pris un parti héroïque. Ils se sont rendus hors des murs et ont établi leur camp dans le secteur ouest sur un emplacement voisin de la mer, près des murs de la ville et en arrière du point d'appui de droite.

1er septembre. — Une reconnaissance est envoyée dans la direction de la ferme Alvarez par la rive droite de l'oued Bou Skoura. A peine a-t-elle dépassé la crête de surveillance qu'elle est vigoureusement attaquée? L'artillerie entre alors énergiquement en ligne, cherchant à briser du plus loin possible l'élan de l'adversaire et à l'empêcher d'approcher. Le combat est acharné. Mais un deuxième

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CASABLANCA. LES CERCUEILS SONT AMENES SUR DES ARARAS JUSQU'AU PORT ET EMBARQUÉS POUR LA FRANCE.

UN CAVALIER MAROCAIN EN PARLEMENTAIRE AU CAMP FRANÇAIS DÉCLARE A DES TIRAILLEURS ALGERIENS QUE JAMAIS SA TRIBU NE FERA SV SOUMISSION AUX FRANÇAIS.

PI. 8, pâtre 44.

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carré s'est formé rapidement au camp et se porte vers la droite; le goum, qui depuis le début sert d'amorce, se replie amenant les Marocains sur les faces du carré, où les accueillent les feux violents de l'infanterie, des mitrailleuses et des canons. Toutefois, l'élan des Marocains ne s'est pas ralenti. Ils ont fait volte-face, mais rompant leurs groupes afin de donner moins de prise à notre tir, ils reviennent à l'assaut avec une splendide furie. Deux compagnies et une section de 75 constituant un troisième échelon s'avancent alors par la rive gauche et déterminent la retraite de l'ennemi qui se replie au delà des fermes Alvarez et Brandt. L'ordre de rentrer au camp est donné; le mouvement se fait par échelon et sous le feu de l'ennemi qui accompagne nos troupes jusqu'à 1 500 mètres de nos lignes. Toute la nuit les Marocains restèrent sur le lieu du combat, brûlant et pillant les fermes. Cet engagement nous coûta un tué et cinq blessés, dont le capitaine d'artillerie Massenet.

Tous ces engagements déterminèrent le commandement à constituer sur la crête qui borne l'horizon au sud un détachement fixe de surveillance composé d'infanterie et d'artillerie. Tout en assurant la protection certaine des camps, ce détachement donnait au commandement la liberté d'action qui lui était nécessaire pour opérer à plus grande distance.

Une compagnie d'infanterie, une section d'artillerie montaient chaque jour dès l'aube sur la crête, s'installaient au sud-est de la cote 44, tandis que ses vedettes se portaient à l'emplacement actuel du Fort Provot. Plus tard la position fut reportée jusqu'à la cote 47. Son rôle était absolument défensif, aucune initiative ne lui était permise. Un téléphone de campagne assurait les communications avec l'état-major. A la nuit tombante, les troupes rentraient au camp.

Les derniers combats parurent un moment ralentir l'ardeur des Marocains et calmer leur audace ; ils s'éloignèrent des abords immédiats et ne firent que de rares apparitions sur les crêtes les plus éloignées, se maintenant prudemment hors de la portée des canons. Le commandement décida alors de faire une reconnaissance offensive dans la direction du sud-est, de manière à se renseigner sur ce qui se passait derrière la première grande crête du Sahel. Pourquoi le sud-est? On savait cependant depuis plusieurs jours qu'un camp marocain existait à Taddert, à 8 kilomètres au sud-ouest de Casablanca. Ce point devait donc, semble-t-il, être l'objet de la première reconnaissance offensive? Il en fut jugé autrement!

3 septembre. Combat de Sidi Moumène. — Vers neuf heures du matin une reconnaissance reçut l'ordre de se porter dans la direction de Sidi Moumène jusqu'à

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8 kilomètres du camp. On adopta le dispositif suivant : un premier carré composé de trois compagnies de légionnaires, trois compagnies de tirailleurs, une batterie de 75, le goum et l'escadron de spahis, sous le commandement du lieutenant-colonel Blanc, devait s'avancer dans la direction indiquée et servir d'amorce; les troupes montées avaient pour mission d'accrocher l'ennemi et de l'amener sur les faces du carré. Un second carré, sous le commandement du lieutenant-colonel Brulard, comportant un bataillon (légion et tirailleurs), une batterie de montagne, un escadron de chasseurs d'Afrique, avait ordre de suivre l'échelon de tête et de croiser ses feux avec les siens de manière à empêcher l'ennemi de se servir des couverts et à l'obliger à combattre en rase campagne. Le général marchait avec le premier échelon. Par suite d'une erreur initiale, le deuxième échelon qui marchait à un kilomètre du premier, au lieu de se porter sur la droite vers le flanc menacé, obliqua vers la mer et dut être redressé. Pendant ce temps, le premier échelon recevait l'ordre de continuer la marche sur Sidi Moumène. A peine le mouvement était-il commencé que les Marocains attaquèrent sur le front et le flanc droit? L'artillerie ouvrit aussitôt le feu, mais son tir fut peu efficace, les Chaouïa restant éparpillés et dissimulant leurs mouvements derrière les replis du sol. Le carré, d'abord immobilisé, gagna par bonds très lents la crête de Sidi

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Moumène où il fut exposé à un feu très nourri ; les hommes, quoique placés à un intervalle de trois pas, fournissaient un objectif assez visible d'autant plus que la formation rigide du carré empêchait certaines parties de la ligne de se couvrir. A l'intérieur les pièces, les attelages, les cacolets, l'état-major formaient des groupes très vulnérables. Aussi les pertes furent-elles sensibles? Le commandant Provot de la légion fut tué durant cette phase du combat. Pendant ce temps le carré du lieutenant-colonel Brulard, qui avait rectifié sa position, se trouvait en échelon débordant à droite, mais très éloigné du carré de tête. Il était attaqué à son tour sur son flanc droit et ses derrières par des contingents qui s'étaient glissés entre la mer et la colonne ou qui arrivaient de Taddert au bruit du canon. L'itinéraire suivi l'exposait au tir des Marocains établis sur une crête qu'il, longeait à courte distance. Une compagnie de tirailleurs fut détachée pour occuper la ferme Dar Oulad Bou Azza Brahim (cote 120) d'où les Marocains dirigeaient un feu plongeant très nourri. Ce mouvement réussit; mais immobilisa le carré Brulard dont une des faces se trouva dégarnie, tandis que l'échelon de tête, le carré du lieuxenantcolonel Blanc, s'éloignait de plus en plus vers Sidi Moumène. Il en résulta que les deux détachements livrèrent deux combats séparés et ne purent se prêter aucun appui.

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