‹ A travers la Chaouïa avec le corps de débarquement de CasablancaChapitre 6 sur 51 · CO · texte numérisé non relu

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PI. 9, page 4 8.

OPÉRATIONS SOUS CASABLANCA.

Le combat durait depuis plus de deux heures dans la plus stricte défensive, quand le général donna subitement l'ordre de se replier sur le camp. Le mouvement devait commencer par le carré du' lieutenant-colonel Blanc, le plus éloigné, pendant que le carré du lieutenant-colonel Brulard le protégerait en se maintenant sur sa position. Malheureusement cette manœuvre ne put être exécutée dans de bonnes conditions; la marche était ralentie par l'encombrement des blessés et des morts qu'on ne pouvait abandonner à l'ennemi et par l'insuffisance des moyens de transport du service de santé; il fallait en outre abandonner des crêtes que l'ennemi allait occuper aussitôt et descendre par conséquent des pentes sous un feu violent qui n'était pas sans devoir causer des pertes importantes. La compagnie de tirailleurs, qui était dans la ferme de la cote 120 et qui n'avait pas souffert jusque-là, subit en se repliant sur le carré des pertes sérieuses puisqu'elle eut deux tués et sept blessés.

Le mouvement continua lentement par bonds d'échelon ; mais l'ennemi, qui avait été sévèrement éprouvé au cours du combat, ralentit son attaque et ne descendit pas dans la plaine où les artilleries de terre et de mer auraient pu lui faire subir de cruelles pertes. Quelques groupes cependant se reformèrent pour regagner leur camp ; mais ils furent rapidement dispersés par l'artillerie de 75.

Pendant que la reconnaissance était aux prises à Sidi Moumène avec les contingents de Tittmelill, le détachement de surveillance sur la crête du camp était attaqué par une partie des contingents de Taddert qui menacèrent même le camp à un moment donné. Deux compagnies de tirailleurs, deux compagnies de la légion, une section de 75 entrèrent successivement en ligne sur la crête et jusqu'à deux heures de l'après-midi durent résister aux attaques furieuses des cavaliers marocains. C'est là que fut tué le lieutenant indigène Benizza du 2e tirailleurs. Cette attaque fut, dit-on, la cause qui détermina le brusque retrait de la reconnaissance, le général craignant d'être coupé du camp.

Ce combat du 3 septembre, où 3 500 hommes luttèrent pendant cinq heures contre 10 000 Marocains, nous coûta deux officiers tués, huit hommes tués et dix-sept blessés. Du côté des adversaires, les pertes furent estimées à 1 200 hommes au cours des trois combats des 28 août, 1er et 3 septembre. L'ennemi avait donc été très éprouvé : son audace et son agressivité en furent diminuées, il se rendit compte qu'il ne lui était pas possible, comme il avait pu l'espérer, de jeter les Français à la mer et de courir à un second pillage; mais il se maintint néanmoins dans les environs de Casablanca, à Taddert et à Sidi Brahim el-Kadmiri, respectivement éloignés de 8 et 18 kilomètres. Dans ces conditions,

OPÉRATIONS SOUS CASABLANCA.

on ne devait plus conserver l'espoir de l'écraser sur le champ de bataille.

Quoique tous ces combats répétés n'aient été que des assauts désordonnés des tribus, repoussés brillamment par les nôtres, mais se terminant sans résultat effectif par suite de la retraite précipitée des assaillants derrière les crêtes que le général, par prudence, ne voulait pas franchir, il est incontestable qu'après l'affaire du 3 septembre les tribus commençaient à être un peu découragées. La logique eût donc été de reprendre dès le lendemain une vigoureuse offensive. Tout le monde l'espérait. D'autre part, il y avait quelque nécessité de faire disparaître la mauvaise impression que le dernier combat avec ses pertes cruelles avait faite sur les troupes. Il n'en fut rien! L'acharnement de la lutte, le nombre des morts et des blessés paraissent avoir eu une action prépondérante sur les décisions du commandement. De fait, une sorte de trêve se prolongea les jours suivants et le 6 septembre, le général Drude reçut du Cheik el-Haissi1 une lettre l'informant de son arrivée pour demander une suspension des hostilités jusqu'au 8 septembre. Le général Drude accorda l'armistice demandé et le prolongea même jusqu'au 9 septembre sans aucun

i. Le Cheik el-Haïssi, de la tribu des Chtouka, se trouvait au camp de Taddert où il était venu pour engager les tribus à g'entendre avec les Français.

résultat, le Cheik n'étant même pas venu à l'audience qu'il avait sollicitée et qui lui avait été accordée.

Le 7 septembre avait débarqué à Casablanca une section d'aérostiers avec son matériel d'aérostation et un ballon captif que l'on nomma bientôt le Bar el-Beïda (Casablanca). Ce fut un attrait spécial pour le corps de débarquement composé surtout de troupes indigènes qui n'avaient jamais vu un ballon. Tous les jours, même la nuit, ce ballon fit au camp de nombreuses ascensions, s'élevant jusqu'à 300 et 350 mètres et faisant le service d'exploration aux lieu et place de la cavalerie que l'on ne voulait pas trop exposer. C'est ainsi que furent repérés les emplacements exacts des camps de Taddert et de Sidi Brahim, dont on apprit l'importance.

Jusqu'au 9 septembre, on resta donc dans l'expectative ; et, à dater de ce jour, les reconnaissances qui sortirent reçurent prudemment l'ordre de ne pas s'avancer au delà d'une certaine distance, 4 kilomètres au maximum. Et cependant le vaste campement ennemi signalé depuis longtemps à Taddert était un objectif tout indiqué et bien tentant! Taddert était le mot qui courait sur toutes les lèvres. Tous, dans le corps de débarquement, discutaient sans cesse de la prise imminente du camp de Taddert. Les esprits en étaient obsédés, et tous attendaient avec impatience le moment de marcher contre lui.

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La Chaouïa.

PI. 10, page 52.

OPERATIONS SOUS CASABLANCA.

Ce nom de Taddert commençait à être enveloppé d'une sorte de mirage : il traduisait l'espoir que chacun avait au fond du cœur. La prise du camp n'allait-elle pas permettre de renouveler l'exploit fameux de nos Anciens s'emparant de la smala d'Abd el-Kader? On ne comprenait pas les hésitations du commandement qui estimait qu'avec six bataillons il ne pouvait tenter une pareille sortie ! Sans toute il était obligé de laisser la majeure partie de ses troupes à la garde des camps; mais la marche sur Taddert était prévue, préparée depuis plusieurs semaines, on la regardait comme la première entreprise du nettoyage méthodique de la Chaouïa. Pourquoi faut-il que devant les difficultés qui paraissaient surgir, devant le retard apporté à son exécution, elle risquât de devenir le point final de la campagne?

Le général s'était résolu une première fois à l'opération pour le 29 août; mais la veille survint inopinément la chaude affaire de Dar Bou Azza. Le général se ravisa alors, trouvant qu'il serait téméraire d'aller attaquer de pareils adversaires à 10 kilomètres hors de la protection des canons de l'escadre. Des renforts, deux bataillons, furent alors demandés à Paris et deux bataillons de la légion furent expédiés d'urgence. Ils arrivèrent le 2 septembre, à Casablanca. L'affaire fut ainsi décidée pour le 8 septembre; mais le général, qui

A TRAVERS LA C HA OUI A

la veille paraissait inquiet, préoccupé, fut pris d'un accès de fièvre qui le força à ajourner une opération que, d'ailleurs, il semblait redouter d'engager.

Le 10, remis de son indisposition, il ordonna que, le lendemain 11, une reconnaissance irait explorer la route même de Taddert, mais sur quelques kilomètres seulement, et il avait fixé comme limite la ferme Alvarez. La colonne devait d'abord comprendre six compagnies, sous le commandement d'un lieutenant-colonel qui reçut l'ordre de ne pas dépasser la ferme et surtout de ne pas se laisser entraîner; mais dans la soirée, le général décida de porter les forces de la colonne à dix compagnies et d'accompagner lui-même la reconnaissance; il voulait être certain que ses ordres ne seraient pas transgressés.

Première affaire de Taddert. — Le 11 septembre, à six heures et demie du matin, la première colonne, sous les ordres du commandant Passard, se mit en route. Elle comprenait un bataillon d'infanterie (légion et tirailleurs), une section de montagne de 80, une section de 75 et deux sections de mitrailleuses. La colonne était flanquée à gauche par les chasseurs d'Afrique et éclairée par les goumiers et les spahis. La deuxième colonne, sous le commandement du lieutenant-colonel Diou, se mit en marche à sept heures. Elle comprenait six compagnies d'infanterie,

OPERATIONS SOUS CASABLANCA.

trois sections de 75. Le général marchait avec elle. Au total, dix compagnies, huit pièces de 75, deux de 80 et trois escadrons, plus le service de santé et les mulets de cacolets.

Au moment du départ, la campagne était noyée presque complètement dans la brume. Nos troupes s'avancèrent donc en sécurité et quand elles arrivèrent à la ferme Alvarez, elles n'avaient pas eu à tirer un seul coup de fusil. L'ennemi n'était pas signalé. Peu après, cependant, une vive fusillade s'engagea; nos goumiers venaient de prendre le contact avec les éclaireurs ennemis.

La colonne du commandant Passard, qui s'était arrêtée pour attendre la deuxième colonne, se porta rapidement en avant et parvint au sommet de l'extrême crête qui ferme l'horizon de Casablanca, au moment où le brouillard achevait de se dissiper. Alors apparut à 2 kilomètres environ, dans le fond d'un vallon, le camp de Taddert! Le commandant Passard fit halte aussitôt, tandis que son artillerie ouvrait le feu sur le camp ennemi et que la deuxième colonne se rapprochait au plus vite pour joindre son feu à celui de la première. Quelques instants plus tard, on vit s'élever de derrière la crête un panache de fumée énorme, décelant un immense incendie. Le général donna alors l'ordre à l'infanterie de se porter en avant.

Toutefois, le gros des Marocains n'avait pas paru

décidé à venir à la rencontre de la colonne; en effet, une partie d'entre eux, dès qu'ils l'eurent aperçue, s'étaient hâtés de fuir à travers le vaste camp, s'efforçantde sauver tout ce qui pouvait être sauvé; les autres, au nombre de 3 000 au plus, indomptables et orgueilleux, se précipitèrent sur nos carrés, sur notre artillerie. Ils subirent d'énormes pertes. Quant à nous, toute l'affaire ne nous coûta qu'un tué et six blessés.

Le camp marocain, comprenant une réunion de six cents tentes environ, était installé dans une cuvette formée par un ancien marais et ayant une étendue de 1 500 mètres environ. Il n'y avait ni village, ni kasbah, ni agglomération permanente à proximité. Trois marabouts seuls se dressaient non loin de là. L'infanterie du commandant Passard se jeta rapidement au milieu des tentes et les traversa à la poursuite des Arabes qui gravissaient les crêtes opposées, tandis que l'artillerie balayait de longues théories de fuyards et de bêtes de somme. Nos troupes occupèrent les collines entourant le camp et s'y maintinrent pendant une heure pour bien marquer la prise de possession. Il était onze heures. La cavalerie dispersa les fuyards et les goumiers achevèrent d'incendier ce qui restait du camp.

A ce moment, les Marocains, dont plusieurs groupes s'étaient reformés, tentèrent une contre-

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