‹ À travers la ChineChapitre 13 sur 44 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

Les bateaux à vapeur du Yang-Tze-Kiang. — Campagnes duKiang-Son.- Tclien-Kiang-Fou. —L'Ile d'Argent.— Gnan-King-Fou. — Ran-Kéou.-Cv %1lle chinoise. — La cité. — Le faubourg. — Concession européenne :e Ran-Kéou. — Son importance commerciale.

De Shang-Haî à Ran-Kéou, le trajet s'accomplit facile ment à Taide des grands bateaux à vapeur américains, vérilables hôtels flottants, qui font le service du Yaii^ Tze. On franchit ainsi en soixante-six heures me^^ tance de cinq cent quatre-vingt-deux milles géographiques, en passant rapidement devant un certain nombr de villes importantes ou célèbres.

Ayant quitté Shang-Haï au milieu de la nuit, nous ti» versâmes d'abord une nappe d'eau immense dont le^ rivages allaient se perdre à l'horizon comme deux ligo^ imperceptibles d'une teinte plus sombre. Nous étions dac^ le Yang-Tze; ayant déjà dépassé sur notre droite li grande île basse de Tsong-Ming, nous n'avions plus pour nous guider que les feux du phare de Ou-Song que nou^ laissions derrière nous et ceux du bateau-phare de Langchan sur lequel nous nous dirigions. Ce passage désigné

RAN-KÉOU. i89

par les Anglais sous le nom de « Lang-chan crossing )> est un de ceux qui présentent le plus de difficultés pour la navigation. Le Yang-Tze-Kiang roule dans ses eaux une quantité énorme de débris de toute sorte qu'il laisse déposer près de son embouchure sous l'action de la marée : ainsi se forment des bancs considérables sujets à des déplacements assez fréquents ; mais leur position est souvent relevée et indiquée par des bouées pendant le jour, et par un bateau-phare pendant la nuit.

Le lendemain, la scène avait bien changé d'aspect. Le Yang-Tze, quoique encore fort large, s'était cependant réduit à des dimensions plus compatibles avec l'idée qu'on se faît généralement d'un fleuve. Nous pouvions très-distinctement apercevoir ses deux rives : celle du nord, plate, mais bien cultivée, couverte d'arbres et d'habitations ; celle du sud, légèrement escarpée, formée de petites collines d'une faible élévation. Nous prîmes plaisir à voir défiler devant nous, pendant toute la journée, ces campagnes si fraîches, passant d'uue rive à l'autre suivant les sinuosités capricieuses du chenal, et nous en approchant quelquefois de si près qu'il nous semblait presque y pouvoir toucher. A voir ces champs en plein rapport, ces plantations de mûriers si bien aménagées, les groupes de maisons qui s'abritaient sous leur ombre, aux alentours desquels s'agitait tout un monde d'hommes, de femmes, d'enfants et d'animaux domestiques, nous avions peine à nous figurer qu'une dizaine d'années auparavant ces campagnes avaient servi de théâtre à des scènes de dévastation terribles ; c'est dans ces contrées, on effet, que la lutte des Impériaux et des Tchang-Mao a pris un caractère de cruauté et d'acharnement épouvantables, lutte dont les habitants, victimes tour à tour des uns et des autres, ont eu plus que partout ailleurs à souffrir.

100 A TRAVERS Lk CHINE.

Nous naviguions entre des îles ou des rives basses et plates, depuis que nous avions perdu de vue les petites collines derrière lesquelles s*abriie la ville de Kiang- Yin. Bientôt nous pûmes voir droit devant nous la fameuse ile « d'Argent. » Cette île, nommée en chinois Tsiao-Chan et que les Européens ont décorée à tortda nom d'une colline qui s'élève sur la rive droite du fleuve, partage exactement en deux parties égales le lit da Yang-Tze-Kiang, notablement rétréci en cet endroit. Le soleil près de se coucher ne l'éclairait plus que de cette lueur pâle et fugitive qui, dans les pays voisins des tropiques, où le crépuscule n'existe pas, annonce la tombée prochaine de la nuit. Fouillant du regard ses bords couverts d'une abondante végétation, nous apercevions les toits relevés aux angles, et les clochetons des petits temples bouddhiques dont le corps se dérobait dans les buissons. Cette île est très-pittoresque et vaut bien la réputation dont elle jouit parmi les Chinois; mais, si le voyageur ne peut l'imaginer mieux située pour le plaisir des yeux, le marin, plus positif, la ferait disparaître, s'il le pouvait, le plus volontiers du monde. Par sa position même, elle constitue, en effet, une gêne sérieuse, disons même un danger réel pour la navigation; les eaux du fleuve resserrées par cette espèce de barrage naturel s'écoulent de chaque côté avec une grande vitesse et opposent un obstacle considérable à la marche des navires; enfin l'île se prolonge sous l'eau de manière à former une ligne d'écueils sur lesquels se perdit naguère un bâtiment de la marine anglaise, le FurionSé

Peu après, Tchen-Kiang-Fou nous montre ses murailles crénelées qui, suivant la coutume chinoise, après avoir longé la rive, s'élèvent ensuite jusque sur le sommet des collines. De la ville, nous ne vîmes que son enceinte fortiiice, car c'est aujourd'hui tout ce qui en reste ; à l'in-

RÂN-KÉOU. 191

lérieur, une herbe épaisse et drue cache aux regards des amas de décombres et de ruines.

Placée au point d'intersection du grand canal avec le Fleuve Bleu, elle a, au point de vue sti'atégique, une importance qui la désignait aux coups de l'armée anglaise, en 1842. En effet, le 22 juillet, elle était enlevée malgré la résistance désespérée de la garnison tartare-mandchoue. Quand le vainqueur pénétra dans rintérieur de son enceinte, il n'y trouva plus un être vivant; ceux de ses défenseurs qui n'étaient pas. morts aux remparts avaient égorgé dans les maisons les femmes et les enfants, et s'étaient tués à leur tour pour sauver leur honneur et celui de leur pays.

 peine avait-elle achevé de relever ses ruines, la pauvre ville fut prise de nouveau le 1" avril 1853 par les Tchang-Mao et elle est restée depuis dans l'état où les rebelles la laissèrent au moment de l'évacuation en 1857. Hors des murs, de l'autre côté du grand canal, un faubourg s'est cependant élevé du côté de l'ouest. C'est là que se trouve actuellement toute la population chinoise de Tchen-Kiang. En avant de ce faubourg et sur la rive du Yang-Tze, quelques habitations européennes adossées à de hautes collines qui entourent la ville vers le sud forment la concession Européenne.

On passe ensuite devant Ou-Rou, assez grosse ville qui se cache derrière les collines de la rive droite, mais dont les faubourgs s'étendent jusqu'au bord de l'eau. Au milieu de ce faubourg s'élève une tour ruinée d'un trèsjoli effet, tandis que de l'autre côté du fleuve on peut distinguer un vieux temple placé dans un site pittoresque.

Plus loin, on aperçoit, sur la rive gauche, une tour â étages fort élevée et qui paraît dans un état de conservation peu ordinaire. A une assez grande distance, le vent

Id^ À TRAVERS LA GUlNÊ.

apporte à Toreille des sons argentins, qui sont produits par une multitude de petites clochettes attachées au sommet de cette tour et que la brise met en mouvement. Elle s'élève dans Tenceinte d*un grand temple construit dans les faubourgs de Gnan-King-Fou, capitale de la province de Gnan-Uoui. Des pêcheurs, de; industriels de toute espèce ont construit en dehors t murs des huttes légères en bambou sur la berge do fleuve.

A peu de distance, au-dessus du village de Ou-Sué,oii se trouve, je crois, une mission protestante, on aperçoit la ville fortifiée de Ki-Tchéou, ainsi nommée d'un groj rocher de forme bizarre qui surplombe en cet endroilet que les Chinois appellent Ki-Téou, la tête de coq.

C'est l'une des dernières villes que l'on renconlri! avant d'arriver à Ran-Kéou où le navire ne larde pasi jeter l'ancre.

La ville de Ran-Kéou , qui était, à cette époque, \i terme extrême de la navigation européenne à rintériem de la Chine, mérite de nous arrêter quelques instant Elle est située au confluent de deux grands cours d'eau. le Yang-Tze-Kiang et le Ran-Kiang, qui la mettent en communications faciles avec toutes les provinces d^ l'intérieur de Tempire. Trois villes distinctes se sont groupées en cet endroit, et il est facile d'en indiquer i^ situation respective.

Figurez-vous un T renversé x- La ligne horizontale représente le Fleuve Bleu et la verticale le Ran-Rianj Dans l'angle de droite se trouve la ville de Ran-Kéoû' dans celui de gauche la ville de ilan-Yang-Fou, et audessous du trait horizontal, juste en face de la ligne verticale, la ville de Ou-Tchang-Fou, capitale de la p" vînce de Rou-Pè et résidence du vice-roi.

La ville de Ran-Kéou n'a d'importance qu'au point (fe

vue commercial ; au point de vue administratif elle n est considérée, par les Chinois, que comme un faubourg de la préfecture de Ran-Yang-Fou située de Tautre côté du Ran.

Dans toute ville chinoise d'une certaine importance, il y a une distinction remarquable à faire entre la ville proprement dite ou ville fortifiée et ses faubourgs. La ville, ce qu'on appelle en chinois tcheng^ en anglais town et ce que nous nommerions mieux en français citéy sert d'habitation aux représentants, de l'autorité et à la bourgeoisie lettrée ; le commerce n'y est représenté que pai* quelques industries de luxe et un petit nombre de boutiques où se débitent les objets de première nécessité. Le gros commerce avec tous ses accessoires bruyants et gênants s'est établi en dehors des murs, dans des faubourgs souvent plus considérables que la cité dont ils portent le nom ; de cette façon, le négoce, affranchi des restrictions qui forment le régime de toute ville forte, peut s'exercer à toute heure de jour ou de nuit, sans être gêné par aucune entrave ; en revanche, il ne jouit pas d'une aussi grande sécurité que s'il était placé dans la zone oii s'exerce, en temps de troubles, l'action protectrice de l'autorité; mais il parait que les avantages d'une pareille situation en compensent bien les inconvénients puisque l'usage se perpétue.

De là il résulte que toute ville chinoise se divise en deux portions ^ui présentent une physionomie bien distincte.

La cité est froide et comme déserte; les rues sont larges ; mais l'herbe qui pousse entre les dalles indique que la circulation n'y est jamais très-active; à peine une ou deux des artères principales dans lesquelles sont groupées les boutiques où se débitent les marchandises de luxe présentent-elles un aspect un peu plus animé ; le

reste de la ville est mort; mais en revanche tout y est fort propre et on y respire je ne sais quel air de calme et de distinction. Les maisons sont claii*semées au milieu de grands jardins dont les arbres laissent passer leurs rameaux par-dessus les murs qui bordent les rues, de chaque côté. On sent bien que quelqu'un vit autour de soi sans qu'on puisse le voir; la vie est là, derrière ces murs sans fenêtres, maison comprend qu^elle est timide, qu*elle se défle du monde, et que, dans sa chasteté pudique, elle met tous ses soins à se dérober aux regards du public; elle défend de toute atteinte ce foyer domestique calme et pur, au delà duquel il n y a pas de vrai bonheur ; elle préfère les joies intimes de la famille à ces enivrements passagers que procure le monde, bril lants et séduisants, mais souvent mortels, comme ces fleurs et ces fruits qui, sous les couleurs les plus éclatantes et les parfums les plus pénétrants, cachent les poisons les plus subtils.

Pans les faubourgs, au contraire, c'est la vie qui débordé et qui trahit son exubérance sous toutes les formes. Là, pas de jardins, pas de place perdue; des maisons petites et entassées les unes sur les autres; des rues étroites et remplies d'une foule qui va, qui vient, qui se bouscule* qui s'injurie ; les mœurs populacières s'y montrent dans toute leur crudité. Que nous sommes loin du calme et de la distinction de la cité ! C'est la \ie, c'est la liberté, c'est vrai, mnis avec tout un cortège qui la rend peu attrayante. Le bruit, les disputes, les rixes, la malpropreté, les mauvaises odeurs, le jeu, la débauche, rien n'y manque. Toute celte population est grossière, non pas qu'elle ne se laisse guider que par l'instinct ; elle est intelligente et souvent même fort intelligente ; mais l'influence du milieu matériel où elle vit. pour et par lequel elle^il, a détruit en elle toute élôvaU'oD

RAfi-KËOU. 195

d*âme ; tout pour ces gens-là se traduit par une question de gros sous, et lorsqu'ils ont satisfait tous les appétits de la brute, ils n'imaginent pas qu'il puisse y avoir en ce monde de bonheur plus parfait.

Ce qui reste aujourd'hui de la préfecture, ruinée en janvier 1855 par les rebelles Taè-Ping, constitue la cité; mais le voisinage de la capitale provinciale dont nous aurons occasion de parler plus tard, enlève à cette ville toute importance, et si elle n'était, par suite de l'organisation administrative, la résidence obligée d'un préfet, elle n'aurait pas de raison d'être. Elle* est cachée derrière quelques collines basses situées sur la rive droite du Ran, lesquelles, avec quelques monticules qu'on remarque aux environs de la ville de Ou-Tchang- Fou, sont les seules hauteurs qui se détachent sur la surface de cette immense plaine marécageuse.

Ran-Kéou est le faubourg, et après ce que nous venons de dire, on comprendra que le séjour peut en être trèsprofitable pour ceux dont les intérêts sont engagés dans le négoce, mais qu'il laisse tout à désirer au point de vue de l'agrément. Lors du traité de 1861, les Européens se firent concéder un vaste terrain qui s'étend à l'extrémité du faubourg chinois, le long de la rive gauche du Yang-Tze-Kiang. En cet endroit, ils sont à proximité des gens avec qui ils ont affaire, et ils en sont assez éloignés, cependant, pour n'avoir pas trop à souffrir de leur voisinage. A force de patience, de soins et de travaux, ils ont fini par faire sortir de ce marais une petite ville fort coquette. Les rues sont larges, bien entretenues et partagées en deux séries qui se coupent à angles droits ; elles divisent le terrain en rectangles dans lesquels s'élèvent des maisons confortables, élégantes même, et entourées de beaux jardins. Celui du consulat anglais est p9rticulièrement remarquable. Un quai ma-

gnifique s'étend tout le long du Yang-Tze ; pour protéger la rive contre les empiétements du fleuve, on a dû coqstruire un mur immense en pierres de grès qui a cette des sommes considérables. Une belle allée de grands vbres fait de ce bund ou quai, une promenade fort agrédUe.

Il a fallu faire des travaux importants pour surélever le sol de la concession, et le mettre ainsi à l'abri des inondations qui résultent des crues annuelles du fleuve Bleu. La différence de niveau entre les hautes et les basses eaux y est énorme; elle est en moyenne de quarante à cinquante pieds, et quelquefois davantage. La plus forte inondation a eu lieu, si je ne me trompe, en 1870. Pendant ces périodes de crues qui arrivent en général subitement en mars et av'il* la ville chinoise est complètement inondée et la concession européenne elle-même n*est pas toujours à l'abri du fléau. Pendant tout le temps que durela crue, c'est-à-dire un ou deux mois, la plaine est transformée, à plusieurs lieues à la ronde, en un immense lac da sein duquel émergent, de distance en distance, de petite monticules artificiels au sommet desquels sont construits les villages.

La situation de Ran-Kéou au confluent du Ran-Kiang el du fleuve Bleu en fait, surtout pour les Chinois, un centre de commerce fort important. Les routes les plus fréquentées qui vont du nord au sud ou à Touest de laChine, et réciproquement, passent par cette ville. Les -'Ap<opéens n'ont cependant pas trouvé, à s'y établir«,4|g le profit qu'ils en espéraient. .-.,.

C'est la position même de Ran-Kéou qui est la^pÉMEÎpale cause de ces mécomptes. Cette ville est trop -éloignée de la mer pour qu'il soit facile aux navkw àè long cours d'y venir chercher directement les mardiD' dises destinées à l'Europe ou à l'Amérique ; d*ua autre côté elle n'en est pas assez éloignée, car les mar-

chandises européennes ont encore à parcourir une route longue et difficile avant de parvenir jusque dans les provinces du nord, du nord-ouest, de Touest et du sud-ouest de la Chine.

Le chiffre des importations est donc relativement faible à Ran-Kéou et pour y solder le surplus des exportations, on est obligé d'y apporter de l'argent. Le cours de ce métal y est en conséquence plus élevé qu a Shang- Haï et atteint son maximum pendant la saison des thés, c'est-à-dire au moment où les besoins d'argent se font le plus vivement sentir.

A l'époque de la conclusion du traité qui ouvrait le port de Ran-Kéou au commerce européen, la spéculation avait fondé les plus grandes espérances sur ce nouveau marché, et avait, en conséquence, fait de grands frais qu'elle s'attendait à voir amplement couverts. On s'était lancé un peu à la légère ; les obstacles dont nous venons de parler et la concurrence qui vint s'y joindre ne tardèrent pas à refroidir les plus enthousiastes et à détruire toutes les illusions. Aussi Ran-Kqau o'at-il guère tardé à descendre au rang d'une place de i^cond ordre, bien que l'importance de l'établissement européen semble, au premier abord, indiquer un marché plus considérable.

Les nouveaux arrivants y trouvaient, du reste, la place déjà prise pour le commerce d'importation, et une concurrence sérieuse pour l'exportation des Ihés. Depuis longtemps, les draps russes {Hirvenaiei^t à travers touteales provinces du nord et du nord-ouest de la Chine jusqu'à Ran-Kéou. Dès l'ouverture du port, les n«gp'cianls ra^Bco* vites vinrent s'y installer, et plus soucieux des iotéfêts de leur négoce que de sauvegarder une vaine s.upériorité en affectant un dédain ridicule pour tout ce qui était indigène, ils se familiarisèrent avec la langue, les usages et les mœurs du pays et se mirent en rapport direct avec les produc-

teurs. Us y trouT^ent un avantage considérable surleun concurrents anglais ou américains qui, fièrement drapés dans une dignité superbe et d'une rigidité toute biitannique, restaient à la merci des compradores ou intemêdiaires chinois, et ceux-ci, on le conçoit, en profitèrent pour leur faire chèrement payer Timpuissance à laquelle ]es condamnait leur morgue hautaine et ignorante. Les Russes firent ainsi de Ran-Kèou Tun des plus grands centres de leur commerce en Chine. Installés à pea de fraiSf ne faisant pas grand bruit, ils forment, à Ran- Kéou, une société particulière qui fraye peu avec le reste de la colonie européenne, et qui, s'occupant plus de seï affaires que de ses plaisirs , dissimule sous une apparence modeste une importance commerciale et politique considérable.

Dans un autre ordre d'idées, Ran-Kèou présente encore un intérêt tout particulier. C'est le centre des relations d'un grand nombre de missions catholiques de Tintèneor de la Chine avec l'Europe. Les franciscains italiens établi? dans la province de Rou-Pé y ont fondé une procure f sert d'intermédiaire à toutes les missions situées au delà La maison, construite sur la concession anglaise, est très-belle et bien aménagée ; on y peut loger confortablement, pendant leur séjour, les missionnaires qui traversent Ran-Kéou. Prés de cette maison, se trouve unasile placé sous la direction de religieuses italiennes.

Nous n'avons parlé que de la concession anglaise; il y a bien aussi à Ran-Kéou une concession français: mais jusqu'à ce jour la France n'y est représentée qii« par son consul, dont la résidence s'élève seule au mili^» d'une grande plaine nue et marécageuse que les résident' anglais ont transformée en un champ de courses, f" seul négociant français, M. Dupuis , établi sur la n^^ droite du Ran, presque sous les murs de Ran-TangFon

RAN-KÉOtl. 409

depuis plusieurs années, personnifiait les intérêts français dans cette partie de la Chine. C'est lui qui, dans le but d augmenter la part de la France dans le commerce de Textréme Orient, a pris l'initiative d'une entreprise, couronnée d'abord du succès le plus complet et le plus surprenant, mais qui a été malheureusement entravée par les hésitations de notre politique orientale. Nous voulons parler de Taflaire du Tong-King.

Comme tous les faubourgs des villes chinoises, Ban- Kéou est resté pendant longtemps ville ouverte et sans défense ; mais en 1863, la crainte d'une attaque des rebelles Nien-Féï décida les mandarins à élever sur le côté du nord, entre le fleuve Bleu et le Ban-Kiang, un mur en pierres de treize pieds de haut et d'un peu plus d'une lieue de long.

Ban-Kéou ne pourra réaliser les espérances que le commerce européen avait fondées sur un établissement commercial situé au cœur même de la Chine, que le jour où les navires à vapeur, diminuant les frais de transport en proportion de la rapidité de leur marche, et exemples (les droits à payer aux douanes intérieures, pourront remonter le fleuve Bleu et le Ban-Kiang aussi loin que le leur permettront leur tirant d'eau et la navigabilité de ces voies fluviales (*). Or des navires de guerre ont pu, à plusieurs reprises, remonter le fleuve Bleu jusqu'à 1-Tchang-Fou à plus de trois cents milles de Ban-Kéou,.et l'on s'est assuré que des navires à vapeur spécialement construits pourraient remonter encore plus haut. Quant au Ban-Kiang, les différents voyageurs qui l'ont exploré

^ Depuis que ces lignes ont été écrites^ la convention de Tche-Fou a ouvert au commerce étrangei* les ports de I-Tchang-Fou et de Tchong-King-Fou, situés sur le fleuve Bleu au-dessus de Ran-Kéou. Hais le fait est encore trop récent pour que le copamerce ait pu en tirer déjà des avantages appréciables.

ont reconnu qu*il serait navigable, au moins pendant la saison des hautes eaux, pour des navires à vapeur, jusqu'à Siang-Yang-Fou,àcent vingt lieues de Ran-Réou, et peut-être même trente lieues plus haut, jusqu'à Lao- Ro-Kéou.

Page 1