Joui-neys in Nortfi Chinai par le R. Williaiusoiu
milieu dos débris que la guerre civile a semés autour d'elle. Ce matin-là, les pans de murs et les amoncellements de décombres avaient presque un air de fête. Tout le long de la route, fort large en cet endroit, se trouvaient des détachements de troupes, drapeaux déployés; les soldats étendus par groupes sur Therbe poussiéreuse du talus, détournaient curieusement la tête à notre passage ; les courriers militaires allaient au trot de leurs petits chevaux porter les ordres de poste en poste. Il se préparait évidemment quelque solennité militaire dont nous n'avions pas la fatuité de nous attribuer les honneurs, mais dont nous profitions avec une curiosité bien naturelle. On attendait tout simplement le départ du Tchiang- Kùn de ^ing-Sia-Fou qui, sur l'ordre de l'empereur, allait rejoindre son poste, situé sur les confins de la Mongolie, dans le Kan-Sou, pour y prendre la place d'un de ses collègues, désigné pour commander l'un des corps d'armée dirigé au delà de Hami, à la poursuite des rebelles musulmans. Ce n'était pas la première fois que nous voyions des troupes sous les armes en Chine ; nous n'avions, du moins, Jamais vu, à la fois, une aussi grande variété de costumes.
L'uiiiforme du soldat chinois est de la plus grande simplicit é, et les frais d'équipement ne doivent pas grever d'une bien lourde charge le trésor impérial. Il se compose d'un pantalon de coton bleu qui descend un peu au-dessous du genou, laissant le bas de la jambe à découvert; la plupart s'enroulent autour de la cheville une bande de coton qui, montant jusqu'au milieu du n ollet, simule assez bien une sorte de guêtre ou de jambière; les pieds sont nus ou chaussés de sandales de paille tressée. Une jaquette flottante en coton bleu, boutonnée sur le côté et bordte d'une large bande d'éloffe de couleur différente complète l'uniforme. Devant et derrière, au milieu du dos et au
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milieu de la poitrine, deux ronds de calicot blanc sont cousus sur la jaquette. C'est sur ces ronds que Ton iQ< scrit au pinceau, en gros caractères, le nom du corps, le bataillon, la compagnie et le numéro matricule du soldat. Les différents corps se distinguent les uns des autres par la couleur de la bordure de la jaquette; elle est rouge, de plusieurs tous , jaune ou blanche. Les corps d'élite portent des jaquettes rouges ou orangées bordées de nuances différentes. Gomme coiffure, les soldats chinois s'enroulent souvent autour de la tête une longue pièce de cotonnade d'un bleu foncé presque noir, à la manière d'un turban. Les sous -officiers seuls, et les soldats des corps d'élite portent en général des souliers. On avait envoyé pour faire la haie le long de la route des détache^ meiits de différents corps, si bien que les uniformes les plus divers s'y trouvaient mêlés pour la plus grande récréation des yeux; enfin, les soldats de la garde particuliére du Tchiang-Kûn, vêtus d'une jaquette entièrement rouge, galopaient sur leurs petits chevaux, au milieu de cet éblouissement, du poudroiement de la route et de l'étincellement des rayons du soleil ; c'était une véritable débauche de couleurs.
Jusqu'à plus de deux lieues de Si-gnan-Fou, vers l'ouest, la route traverse un grand plateau bien cultivé, mais oii il est impossible de découvrir un seul arbre. Les rebelles d'abord, les impériaux, ensuite, se sont chargés, pendant les hivers rigoureux de la guerre civile, de faire disparaître les épais ombrages chantés, jadis, par lespoétes. Les pommiers et les saules sont remplacés, aujourd'hui, par des tours à signaux que l'on voit s'aligner dans la plaine en files régulières, et qui forment à distance, autour de Si-gnan-Fou, une ligne d'avant-postes.
La route traverse les emplacements de plusieurs gros bourgs où il ne s'élève plus guère que quelques bara-
lies de débitants en plein vent, remplies ce jour-là de oldats et de gens de la campagne accourus pour voir tasser le Tchiang-Kûn. A mesure que nous nous éloi- ;nions, cependant, la végétation commençait à repaaître, et nous passâmes, à quatre lieues de Si-gnan- 'ou, une délicieuse petite rivière dont le cours disparaisait presque sous l'épaisse ramure qui venait plonger usque dans son onde pure. A partir de ce point, le pays lous parut être cultivé avec un soin extrême. Le sol formé Tun humus noir, d*dpparence très-riche, était livré à la culture maraîchère la plus minutieuse ; des chevaux attelés à dés manèges de construction très-simple, élevaient, à Taide de chaînes à godets, Teau de puits peu profonds. Un peu plus loin, nous atteignîmes le bord du Ouei-Ro, que nous devions traverser en bac en cet endroit, pour gagner la ville de Sien-Yang-Sien, située de l'autre côté. Le bac, par sa construction, ressemblait assez à celui dont nous avions fait précédemment usage pour traverser le Pé-Ro. Seulement, il était manœuvré par trois hommes, in naturalihus, en raison, sans doute, des nécessités de leur travail, qui les oblige à se mettre fréquemment à Teau. Je n'ai de ma vie, jamais rien vu de si laid que certain vieux marinier qui se montrait ainsi, sans embarras, dans ce costume, ou plutôt cette absence de costume toute primitive. Je ne sais si, suivant certaines théories savantes, Thomme est descendu du singe, mais ce que je sais bien, après avoir vu ce singulier spécimen de la nature agreste, c'est qu'il pourrait bien y retourner en droite ligne. Ces braves gens, heureusement pour eux, n'ont pas conscience de leur laideur ni de la grave atteinte qu'ils portent aux lois de la bienséance; les passagers eux-mêmes, hommes et femmes, ne s'en étonnent point non plus, et, la pudeur n'iyant rien à voir avec des êtres placés si près
de la limite qui sépare rhomme de ranim&l» chacun les suitdu regard dans Texercice de leurrude labeur, dans ce simple appareil, sans y songer; le travail purifie tout.
Le Ouei-Ro est une rivière d*une médiocre largeur, au courant assez rapide ; elle a creusé son lit dans la couche de lœss qui forme le fond de cette vallée, et ses oaux chargées de ce limon jaunâtre, offrent aux yeux l'aspect d'une rivière de boue.
Les murs de Sien-Yang-Sien s'élèvent immédiatement sur la rive; une porte latérale donne accès à Tùitérieur de la ville qui a eu Thonneur de voir naître, deui cents ans avant Jésus-Christ , la fortune brillante mais éphémère de la dynastie des Tsin. Sien-Tang-Sien ayant échappé à la fureur des rebelles, présente encore tous les caractères d'une vieille et ancienne ville; les rues sont étroites et les maisons petites et entassées les unes contre les autres.
Partis de Sien-Yang-Sien avant le jour, nous trave^ sÂraes le lendemain matin une grande plaine à peine ondulée et qui parait n'avoir d'autres bornes que le ciel et quelques montagnes encore fort éloignées qui s'élèvent sur la droite. Dans cette plaine, il n'y a pas un arbre, pas un village ; rien que d'immenses ttimulus élevés de place en place, et qui, pendant bien longtemps encore, serviront à rappeler les horreurs de la rébellion. Et, cependanS cette campagne est en pleine culture ; mais où habitent ceux qui la cultivent ainsi ? A défaut d'êtres vivaiit;s dont on n'aperçoit aucune trace, on serait tenté de croire que les morts sortant de ces cités funèbres qui s'élèvent seules dans la plaine, viennent ensemencer cette terre qu'ils ont arrosée de leur sang. Si, de temps en temps, quelque village ruiné s'élève au-devant de nous, la route s'en détourne comme pour ne point traverser un lieu maudit. Cependant, de distance en distance, nous croisons quelques
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voyageurs ou nous traversons, quelque petit hameau récemment reconstruit, où la misère semble avoir élu domicile. La maladie se joint à la pauvreté pour donner aux rares habitants de ce pays un aspect navrant ; presque tous sont aveugles ou borgnes ou atteints d*ophthalrnies terribles. C'est que nous sommes rentrés en plein pays de Icess. Les routes sont de nouveau couvertes de cette fine poussière qui voltige au moindre souffle; tous ces gens en sont couverts de la têlc aux pieds, au point d'en être méconnaissables. Gomme Teau pure fait à peu près défaut dans cette plaine où les rivières semblent charrier du /cbss liquide, les ablutions sont rares; aussi l'irritation produite sur les paupières par l'acre poussière qui pénètre dans les yeux, finit-elle par déterminer une inflammation du tissu conjonctif. Les paupières se gonflent, se rapprochent et finissent par se souder par leurs bords rougis et couverts de pus. Mais là ne se bornent pas les effets de la maladie; les ligaments musculaires qui communiquent à l'œil ses différents mouvements, s'enflamment à leur tour, et finissent par éprouver des raccourcissements permanents ; de telle sorte que lorsque le malade parvient à guérir, il conserve une déviation de l'œil qui lui donne toute l'apparence d'un borgne ou d'un aveugle. Quelquefois même, enfin, le globe lui-même se trouve atteint, et la maladie se termine par la cécité corn* plète et absolue.
A partir de Li-Sien-Sien, la plaine s'élève progressivement ver<( les montagnes dont nous nous rapprochons de plus en plus. La campagne est toujours admirablement cultivée; le blé est la céréale la plus répandue. Par endroits la route s'élève jusqu'au sommet de petites collines d'où Ton découvre la plaine environnante sur une grandeétendue Au pied de ces hauteurs, on aperçoit la ville de Kicn-Tcbéou, entourée de petits camps retranchés, dans
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lesquels sont cantonnés des détachements de troupes assez considérables. Suivant toujours la crête d'un pli de terrain qui sépare les ravins au fond desquels coulent deux petits affluents du Ouei-ro, la route nous amène enfin au bourg de Mong-Kûn-Tchouan.
L'auberge dans laquelle on nous fait entrer possède une cour immense conquise sur une éminencc de Icsss de quinze à vingt mètres de hauteur, à laquelle elle est adossée. La colline a été largement éventrée pour fournir une surface plane assez vaste pour recevoir des convois entiers de voitures ou de chameaux. Au fond de cet espace s'élève, comme un mur, la paroi de la colline; enfin, le lœss se prêtant avec une complaisance admirable, à toutes les fantaisies architectoniques de l'homme, on y a creusé des logements souterrains dont les voûtes en ogive sont aussi solides que si elles étaient faites du granit le plus résistant. Nous eûmes alors la clef d'un mystère que nous n'avions pu encore pénétrer : je veux dire la rareté des maisons et des villages dans un pays qui paraissait, cependant, si bien cultivé; la plupart des habitants demeurent sous terre. Si le Icsss présente bien des inconvénients, il offre aussi, en re^ vanche, des avantages précieux. Le sol friable et léger n'oppose aucune résistance au labour; imprégné en abondance de sels alcalins, il fournit aux plantes une alimentation assez riche pour qu'il soit possible d'y récolter des moissons abondantes presque sans addition d'engrais. Le lœss est poreux, mais il contient assez d'argile pour n'être pas perméable ; il retient à sa sui&ee l'eau de la pluie ; son homogénité et sa cohésîoa il assez grandes pour qu'on y puisse creuser des cavit sont aussi sûres que si ellçt avaient été pratiquées la pierre. Les Chinois qui' ne négligent rien de ce ( peuvent utiliser ont tiré profit de toutes ces propriétll
du sol qu'ils habitent. A quelque distance de Mong-Kùn* Tchouan, des villages entiers taillés dans les flancs des collines s*étagent ainsi les uns au-dessus des autres sur les bords d*un petit ravin. Il est évident. que ce mode d'habitation remonte, dans ce pays, à la plus haute antiquité, et Ton pourrait, sans doute, par des fouilles habilement dirigées, faire, dans cette patrie des Troglodytes, des trouvailles précieuses pour les sciences préhistoriques.
En quittant Pin-Tchéou, deux jours après, nous lûmes surpris, à un détour de la route, par une cavalcade militaire qui se dirigeait du côté de la ville. Nous vîmes dèfder deux ou trois escadrons de beaux hommes, bien montés, bien vêtus, bien armés, dont l'apparence martiale était une nouveauté pour nous. A quelque distance de là, la route traversait deux camps retranchés d'où venait le détachement que nous avions rencontré, et qui se portait à la rencontre du Tchiang-Kûn. Ces soldats appartenaient à Tarmée de Li-Rong-Tchang, et bien que cantonnés dans le Chen-Si, province soumise à Tautorité du vice, roi Tso, ils ne prenaient leurs ordres que du vice-roi du Pe-Tche-Li. Cette anomalie trouvait son explication dans la rivalité bien connue des deux plus puissants vice-rois de Tempire Chinois. ,
Depuis plusieurs années, Li-Rong-Tchang, appelé au gouvernement du Pe-Tche-Li, avait appliqué tous ses soins à la formation d'une armée solide. Il avait consacré ù l'armement et à l'équipement de ses troupes de grosses sommes d'argent et avait appelé pour diriger leur instruction militaire des officiers européens. Les souvenirs de la guerre de 1860, et U nécessité de couvrir la capi-' taie de l'empire par une armée suffisante pour repousser une nouvelle agression, lui permirent de réaliser ses projets sans éveiller les susceptibilités de la co}ir. Hais
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en même temps qu'il profitait de cette occasion pour accroître et consolider son influence, il ne négligeait rien pour diminuer celle de ses rivaux. L'un de ceui dont la réputation pouvait le plus balancer la sienne, était le vice-roi Tso qui s'appliquait, dans son gouvernement, à faire subir à la marine la transformation qu'il faisait, dans le sien , subir à l'armée. Tso ne tarda pas à être éloigné de l'établissement maritime important dont il surveillait les développements avec la sollicitude d'un père, et fut envoyé dans le Chen-Si et le Kan-Sou, pour y combattre les Roui-Tze, toujours maîtres de ces deux provinces. C'était de la part de ses adversaires un coup habilement porté. L'empire était depuis longtemps menacé par une rébellion toujours victorieuse; le gouver- • nement y avait usé déjà ses meilleures troupes et ses meilleurs généraux ; un homme seul était capable de réparer tous ces désastres, et cet homme que désignaient à l'empereur, sa popularité, ses talents militaires éprouvés, son caractère et son énergie, c'était Tso ; c'était une mission de confiance dont l'empereur l'honorait. Tel était le langage flatteur sous lequel on dissimulait la profonde disgrâce dans laquelle était toitibé celui qu'on voulait perdre. Mais cela ne trompait personne, Tso moins que pas un ; et pour §tre couvert de fleurs, l'exil qu'on lui préparait n'en était pas moins un exil. Ses ennemis y trouvaient plus d'un avantage; on l'éloignait d'abord d'un établissement dont le développement eût augmenté son influence et qu'on espérait voir péricliter en le privant de son chef naturel; on le reléguait au fond delà Chine, loin des Européens qui avaient appris à estimer son caractère et à le considérer comme l'un des membres les plus éminents du gouvernement Chinois, dans l'e^ poir qu'il y serait bientôt oublié des uns et des autres; on le lançait enfln, dans des conditions déplorables, dans
une aventure où Ton comptait bien qu*il userait sa santé, sa fortune politique et sa réputation.
Avec un dévouement el une grandeur d*âme bien remarquables, Tso accepta le sacrifice qui lui était imposé, et se montra au-dessus des épreuves sous lesquelles on aurait voulu le voir succomber. La tâche dont il se trouvait chargé, était périlleuse; lout était à faire. Le général dont il venait prendre la place, avait été tué dans une bataille, ses troupes débandées ; les rebelles regagnaient le terrain qu'on était parvenu à grand peine à reconquérir sur eux. Tso avait tout à créer à la fois : une armée, des ressources pour l'équiper et la faire vivre, des lieutetants pour le seconder dans sa tâche ingrate. Abreuvé d'amertume et de dégoût , il lui fallut une énergie peu commune pour vaincre toutes les résistances et tous les obstacles qu'il rencontrait; il se mit cependant résolument à Tœuvre, et commença la campagne avec des troupes, composées pour la plupart de recrues, encore mal armées, sans cohésion et trop peu nombreuses. Il avançait pourtant, mais trop lentement au gré des impatiences envieuses de ses ennemis. Pour lui porter le dernier coup, la cour imagina de charger Li-Rong-Tchang d'accomplir avec ses soldats la tâche que Tso n'avait pu achever plus vite. Déjà les premiers bataillons de l'armée du Pe-Tche-Li avaient pénétré dans le Chen-Si, déjà le vice-roi Li, lui-même, allait se mettre à leur tête et remporter sur son rival un triomphe facile, lorsqu'un événement imprévu fit échouer toutes ces combinaisons. Des bandits, menés par quelques fanatiques de la pire espèce, venaient de massacrer les membres de la colonie irançaise de Tien-Tsin; cet attentat menaçait d'attirer sur la Chine les vengeances de TEarope, ou tout au moins de la France. La cour rappela en toute hâte Li-Rong- Tchang; il ramena aussitôt avec lui ceux de ses bataillons
qui n*avaicnt pas encore atteint le Chen-Si, laissant les autres sous la conduite d*ua de ses lieutenants, le général Liéou. Celui-ci fidèle à Tesprit, sinon à la leltre des instructions de son chef direct, loin de prêter à Tso, le secours d'une troupe bien armée et bien instruite, agit toujours indépendamment de lui, et se borna à cantonner ses troupes dans le Chen-Si, en affectant pour les embarras du vice-roi Tso dans le Kan-Sou, une indifférence d'un exemple fatal pour la discipline militaire.
Nous venions de traverser le poste le plus avancé d'une armée qui, dans toute celte campagne, avait fait plus de bruit que de besogne. Ce campement était établi dans l'un des endroits les plus frais et les plus charmants de la vallée. Un petit ruisseau le bordait, et de l'autre côté, s'étendait un grand quinconce d'arbres fruitiers, pommiers, pruniers, etc., et plus loin, des champs remplis de chanvre ou de pavots.
La vallée du King-ro présente l'aspect d'un grand fossé de deux à trois kilomètres de largeur; les parois en sont verticales et continues; le fond, légèrement concave, est formé de terre arable, bien cultivée et sillonnée par les sinuosités du King-ro, petit cours d'eau torrentueux à l'eau limpide.
Les habitants ont profité de la conformation des parois de la vallée, pour s'y creuser des habitations économiques. Les bancs de grès rouge sont percés d'une multitude d'ouvertures qui leur donnent toute l'apparence d'une ruche.
A la halte de Ta-Fo-Sse, le temple du grand Bouddha, le banc de grès rouge prend une épaisseur de plus de cinquante mètres, et présente une texture plus compacte et plus homogène. Un village entier était creusé dans cette masse rocheuse, avec des fenêtres, des portes et des escaliers aériens pour faire cpmmuniquer entre eux les
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lifférents étages. Ce mode d'habitation singulière n'offre as toutes les conditions de sécurité désirable; Téboulefient d'un gros bloc détaché de la masse principale avait ventre toute une partie du village; il gisait maintenant ur le sol, curieusement percé de couloirs et d'excavation» lésormais sans utilité. Le long de cette même paroi, les ouvriers travaillaient à élever une construction en naçonnerie. Une longue voûte donnait accès dans une grande salle hémi-circulaire creusée dans le grès et aiblement éclairée par le haut; trois énormes statues dé Bouddha, sculptées dans la masse même de la montagne, m occupent le fond et les côtés; la plus grande qui fait face à l'entrée, mesure quatre-vingt-cinq pieds de haut. Le dieu est représenté dans son attitude habituelle : les jambes croisées, les mains posées sur les genoux, et la figure exprimant le recueillement le plps profond. Tout autour de la salle, les parois ' sont criblées de niches dans chacune desquelles se trotrvt une petite statuette de Bouddha ; on peut aisément en compter plus de trois-cents. Cette construction porte la marque évidente des procédés de décoration et de sculpture de l'Inde. Elevée sous la dynastie des Tang, au VIP siècle de notre ère , elle porte encore la marque du grand élan religieux qui h cette époque, entraîna la Chine à la suite de Hiouen-Thsang, vers les doctrines métaphysiques de l'Inde. Saccagée par les Roui-Tze qui font une guerre acharnée et sans merci aux idolâtres, elle est relevée aux frais du vice roi Tso et du général Liéou. C'est un monu* ment historique qu'il faut leur savoir gré de transmettre aux généralions à venir. Dans l'origine, la teinte rouge du grès était masquée par un enduit sur lequel on avait appliqué des peintures et des dorures destinées à donner plus d'éclat à la figure du dieu; les musulmans n'en ont rien laissé subsister; mais tout sera réparé et remis
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dans Tétat où se trouvait le sanctuaire avant la rébellioo. Après avoir payé à cette relique du passé un juste tribut de curiosité, nous abandonnâmes la vallée du Kingro, pour nous diriger vers la ville de Tchang-ou-sien, située à quelque distance sur le plateau. Nous retrouvâmes encore les routés logées au fond de tranchées creusées dans le lœss; seulement ici, bordées de caves pratiquées dans Tépaisseur du sol, elles ressemblaient plutôt à des rues. Les crevasses, dont est sillonné le plateau, obligent à faire de longs détours et ce ne fut qu'à une heure avancée que nous fîmes notre entrée dans le Kong-Kouan^ duya-men de Tchang-ou-sien. Nous y fûmes reçus par le sous-préfet, un mandarin à bouton de cristal, originaire de la proyince du Rou-Nan, dont la curiosité avait peine à se dissimuler sous les dehors de la politesse. La ville de Tchang-ousien assiégée par les Roui-Tze en 1868, fut, selon la tradition locale, miraculeusement sauvée par le dieu Taèpe, celui que symbolise la planète Vénus. Le souvenir en est conservé par une tablette rédigée sur Tordre de l'empereur par l'Académie des Ran-lin et placée dans le temple du dieu. Le sous-préfet qui paraissait enchanté de trouver une occasion de parler, nous donna avec empressement tous les renseignements que nous lui demandions. Les rebelles ont fait, aux environs de la ville un carnage épouvantable, et le district de Tchang-ou ne se relève qu'à grand-peine de ce désastre. Il n'y a guère que les abords de la route qui soient cultivés; les terres plus éloignées sur le plateau restent en friche, faute de bras pour les mettre en cullture.
* Le Kong-Kouan est Thôtel, entretenu dans toutes les grandes villes aux frais du gouTernement, où logent tous les fonctionnaires eo voyage. C'est par une faveur gracieuse que depuis SI— gnan-fou, nous étions traités sur le même pied que les personnages officiels.
Tchang-ou-sien marquait le terme de notre dernière étape dans le Chen-si. Le lendemain, après avoir traversé im grand plateau fissuré de crevasses en tous sens, et repris le cours de nos pérégrinations au fond des chemins creux, nous atteignions King-Tchéou, dans la province de Kan-sou.