A MON PÈRE
Paris, 18 Septembre 1878.
A TRAVERS LA CfflNE
Le 19 février 1868, à quatre heures du soir, le paquebot à vapeur des Messageries Impériales Mœris quittait le port deMarseille et prenait la mer, portant à son bord les malles et les passagers à destination des Indes et de la Chine.
Les passagers étaient montés sur le pont, et, réunis sur l'arrière du navire, suivaient d'un regard ému les lignes boisées des coteaux qui s'effaçaient successivement dans les derai-teiates vaporeuses de Thorizon. Nous disions adieu à notre patrie, alors dans tout Téclat de la prospérité, à tout ce que nous y laissions derrière nous de cher et d*aimé, adieu qui pouvait être défmitif pour chacun, qui devait malheureusement Têtre pour quelques-uns d'entre nous. Mais le sentiment invincible de tristesse qui s'empare de Tâme au moment du départ, était adouci par l'attrait que nous faisait éprouver Tinconnu vers lequel nous nous dirigions, et par la confiance en l'avenir que donne la jeunesse.
C4*ètait bien, en effet, l'inconnu qui s'ouvrait devant nous. Appelé à concourir conune professeur à Une grande entreprise créée sous les auspices du gouvernement chinois,
2 A TRAVERS LA GDINE.
et sous la direction d^officiers de la marine française, nous nous rendions à Tarsenal de Fou-Tchéou, où nous devions faire un séjour de six années. Qu'était donc ce pays qui allait devenir pour nous comme une seconde patrie? Qu'était ce peuple au milieu duquel il nous allait falloir vivre? Et par suite de quelles circonstances ses gouvernants en étaient-ils arrivés à vouloir construire chez eux des navires de guerre à vapeur, et à faire appel à nos connaissances et à notre bonne volonté pour initier quelques-uns de leurs jeunes gens aux merveilles de la science? Nous n'en savions alors guère plus que Ton n'en sait généralement en France.
C'était à l'état de notion vague que nous connaissions l'existence d un grand empire, riverain de l'ojcéan Paci* fique, à l'extrémité orientale du continent Asiatique; nous réduisions à trois cours d'eau, le Pè-ro, que nous prononcions et que nous écrivions alors Peï-ho S It fleuve Jaune et le fleuve Bleu, le multiple système hydrographique de co pays des rivières, et nous aurions été fort étonné d'apprendre que c'était par une sorte d'antithèse inconnue des Chinois
^ Nous croyons que l'on doit toujours respecter l'orthographe originelle des noms propres de provenance étrangère; parce que, malgré les différences de prononciation, la physionomie du mot subsiste, et tout défiguré qu'il puisse être pour Toreilie, il conserve pour l'œil, son individualité. Mais cette règle, que nous considérons comme absolue lorsqu'il s'agit de langues alphabétiques, comment l'appliquer aux langues hiéroglyphiques ou idéographiques comme Je chinois ? Ici, ce n'est plus à l'œil qu'il faut s'adresser, mais à l'oreille ; ce que l'on doit s'appliquer à reproduire» ce n'est pas la forme d'un caractère inintelligible pour des yeux européens, mais le son originel de ce caractère, ou du moins l'équivalent qui s'en rapproche le plus dans la langue où l'on écrit, de i'açon à pouvoir, sans convention et sans étude préalable, être compris des indigènes, devant lesquels on lit à haute voix et à première lecture.
C'est pour ce motif que nous avons cru pouvoir nous écarter, en certains cas, de l'orthographe généralement adoptée dans les livres publiés en France, pour représenter les mots chinois. Beaucoup d'auteurs, ignorant la langue chinoiscj se sont contentés de reproduire
que les Européens avaient ainsi dénommé le dernier de ces fleuves. Lesmotspékitueinankins, francisés dans desaccep* lions qui n'avaient rien de chinois, nous rappelaient bien l'existence de la nouvelle et de l'ancienne capitale de la Chine, les grandes villes de Pé-king et de Nan-king, la capitale du Nord , et celle du Midi ; mais les noms de Hong-kong et de Shang-haî revenaient, de temps à autre, sous nos yeux , sans éveiller dans notre esprit d'idée précise. On nous eût assurément fort embarrassé si Ton nous eût transporté instantanément sur les rives de la mer Jaune, sans nous laisser le temps de rien apprendre de plus sur ce nouveau pays. Heureusement pour nous, la traversée, toute rapide qu'elle fût à l'aide des magnifiques navires des Messageries, devait nous laisser le loisir d'acquérir sur la Chine les notions préalables que l'on doit posséder en y dé* barquant, si l'on ne veut point passer pour un ignorant» Les officiers et les équipages des paquebots également familiers avec les différents ports qu'ils fréquentent, facilitent aux passagers cette instruction primaire que l'on reçoit sans y songer; en entendant fréquemment revenir dans la conversation les mêmes noms ou les mêmes idées, l'oreille et resprit s'y habituent progressivement, sibien que
rortli99raphe adoptée par les Anglais, sans se douter que la difTérence de valeur des lettres dans leur alphabet et dans le nôtre défigurait complètement les mots ainsi transportés dans notre langue. L'exemple précédent le démontre suffisamment. Les Chinois prononcent Pè^o, et les Anglais, utilisant le son guttural de leur h aspirée, ont écrit Peî'ho, ce qui dans leuf langue se rapproche assez de la prononciation chinoise. Mais si nous transportons dans la nôtre le mot ainsi orthographié, sans faire de convention préalable ni d'étude sur Id valeur à donner k Vh aspirée, nous reproduisons un son qui devient tout à fait incompréhensible pour des oreilles chinoises.
On nous pardonnera, pour Tamout de l'exactitude, cette dérogation aux régies respectables de* l'usage. U y a en ce moment^ des Chinois à Paris; il en viendra de jour en jour davantage; que le lecteur leur parle du Pep-ho, il ne sera pas compris ; mais qu'il prononcé PéHTO, comme nous l'écrivons, on le comprendra;
l'on finit par oublier qu'on ne les a pas toujours connus. Hais le voyageur qui, de retour dans son pays, entreprend de raconter à ses compatriotes ce qu'il a vu dans de lointaines régions ne doit pas perdre de vue, sous peine de n'être pas compris, que ses lecteurs entreprennent en sa compagnie un voyage où il doit les guider mieux qa*il ne l'a été lui-même, en leur épargnant le plus de fatigue et de travail qu'il le pourra. C'est pour accomplir ce devoir que, laissant le paquebot franchir successivement la Méditerranée 9 la mer Rouge, l'océan Indien, le golfe du Bengale et la mer de Chine, nous glanerons, si vous le voulez bien, dans les conversations qui s'échangent autour de nous, quelques renseignements sur le pays où nous allons bientôt débarquer.
L'empire le plus ancien et le plus peuplé du monde, l'empire chinois, a la forme d'un grand triangle isocèle à base courbe, dont le sommet coïncide avec le grand massif montagneux du plaleau de Pamir au centre de l'Asie, et dont les rivages du Pacifique forment le côté opposé. Du sommet à la base, c'est-à-dire de l'Ouest à r£st, dans sa plus grande longueur, l'empire chinois mesure plus de 5000 kilomètres, tandis que du Nord au Sud, dans sa plus grande largeur, voisine de la cote maritime, on en compte plus de 5000. Enfermé entre deux chaînes de montagnes divergentes qui vont aboutir, la septentrionale à la mer d'Okhotsk, la méridionale à la mer de Chine en Cochinchine, il comprend la presque totalité du versant du Pacifique. L'empire chinois se divise en deux parties distinctes : la Chine proprement dite «t les pays anexés ou tributaires. Ceux-ci occupent i'puest et le nord du vaste espace triangulaire dont nous avo^s déjà parlé.
Au Sud-Oue^l, c'est le Thibet, immense massif montagneux, Itmitfophe de llnde et tle la Birmanie, qui nous est encore presque complètement inconnu ; dans sa capi* taie Lhassa , sous la surveillance d^un résident chinois»
IKTRODUCnON. 5
dont les décisions sont appuyées par la présence d*un corps de troupes, régne plutôt qu'il ne gouverne, le dalaîlama, c'esl-à-dire le représentant de Bouddha sur la terre. Le personnage dans kqucl s'accomplit cette incmioation perpétuelle du dieu hindou, u'exerCc qu'une autorité morale restreinte sur les innombrables sectateurs du bouddhisme; deux sectes se partagent Texercice de ce culte : les lamas et les bonzes. Les premiers, soumis & l'autorité spirituelle et civile du grand-lama, voient se piesser respectueusement autour d'eux, les populations de la Mongolie et de quelques villes du nord de la Chine; les bonzes qui monopolisent l'exercice du culte bouddhique dans la Chine proprement dite, se regardent comme indépendants du souverain pontife de Lhassa; ce sont les protestants du bouddhisme.
A l'Ouest, dans l'angle formé par les monts Kouen-louen au Sud et les monts Célestes au Nord^ au pied même du plateau de Pamir et du pic Tagharma, s'étend la Kachgarie, vaste oasis voisine de l'Inde anglaise et des nouvelles possessions russes du Turkestan, dont quelques villes industrieuses, Khotan, Yarkand, Kachgar, Tourfan et Karachar, assurant la prospérité. C'est vers le milieu du dernier siècle que les Chinois ont soumis à leur domination la population d'origine mélangée, persane et turque, de cette grande vallée duTarim-gol. La différence de religion s'ajoutant à l'impatience du joug étranger, a fréquemment suscité des soulèvements parmi les habitants de la Kach* garie, et récemment encore, sons la conduite intelligente et énergique d'un Kokhandjen musulman , Yakoub-beg, la Kachgarie, rétpltée co^^itre l'omi^eur de Chine, a éclairé pendant dix ans cette partie du continent d'une lueur éphémère, qu'on a pu prendre, pendantde courts instants, pour l'éclsyt de quelque astfQ. nouveau dans la pléiade des royaumes asiatiq;ues. Vais comme ces météores fugitifs qui
ne doivent leur éclat qu'à la rencontre fortuite d'un élément étranger, l'indépendance de la Kachgarie n'a pas survécu à la mort violente de Yakoqb-beg, trailreusement assassiné, au moment où il se disposait à soutenir la fortune du nouvel État contre les arihes chinoises.
Au Nord-Ouest, sur le versant septentrional des monts Célestes, s'ouvre, du côté des steppes des Kirghiz, la fertile vallée de la Dzoungarie, dont la capitale, Kouldja, s'élève snr les bords de la rivière Ili. Soumis par l'empereur Kien-long en même temps que ceux de la Kachgarie, ses habitants, les Dongans» se sont révoltés en même temps que les premiers; mais moins disciplinés et plus turbulents, ils se sont livrés à de tels désordres que les Russes ont dû intervenir en 187! ; et depuis cette époque» ils occupent militairement le pays qu'ils doivent rendre, ont-ils dit, à la Chine, dés que celle-ci pourra, de nouveau, y faire reconnaître son autorité.
Au Nord, s'étendent les immenses steppes de la Mongolie, parcourues par des pasteurs nomades qui ne campent que rarement dans le même endroit, et où, par suite, les grandes villes font presque absolument défaut. C'est au travers de cette contrée limitrophe de la Sibérie que s'opèrent, par l'intermédiaire des caravanes, les échanges commerciaux avec la Russie, et ce sont les petites villes voisines de Kiachta, en Sibérie, et de Maè-maè-tchen, en Mongolie , qui forment le centre de tout ce mouvement.
Au Nord-Est, entre le fleuve Amour et la mer du Japon, se trouve la patrie des souverains actuels de la Chine, la Handchourie, considérablement réduite par les abandons successifs que le gouvernement de Péking a fait à la Russie de l'embouchure du fleuve Amour et de la côte maritime jusqu'à lia Corée. •
Enfin, au centre du triangle, entre le Thibat, la Kach* garie, la Mongolie et la Chine proprement dite, se déploie,
sur une immense surface, le désert de Gobi, donf les sab]Q9 mouvants et salés et les marécages insondables sont pour les Chinois un objet de terreur légendaire, pour les voyageurs un obstacle jusqu*à présent insurmonté.
La Chine propremeat dite occupe un espace à peu près circulaire compris dans Tangle sud-est de notre triangle.
Elle est formée en majeure partie par les bassins de deux grands fleuves qui coulent tous les deux de TOuest à l'Est : le Rouang-ro * ou fleuvg Jaune, et le Yang-Tze- Kiang, plus connu en Europe sous le nom de fleuve Bleu. Prenant leurs sources sur les deux versants opposés de Tune de ces chaînes de montagnes qui se détachent du plateau de Pamir, à peu de distance l'un de Tautre, ces deux cours d*eau viennent se jeter dans la mer Jaune à moins de cent lieues de distance, après avoir présenté, dans tout leur cours, la symétrie el l'analogie les plus étranges.
En dehors de ces deux bassins principaux, la Chine en compte quatre plus petits qui contiibuent à former la plupart de ses provinces maritimes ; ce sont, en remontant du Sud au Nord^et au-dessous du fleuve Bleu, ceux du Tchou- Kiang ou rivière des Perles, du Min-Kiang et du Tsien- Tang, dotit le premier se déverse dans la mer de Chine, le second, daps le détroit de Formose, et le troisième, dans la mer Jaune ; enfin, tout à fait au Nord, au delà du fleuve Jaune, le Pé-ro, ou fleuve du Nord, se jette dans le golfe de Pè-Tche-li.
La Chine proprement dite se partage en dix-huit provinces qui se distribuent de la manière suivante :
Dans le bassin du Tchou-Kiang, les provinces de Kouang-si et de Kouang-Tong. Celte dernière a pour capitale la ville de Canton, celui de tous les ports chinois qui a été le plus anciennement ouvert au commerce européen.
* Les Anglais écrivent Hwang-ko, et les auteurs français qui ont à demi francisé cette orthographe ont écrit Hoang-ho.
s A TRAYERS LA CHINE.
Le bassin du Min-Kiang former là province deFou-Kien, dont la capitale est la ville de Fou-Tchéou, centre d'un important commerce de fhés. Cette province comprend encore le port d'Amoy, et a, dans ses dépendances, la grande et riche île «le Formose.
Le Tsien-Tang-Kiang arrose la province du Tche-Kiang dans laquelle nous trouvons.le port, autrefois célèbre, aufourd'hui bien déchu, de Ning-Po.
Les autres provinces sont traversées par l'un ou Tautre des deux grands fleuves'
Le bassin du fleuve Jaune comprend huit provinces; celles de Kan^Sou* Chen-«i, Clian-si, Ro-nan, Gnan-roui, Chan-Tong, KiaQg«Sou etTche-li.
Dans celui du fleuve Bicu, nous comptons également huit provinces, celles de Yûn^nan, Koueî-Tchèou, Sze-Tchouan, Rou-nan, Rpu-pé, Gnan-roui, Kiang-si et Kiang-Sou.
Nous retrouvons donc là encore, entre les deux fleuves, l'analogie que nous avons déjà signalée. Elle ne s*étend pas toutefois, jusqu'à l'importance commerciale des provinces qu'ils arrosent. L'état de navigabilité des deux cours d'eau établit entre eux une distinction très -nette, A ce point de vue, le bassin du fleuve Bleu l'emporte infiniment sur celui du fleuve Jaune. En effet, à part la capitale de l'empire, la ville de Péking, et le port de Tien- Tsin, situés tous deux dans la province de Tche-li, les autres ports ouverts au commerce étranger sont riverains du Yang-Tze-Kiang ou de ses affluents; citons : Shanghaï et Tchcn-Kiang dans le Kiang-Sou, Kiéou-Kiang dans le Kiang-si, et Ran-Kéou dans le Rou-pë.
Chacun sait que les livres historiques de la Chine attribuent à la société chinoise une origine extrêmement reculée. Depuis deux mille ans avant noire ère, la race qui peuple encore aujourd'hui le versant oriental du conli- . nent asiatique s'étend, se développe, se multiplie d'une
manière prodigieuse /rnilgré les révolutions et les invasions, observant avec une persévérance religieuse qui fai^ sa force, le code de morale que Confucius a «u la gloire de lui donner, il y a vingt-cinq siècles. Les bouleverse^ ments politiques ont été fréquents m Chine ; elle en eA aujourd'hui à sa vingt et unième dynastie, celle de Taè- Tsingou des Tartares-Mandchoux. Un caractère commun S toutes les dynasties chinoises, c'est qu^après de brillaftfs débuts elles s'éteignent invariablement dans la faiblesse et dans la honte ; la race dégénère rapidement. Deux, cependant, ont été assez glorieuses et assez bienfaisantes, pour laisser dans la mémoire du peuple des souvenirs vivaces. L'une, celle des Ran, fondée deux siècles avant notre ère, est restée à ce point célèbre que le» Chinois de nos jours aiment encore à d'appeler Aan-^en, les fils des Ran. Sous l'autre, celle des Tang, qui a régné de 618 à 907, la Chine a atteint son apogée, un degré de grandeur qu'elle n'avait encore jamais vu, et qu'elle n'a plus jamais revu depuis.
C'est à la suite de cette période de prospérité ^ont la Chine conservait encore l'incomparable éclat, malgré l'invasion des Mongols, que les marchands vénitiens y pénétrèrent pour la première fois. Ebloui par la splendeur de la cour de Koubilaî, Harco-Polo fit à ses compatriotes un tel récit de ce merveilleux pays, que chacun le prit pour un visionnaire. L'enthousiasme de Marco-Polo, nous le savons aujourd'hui, était cependant justifié; et si, depuis cette époque, la décadence constante de la civilisation chinoise ne permet plus d'en faire un tableau aussi brillant, à bien des points de vue, elle a encore droit à notre admiration.
Les premiers rapports de la Chine et de l'Europe ne furent pas faits pour inspirer à la première une sympathique estime pour la seconde. La cupidité, la violence et la fraude marquèrent les premiers pas des Portugais
iO A TRAVERS U CHINE.
et des Hollandais en Extrême-Orient. Non contents de se rendre coupables vis-à-vis des Chinois d'actes qui devaient les faire considérer comme des barbares, ils leur donnèrent encore le triste spectacle de leurs rivalités jalouses. C*est de cette époque que date la défiance un peu hautaine des Chinois pour les étrangers. Tandis que les Porfugais, les Hollandais et les Anglais se disputaient sans pudeur le privilège de commercer seuls avec le riche pays producteur du thé, de la porcelaine et de la soie, la France, moins avide et plus soucieuse de sa dignité, savait inspirer aux Chinois une plus haute considération pour son caractère et pour sa civilisation. Les missionnaires, bien accueillis par l'empereur Kang-si, qui mettait à profit leur science et leur désintéressement, disposaient à la cour d'une grandeet légitime influence. Malheureusement, la jalousie des divers ordres religieux qui rêvaient la conquête spirituelle de la Chine vint ruiner cette magnifique situation ; des querelles théologiques, envenimées par la passion et par l'intérêt, troublèrent le calme et l'harmonie qui avaient jusque-là présidé aux rapports des premiers missionnaires et des Chinois. On eut le tort plus grand encore d'invoquer dans ce conflit l'autorité des papes, et l'empereur de Chine, pour couper court aux ingérences de toute puissance étrangère dans le gouvernement de ses États, fit expulser les missionnaires qu'il avait jusqu'alors protégés; ses successeurs se sont depuis conformés à cette politique avec une rigueur regrettable, mais que l'imprudence des missionnaires, qui violaient plus ou moins sciemment les lois de l'empire, a parfois provoquée. A partir de ce moment, le rôle de la France, qui aurait pu être prépondérant en Chine, s'efface, et ne se relève plus, de fois à autre, que pour réveiller contre elle, avec une maladroite imprévoyance, des préventions et des défiances qu'on semblait prendre à cœur de justifier.
INTRODUCTION. il
Plus avisée et plus pratique, l'Angleterre débute modestement en Chine, cl*où son commerce constamment croissant évince peu à peu celui des Portugais et des Hollandais. Maîtresse du monopole à peu près exclusif du négoce de Canton, elle y encourage parmi les Chinois Tusage de l'opium dont elle profite doublement» par les droits qu'elle prélève sur sa production dans l'Inde, et par les bénéfices énormes qu'elle retire de sa vente en Chine. Les maux que devait répandre autour de lui un si détestable commerce ne tardent pas à se manifester dans toute leur navrante profondeur. Les ravages que le poison fait parmi la population, l'appauvrissement du pays, la raréfaction du numéraire exporté en grande quantité pour payer l'opium anglais, désolent l'empereur Tao-Kouang, qui donne les ordres les plus formels pour interdire ce trafic. Mais les Anglais ne veulent point abandonner une source de richesse aussi abondante; et tous les moyens, même les plus rèpréhensibles, leur sont bons pour éluder les défenses du gouvernement chinois ; achetant à prix d'or la connivence de quelques mandarins indignes, ils ont recours à la contrebande pour introduire en fraude l'opium, dont le commerce est devenu illégal. Ou* tré d'une pareille violation du droit des gens, l'empereur Tao-Kouang charge, en 1839, le mandarin Lin-Tse-sû, homme intègre et énergique, de se rendre à Canton avec les pouvoirs les plus étendus pour couper le mal dans sa racine. Lin n'imagine point d'autre expédient que de se faire remettre tout l'opium qui se trouve à bord des navires européens mouillés dans les eaux chinoises, et pour vaincre la résistance des négociants anglais, il use de rigueur avec ceux qui sont établis à Canton, en les privant de toute communication avec l'extérieur et en leur faisant couper les vivres. Le surintendant du commerce britannique, le capitaine ÉUiott redoutant les ex^
ces d'une population hostile et surexcitée par les actes des autorités, prend sous sa responsabilité, au nom du gouvernement de la reine, la remise pure et simple de l'opium entre les mains du commissaire impérial qui le fait immédiatement détruire.
A partir de ce moment, le gouvernement chinois se montre disposé à reprendre et à favoriser les relations commerciales légitimes. Mais les Anglais ne lui pardonnent point l'acte de rigueur par lequel il a prétendu mettre un terme à leur commerce le plus productif. Au nom de la liberté commerciale outragée, mais au mépris des notions les plus élémentaires du droit des gens et de la morale publique qui défend d'empoisonner ses semblables, l'Angleterre prétend imposer le commerce de lopium à la Chine. L'archipel des îles Tchou-san est occupé par ses troupes. En présence des malheurs qui sont prêts d'accabler ses sujets, l'empereur rappelle le mandarin Lin, et charge un de ses parents, Ki-chen, de négocier avec les Anglais. Jamais peut-être l'abus de la force n'a engendré de pareilles exigences. L'Angleterre veut la légalisation du commerce de l'opium, une somme de trente raillions de francs pour indemniser ses marchands , et la cession en toute propriété à la couronne britannique de l'îlot de Hong-Kong, situé à l'embouchure de la rivière des Perles, en face de Macao. L'empereur refuse d'accéder à de pareilles conditions, et les hostilités sont reprises. L'armée anglaise bombarde la ville de Canton et la met à rançon ; elle enlève successivement Araoy, Ning-Po, Shanghaï etTchen-Kiang, malgré la brave résistance des troupes mandchoues, qui ne savent point survivre à leurs défaites ^
* A la prise de Tchen-Kiang, ses derniers défenseurs se retirèrent des remparts et après avoir égorgé leurs femmes et leurs enfants, ils se tuèrent eux-mêmes plutôt que de tomber vivants entre les mains de l'ennemi. Les Anglais ne trouvèrent pas un être vivant dans la ville.
Enfin, le 29 août 1842, les chefs de Texpédition arrachent aux plénipotenliaires chinois la convention de Nanking qui stipule : Touverture de cinq ports au commerce européen; le payement d'une indemnité de 405 millions, la légalisation du commerce de Topium et la cession de Hong-Kong à l'Angleterre.
A la nouvelle des succès remportés par cette puissance, les autres nations européennes se sentent prises d'émulation et se croient obligées d'obtenir de la Chine vaincue et humiliée quelque nouvelle concession. Après les États Unis, la France intervient à son tour. Son représentant, M. de Lagrenée, dans l'impossibilité de réclatner, pour notre commerce qui n'existe pas, plus de privilèges qu'on n'en a concédés à l'Angleterre, a la malheureuse idée de soulever la question des missionnaires, qui a été, pour nous, dans la suite, la source de tant de malentendus et de difficultés. En agissant ainsi, M. de Lagrenée cédait à un esprit de zèle fâcheux, car, ainsi qu'il le dit lui-même, « le gouvernement ne lui avait donné aucune instruction à cet égard, pas même la simple autorisation d'agir ». Ce n'est pas, en effel, qu'il eût principalement en vue d'améliorer la condition des missionnaires ou des chrétiens chinois; il ne croyait pas lui-même à la réalité ni à refficacité des concessions qu'il demandait. 11 lui suffisait, comme il ressort de très-curieux documents que nous possédons sur sa mission*, d'obtenir un traité, exécutable ou non, mais qui pût fournir au gouvernement d'alors un argument péremptoire pour se défendre contre les attaques de l'opposition parlementaire. C'est dans des vues aussi étroiles, avec une pareille légèreté, que, depuis cette époque, notre politique en Chine a presque toujours été conduite.
* Journal des opérations diplomatiques de la Légation française en Chine, par M. Gallery, secrétaire-interprète de la légation. Macao, 1845.
i4 A TRAVERS Là CHINE.
Vaincus et désarmés, les Chinois avaient dû céder à la nécessité ; mais en signant les traités de 1842 et de 1844, ils avaient cm pouvoir, dans l'application, en éluder les dispositions les plus pénibles pour leur orgueil national ou les plus dangereuses pour leur prestige. De leur côté, les Européens ne considéraient les concessions qui leur avaient été faites que comme un moyen d'arriver à en obtenir d'autres, espérant bien que la mise en pratique des traités fournirait de nombreuses occasions d'en étendre les conséquences à leur profit. De cette divergence de tendances et d*opinions devaient naître une situation très-tendue et des occasions de conflit à chaque instant renouvelées. Mais ce n'était pas là le moindre des inconvénients qui résultaient pour la Chine de la guerre de V opium et de sa fâcheuse issue.
A la faveur du désordre causé par l'invasion étrangère, quelques bandits, conduits par des fanatiques illuminés, avaient levé l'étendard de la révolte contre la dynastie Tartare-Mandchoue. Reprenant les coutumes traditionnelles des anciennes dynasties chinoises, les rebelles cherchaient à réveiller parmi les populations le senti> ment national endormi ; mais pour se concilier en même temps les sympathies et l'appui moral des Européens, avec lesquels ils avaient reconnu qu'il fallait compter, ils prétendirent fonder, en même temps qu'un nouvel empire, une nouvelle religion, dont les dogmes du christianisme, curieusement adaptés aux idées philosophiques et aux superstitions populaires de la Chine, devaient former le principal fondement. Leurs premiers succès furent rapides, au point de surprendre tout le monde ; ils entraînaient les populations sv.v leur passage, et, dès le mois de mars i855, la ville de Nanking tombait en leur pouvoir. En entrant dans la seconde capitale de l'empire, l'empereur des Tchang-niao, ou rebelles aux
longs cheveux, proclame Touverture d*une nouvelle ère, , celle de la grande Paix ou de Taè-Ping, nom sous lequel ses partisans sont plus connus en Europe.
Les embarras du gouvernement de Péking étaient grands; obligé de faire face à une redoutable insurrection, privé des ressources de la moitié de son empire, obligé de procéder à la hâte à une réorganisation militaire indispensable, peut-être se serait-il volontiers rapproché des Européens auxquels il aurait pu accorder de nouveaux avantages en échange de services dont il avait un si grand besoin, s'il n*avait été tenu en défiance par l'attitude d'une fraction importante des colonies étrangères de Chine. Séduits par les proclamations fallacieuses de l'empereur rebelle, quelques-uns des résidents s'imaginèrent que le gouvernement de Taè-Ping, gagné aux idées et aux intérêts de la civilisation européenne, favoriserait davantage le développement de leur commerce ou de leurs établissements en Extrême-Orient; quelques-uns des ministres eux-mêmes, cédant à l'entraînement de l'opinion publique, crurent devoir nouer des relations avec la cour de Nan-King. Les uns et les autres furent bientôt détrompés.
Impuissants à contenir dans le respect de l'ordre et de la discipline les bandes de pillards qu'ils traînaient à leur suite, les chefs Taè-Ping virent souiller leur cause par les actes de brigandage les plus horribles ; les populations massacrées, les villes pillées, des provinces entières dévastées, tels étaient désormais les seuls exploits de ceux qui prétendaient, au nom du céleste frère de Jésus- Christ, descendu tout exprés sur la terre, faire régner la paix sur le monde. C'était prouver une fois de plus qu'aucune révolution, lorsqu'elle a été obligée de recourir à la violence, ne peut se défendre contre les excès de ses partisans, et que ceux-là même qui l'ont d'abord
fait triompher doivent nécessairement causer sa ruine.
Pour donner un aliment aux passions désordonnées de ses avides soldats, l'empereur Taè-Ping entreprend la conquête de Shang-haî. Déjà. la ville chinoise est tombée entre ses mains que la colonie européenne n*est pas encore complètement désabusée. 11 faut des actes d'hostilité directe pour déterminer le commandant de la station française à diriger une attaque contre la ville occupée par les rebelles, et à prêter un concours sérieux aux troupes impériales qui y rentrent en 1855.
Tandis que les Tchang-Mao désolaient les plus belles provinces de Tempire et poussaient même une pointe hardie jusqu'à quelques lieues de Péking, la piraterie s'était développée impunément sur les côtes. De petites barques côtiéres, nommées lorchaSy montées par des Chinois de la pire espèce et par quelques Portugais de Macao, servaient tantôt à la contrebande, tantôt à la piraterie, et leurs équipages trouvaient malheureusement une complaisance facile chez les agents de TAngleterre, auxquels il ne déplaisait pas de voir augmenter les embarras du gouvernement chinois. Ceux-ci avaient récemment voulu en profiler pour faire réviser dans leur sens le traité de Nankiug ; mais ils avaient dû renoncer à leur dessein devant la résistance ferme et décidée du mandarin Yé, le gouverneur de Canton ; ils en avaient conservé un profond ressentiment qui n'attendait qu^m prétexte pour se manifester d'une manière violente. Le prétexte ne fut pas long à trouver. *
En 1856, l'une de ces lorchas, VArraw^ commandée par un Anglais, mais montée par un équipage chinois, était mouillée dans le port de Canton; elle avait été inscrite l'année précédente sur les registres de la marine anglaise à Hong-Kong; mais son privilège, qui n'avait pas été renouvelé, était expiré, et le pavillon an-
ISmODUCTION. 17
glais, qu'elle n'avait plus le droit de porter, était à fond de cale. Les autorités cantonaises prévenues qu'un certain nombre de matelots chiriois de cette îorcha s'étaient rendus coupables de crimes de piraterie, les font arrêter et conduire en prison. Le consul d'Angleterre saisit cette occasion, prétend qu'en agissant ainsi le viceroi de Canton avait méconnu les droits eî prérogatives de sa nation, exige le renvoi des prisonniers à bord de la Iorcha, et des excuses immédiates. Devant le silence du vice-roi, le consul remet à l'autorité militaire le soin de venger le prétendu outrage fait au pavillon de la Grande-Bretagne.
Quinze jours après, les forts de Canton étaient enlevés, la ville bombardée, une brèche faite dans ses murs, et le palais du vice-roi mis au pillage. Malgré cela, les autorités chinoises demeurent impassibles , se retranchant derrière leur droit et protestant contre une'agression aussi injuste et une pareille violation du droit des gens. Cependant le gouverneur de Hong-Kong juge néces. saire d'attendre des renforts et des instructions de son gouvernement. Après d'orageuses discussions qui provoquent une crise parlementaire, le cabinet de Londres décide de continuer la guerre, et envoie en Chine, lord Elgin.
A peine cette décision est-elle connue en France, que le gouvernement impérial, pour affirmer de nouveau la cordiale entente des alliés de Crimée, et empêcher l'Angleterre de conquérir quelque nouvelle gloire militaire sans la participation de la France, désigne le baron Gros pour accompagner lord Elgin, et le fait soutenir par une division navale. 11 fallait au moins un prétexte pour justifier cette intervention de la France; on évoque encore la question des missionnaires, et l'on va chercher dans les cartons de nos chancelleries une vielle affaire relative au
meurtre d*un missionnaire, qu'on avait laissée en suspens depuis le mois da juillet 1856, et que Ton n'aurait sans doute pas jugé à propos de reprendre au mois d'octobre 1857, s'il n'avait i^iUu soutenir aux yeux du monde l'éclat glorieux des armes impériales.
Les alliés occupent la ville de Canton dont ils prennent en mains l'administration, et remontent au Nord jusqu'à l'embouchure du Pé-ro dont ils enlèvent les forts. Le gouvernement de Péking, réduit aux abois, consent enfin à négocier, et le 26 juin 1858, de nouveaux traités sont conclus. Hais au moment ou, l'année suivante, les nou« veaux ministres de France et d'Angleterre se présentent pour en échanger les ratifications, ils se voient refuser l'entrée du Pé-ro. Une tentative malheureuse pour passer outre avec des forces insuffisantes, coûte aux Anglais trois canonnières qui sont coulées, et à nous, une compagnie de débarquement qui est mitraillée dans la vase d'où elle ne peut sortir. C'est là un manque de foi et un échec dont les deux grandes nations militaires de l'Occident ne peuvent se dispenser de tirer vengeance.
Une nouvelle expédition plus considérable que la première est donc organisée, et le 21 août 1860, les troupes franco-anglaises, débarquées sur les côtes du Pe-Tche-li, enlèvent d'assaut les forts deTakou. On saitle reste ; l'armée chinoise mise en fuite, le courage de l'armée tartare qui se présente en seconde ligne ne peut arrêter les vainqueurs au pont de Pa-li-Kiao, et le 1 5 octobre, la capitale de l'empire, Péking, se rpnd aux barbares. Comme pour donner raison à ceux qui les nomment ainsi, les alliés ont livré au pillage les inestimables musées du palais d'été, et sous prétexte de châtier le gouvernement chinois de la trahison commise par lui avant la bataille d£ Pa-li-Kiao, le commandant en chef de l'armée anglaise et lord Ëlgin font détruire par le feu les magnifiques palais de Yuen-
ming-yuen. Cependant de nouveaux traités sont con dus et signés à Péking, qui consacrent Touverture de nouveaux ports et la résidence permanente des ministres européens dans la capitale.
Dorénavant, les étrangers ont un intérêt puissant avoir se rétablir Tautorité du gouvernement de Péking dans tous les points où les nouveaux traités leur concèdent un libre accès. 11 faut donc en fmir avec les Tchang-mao, toujours maîtres de Nanking et des environs de Shanghaï. Avant de quitter la Chine, les troupes du corps d'expédition viennent en aide aux autorités impériales soit en reprenant directement Ning-Po, et les villages situés au midi de Shang-haï, à l'attaque de l'un desquels Tamiral Protêt tombe frappé d une balle au cœur, soit en facilitant l'organisation de corps franco et anglo-chinois, qui prêtent un secours énergique aux troupes engagées contre les rebelles. L'insurrection touche à sa fm; le 19 juillet 1864, l'armée chinoise, commandée par Tseng-Kouo-fan entre dans Nanking où elle ne trouve plus que le cadavre de l'empereur Taè-Ping. En môme tempsç ]e gouvernement de Péking a dispersé de nouvelles bandes insurgées qui, sous le nom de Nien-féï, s'étaient formées dans les provinces du Nord-Est. L'empire désormais tranquille va pouvoir travailler à une réorganisation que les derniers événements ont rendu plus que jamais urgente.
La courte campagne de 1860 et la prise de Péking ont convaincu les hommes d'État chinois de leur infériorité militaire, et ils se résignent pour le moment à accepter les conséquences de leurs défaites; mais en même temps qu'ils observent exactement les différentes clauses des traités, ils mettent tous leurs soins à préparer les éléments d'une revanche lointaine. La supériorité de notre organisation militaire, de notre armement et de notre matériel
maritime a surtout fixé leur attention; c'est de ce côté que vont se diriger tous leurs efforts. Aidés par les officiers des corps franco-chinois, encouragés par les Européens chargés de la réorganisation des douanes, qui, en remettant un peu d'ordre et de régularité dans cette partie de leur administration financière, vont leur fournir les moyens de réaliser leurs projets, ils font appel aux lumières de la civilisation occidentale pour se mettre en état de la combattre un jour à armes égales. Ceux qui voulaient voir dans ces entreprises du gouvernement chinois une preuve de sa conversion aux idées nouvelles ont dû promptement s'apercevoir de leurs illusions et mettre une sourdine à leur enthousiasme précipité. En fait, révolution que la Chine fait subir à sa politique traditionnelle n*est sans doute pas inspirée par une grande sympathie pour notre civilisation, et cependant, l'Europe aurait encore plus à s'mquiéter d'une révolution radicale dans les mœurs, les idées et les institutions de TEmpire du Milieu.
Tel était l'état de l'empire daiis lequel nous croyions débarquer le 51 mars 1868, en mettant pied à terre sur le quai de Hong-Kong. C'était une erreur; nous avions, en effet, oublié que le traité de 1842 avait fait de cette ile, de ce rocher plutôt, une colonie anglaise. Nous avions beau ne voir autour de nous, dans les rues et sur les bateaux, que des visages chinois, nous étions en Angleterre, ainsi qu'on voulut bien nous l'apprendre obligeamment au consulat. Quelques jours après, un petit bateau à vapeur anglais nous emportait vers Fou-Tchéou.