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L'embouchure du Min. — La passe de Kin-Paé. — La botte du Mandarin. — La passe de MIn-gnan et les batteries chinoises. — Les Sampans. — La montagne de Kou-chan. -^ Le Monastère. — Les bonzes. — Ascension au pic. — Panorama de la vallée du Min. — L'oracle.
La côte de la Chine méridionale offre de grands obstacles à la navigation. Les énormes massifs montagneux qui constituent toute cette partie du continent projettent vers la mer de nombreuses ramifications ; en se prolongeant au sein des eaux, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous de la surface , elles y multiplient les îlots et les écueils. Aussi l'hydrographie de cette portion de la côte, très-difficile à relever, est-elle encore loin de coçiprendre tous les récifs qui abondent au voisinage de la terre. Un trop grand nombre ne sont désignés sur les cartes modernes que par les noms des navires qui en ont révélé l'existence en s'y perdant. Mais, en revanche, le rivage très-découpé offre au navigateur des ports nombreux et souvent sûrs, où il peut se mettre à Tabri des coups de vent violents qui soufflent à certaines époques dans ces parages.Lesvil-
lages de pêcheurs abondent dans toutes ces anfractuosités de la côte; et le matin, la mer semble littéralement couverte de barques qui s'aventurent au loin avec une audacieuse témérité. Tous ces marins aux mœurs rudes et grossières forment une population difficile à conduire et à gouverner. Bien que leur occupation apparente soit la pêche, ils se livrent trop souvent à des actes de piraterie que les autorités n*ont pas toujours le désir et encore moins le pouvoir de prévenir ou de réprimer.
Les îles White-Dogs servent de point de repère pour les navires qui veulent reconnaître l'embouchure du fleuve Hin dans lequel ils sont sur le point de s'engager. A quelque distance un roc de forme bizarre, qui rappelle de loin l'image grossière d'ure locomotive, élève au dessus de la mer sa masse grisâtre. C'est le seul vestige qui reste aujourd'hui d'une île jadis florissante et bien peuplée , qui, d'après la tradition conservée parmi les gens du pays, s'est affaissée tout à coup , il y a plus d'un siècle, sous les eaux de la mer , tandis que par une sorte de jeu de bascule, sortait du sein de l'onde , à quelque distance de là, un banc de sable sur lequel se sont élevés depuis quelques villages de pêcheurs.
A mesure que l'on avance les rives se rapprochent, les chaînes de montagnes convergent les unes vers les autres, et il devient impossible de distinguer la route que l'on va suivres On côtoie sur la droite l'île de Sharp-Peak , où les résidents européens de Fou-Tchéou viennent souvent, pendant les chaleurs de Tété, chercher un peu de fraîcheur et retremper dans l'onde salée leurs membres fatigués. En avant, apparaît, enfîn , une étroite ouverture entre deux parois de granit : c'est la passe de Ein-Paé à travers laquelle s'écoulent les eaux du Min. De chaquecôté, des cylindres verticaux en maçonnerie, blanchis à la chaux et dans Tintervalle desquels s'allonge toute rouillée la gueule
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de quelque vieux canon de fonte, indiquent la place des fortifications primitives par lesquelles les Chinois ont cru ajouter à la force naturelle de cette position. Au delà, la vallée s*élargit en un vaste cirque dont la fertilité est attestée par les nombreuses rizières qui en occupent toute la surface.
En continuant à remonter le courant, l'on atteint la passe de Min-gnan, gorge étroite et sinueuse où les eaux du fleuve roulent en grondant entre les masses de granit au travers desquelles elles se sont frayé un passage. Là encore, on retrouve des batteries chinoises admirablement situées, mais que leur mode de construction doit rendre plus redoutable à leurs défenseurs qu'aux assaillants. Dans une partie plus élargie de la gorge, un petit roc isolé au milieu de l'eau, porte fièrement sur sa crête le mur crénelé d'un vieux fort qui, par sa situation, les arbres qui l'ombragent et les constructions élégantes qui s'élèvent au-dessus de son enceinte, semble avoir été placé là pour ajouter au coup d'œil artistique, beaucoup plutôt que pour servir à une action militaire.
Mais voici qu'on aperçoit h Botte du Mandarin. Figurezvous que le long de la paroi presque verticale d*un bloc de granit, une portion étroite et longue de la roche ait été séparée de la masse principale par l'action destructive des cléments, de façon à former une espèce d'arcade à jour dont l'extrémité inférieure repose sur le sol et dont l'extrémité supérieure est restée attachée à là montagne. La face antérieure de cette pierre a été façonnée par la nature de manière à imiter à s'y méprendre une jambe humaine colossale, chaussée de la botte traditionnelle du costume des mandarins. Rien n'y manque : le pli du genou, les ondulations de l'étoffe, la forme du pied, tout est rendu avec une exactitude mei'veilleuse. Et cette jambe, par »onin« clinaîson naturelle, semble sortir du sein de la montagne
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SOUS laquelle le corps auquel elle appartieyat serait encore enfoui.
La légende, car cette pierre extraordinaire méritait bien une légende, raconte qu*un personnage des âges héroïques de la Chine aurait été enseveli en cet endroit, et que l'action de la pluie et du vent aurait fini, avec le temps, par mettre à découvert ses deux jambes; car il fut une époque où il y eut deux jambes semblables côte à côte, ce qui devait compléter encore bien davantage l'illusion. Mais, c'est ici que se révèle le caractère merveilleux de cette histoire : il y a un certain nombre d'années, les vieillards pourraient peut-être en préciser la date , un entrepreneur de Fou-Tchéou avait été chargé de réparer le grand pont de cette ville. Ayant besoin, pour son travail, de pierres d'une granJe longeur, il jeta les yeux sur ces deux morceaux de granit qui se trouvaient justement dans les conditions voulues. C'était un esprit fort, qui ne croyait guère aux choses de l'ordre surnaturel et que poussait l'amour du gain, il supputait déjà l'économie considérable qu'il réaliserait en employant ces magnifiques pierres que quelques coups de ciseau suffiraient à détacher, çn comparaison des frais qu'il lui faudrait faire pour en ext^^ire de semblables du sein de la montagne! Sa résolution prise» il emmena des 9^^vriers sur les lieux, kîI après avoir vaincu leurs scrupules à l'aide de quelques pièces de monnaie, il leur fit couper l'une des deux jan^)es à une longueur beaucoup plus grande qu^il n'était nécessiâire. Au moment où elle fut détachée, quelques gouttes de sang, dit la légende, sortirent du tronçon qui restait adhérent à la montagne, et que 'l'on distingue encore parfaitement aujourd'hui. Un peu d'eau ferrugineuse avait suffi pour produire cette illusion. Frappés de terreur, les ouvriers refusèrent de toucher à l'autre jambe, mais consentirent néanmoins â
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embafquer celle qu'ils venaient de couper et à la transporter à Fou-Tchéou. Les mesures avaient été bien prises. La pieiTe, avons-nous dit, avait été coupée plus longue qu'il ne fallait. Mais, ô stupeur ! lorsqu'on voulut la mettre en place, on s*aperçut qu'elle était trop courte! Le malin génie qui venait d*étre aussi témérairement amputé avait voulu punir de la sorte la cupidité et le manque de foi de Tentrepreneur incrédule. L'histoire ne dit pas ce qu'il advint du profanateur; mais, depuis ce temps, la seconde jambe a été respectée avec un soin religieux.
Au delà de la passe de Hin-gnan, la vallée du Min s'élargit considérablement. Le fleuve y étend son lit encombré de nombreux bancs de sable et de vase qui couvrent et découvrent à chaque marée. Au milieu, une grande île basse et bien cultivée émerge à peine au-dessus de l'eau qui, laissant déposer sur ses rives la boue et les débris de toute sorte qu'elle charrie, en augmente chaque jour l'étendue. Ce grand banc d'alluvion fluviatile s'est formé à l'abri d'un petit côuq isolé qui s'élève au milieu de la vallée, et dont le sommet est surmonté d'une tour à étages, ce qui lui a fait donner le' nom d'île de la Pagode. C'est au pied de ce rocher et ddns une partie plus large et pl»s profonde du fleuve que viennent ancrer les navires eurdpéens qui ne peuvent remonter jusqu'à la ville de Fou-TchéoU, èmoins de n'avoir qu'un très-faible tirant d'eau, à cause' des obstacles nombreux que leHin un peu plus haut présenfe à la navigation. L'arsenal de Fou- Tchéou , où nous nous rendions, ^'est éloigné que de quelques minutes de l'ile de la Pagode.
En face est le confluent, des deux grands bras qui divisent le Min au-dessus de Fou-Tchéou. Aussi, par suite de la direction de l'une des deux branches, le fleuve semble avoir en cet endroit une largeur énorme : trois ou quatre lieues.
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De chaque côté de la vallée, les montagnes allongent en lignes onduleuses leurs croupes aux flancs rougeâtres, taillées en terrasses et livrées à la culture presque jusqu*au sommet. Au pied des montagnes et jusqu'au bord de l'eau, le sol vaseux de la vallée est divisé en rizières, séparées les unes des autres par de petites digues qui servent à retenir les eaux d'irrigation et qui sont aussi utilisées en manière de sentiers; car, dans cette partie de la Chine, il n yapas de routes, presque tous les transports se faisant par eau. Les barques, quoique de grandeurs très-diverses, sont, cependant, presque toutes taillées sur le même modèle ; arrondies par-dessous, leur avant se termine par une partie plane très-étroite, tandis que l'arriére va en s'évasant largement au-dessus de Teau; ajoutez la forte courbure longitudinale qui va de l'avant à l'arrière, et la forme générale vous donnera l'idée d'un grand sabot. Tous ces bateaux, désignés sous le nom de sampans^ sont divisés transversalement par des cloisons étanches et manœuvres soit à la voile soit à la rame. Ils sont abrités du soleil et de la pluie par une couverture en grosses nattes que supportent des arcs de bambou.
Chacun d'eux sert, en général, d'habitation à une famille, au moins, de mariniers ; on y trouve quelquefois réunis les représentants de plusieurs générations , depuis les grands parents jusqu'aux nourrissons qui viennent de naître. Tous ces pauvres gens passent leur vie dans cet étroit espace, qu'ils sont même, la plupart du temps, forcés de partager avec les passagers. Lorsque le vent devenant contraire, ils sont obligés de se servir de la rame, les hommes se placent en général à l'avant, et la femme du pati'on se tient à l'arrière, où elle rame d'une maiii, tandis que de l'autre elle manœuvre le long aviron qui sert de gouvernail. Entre temps, elle jette un coup d'œil sur les petits enfants qui se roulent à ses pieds, car les
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Chinois rament debout, ou ranime le feu sous la marmite qui contient le dîner de la famille. Je me suis souvent amusé à voir de petits bambins qui commençaient à peine à marcher s'essayer à faire remuer la rame à côté de leurs parents.
Ces gens ne sont pas heureux; ils font un rude métier, toujours exposés au soleil ou à la pluie, souvent obligés de se mettre à Teau pour renflouer le sampan qui, mal dirigé, est allé s'échouer sur le sable; et cependant, ils gagnent peu, si ce n'est avec les Européens qu'ils exploitent. Descendants d'une race particulière, probablement autochthone, ils ont toujours été tenus par les Chinois à l'écart ; ils ne peuvent habiter ni posséder à terre ; on leur concède le domaine de l'eau, et c'est tout; leurs enfants ne peuvent prendre part aux examens publics, à moins qu'il ne se soit écoulé trois générations complètes depuis que leurs ascendants ont renoncé à manier la rame pour adopter un métier plus noble. La misère dans laquelle ils vivent a été pour eux mauvaise conseillère, et leurs mœurs s'en ressentent profondément. Au demeurant, braves gens tout prêts à vous rendre service, grands enfants qui, parvenus à l'âge d'homme, ont conserve les qualité? et les défauts de la première jeunesse.
Le voyage de l'île de la Pagode à Fou-Tchéou est très-agréable par une belle journée d'hiver, et si l'on a eu le soin de choisir le moment où la marée est favorable, il se fait assez rapidement, en un peu plus d'une heure. Le paysage aux horizons montagneux qu'on ne cesse d'avoir sous les yeux est grandiose, et la plaine qui s'étend au fond de la vallée est assez vaste pour offrir au voyageur le spectacle le plus varié; les villages, les bouquets d'arbres, les canaux creusés de main d'homme qui pénètrent profcndôment dans l'intérieur des terres pour servir
aux besoins de Tirrigation rompent heureusement l'uniformité des siles. Environ à moitié chemin, on aperçoit une montagne dont le pic élevé se distingue de trèsloin : c'est Kou-Chatij ou la montagne du Tambour. Haute d^environ mille mètres, elle est célèbre dans tout le pays parce qu'elle abrite dans les replis d'une de ses gorges un grand monastère bouddhique. Nous fûmes tenté d^aller juger par nous-mêmes des beautés de ce site si vanté.
La montagne tout entière est la propriété des moines qui rhabitent. Dès les premières pentes, nous rencontrons le grand mur d'enceinte ; au milieu s'ouvre une porte monumentale; au delà, un élégant ponceau de granit permet de franchir aisément un ruisseau limpide qui s'écoule en murmurant sous Tombrage magnifique d'arbres séculaires que leur caractère sacré a protégés contre la hache impitoyable des Chinois. Gens pratiques avant tout, ils abattent tout ce qui gêne leurs exploitations agricoles, et les seuls ombrages qu'ils respectent sont ceux de quelques banians qui étendent leurs rameaux gigantesques au-dessus des temples ou des villages.
Devant nous, sur les flancs de la montagne, serpente un grand escalier pavé en larges dalles de granit, bien entretenu, qui conduit jusqu'au monastère à plus de quatre cents mètres de hauteur. La montée est pénible; mais en régularisant le pas et surtout en choisissant pour faire cette ascension une nuit fraîche, largement éclairée par la lune, on oublie bien vile la fatigue. Que de tableaux magnifiques semés à profusion par la nature en chaque recoin de la montagne ! Ici une cascade étincelle en sa chute comme une pluie de diamants, puis se résout en perles d'une blancheur lactée, pour se perdre enfin dans l'ombre avec un doux murmure, une sorte de plainte harmonieuse et contenue comme un mélancolique adieu. Là de grands pins, dont la
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silhouette agrandie se projette sur les rochers d*alentour, descend jusqu'au fond des ravins et se redresse fièrement sur la pente opposée qu'elle gravit d'un trait; tous ces arbres aux troncs noirs, aux formes bizarres, avec leui's grands bras étendus, semblent, dans la demi-obscurité de la nuit, une troupe d'êtres fantastiques, gardiens fidèles d'un lieu sacré placés là pour en faire respecter la sainteté. Plus loin, par une échappée, le regard plonge dans la vallée endormie et comme enveloppée dans un manteau de vapeurs ;çà et là on entrevoit un coin de sa robe foncée sur laquelle le fleuve se détache à la clarté des astres comme un ruban de moire argentine. De temps à autre, une tache blanchâtre interrompt la ligne sinueuse que décrit l'escalier sur les flancs de la montagne. C'est un reposoir, construction légère, élégante, aux toits de tuiles relevés vers les angles et ornés de figures de dragons. A l'intérieur, sur un petit autel, l'image de l'un des innombrables demi-dieux de la mythologie chinoise; quelques bancs de bois ou de granit, composent tout l'ameublement du petit pavillon, qui offre au pèlerin fatigué l'occasion défaire ses dévotions et de respirer avant de reprendre la route qui doit le mener au temple. Un courant d'air très-frais règne dans ces abris ouverts par les deux bouts. Aussi est-il plus prudent de ne s'y point arrêter ; il vaut mieux monter sans relâche. Au sommet de l'escalier la route toujours dallée, contourne la montagne sur un plan à peu près horizontal. A cette hauteur l'air devient vif, les fourrés se multiplient de chaque côté du chemin, et les rayons de la lune ne peuvent plus qu'à grand'peine percer leur ombre de plus en plus mystérieuse; de distance en distance, de grandes inscriptions, taillées dans le flanc des rochers, et se détachant en rouge sur un fond grisâtre, rappellent au voyageur quelque maxime pieuse ou le nom de
quelque divinité redoutable ; les monuments funéraires disséminés çà et là, le soin même avec lequel la route et ses abords sont maintenant entretenus, tout révèle le voisinage du sanctuaire. En effet, à peine arrivés à l'entrée d'une gorge étroite et sombre, une vibration grave et sonore qui se propage lentement dans le calme de la nuit, vient frapper notre oreille ; ses sons mourants se confondent bientôt avec le bruit argentin d'un petit ruisseau d'une eau pure comme le cristal qui coule sur un lit de cailloux. Un peu plus loin, la route s'éclaire, flanquée par deux murs blancs qui viennent aboutir à la porte principale de l'enceinte cénobitique. On franchit le seuil; un cri d'admiration s'échappe involontairement de nos lèvres émues : « Que c'est beau I » et l'âme satisfaite se recueille devant l'œuvre sublime de la nature.
Comment décrire un spectacle que le phiceau luimôme ne pourrait rendre qu'imparfaitement ? Une allée d'arbres gigantesques, bordée de chaque côté par des buissons touffus, conduit dans une espèce de cirque étroit formé par les replis de la montagne dont le pic s'élève majestueux. Au-dessous, un étang alimenté par une source d'eau vive, d'où le couvent a tiré son nom de « Monastère delà fontaine murmurante », sert d'asile à d'innombrables poissons, hôtes sacrés dont la doctrine bouddhique a, depuis les plus anciens âges, constamment protégé les générations séculaires. Derrière, un bois épais de bambous au feuillage tendre et délicat, encadre merveilleusement les bâtiments du monastère qui se développent au fond du cirque. La simplicité des lignes, l'harmonie des couleurs, la sobre élégance des constructions concourent pour donner à ce lieu un charme indéfinissable ; tout y respire le calme et la fraîcheur, et c'est bien ainsi qu'on aime à se représenter l'asile de la méditation. Les bonzes ont,
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du pesie, toujours montré un instinct admirable dans le choix des sites où ils ont construit leurs temples ; celui-ci mérite bien sa célébrité.
Un plan incliné pavé de dalles de granit conduit au portique au milieu duquel s'ouvre l'entrée principale du monastère. Juste en face de la porte se dresse un autel supportant une statue colossale en terre dorée qui repçé-» sente un Pou-sah assis, les jambes croisées, et dont la tunique cntr'ouverte laisse apercevoir le ventre rebondi ; à droite et à gauche de la salle, quatre énormes statues, en terre également dorée, représentent : le dieu de la guerre, celui de la musique, celui de la médecine et celui de la littérature. Tous ces personnages munis de leurs attributs spéciaux sont représentés dans des poses héroïques; leur visage contracté offre l'image des grimaces les plus horribles destinées à inspirer aux profanes, à défaut de respect, un sentiment de superstitieuse terreur. Derrière ce premier bâtiment, s'ouvre une cour carrée, dallée sur toute sa surface; au milieu est creusé un petit bassin au-dessus duquel se courbe gracieusement l'arcade d'un léger pont de pierre; tout autour, des portiques couverts permettent de circuler à l'abri du soleil et de la pluie. De chaque côté s'élèvent deux jolis pavillons dont chaque étage est indiqué par un petit toit aux cornes relevées. C'est dans celui de droite que se trouve la grosse cloche dont nous avions entendu le son quelques instants auparavant ; les bonzes se relayent tour à tour dans ce pavillon et doivent jour et nuit faire résonner, par intervalles, l'instrument de bronze sous le choc d'une pièce de bois suspendue extérieurement au moyen de grosses cordes. On obtient ainsi un son plus pur et plus doux que si l'on employait un battant de métal, en même temps qu'on assure la conservation de la cloche.
Au fond de la cour s'élève le bâtiment principal, le
sanctuaire. G*est une grande salle dont le toit est soutenu par des rangées de colonnes en bois verni et couvertes d'inscriptions en lettres d'or. Des lanternes et des banderoles suspendues entre les colonnes remplissent les espaces vides. Au fond, à peine visibles dans le demi-jour que laissent filtrer avec peine les carreaux de papier de la façade, on aperçoit trois énormes statues dorées des pieds à la tête, semblables entre elles, et situées côte à côte. C'est Bouddha. Le dieu, assis les jambes croisées sur une fleur de lotus qui lui sert de piédestal,est représenté les mains jointes sur la poitrine, dans lattitude du recueillement le plus profond. Au devant s^étend un grand autel en bois sur lequel sont placés des vases, des bi1ile-parfums et des chandeliers magnifiques.
Sur les bas côtés, se trouvent deux rangées de statues de grandeur naturelle, également dorées, qui représentent des bonzes; ce sont les saints personnages qui, par leur science et la pureté de leur vie, ont mérité l'honneur d'être canonisés après leur mort. On brûle de temps à autre devant chacune quelques petits bâtons de bois de santal. Plus bas, de longs bancs de bois légèrement inclinés d'arrière en avant et garnis de ronds de paille, sont rangés parallèlement à l'autel : ce sont les prie-dieu des moines. Enfin, quelques tables sur lesquelles sont, rangés les instruments qui servent à accompagner les chants religieux, complètent l'ameublement du temple. Ces instruments sont d'ailleurs peu compliqués : une petite sonnette, un morceau de bois creux qu'on frappe avec un marteau, un grand vase de bronze qu'on peut faire résonner à l'aide d'un bâton, et c'est tout. A chacune des portes du sanctuaire se trouvent suspendus à des cordes deux énormes morceaux de bois creux, sculptés en forme de poisson, et sur lesquels on frappe à l'aide d'une bûchette pour indiquer les heures des offices.