LES LEÇONS DE L'IUSTOIRE
lecteurs mon nouveau compagnon de route et il figurera dans ces pages.
A l'exemple de tous les caboclos des Hauts-Plateaux, cet excellent homme de capitaine, grâce à son humeur enjouée, aimait à rire et à plaisanter. Tout en mêlant à ses propos, souvent naïfs et familiers, beaucoup de gaieté et une certaine finesse malicieuse, jamais il ne donnait dans la trivialité, ou dans la fâcheuse équivoque. Toujours prêt à obliger, il était, comme le sont, du reste, tous les montagnards qui n'ont pas encore subi le contact des citadins de nos grandes villes, généreux et hospitalier.
Capitào Chico était, dès le premier instant, devenu mon ami.
Pendant le long- séjour que je fis dans ces montagnes, où je ne pensais d'abord passer que fort peu de temps, ce bon Chico fut pour moi, le guide le plus sur. Aussi dévoué qu'inlassable, il joignait à toutes ses autres vertus le désintéressement le plus absolu .
Cette qualité est et sera toujours rare, car elle en suppose tant d'autres ; mais elle est si répandue dans la Serra, que je craindrais de susciter des doutes si je disais à quel point je l'ai fréquemment trouvée en honneur chez les habitants de ces vallées.
Au cours de mes nombreux voyages, tant parmi les peuples de la vieille Europe que parmi ceux du Nouveau-Monde, je n'ai parcouru aucune autre contrée où les mœurs et les coutumes soient restées aussi patriarcales. On se croirait revenu aux époques bibliques, quand glanait Ruth la Moabite, et que, le soir venu, Booz roulé dans son manteau de laine, le front appuyé sur une gerbe, entouré de ses serviteurs, s'endormait à la garde de Dieu, sous le sourire amical des étoiles.
Comme déraison, mon départent lieu à l'aube, quand tout fut prêt, et, une fois de plus, ma vertu fut grandement récompensée ; la gracieuse gardienne des portes de l'Orient, avait, en effet, jonché les sentiers abrupts où nous allions porter nos pas, de ses plus fraîches roses, et bâti, pour la joie de nos yeux, parmi
les vapeurs légères dont se drapaient encore le sommet des montagnes lointaines, ses palais éclairés d'une lumière féerique. Empreints d'une simplicité charmante, un peu vieillotte, ces vers de de Saint-Ange me chantaient dans la mémoire :
« Et le pâle reflet de l'aube à peine éclose
N'a point ce coloris, cette teinte de rose,
Dont l'aurore se peint, quand, sur son char vermeil,
Elle sème de fleurs la route du soleil. »
Je me les fredonnais tout bas, tout en regardant pâlir et s'effacer les dernières étoiles, tandis que l'on bâtait nos mules et que nous préparions notre léger bagage. Mes valises, mes munitions de chasse et mes provisions de bouche furent placées sur une bête de somme bien dressée, intelligente et docile.
Une grande peau de bœuf desséchée et ingénieusement disposée à la mode du pays, recouvrait mes bagages, mis ainsi à l'abri des ondées imprévues, et de ces larges gouttes de rosée, qui tombent, aux premières heures du jour, des grands bambous, tant il y en a au Brésil qui ombragent les sentiers.
Un jeune garçon, né dans la maison de Capitâo Chico, et qui, suivant les habitudes du pays, faisait, pour ainsi dire, partie de la famille, accompagnait notre troupe.
Celle-ci comprenait, outre les bêtes de selle, trois mules de charge ; deux portaient les achats faits par mon nouveau guide, et l'autre, ainsi qu'il a été dit, mon bagage et mes munitions.
Déjà, les premiers rayons du soleil doraient les hautes cimes des araucarias, quand, engagés dans le chemin depuis une bonne heure, nous pénétrâmes sous une de ces voûtes de bambous dont les extrémités flexibles s'inclinent jusqu'à ras du sol, pour former au-dessus de la route, de gracieux arcs de verdure. Ces sentiers couverts permettent à tout voyageur de marcher pendant de longues heures à l'abri du soleil.
Celui que nous venions de prendre, se présentait des plus