LES LEÇONS DE V HISTOIRE
phénomène, avec le désir de déchiffrer cette énigme. Je compris vite combien était simple et facile à expliquer te qui m'avait semblé, de prime abord, une illusion de dame nature, lusus natiirœ.
Un énorme éclat de gfranit s'était détaché du mur et dressait vers le ciel son arête supérieure dentelée et coupante. Cette gigantesque écaille reposait à terre dans un parfait équilibre, et solidement maintenue en place par sa partie inférieure, sans doute profondément engagée dans le sol.
Par l'effet du temps, toujours lent et patient dans son œuvre, et sous l'action des forces de la nature, des matériaux de toute espèce, pierres, humus, graviers, avaient comblé l'intervalle qui séparait la paroi du plateau de celle du bloc, quand ce dernier s'en était si bizarrement détaché. Ainsi avait été aménagée par le hasard, qui faisait en cette occasion fonction de Providence, ou, tout au moins d'agent-voyer gratuit et improvisé, une facile descente en pente douce; par elle le voyageur se dirigeait sûrement jusqu'au bas du taymhé. Ce chemin aboutissait au sein même de l'épaisse forêt, et nous pouvions voir les cimes ondoyantes des arbres se balancer sous nos pieds au souffle de la brise.
Nous entendions résonner un bruit de clochettes qui se rapprochait de plus en plus. Quelque temps après, une quarantaine de mules débouchaient par cet étrange escalier naturel, et escaladaient le plateau à la suite du premier cavalier qui leur servait de guide et qu'elles suivaient avec docilité.
Toutes portaient un, large bât, sorte de cacolet primitif, qui rappelle un peu celui qu'on emploie pour le transport des pièces de notre artillerie de montagne. De chaque côté était suspendu aux flancs de la bête, un grand cargueiro, tressé de lanières de bambou. Ces paniers contiennent de trente à quarante kilos de herva maté à l'état brut. Les charges étaient soigneusement protégées des intempéries par une peau dessé-
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chée, disposée de la même façon que celles qui recouvraient nos propres bagages. Chaque mulet portait un licol muni d'une longe enroulée autour du cou ; une clochette j était suspendue. Les tintements de ces clochettes permettent de retrouver, même pendant la nuit, les bêtes qui s'écartent de la troupe, ce qui n'arrive, du reste, que rarement. C'était ce joyeux carillon qui nous avait annoncé de loin l'arrivée de la caravane. Le costume des trois cavaliers qui fermaient la marche du convoi rappelait dans tous ses détails celui de Capitào Chico. Comme lui, ils portaient le vaste feutre ou le chapeau de paille de palmier à grandes ailes, la chemise de cotonnade bariolée, la légère veste de toile et les pantalons à la zouave, bonibachas, que les cordons du caleçon retiennent à la cheville. Vêtus de la sorte, les pieds nus dans des sandales, c'est ainsi que se présentèrent à mes yeux, ces trois caboclos, véritables types des habitants de la Serra.
Ce dernier détail de leur costume habituel rappelle un ancien usage tombé en désuétude depuis l'abolition de l'esclavage. Jadis les règles de l'étiquette exigeaient qu'un habitant de la montagne quittât ses chinelas avant de pénétrer dans la maison d'un notable ou de toute personne d'un rang quelque peu supérieur au sien.
Les gens du pays conservent maintenant leurs sandales quand ils sont en visite, même à 1 intérieur de l'appartement ; ce privilège était réservé jadis au maître de la maison et aux hôtes de distinction *.
On retrouve encore une curieuse coutume biblique dans ces contrées; elle s'y est ainsi perpétuée au delà des mers, à travers lespace et le temps.
I. En regard de cette coutume sud-américaine, il est intéressant de se rappeler que près de 2.000 ans avant Tère chrétienne, Pépi I«% Pharaon de la VI» dynastie, après sa victoire sur les barbares de Hiroushaitou. accorda à son premier ministre Ouni, r « ami royal », le Richelieu de ce potentat de la vieille Egypte, et c'était là la plus insigne faveur qu'un monarque pût accorder à un sujet, l'autorisation de « garder ses sandales dans le palais et même en présence de Pharaon ». Vraiment « il n'y a rien de nouveau sous le soleil »: