Le vieux Diable, sage entre les sages
nous invitait à choisir ce lieu charmant pour notre halte de midi, et pour notre repas. A cheval depuis le lever du soleil, nous ressentions, en effet, le besoin de nous refaire.
Tout en déjeunant, je ne me lassais pas d'admirer le grand araucaria au pied duquel avaient été attaches nos chevaux. Jamais je n'avais vu un aussi superbe spécimen de cette belle espèce de conifère. Son tronc, sans un défaut, montait telle une colonne géante, tout droit vers le ciel. Sa vue évoquait dans mon esprit Tirnage de ces magnifiques colonnes trop peu admirées, à mon sens, qui entourent l'église de la Madeleine, ou de celles qui ornent la place de Saint-Pierre à Rome et n'ont de rivales que dans les merveilleux monolithes de granit rose de la Basilique de Saint-Paul-Hors-les-Murs.
A une quarantaine de mètres du sol s'épanouissait sa vaste ombelle dont les branches se terminaient toutes à une même hauteur par un gros bouquet de verdure formant ainsi un large plan horizontal. Ses pommes de pin, du volume d'une tète d'enfant, ne me paraissaient pas, de la distance d'où je les contemplais, plus grosses que des noix. Le tronc énorme, mesurait plus de deux mètres de diamètre à la base. Il conservait les mêmes dimensions sur une longueur d'une vingtaine de mètres, et allait ensuite en diminuant graduellement jusqu'à ne plus avoir qu'un mètre de diamètre au point d'insertion des premières branches. Oui, vraiment, ce géant était une merveille du monde végétal !
Mon admiration, quoique silencieuse, se manifestait si visiblement, qu'elle finit par attirer l'attention de mon compagnon, observateur perspicace, ainsi que le sont toujours les chasseurs, les montagnards et les coureurs de bois.
« Vous regardez ce maudit, me dit-il, en me désignant de la pointe de son long sabre d'abatis cet ancêtre majestueux de la forêt tropicale. Moi aussi, et pour cause. Jamais je ne passe auprès de lui, du reste, sans lui lancer quelque anathème. Nous avons à régler ensemble une vieille querelle, et s'il n'était pas